‹ La colonisation du Brésil (volume 2)Chapitre 21 sur 53 · TH · texte numérisé non relu

TH

Avant de commencer mon rapport sur Tétat actuel des moitressiers de chacune des coftonies de la province de Sao Paolo, il convient que je le fasse précéder de quelques communications sur les rapports des colons et les circonstances coloniales.

- Le haut Conseil fédéral est eu quelque sorte instruit de ce« rapports , en partie par les lettres nombreuses que nos coip patriotes de la province de Sao Paulo ont envoyées dans leurs foyers, en partie par un rapport spécial de Mr. le Dr. Heusser, adressé à la Direc;tion de Police du Canton de Zurich, ainsi que par un grand nombre de brochures de circonstance et d'articles de journaux de diverses couleurs, mais néanmoins il n^a pas été possible de puiser dans Tensemble de ces documents une idé^ nette et fidèle des rapports colo-" liiaux de celte province.

On peut proprement diviser les lettres que les colons de Sao Paulo' ont écrites à leurs parents en Suisse en trois catégories distinctes: 1) Lettres vénales, ou tout au moins écrites sous rempii;e d'une pression nioralf^ analogue, qui voient tout en beau et manquent par conséquent de vémcitc.. Heureusement que le nombre n^en est pas considérable. On en a des exemples de colons fixés dans la co« loaie d'Ibicaba appartenant à la maison Vergueiro et Comp. 2) Cella» qui, de propos* délibéré, •contiennent des contre-vérités et de grave»

«nféralioBf, des plainles incessaDtes, des cris de détresse pour appeler au secours. Biles ont été écrites par des colons qui se tronveat dans une position géoée qae, ponr la plupart, ils ne peuvent attribuer qtt*à leur propre faute. 3) Celles enfin qui sans fard relatent la vérité pnrenlent et simplement* L^éloge et le blême y sont justement distribués, et si elles rapportent quelque infortune, elles en indiquent aussi la véritable cause.

Les lettres de la 2e catégorie sont les plus nombreases; il est presque incroyable avec quelle imprudence et quelle hypocrisie la plupart sont rédigées. Les auteurs de^ces écrits auxquels je reprochai leur^ mensonges prémédités ont eu relTronterie de me déclarer en face que s^ils n'^avaient pas de cette sorte exagéré le malheur de leur position et qu'ils ne se fussent pas dépeints comme excessivement à plaindre, jamais on ne leur aurait apporté de secours, ajoutant qu''ils rayaient fait à dessein, afin que Ton payât leurs dettes.

Un complément des plus remarquables à ces rapports est sorti de la plume de Rosette Wiedmer ^ fille du colon André Wiedmery dans les longues lettres qu'halle adressait à Sumiswald. Ayant exigé à Pericicaba qu^elle s'expliquât sur bon nombre de passages mensongers contenus dans ses lettres, et lui ayant mis sous les yeux les copies que le haut Conseil fédéral m'en a remises, elle m*a répondu qu'elle n'avait point écrit ces passages, que ce serait le copiste à Sumiswald ou à Bçrne qui les y aurait intercalés.

Je montrai en original aux colons des trois colonies de Biry, de Couvitinga et de Sao Lourenzo un autre rapport destiné au haut Conseil fédéral, et quMls avaient signé; puis je les sommai de motiver leurs plaintes. Les. deux tiers des signataires déclarèrent qu^ils ignoraient même le contenu de cette lettre; que c'était un individu qui n'^avait jamais battu le coup et ne leur avait jamais laissé aucun repos qui Tavait rédigé et leur avait persuadé de la signer. L'auteur de cet écrit s^était enfui de la colonie peu de temps avant mon arrivée en laissant environ 7,200 fr. de dettes, et il ne doit qu^à mon intercession auprès' du propriétaire de n'avoir pas été ramené par contrainte et condamné, en conformité de la loi du 11 Octobre 1837, à voir sa dette doublée.

Pour ce qui est du rapport de Mr. le Dr. Heusser, le haut Conseil fédéral n%nore pas que l'auteur en a lui-même annulé une partie par les témoignages qu'il a déposés en mains de la maison Vergaeiro et Comp. et le triste rôle que ce procédé a joué dans Tes débats da Corps législatif à Rio de Janeiro. Un semblable antécédant a eu lien avec le propriétaire de la colonie de Sao Lourenao, le commandeur (commandador) Luis Antonio de Sousa Barros.

J'envisage comme un devoir de faire remarquer ici au Conseil -fédéral que le propriétaire de la Fanenda^y^Boa Fisln^, dans le dis-

Irict à*Amf^aro, Mr« Joao Leite de Cunha Moraes, proteste de la ni- BÎère la plus péremptoire conire les accusations da Dr. lieasser, lequel le taxe de tentatives de prosélytisme.

J''ai pris à ce sujet les informations les plus minutieuses auprès des familles glaronnoises qui composent cette colonie, et tous ces colons m'ont unanimement assuré que jamais Mr* Joao Leite n*avait fait la mcyndre tentative pour persuader à aucun -d^ntre eux de se faire catholique, qu'^aucun d'yeux n^avait non plus jamais exprimé envers le Dr. Heussep la moindre plainte à ce sujet. Il est bon de remarquer que Joao Leite ne sait pas un mot d'allemand et qu^il y a trois ans les Glaronnois entendaient si peu le portugais que certes aucun entretien religieux ne pouvait avoir lieu entre eux et le propriétaire.

Je suis malheureusement obligé d'^avouer que la mission du Dr* Heusser n'a pas eu de bons résultats et qu'elle a plongé une partie des colons dans un abîme de maux. En excitant des espérances qu'ail ne pouvait réaliser, par des promesses qui n'étaient pas dans sa compétence et qu'il n'était pas auforisé de faire, il a, comme je Pétabli^ rai plus tard, démoralisé entièrement pour plusieurs années les colons de plusieurs Fazendas, et ce n^est pas à eux seulement, mais encore aux propriétaires, qu'il i\ causé le plus grand préjudice.

Avec les excellentes dispositions de la maison Vergueiro et Comp. et des autres Fazendeiros^ de réformer tous les abus dont plainte avait été portée, Tépoque d'il y a trois ans eût été des plus favorables pour une commission d'enquête dans la province de Sao Paulo, et si elle eârt été dirigée par un homme grave, prudent et circonspect, elle eût été couronnée du plus beau succès. Mais il en fut autrement. Mr. le Dr. Heusser n'était pas à la hauteur de sa mission, il était trop jeune; il lui manquait la connaissance spéciale et celle des hommes et le calme indispensable pour ordonner des rapports aussi compliqués que difficiles. Outre cela, les ressources pécuniaires nécessaires dont il disposait lui avaient été adjugées dans une mesure plus que parcimonieuse, de manière qu'il se trouvait fréquemment dans une position où^ un commissaire, ne fût-il même délégué que par quelques communes, ne doit jamais être réduit. Il repartit de Rio de Janeiro en laissant les affaires coloniales dans la plus grande confusion. Bientôt après le Gouvernement impérial brésilien envoya le juge à la Cour d'appel y le Dv^Jianuel Jésus de Yaldetaro, en qualité de commissaire pour procéder à une enquête, et il réussit en quelque sorte à rétablir l'ordre, mais déjà les dispositions n'étaient plus aussi favorables qu'elles l'avaient été six mois auparavant.

Vers la fin de Tannée dernière , le Gouvernement impérial délé* gna de nouveau^ dans la personne da juge à la Cour d'ëppel, le Dr» Sebasiao Machmdo Numes^ comme commissaire d'enquête dee eolonîes

I mM .

ém in proviiie« d« •$«• PmUo* Son raf port, soumis a la Direction gênécale, dos terraios publics (Reporticao gérai das terras pubJicas), est impartial, clair et fidèle» Presque partout j'ai trouvé ses assertions confirmées, et ce n'est que dans quelques cas particuliers pour avoir été mal renseigné, quMI s^'est laissé induire à avancer des choses qui no sont pas strictement justes»

Nous pouvons diviser les colons suisses dans la province de Sao Panlo en trois classes. La première comprend:

a» les individus incapables de tout travail; tels sont: les estropiés, les aveugles, les vieillards, les imbécilles, les crétins, les valétudinaires qui par suite de blessures anciennes, d^hernies, de mal caduc ou épilepsie etc. sont dans Timpossibilité de s'occuper d'un travail quelconque;

h. les fainéants : les mendiants de profession, les vagabonds, les ivrognes, les ci-devant forçats.

Il n'y a que les personnes qui ont vu sur les lieux les individus fui cfMnposent cette classe qui puissent se faire une idée de leur grand nombre. On diirait que les communes dont ils sont ressortissants ont mis beaucoup d'habileté à taire leur nombre,* car différemment il est sûr que Topinion publique en Suisse se serait vivement élevée contre une telle mesure et le fait en serait arrivé à la connaissance du Conseil fédéral»

Monsieur le Président de la Confédération Fornerod disait dans sa note du 2 Décembre 1857 au Ministre de Sa Majesté Impériale Brésilienne, vicomte de Maranguapei ,,0n objecterait en vain qu'il se rencontre parmi les colons des fainéants et des mauvais sujets; la chose est possible, mais ce ne serait toujours que l'exception, comme en tout autre pays.^ Mais la réalité réfute cette assertion, surtout parce qu'on est contraint de compter dans la catégorie des colons incapables un grand nombre de ceux appartenant à la 2. classe. Celle-ci compte dans son sein des invividus qui, par la nature de leurs occupations d^aulrefois, ne sont point propres aux travaux pénibles de la campagne, en quoi eonsisto la principale tftche des colons. De ce nombre sont plusieurs espèces d^artisans, p» ex. les teinturiers, les tailleurs, les rubaniers, les confiseurs, les gantiers, etc., et tout particulièrement les ouvriers de fabriques.

Il serait injuste de taxer en général ces colons d'incapables. Un grand nombre d'entre eux ont la meilleure volonté de travailler, mais ils sont trop fluets pour ce genre de labeur, surtout les ouvriers de fabriques; ils ne peuvent soigner qu'un petit nombre de cafeyers, B*ÔBt par conséquent qu^nne récolte minime et ne sauraient pour cette raison acquitter annuellement qu'une bien faible partie de la dette oontraetéo. Cela les décourage et lewr fait perdre de plus en plus le

goftt eu tramfl. lli bo do^reil s^en prendre qfu'à eux de a'êtrë anl^tgés poor une occupation à laquelle ils ne aoiit point propns, et ils portent à présent la peine de lear acte Irréfléehi»

. Pour ce q«i est des artisans, presque chaean d>ux pourrait travailler de son état et se trouver dans une position satisfaisante, car les artisans sont recherchés et sont payés d^une manière très luerative, mais éomne colons ils sent forcés de pratiqdtBr sans goût une occupation à laquelle ils ne sont ^aa habitués. Il est facile de comprendre que ee sont ceux qui se plaignent le plus haut et qui orient le plus au secours.

La troisième classe enfin se coraposQ de gens qui, dans leur pays ■atal, étaient déjà habitués à un dur et pénible labeur et qui pour cette raison travaillent au Brésil avec zèle et contentement. Bien que d'entrée la majeure partie fût fortement obérée et que souvent même ils se soient trouvés dans des circonstances défavorables ^ ils ne ae sont pas seulement complètement acquittés, mais ils ont encore par devers eux des sommes d^argent comptant assez considérables. Un grand nombre ont même acheté des biens'-fonds, d'autres ont renouvelé leurs , banx et ont placé leurs fonds à intérêts, d'autres encore ont embrassé une autre partie quelconque qui leur donne rexpectaHve d^na lucre considérable. Tous ces gens-là louent le pays et prétendent avec raison que quiconque veut travailler dans la province de Sao Paulo, peut y faire fortune.

On ne saurait du reste contester que des gens très actifs et habitués au travail n'^aient été essentiellement entravés soit par des maladies ou des décès arrivés dans leur famille et que leur état prospère n^n ait sensiblement souffert; mais ces cas arrivent en Europe tout comme au Brésil. — fin général la moralité parmi le sexe des colons suisses ne mérite guère d'éloges. Un certain nombre des femmes qui a'^étaient jointes aux émigranls, ou qui leur avaient été imposées à leur départ, rôdent dans divers cantons de la province où elles mènent une vie liceiicieuse. Fainéantes , elles ont abandonné les familles auxquelles elles s'*étaient associées en partant et ne leur ont laissé que leurs dettes. Plus d'une brave famille est obligée aujourd'hui d'acquitter à la sueur de son front les dettes d^une femme sans mœora que lui a imposée sa commune d*origine. Presque toutes ces prostituées ont été renvoyées de la Suisse après que déjà elles y avaient eu de^ enfants illégitimes. L'une d'entre elles, du Canton d'Unterwalden, est accouchée dès là seconde année de son séjour au Brésil d'un négril<^ Ion, la troisième d'un enfant blanc, et actuellement elle se trouve de nouveau à' la veille de ses couches. Plusieurs femmes mariées ont aussi abandonné leurs naris et vivent ayec d'autres en concubinage on se sont livrées à la prostitution. Les jeunes colons qui veulent se marier essaient d'ordinaire de vivre quelqne temps en concubinage avec I»

fille de leur choix, ce qai est sévèrement iiiterdit par la plupart éea Fazendeiros.

Dans la note déjà citée dn haat Conseil fédéral il est dit : „Nous requérons en conséquence la vigoureuse intervention dn Gouvernement de Votre Majesté, aux fins que les colons suisses engagés par KM. Vergueiro et Comp. soient délivrés de leur esclavage^ etc. — L^expression ^esclavage^ insérée dans nn acte officiel a fait sur le Gouvernement impérial une très pénible impression qui a occasionné une réplique du Ministre de TExtérieur de cette époque, le vicomte de Maranguape. Il n'est donc pas inutile de discuter ici la question de savoir si les colons, dans la province de Sao Paulo, vivent dans des rapports que Ton puisse avec raison envisager comme identique avec Pesclavage proprement dit. Par esclavage on entend un rapport social par lequel le libre ai^bitre et la liberté d'^action d'un individu se trouvent ciomplètement subordonnés, même par les moyens de contrainte, à. la volonté d'^un autre. Votre Excellence jugera si tel est Fétat des colons dans la province de Sao Paulo après que, en peu de mots, j'^aurai caractérisé leur position.

Entre les Fazendeiros et les colons règne un double rapport, premièrement celui du créancier vis-à-vis du débiteur, secondement celui du, propriétaiie intéressé vis-à-vis du moitrcssier* Dès rorigine les parties sont mutuellement dans ce double rapport; dès que le colon a acquitté sa dette il n'existe plus entre eux que le rapport de GO-participation. Le propriétaire avance au colon de Targent comptant, lui fournit durant un certain temps des vivres, le logement, nn plantage, des pâturages, et lui donne à cultiver une partie de sa cafeirie pour en partager avec lui le produit net. Le cplon, de son côté, paie au Fa^endeiro les intérêts de Targent qui a été déboursé pour lui, lui rembourse le prix des vivres quMl en a reçus, lui paie le logement, etc., mais seulement du fruit de son travail, soit comn^e résultat définitif la moitié de la récolte du café. Les deux parties ont contracté cet engagement par des contrats qui sur plusieurs points sont très élastiques, ambigus même»

Comme tout créancier, le Fazendeiro désire retirer ses avances, aussi exige-t-il que le colon travaille* Ce travail consiste pour le colon à cueillir le café qui a atteint sa maturité ; cette opérati/>B dure d'ordinaire de Juin jusqu'en Septembre; les autres huit mois de Tannée le uolon a Tobligation de sarcler soigneusement la cafeirie. C'est dans cet intervalle qu'ont lieu aussi les semailles et la moisson des denrées alimentaires qu'il peut cultiver pour ses propres liesoins et dont il peut vendre le superflu. Le contrat reconnaît au propriétaire le droit de prétendre à la moitié de la recette des produits vendus; mais autant que j'ai pn le constater par les renseignements qui me sont parvenus, cela n*a plus lieu actuellement sur aucune

Fanenda^ mais cela esl armé autrefois à direrses reprises à Ibicaba* Le colon est absolament libre d'aller travailler quand il lai plaît, do cesser d'^agir quand il le trouve bon, il n^xiste aucun contrôle des heures de travail. Mais il est dans son propre intérêt, surtout au temps de la récolte, d'être aussi assidu que possible à Touvrage. SMI lui prend envie, surtout quand la cueillette est terminée, de seller son cheval (et plus de la moitié des colons ont des chevaux de selle) et de courir le pays à cheval un ou plusieurs jours, il ne vient à Tidéa de personne de Peu empêcher. 11 n'y a pas en Europe de rapport de domesticité^ sans même vouloir parler ici des jours de travail obligatoires des pauvres ouvriers de fabriques, qui ne soit bien plus un esclavage que ne Test la position des moitressiers à Sao Faulo.

On m'objectera peut-être que par les dettes contractées le colon se trouve réduit à un état pareil à celui de l'esclavage» Cette objection n'est pas juste» Le colon, dans chaque colonie, peut, munis d'an permis du propriétaire, s^ab^nter pour huit jours et plus pour cbercher un autre maître qui paie au premier la dette contractée par to colon. Il est bien vrai quMI ne lui est pas loisible de rompre son contrat (de dissoudre sts rapports) sans préalablement payer ses dettes. En Europe un domestique qui aura reçu des avances de son maître ne peut pas davantage dissoudre ses rapports de domesticité qu'après avoir servi pour s'acquitter, ou qu*il aura remboursé ce qui lui a été avancé. Les colons qui sont rangés et laborieux acquittent annuellement une certaine quote de leur dette, à moins qu'exceptionnellement il ne leur arrive quelque revers; ceux au Contraire qui sont paresseux l'augmente au lieu de l'éteindre. Il est vrai que ces derniers ne trouvent pas facilement un nouveau propriétaire, car ils sont préjudiciables au maître dont ils sont les débiteurs, en ce que le premier n'a aucun moyen de contrainte à sa disposition pour les obliger à travailler et par là à s'acquitter. Je connais des colons fainéants et d'autres qui sout faibles, qui, franchement parlant, ne parviendront jamais à s'acquitter de ce qu'ils doivent, qui ne travaillent pas même pour couvrir la totalité des intérêts; mais ceux-là ne se plaignent pas, ils vivent au contraire parfaitement contents. Voici simplement quel est leur raisonnement: Je suis logé; j'ai à manger à discrétion des denrées alimentaires que je cultive et que je vends, je me fais un petit pécule qui me suffit pour me procurer les vêtements les plus nécessaires et un verre d'eau-de-vie; avec tout cela je n'ai pas besoin de m'éreinter à travailler. Ce que je dois ne m'inquiète guère; si je viens à mourir, c'^est mon maître qui y perdra.

J'ai durant tout le temps de mes enquêtes dans les colonies recherché consciencieusement si je pourrais trouver quelque autre rapport qui pût justifier la dénomination ^d'esc/aea^e*, mais je suis forcé de rendre justice à la vérité et d'avouer que je n'en ai trouvé aucun, que par conséquent je ne trouve pas que ce terme soit justifié. ,

Il y 8 bien qaelqoe s familles qoi sont criblées de dettes par suite de décès, de maUdies, de la faite de personnes qni s'éfaient jointes à elles, oa de quelques mauvaises récoltes successi\es, du bas prix du café, etc., e.l qui, malj^ré tous les efforts qu^elles font pour arriver à rextinctioa de leur dette, ne peuvent y parvenir, mais on ne peut pas plus que les autres les appeler esclaves. Quand le pauvre fermier irlandais ne peut payer ses dettes, on lui saisit jusqu^au dernier lambeau de ses vêlements, on le précipite dans la misère, on Texpose en proie à la faim et à la froidure. Au Brésil, au contraire, le colon fortement obéré conserve encore toujours son logement, sa nourriture, ses vêtements, et il n^a que son travail personnel pour balancer ses dettes. Je crois que même dans de telles circonstances le pauvre colon du Brésil est encore infiniment mieux que dans son pays, où, au milieu des plus durs travaux, il ne gagne qu*à peine son pain quotidien, à peine de quoi avoir un peu de bois pour se garantir du froid durant rbiver.

Aux Etats-Unis on vous débarque les émigrants sur le quai de quelque port où ils restent abandonnés à eux-mêmes* Les horribles mystères qui s'y passent sont pour la plupart couverts d'un voile épais; personne ne dit mot des milliers de victimes qui succombent à la faim et à la misère* Us sont dans un pays dont le principe dominant est: „ Aide-toi toi-même et Dieu t'aidera!^ Aucune réclama-r lion ne nous parvient de ces contrées, parce que chacun sait qu^aucnn Gouvernement ne lui paiera ses dettes. Mais au Brésil, où malheureusement Tesclavage n''est poinL encore aboli, les colons qui, par des engagements trop légèrement contractés, se trouvent quelquefois leurrés, se sont emparés du mot y^esclavage^ et l'ont fait retentir mille fois sur tous les tons dans la mêre-patrie où il a trouvé un écho favorable. Si les mêmes individus se trouvaient, munis des mêmes contrats et dans des circonstances absolument identiques, à Port- Natal, à la Nouvelle- Hollande ou en Californie, il est certain qu*il ne viendrait a Tidée.de par un d'eux de dire qu'il gémit dans Tesclavage.

On dit: „Les colons sont vendus comme des esclaves.^ Le S 10 du contrat porte: ,)La compagnie Yergueiro peut céder et transporter ce contrat avec toutes les obligations y contenues à tout autre propriétaire quelconque, supposé que le colon n^ait aucun juste motif, ni aucune raison fondée de ne pas entrer à son service.^

La maison Yergueiro a fait une affaire industrielle de transporter des colons dans la province de l^ao Paulo« Les colons savaient avant de signer le contrat que la maison Yergueiro avait le droit de lea céder à d^autres propriétaires. Ils n'ont donc aucun droit de s'en plaindre , et cela (fautant moins que dans la majeure parité des autres colonies^ les colons se trouvent dans un état beaucoup plus prospère que dans celle dite Fatenda Ibicaba de la maison Yergueiro et Comp.

Les colons se plaignaient enfin de ce que quand, en mourant, les parents laissaient des dettes, les enfants tombaient dans Tes-" clavage des Fazendeiros, et c''est ce que Pou a cru généralement en Saisse. Cette plainte n^était pas absolument dénuée de fondement. Il est arrivé des cas où, après la mort des parents, les propriétaires s^appuyant sur le principe de solidarité, les enfants mineurs ont été rendus solidaires des dettes de leurs parents. Mais cela n'était qu^une suite de la négligence impardonnable des autorités. Aucun orphelin de colon n'avait de tuteur. J'ai donc exigé dans tout le cours de mon voyage des juges tutellaires (juizes des orpkaoes) qu'il fût immédiatement nommé des tuteurs aux orphelins, ce qui dans la plupart des cas a eu lieu encore durant mon séjour au Brésil. Je les ai rendus attentifs qu'il était de leur devoir de faire comprendre aux propriétaires que malgré la responsabilité solidaire stipulée dans les contrats les enfants mineurs jouissent du droit de bénéfice d^inventaire. J'ai également expliqué aux colons comme quoi les enfants orphelins ne sent pas solidaires des dettes de leurs parents, ce qui les a fort tranquillisés* J'ai demandé qu'il fût nommé des tuteurs non-seulement à tons les orphelins des colons suisses d^origine, mais encore à ceux des autres nations, et à mon retour à Sao Paulo j'ai rendu le gouverneur de la province attentif à la négligence commise jusque là par les autorités. Il me promit de faire incessamment parvenir un office circula*ire à tons les juges tutellaires et de leur recommander sérieusement la ponctuelle observation de leurs devoirs.

Ce qui m'a étonné, c'est que^ dans le voyage qn'ijs ont fait aux fins de dresser des enquêtes, les deux commissaires impériaux n'aient pas fait la moindre attention aux orphelins.

Le dernier, le Dr. Mackado Nunes^ ne fait pas non plus mention dans son rapport d'une plainte énoncée presque généralement par les colons, savoir la privaiion d'églises et d^ écoles. Cette plainte m'a viTement préoccupé pendant tout le cours de mon voyage, sans tjue pour cela j'aie pn réussir jusqu*ici à imaginer un moyen d'y remédier efficacement, vu que, comme Votre Excellence s'en convaincra, des circonstances contraires s'opposent à une heureuse solution de cette question* Les colons se composent: a. de catholiques de langue attemaDde, 6. de protestants de langue allemande, c. de catholiques de langue française, d. de quelques protestants de langue française. En général ces cotons entendent fort peu le portugais; les femmes cependant le parlent plus couramment que les hommes; les enfants en revanche parlent en général couramment la langue du pays. Les colons d'un certain âge ne peuvent conséquemment fréquenter le culte catholique portugais, mais bien leurs enfants. Les colons sont disséminés par groupes sur une étendue d^environ 45 lieues de long sur 25 de large. Ce n'est qne sur deux points, a Sao Laurenzo et a Ibieaba^ qu'on les rencontre groupés en plus grand nombre.

Les colons sont éloignés des villes de 1 à 7 ou 8 lienes. L« jeunesse calholique qui entend le portugais se trouve donc précisément dans la même position que le propriétaire et sa famille; si la distance n'est pas trop grande, elle peut aller à Foffice tous les dimanches*

Pour tenir compte de tous les besoins, il faudrait pouvoir installer un prêtre catholique parlant Tallemand, un pasteur protestant parlant Tallemand, et un prêtre catholique parlant le français; mais comment les répartir quand on considère la vaste étendue sur laquelle les colons se trouvent disséminés? Il y a par exemple un groupe d*Obwaldois à Jundiahy, un second a quelque trente lieues de là près de Sao Joao do Rio Claro« Une poignée de protestants près d'Amparo, une autre à 10 lieues de distance, près de Campinas^ puis à

10 eu 12 lieues plus loin une troisième encore près de Limeira. Chacun de ces groupes est trop peu nombreux pour qu^il fût possible de salarier un ecclésiastique uniquemment pour chacun d'eux. Il est en outre très difficile de trouver des ecclésiastiques convenables. Dona . Francisca , Sao Paulo et Petropolis prouvent surabondamment combien est grande la difficulté.

Quelques propriétaires se sont efforcés de remédier en quelque sorte à cet inconvénient; c'est aio;si que le commandador Queiros Telles a fait venir une fois un prêtre catholique allemand pour ses Obwaldois. Le propriétaire, Luciano Texeira, a appelé plusieurs fois un prêtre français de Itu. Mais ces cas sont si fort isolés. Ils arrivent si rarement qu'ils prouvent plus en faveur de la bonne volonté de quelques propriétaires qu'ils ne satisfont d'une manière tant soit peu satisfaisante à un besoin profondément senti. -

Un pasteur protestant allemand de Sao Paulo a fait l'année dernière la tournée des colonies; il a prêché, baptisé, confirmé et béni des mariages. Cette tournée a réagi avantageusen^ent sur les colons, et si l'on pouvait arriver à ce qu'un ecclésiastique protestant renouvelât deux fois Tannée ces visites pastorales, on pourrait se flatter d'avoir atteint tout ce que dans ces conjonctures exceptionnelles il est raisonnablement possible d'exiger* Par là les colons ne seraient pas du moins entièrement privés des consolations de la religion. Un plus long séjour dans le pays familiarisera toujours davantage les colons avec la langue dominante; c'est pourquoi ceux de la confession catholique sont moins à plaindre que les autres, d'autant que, comme nous l'avons remarqué plus haut, les plus jeunes parlent déjà tous courramment la langue portugaise.

La même difficulté s'oppose également à l'établissement d^éeples.

11 n'est pas possible de nommer un régent pour chaque petit groupe de 3 à 4, et au plus de 10 à 12 familles. Qui se chargerait de le salarier, et où trouver des individus capables? Dans plusieurs Fazendas

00 a déjà à différentes reprises tenté d'oavrir des éeoles, maïs presque clMiqoe fois elles ont été abandonnées fante d'institntears.

Les colons protestants de deux Fazenda se sont plaints à moi d'être obligées d*enterrer leurs morts dans un pâturage où tôt après les bestiaux paissaient sur leurs fosses. Je leur ai répondu que s'ils voulaient honorer leurs morts, ils n^avaient qu'à fermer d'une clfttoro un certain espace du pâturage, le tenir propre, relever la terre des fosses et les soigner, ce dont ils obtiendraient immédiatement Tantorisatiott do Fazendeiro. Ils me répondirent „ qu'ils n'y étaient pas obligés.^ Sans doute ils ne le sont pas, mais ils auraient bien le temps de le faire. S'agit-il de se plaindre, on les trouve tonjonrs prêts.

Les incitations systématiques qui partaient en partie de Rio^ en partie de la ville de Sao Paulo , et qui entretenaient une grande agitation parmi les colons, ont fait bien du mal; elles continaent encore à l'heure qu'il est et viennent presque exclusivement d'un cer* tain J. J. Oswald, d^Arbon, qui fait dans la ville de Sao Pavlo commerce de clavecins. Heureusement que quelques hommes calmes. Allemands d'origine, font tous leurs efforfs pour paralyser cette influence maligne.* L'opinion qu'ont les colons, et que déjà j'ai mentionnée plus d'une fois, qu'il faut que Ton acquitte leurs dettes, est principalement entretenue par cet homme qui porte parmi eux le titre de vice-consul.

Durant mon voyage j'ai été partout accueilli de la manière la plus prévenante par les autorités impériales* Elles m'ont accordé avec tous les égcrds possibles l'assistance qde j'en ai exigée, ce qai surtout était très important pour la nomination de tuteurs*

Je ne puis que donner les mêmes éloges aux propriétaires. Il m'ont accueilli avec l'hospitalilé et la franchise bien connues qui caractérisent les Paulista; ils ont mis à ma disposition avec le plus grand empressement la comptabilité des colonies et tous les antres documents pour que j'en prisse connaissance.

Monsieur «/ose Vergueiro, chef de la maison Yergueiro et Comp., fait seul exception. Comme j'ai déjà eu Thonneur de vons l'annoncer dans ma dépèche n^ 5 datée de Sao Paulo j il m'a refusé de la.ma- * nière la plus péreroptoire tout accès dans sa Fazenda en mon caractère officiel et aux fins de procéder à une enquête des rapports coloniaux de cet établissement. Je l'invitai à me communiquer son refus par écrit. Je reçus â Rio Claro une lettre du 3 Août, dans laquelle Hr. José Yergueiro me déclarait qu'il envisageait ma visite dans sa colonie comme inutile; qu*il craignait que les colons ne recommençassent à s'agiter, et qu'avec la meilleure volonté do monde' il ne serait pas en mon pouvoir de les réprimer. Il ajoutait qu'il ne pourrait m'en permettre l'accès qu'à la condition qu'il se trouverait

lui-même à sa Faisenda, qu^en tout cas il y arriverait vers la fin dm mais dAoût. rai lien de croire que celte lettre n'était pas aÎDCèré, attendu qu' à mon retour des districts coloniaux je quittai Sanîos le 6 Septembre et que M. José Yergneiro se trouvait encore dans cette ville. Je répondis à la lettre de M. Vergueiro après avoir visité la plnpart des colonies ^que dans tontes les colonies où j'^avais procédé à une enquête, les Suisses s^étaient comportés tranquillement et avec bienséance et que chaque Fazendeiro pouvait leur rendre le témoifsage qu^ils n'*avaient pas émis des exigences exorbitantes. Qae B''étant pas à présumer que les colons suisses de ses Fazendas fussent plus méchants ni plus revéches que dons bien d^autres de la province, je regrettais dans son propre intérêt la mesure à laquelle il s^étnii arrêté et que je ne trouvais nullement justifiée*''

Son Excellence Monsieur le Ministre de Tlntérieur m^olfrit il y n quelques jours de déléguer incontinent un commissaire impérial mnei des pleins-pouvoirs les plus étendus à Ibicaba, la Fazenda des mai-» sons Vergueiro et Comp., pour prouver à M. Josô Vergueiro qn** en t0Bt temps il ait à se soumettre à une enquête officielle. Pour to moment je ne trouve pas que cette mesure soit encore annoncée.

J'ai Phonneur de transmettre ci-joint à Votre Excellûnce copie d'*un mémoire sur Fenquête que j'ai dressée des colonies de la provience de Sao Paula^ mémoire que j''ai envoyé au gouvernement impérial. *) Il contient :

1. les raisons pourquoi la colonisation, d'après le système de moitresse adopté, ne saurait prospérer dans la province de Sao Paulo\

2. rétat des colonies dans cette province, dans lesquelles ils se treouve des Suisses moitressiers ;

3. les mesures que, d'après mon opinion, le gouvernement impérial aurait à prendre pour affranchir de leur position malheureuse un certain nombre de familles qui, sous le poids des circonstances actuelles, ne sauraient se libérer.

Votre Excellence trouvera dans le rapport que je lui soumets et dans le susdit mémoire quelques différeq^ces malgré que je suive la même marche et que je discute les mêmes points. J^étais obligé d''appuyer'plus fortement auprès du gouvernement impérial sur les points qui découlent plus particulièrement de Tétat des choses et des circonstances inhérents au Brésil, tandis que je suis forcé d^exposer sans fard la vérité sous les yeux, du haut Conseil fédéral el de lui mettre à découvert les vices radicaux de ce système qui malbeoreusement ont pris leur origine en Suisse. Je n'ai fait qn'in-.

* Voir page 36 ci-après.

éiqnfiT légèrement au go u ver netnent impérial les points c^ai auraieot espogés nos compalriolea sous un jour par trop défavorable.

1* WéC» causes pourquoi le systèaie moitressier ne pon« wmH pas en nénéral être couronné d'un heureux sucifDès sont les suivantes :

i. Les avances obtenues par les colons^ surtout r argent avancé sous forme de prêts par les communes pour couvrir les frais de voyage.

Je ne sais pas au juste qui le premier a eu la malheureuse idée de faire de pareilles avances aux émigraats. Celle mesure a eu pour les colons les suites les plus funestes , surtout de la manière dont elle a été exécutée par plusieurs communes de la Suisse. Il et stipulé dans les contrats une garantie solidaire en partie en faveur des avances faites par les communes, en partie pour celles qu'a faites la maison Vergueiro et Comp. Ainsi donc des enfants mineurs sont rendus solidaires de dettes contractées par leurs parens , de dettes qui devront être acquittées au moyeu du travail personnel» Quand p. ex. un enfant mineur, a reçu de sa commune une avance ascendant à 194 francs , il n'^est pas garant de cette somme seulement, mais pour autant de fois 194 francs qu' aura reçu chacun de ses frères et sœurs en bas-âge, et pour autant de fois 280 francs que chacun de ses frères et sœurs nubiles , que son père et sa mère ont reçus.

Lors même qu^il est admis en droit civil qu^un tuteur , soit le père, comme tuteur naturel de ses enfants, peut contracter des dettes pour son pupille, la loi n*a pu comprendre par là autre chose sinon que cette obligation ne s'étend qu'aux dettes faites dans Fintérèt du pupille , respectivement de ses enfants, mais non que ce pupille puisse, durant sa minorité , être rendu solidaire db dettes contractées pour d'autres. C'est en se fondant sur cette solidarité que plusieurs Fazendeiros ont rendu les orphelins responsables des dettes de leurs défunts parents, et ils les auraient ainsi plongés pour une longue suite d'années dans une positiop très-pénible, si je n'avais pas eu soin que des tuteurs leur fussent donnés, par l'organe desquels ils puissent recourir au bénéfice de la loi qui les autorise à résigner la succession.

liais les communes sont encore allées plus loin. Pour se 4ébarraaser d'individus incapables , elles les ont adjoints ou répartis à d'antres familles, et bien que les contrats de traversée stipulent expressément que les malades, les aveugles, les muets, les imbécilles, les personnes figées dé plus de 60 ans ne seront point admis , les communes n'en ont pas moins expédié des vieillards , des infirmetf.

4cs mnels, de8 inbéciltes, des aveof^ies et des estropiés. Elles ont également renda solidaires des dettes contri^ctées, des individus assistés da fonds des pauvres, d'autres dont on ne pouvait supposer aaciine capacité d^action, qui, par conséquent^ n''étaient pas citoyens actifs, étaient inhabiles î contracter, même elles les ont en plus d''nn cas fait signer les contrats.

C^est de ce procédé condamnable qu'a surgi pour un grand nombre de familles une misère qui n'a pas de nom. Les personnes' ^ adjointes, qui pour la plupart étaient déjà dans leur partie des êtres entièrement incapables, si elles élaient jeunes, prenaient d'ordinaire la fuite, on ne travaillaient absolument point, d'*autres sont mortes et d*antres encore traînent une vie languissante et se meurent lentement. Les dettes de Ions ces gens-là pèsent pour la plupart sur des familles déjà écrasées du poids de leurs propres dettes.

Dans d'autres cas, c'est la famille toute enlière qui est éteinte et sa dette considérable oppresse un malheur qu'on lui avait adjoint. Ce n'est que quand on s*est convaincu par ses propres yeux, qu'on a approfondi ce système tf adjonction que Ton reconnaît la manière révoltante avec laquelle on y a procédé et comme il rend impossible pour une longue série d'années à un grand nombre de familles tout moyen de prospérer.

Plusieurs communes des Cantons d'Unterwalden, de Glaris, des Grisons et d'Argovie se sont distinguées dans cette voie d'une manière déplorable.- L'histoire de la civilisation n'a certes que peu d'exemples à citer que des préposés de communes se soient «enduits envers leurs concitoyens d'une manière aussi dénaturée, aussi indigne. En bien des cas les avances n'ont été faites aux émigrants qu'à la condition qu'ils emmèneraient avec eux des individus qu'on lepr adjoindrait» Un Unterwaldois m'a protesté qu'on ne lui avait laissé d'autre alternative que d'emmener une adjointe ou d'aller à la maison de force. Un autre colon m'a dit qu'il n'avait appris qu'après soA embarquement, quand on lui remit son contrat qu'il avait une adjointe; on promit à un autre que Ton donnerait à ses vieux parents, incapables de travail, des contrats particuliers, et néanmoins ils furent compris dans le sien. Pour ne pas entretenir à la maison du fonds des pauvres des vieillards qui n'avaient plus que quelques années à vivre, on les a exposés à un voyage lointain par mer, à un voyage par terre extrêmement pénible et aux influences d'un climat auquel ils n'étaient point accoutumés ; on a expédié avec des avances des gens à moitié aveugles et dont on pouvait prévoir la cécité absolue, on a adjoint des individus complètement aveugles, on a expatrié une veuve Agée avec un fils rooet et des petits-enfants mineurs ; bref on a commis une mnliitude d'actions qui insultent à- toute justice, à toute équité et qui peuvent à bon droit servir de pendant à la traite des noirs ; aussi les plainte»

des €oioD8 se répaodent-elles bien. plus amèrement contre leurs communes d^origine que contre Tétat des choses brésilien.

Les propriétaires qui, par le canal de la maison d^immigration Yergueiro et Cie. ont reçu des colons, ont été trompés par les communes qui leur ont envoyé des individus tellement incapables. Ils ont dft débourser de fortes sommes pour des personnes dont ils ne sauraient jamais attendre le moindre travail personnel, ni par conséquent le remboursement de leurs avances. On a p. ex. envoyé outre mer des valétudinaires et des ivrognes pour lesquels le Fazendeiro a dû payer 4 - 5000 francs de frais. Dans les premières années ces individus ont considérablement augmenté leurs dettes par la délivrance des vivres qui leur a été faite, et ils n''ont même jamais travaillé do manière à couvrir les intérêts du capital. Les enfants capables de travail qu'ils ont emmenés avec eux s''en sont enfuis, et le propriétaire perdra par le décès de ces gens-la la totalité de ses avances. Il y a quelques Fazendeiros qui ont perdu de cette sorte passé 15,000 francs.

Plusieurs propriétaires m^oot dit franchement: ^Le Gouvernement de la Suisse fait procéder à des enquêtes dans nos colonies pour savoir si nous remplissons ponctuellement les clauses de nos contrats, et nous allons au-devant de tout ce qui peut faciliter ces enquêtes, mais, de notre côté, nous avons^^a^ssi le droit de réclamer contre les communes suisses, parce que ,par Tenvoi de la partie la plus infirme de leurs ressortissants, elles nous ont leurrés. D'autres disaient d'un air goguenard que certaines communes devaient avoir à présent bien belle apparence, attendu qu^elles s'étaient nettoyées par Teavoi de lenrs rebuts.

Votre Excellence comprendra facilement que de telles observations, qui trop souvent, par malheur, sont fondées sur la vérité, contribuaient à rendre ma mission qui déjà est bien assez diflTcile, encore plus amère«

Les communes intéressées peuvent encore à préseqt remédier en quelque sorte au tort qu^elles ont eu, en abandonnant aux colons une partie de la dette qu'ils ont contractée envers elles. Ce rabais à Tépoque de la liquidation de la dette avec la maison Yergueiro et Cie. qui a avancé comptant cet argent, serait restitué aux propriétaires et par eux, il en serait tenu comptes aux colons respectifs. Par là nos compatriotes reprendraient courage et en peu de temps il leur serait possible de se libérer du poids accablant de leurs dettes.

J''ai communiqué à cet effet aux gouvernements cantonaux intéressés les indications détaillées nécessaires et les ai priés, au nom des colons ressorlissanis des dits Cantons, d'intercéder auprès des communes aux fins d'en obtenir ce rabais* Au nom des cotons j^adresse aussi au hani Conseil fédéral la prière de vouloir bien s^ntremettre en leur faveur en appuyant vigoureusement leur demande» Les colons ont mis leur

dernière ecpérance en mon voya^ et en non rapport; ils savcai^ne si celte fois aocnn secoors ne lenr arrÎTe, ils n*aaront pins jaaais ticA i espérer.

Puisse lenr espérance ne pas être dcçne!

la meilleure preuve ^ne tant de colons ne sont si fort endettés que parce qu'ils ont reçu des sTances de lenr commune d^ori^ne, c'est que pre.que tous ceux qui n'eu ont point obtenu se sont déjà libérés depuis une couple d'années. Tous ceux qui tmvaîllent aux routes, qui ont fait la trarersée an moyen d^avances du çouTememeni Impérial et ceux'ci à qui, pour des circonstances particulières, on n relicbé une parlîe de leurs dettes, possèdent à présent sans exception aucune un petit pécule; plusieurs d*entre eux se sont même déjà acquis une jolie fortune, car dans la province de Sao PatUo iaui homme iah^ rieux tt rangée qui n*y arrive pas trop chargé de délies trouve i ligner de Targent et à faire forfone.

Je ne saurais passer ici sons silence un grave inconvéaient résultant de la garantie solidaire: quand le fils nubile d^nn colon veut se marier, il est obligé de se charger de sa qnote des dettes du père; si les circosstances dans lecqnelles se trouve la flancée sont identiques, elle en fait autant. Ce jeune couple entre ainsi en ménage avec des dettes qui s^augmentent encore considérablement, vn que, avant qn^ii puisse faire une première récolle sur le plantage qui lui esl assigné, il est obligé de se pourvoir de vivres auprès do propriétaire. Au bout de l'an il y a d'^ordinaire un enfant aux soins duquel la mère doit se vouer, Thomme alors resté seoT pour travailler et peut à peine alors diminuer S9s dettes.

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