CHAPITRE XII
Le canton d’ Ascott, au contraire, se développa rapidement. C’est qu’il y avait là, à la tête des associés, un homme d’énergie, Gilbert Hyatt. C’était un riche fermier du district de Schenectady, dans l’état de New -York. Ses biens avaient été confisqués par le gouvernement américain, durant la guerre de l’indépendance. Dans un mémoire adressé à Milnes, le 24 janvier 1800, Gilbert Hyatt fils disait que son père avait servi sous le général Bourgoyne, durant la campagne de 1777. Ce dernier avait quitté sa place natale, Arlington, avec sa famille, qui se composait de sept garçons et de trois filles, au printemps de 1780, et était venu s’établir dans le canton d’Ascott, à l’endroit même où se trouve maintenant la ville de Sherbrooke. Gilbert Hyatt disait que son père avait été le premier colon à pénétrer dans ce canton, qu’il avait ouvert un chemin de soixante milles pour s’y rendre, que dans le moment, quarante familles, formant une population de 102 âmes, étaient établies dans le canton, et qu’il avait dû débourser une somme de 4000 louis, pour aider ces familles.
Les frères de Gilbert Hyatt étaient Joseph, Abraham, Isaac, Jacob, Cornélius et Charles. Ils reçurent chacun douze cents (1200) acres, le 21 avril 1803.
Les principaux associés de Gilbert Hyatt père étaient Ebenezer et Samuel Normand, du Vermont, David et Joseph Moe, James Burns et James Lobdale, de l’état de New-\rork.
Gilbert Hyatt peut être considéré, à juste titre, comme le fondateur de Sherbrooke.
Dans le comté de Richmond, le canton de Stoke, qui avait été concédé, le 13 février 1802, à James Cowan, resta complètement abandonné.
Les deux cantons de Brompton et de Shipton furent donnés, le premier à William Barnard, le 27 novembre 1803, et le second à Elmer Cushing, le 4 décembre 1803. Ces deux chefs étaient des américains qui avaient rempli le rôle d’espion pour le gouvernement canadien, durant la guerre de l’indépendance.
William Barnard venait de Deerfield, dans l’état de Massachusetts. Il dit, dans un mémoire, qu’il avait été le principal instrument dont la Providence s était servi pour découvrir une conspiration organisée dans le but de livrer la province
CANTONS CONCÉDÉS PAR LETTRES PATENTES (suite) 183
de Québec aux mains de l’ennemi. William Barnard et Elmer Cushing n’étaient pas des bâtisseurs de pays. Après avoir essayé de la vie de colon pendant quelques années, ils abandonnèrent tout et vinrent se réfugier à Montréal. Leurs terrains furent vendus plus tard par le shérif (1).
Enfin, un chef de canton, d’un type tout particulier, acquit, par lettres patentes du 3 avril 1805, la moitié (26,153 acres) du canton de Melbourne. C’était Henry Caldwell, membre du Conseil législatif, receveur général de la province, seigneur de Lauzon, de la Rivière-du-Loup (en bas), de Madawaska, de Foucault, de Gaspé (Lotbinière), de Saint-Etienne, de Saint- Jean, dans la banlieue de Québec. Caldwell était, avec William Grant, le plus grand propriétaire foncier de l’époque. Il menait grand train de vie et son manoir de Belmont était le rendez-vous de la haute société du temps.
Ses principaux associés, pour le canton de Melbourne, étaient son fils, John, ses petites filles, Ann et Jane, son beaupère, John Davidson, son neveu, Thomas Simpson, ses conseillers et amis, John Hennessey et Edward Bowen.
La plupart des cantons du comté de Compton furent donnés à des gens qui n’étaient pas en état d’en assurer le développement ; ainsi, dans Westbury, 12,262 acres furent concédés, le 13 mars 1804, à Henry Caldwell, qui ne fit pas mieux là que dans Melbourne. Dans le canton de Compton, 26,400 acres furent concédés à Jesse Pennoyer, à Nathaniel Coffin et à Joseph Kilham, le 31 août 1802. Arpenteurs tous trois, ils étaient trop occupés ailleurs pour voir à placer des colons dans ce canton, un des plus beaux de la région. C’est encore un arpenteur, James Rankin, qui reçut, le 6 novembre 1850, 23,100 acres de terre dans le canton de
(1) Elmer Cushing fut, avec John Black, le principal dénonciateur de MacClane. Il écrivit, en 1826, une brochure curieusement intitulée: An appeal, addressed to a candid public ; and to the feeling of those whose upright sentiment and discerning minds, enable them to “ weigh it in the balance of the Sanctuary ” by Elmer Cushing, esquire ; wherein is displayed the singular history of the author ; together with that of the other Americans, settled in the Province of Lower Canada. “ Then let me hope indulgence still to share, etc.” “ Yet prompt to stay his country’s fa.ll, etc. . . Stanstead : Printed for the Author, by S. H. Dickerson, 1826, 86 pp.
Cette brochure devenue très rare aujourd’hui est utile à consulter pour l’histoire de la colonisation des Cantons de l’Est.
Le département des Archives publiques à Ottawa, la bibliothèque de la Législature et celle de l’Université Laval, à Québec, en possèdent chacun, une copie.