ARRÊT DE LA COLONISATION
Frontenac, homme de tête, actif, énergique, avait été nommé gouverneur à la place de Courcelles. Il débarqua à Québec en septembre 1672. Ses instructions lui prescrivaient de s'occuper avant tout de l'augmentation de la colonie, de pousser les habitants à la culture et au défrichement des terres (1). Malheureusement Frontenac était plutôt soldat qu'administrateur. "Il rêve", dit Salone, "d'une grande France qui atteigne dans l'intérieur des terres aux limites extrêmes du continent; il lance à sa conquête les explorateurs et les coureurs des bois. Mais s'inquiète-t-il, si ce n'est qu'en passant, de la multiplication des familles, des progrès du défrichement, du développement économique, sur le sol de cette petite France qui est déjà fondée aux bords du St-Laurent" (2).
Peu encouragée par le nouveau gouverneur, la colonisation l'est encore moins par le roi qui vient pourtant de supprimer la compagnie des Indes Occidentales pour prendre la Nouvelle-France sous sa protection immédiate Mais il est en guerre avec la Hollande, l'Espagne, l'Empire; le trésor est épuisé; aussi Colbert écrivant à Frontenac, le 13 juin 1673 (3), l'avertit que "le roi ne pourra guère donner d'assistance au Canada cette année à cause des grandes et prodigieuses dépenses que Sa Majesté a été obligée de faire". Le résultat c'est que l'immigration est presque arrêtée.
Heureusement que la fécondité de la race est toujours la même; d'après les tables dressées par l'abbé Tanguay (4), l'excédent des naissances sur les décès se chiffre annuellement, de 1670 à 1680, entre 300 et 400 âmes. En 1670 le roi avait accordé une pension de "trois cents livres aux habitants qui auraient dix enfants vivants, non prêtres, religieux, ni religieuses" et quatre cents livres à ceux qui en auraient douze; de plus, il ordonnait qu'il fut payé à tous "les garçons qui se marieraient à vingt ans et au-dessous et aux filles à seize ans et au-dessous, vingt livres chacun au jour de leurs noces" (5). Aussi l'on se marie très jeune et les familles de dix et douze enfants ne sont pas rares sur les rives du St-Laurent (6).
Malgré tout, le recensement de 1673, qui indique un total de 6,705 âmes, cause une surprise au roi (7). De même en 1676, il écrit à Frontenac qu'"il ne peut se persuader qu'il n'y ait que 7,832 âmes en Canada, en ayant fait passer un grand nombre depuis quinze ans" (8).
(1) — Documents historiques. Nouv.-France, Vol. I, p. 12.
(2) — La colonisation de la Nouv.-France, p. 227.
(3)— A.C. reg. des dép. Vol. 5, fol. 25.
(4) — A travers les registres, p. 63.
(5) — Edits et Ordonnaces, Vol. I, pp. 67 et 68.
(6) — Il y a beaucoup de familles dans ce pays chargées de 10, 12, 13 et jusqu'à 14 et 15 enfants, qui mériteraient que le roi leur accordât quelque gratification, dont il me semble qu'il faudrait excepter celles qui envoient dans les bois au préjudice des défenses de Sa Majesté. Duchesneau à Colbert, 10 novembre 1679. A.C.C.G., Vol. 5, fol. 32.
(7)— Colbert à Frontenac, A.C. reg. des dép. 17 mai 1673. Vol. 6, fol. 22.
(8)— A.C. rég. des dép. 16 avril 1676, Vol. 7, fol. 15.
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Il charge Frontenac de contrôler le recensement que prépare le nouvel intendant Duchesneau et lui recommande d'avoir pour maxime qu'il "vaut mieux occuper moins de pays et le mieux peupler que de s'étendre davantage et avoir des colonies faibles qui peuvent être facilement détruites par toutes sortes d'accident".
Nouvelle surprise du roi, lorsqu'il constate que le recensement de 1676 n'indique que 8, 415 âmes, "il faut bien y croire", ajoute-t-il (1). En 1681, il y a 9,677 âmes dans la colonie et 10,251 en 1683, 10,725 en 1685 (2). Ainsi en douze ans, de 1673 à 1685, la Nouvelle-France a gagné à peine 4,000 âmes (3). Louis XIV a raison d'être surpris; l'état de la population ne répond pas au chiffre de l'accroissement naturel. Il y a déperdition quelque part. Cette déperdition est causée par le recrutement des coureurs des bois pour le commerce des fourrures.
Les coureurs des bois.
La traite des fourrures avec les Indiens avait toujours été la grande pourvoyeuse de la colonie. Dans les commencements, elle se faisait dans les villes de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec, où les traitants allaient rencontrer les sauvages, la crainte de l'Iroquois les empêchant de s'éloigner des habitations. Mais une fois la hache de guerre enterrée, la course des bois s'organisa et les colons amateurs d'aventures entreprirent d'aller à la rencontre des naturels dans les bois, sur les rivières et même les relancèrent jusque dans leurs lointaines bourgades (4). Les chefs de ces coureurs des bois furent un certain nombre de gentilshommes, parmi lesquels six ou sept officiers du régiment de Carignan; pauvres et besogneux, hors d'état de tirer de leurs seigneuries un revenu appréciable, "ces gentilshommes résolurent de s'emparer du commerce des fourrures et d'y associer les fils des habitants que la nécessité contraignait à rechercher ailleurs que sur leurs terres à peine ouvertes un supplément de ressources (5). Le mode d'engagement le plus ordinaire parait avoir été celui-ci: le gentilhomme ou le marchand fournissait la cargaison, les marchandises destinées aux sauvages; les coureurs des bois de leur côté, équipaient leurs canots, pourvoyaient à leur propre entretien le long de la route, supportaient toutes les fatigues de l'expédition, et au retour de leur
(1)— A. C. rég. des dép. Vol. 7, 1677. fo. 1.
(2)— Recensement du Canada, 1870-1871, Vol. IV, pp. 11, 14.
(3)— En 1673, 6, 705 en 1685, 10,735.
(4)— Gérin, M.S.R.C. 1896. Sect. 1ère, p. 86.
(5) — Plusieurs des gentilshommes, officiers réformés et des seigneurs des terres, comme ils s'accoutument à ce qu'on appelle en France la vie de gentilhomme de campagne, qu'ils ont pratiquée euxmêmes ou qu'ils ont vu pratiquer, font de la chasse et de la pêche leur plus grande occupation et parce que dans leurs vivres et pour leur habillement et celui de leurs femmes et de leurs enfants, ils ne peuvent se passer de si peu de choses que les simples habitants, et qu'ils ne s'appliquent pas entièrement au ménage à faire valoir leur terres, ils se mêlent de commerce, s'endettent de tous côtés, excitent leurs jeunes habitants à courir les bois et y envoient leurs enfants afin de traiter de pelleteries dans les habitations sauvages et dans la profondeur des bois au préjudice des défenses de Sa Majesté et avec tout cela, ils sont dans une grande misère. (Duchesneau à Colbert, 10 nov. 1679). A.C.C.G., Vol. 5, fol. 32.
voyage, qui durait parfois une année, ils recevaient pour tout salaire la moitié des fourrures qu'ils avaient amassées" (1).
Le nombre des coureurs des bois augmenta rapidement. Duchesneau le porte à 800 en 1680 (2). On comprend tous les désordres qui résultaient d'un pareil état de chose.
Les familles se dégarnissaient d'enfants, les travaux de l'agriculture étaient désertés; les coureurs des bois interceptaient les canots des Indiens, les empêchaient de se rendre aux marchés naturels, et trafiquaient l'eau-de-vie pour la fourrure (3).
Des fonctionnaires importants, le gouverneur lui-même (4) sont accusés par Duchesneau d'encourager les coureurs des bois; l'établissement du fort de Cataracoui, en 1673, élevé dans le but évident d'étendre le commerce des fourrures, (5) la retentissante querelle de Frontenac avec Perrot, gouverneur de Montréal, à propos de ce poste, semblent donner raison à Duchesneau contre Frontenac qui, dans de longues lettres à Colbert, proteste de son innocence (18). C'est avec l'assentiment de Frontenac que La Salle, devenu propriétaire de Cataracoui, s'enfonce dans l'intérieur des terres, construit successivement les forts de Niagara, de Miamis, de Crevecœur, de St-Louis et de Prudhomme. Pendant ce temps, Duluth associé lui aussi de Frontenac, bâtit le fort Kaministiquia (1678), celui de la Tourette (1683), sur le lac Nipigon et le fort St-Joseph, à l'entrée du lac Huron, dans la rivière Ste-Claire. "Ces forts, dit Gerin, qui permettaient d'accumuler à de grandes distances, les approvisionnements, les munitions, les marchandises et les pelleteries, reculèrent indéfiniment les limites possibles de la course des bois" (6).
(1— Gérin, M.S.R.C, 1896. Sec. 1ère, p. 83.
(2) — Il y a 800 personnes au plus dans les bois, quelque chose qu'en vous mande au contraire et je n'en ai pu savoir le nombre au juste parce que tous ceux qui sont intéressés avec eux les cachent (Mémoire de Duchesneau à Colbert, 13 nov. 1680.) A.C.C.G., Vol. 5, fol. 161.
(3) — Souvenez-vous, s'il vous plaît, Monseigneur, écrit Duchesneau, que l'année devant celle de mon arrivée en ce pays, on s'était plaint que la grande quantité de monde qui allait traiter des pelleteries dans les habitations des sauvages ruinaient la colonie parce que ceux qui pouvaient seuls la faire valoir étant jeunes et ayant la force de travailler, abandonnaient leurs femmes et leurs enfants, la culture des terres et le soin d'élever des bestiaux; qu'ils se débauchaient, que leur éloignement donnait lieu au libertinage de leurs femmes, comme il est arrivé fort souvent, comme il arrive encore tous les jours, qu'ils s'accoutumaient à une vie fainéante et vagabonde, qu'ils ne pouvaient plus quitter; qu'ils profitaient peu de leurs peines parce qu'on leur faisait même consommer en ivrognerie et en beaux habits le peu qu'ils gagnaient qui étaient bien modiques, ceux qui leur donnaient les congés en ayant la meilleure part, outre le prix des marchandises qu'ils leur vendaient bien cher et que les sauvages n'apporteraient plus leurs pelleteries en si grande abondance pour traiter avec les bons habitants, si un grand nombre de jeunes gens les allaient enlever jusque chez les barbares qui nous méprisaient par la grande avidité que nous en témoignions avoir. Duchesneau à Colbert, 10 nov. 1679. A.C.C.G., Vol. 5, fol. 32.
(4) — Sur toute l'affaire des coureurs des bois et sur la protection que j'ai écrit les années dernières que M. de Frontenac leur donnait en même temps de l'intérêt qu'il avait avec eux, je n'ai pu me dispenser de le faire, puisque ce que j'ai mandé sur ce sujet n'a pas été avancé avec inconsidérations et que j'en ai envoyée les pièces justificatives et que ce qu'a fait encore cette année M. le gouverneneur,et que je vous expliquerai dans la suite vous convaincra que l'affaire des coureurs des bois était la sienne. (Duchesneau au marquis de Seignelay, 13 nov. 1681.) A.C.C.G., Vol. 5, fol. 230.
(5) — Le fort de Cataracoui a été établi en l'année 1673 par M. le comte de Frontenac en apparance pour la sûreté du pays, mais en effet pour faire la traite avec les Iroquois, pour servir de refuge et d'entrepôt aux coureurs de bois répandus dans toutes les nations Outaouaises et pour lier un commerce de castors avec les Hollandais et les Anglais, d'Orange et de Manatte. Mémoire adressé à Messieurs les Intéressés en la Société en commandite de la Ferme et commerce du Canada. Arch. Prov. Man. N.-France, 2ème série. Vol. II.
(6)— M.S.R.C, 1896. Sect. II, p. 86.
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Comment réagir contre les coureurs des bois. On s'y emploie de diverses manières. Il serait fastidieux d'énumérer les ordonnances que l'on fait contre eux, à partir de 1672 (1). En somme la répression est plutôt molle. "Si elle devient trop rigoureuse, ne reste-t-il pas aux coureurs des bois un moyen d'échapper. Ils n'ont qu'à ne pas revenir dans la colonie, qu'à se rendre indépendants. Quant à leurs pelleteries, ils savent que les colonies anglaises les réclament (2). Louis XIV se résigne à pardonner, à proclamer une amnistie plénière avec un si complet effet rétroactif qu'elle fait rembourser les amendes (3) . "Comme il importe moins d'empêcher la traite que de restreindre le nombre des traiteurs, on imagine le système des congés" (4). Ces congés sont une permission accordée chaque année à vingt-cinq canots équipés de trois hommes chacun, d'aller traiter avec les sauvages. Ils sont donnés, moyennant une solde de 250 livres, à des gentilshommes pauvres, à des veuves qui peuvent les trafiquer à des voyageurs. Le revenu de la vente de ces congés allait partie au Trésor et partie en gratification aux familles des officiers besogneux (5). Les coureurs des bois n'en continuèrent pas moins leur trafic illicite.
Nous verrons bientôt qu'ils mirent de nouveau la colonie aux prises avec les Iroquois et l'entraînèrent peu à peu dans la lutte avec les colonies anglaises.
La conséquence immédiate de ces courses lointaines qui se prolongent parfois au-delà de trois ans, c'est que la population augmente à peine, c'est que les terres ne se défrichent pas (6). On reste étonné de constater par le recensement de 1685 qu'il n'y a dans toute la colonie que 24,390 acres de terre en culture (7). C'est à peine ce que renferme une de nos bonnes paroisses d'aujourd'hui.
En 1672, le roi par arrêt du conseil d'Etat (8), avait réduit de moitié les seigneuries qui n'avaient pu être défrichées, à cause de leur trop grande étendue. En 1675, il réitère le même arrêt (9). Enfin en 1679, il constate d'après la déclaration de Duchesneau "que la plus grande partie des concessions faites en Canada était demeurée inutile aux propriétaires, faute d'hommes et de bestiaux pour les défricher et les mettre en valeur". En conséquence. Sa Majesté déclare le quart
(1)—Edits et Ordonnances, Vol. I, p. 86, 105, 230, 248.
(2) — Les Anglais font valoir le castor qu'on leur porte à Orange et ailleurs plus d'un tiers qu'au bureau de la Ferme de Votre Majesté et qu'ils le paient ordinairement en piastres, sans faire toutes les destinctions qu'on apporte ici, et que lorsqu'on veut de la marchandise, ils en donnent meilleur marché de moitié que nos marchands. (Frontenac à Louis XIV, 2 nov. 1681. A.C.C.G., Vol. 5, fol. 269.
(3)— Edits et Ordonnances, Vol. I, p. 240.
(4) — Salone, Colonisation de la Nouvelle-France, pp. 259-260.
(5) — Ordonnance du 2 mai 1681, Collection Moreau de St-Méry, Vol. 178.
(6) — Quant aux laboureurs qui s'appliquent avec assiduité à la terre, non seulement ils subsistent fort honnêtement, et sont sans comparaison plus heureux que ceux qu'on nomme en France les bons paysans, mais comme les esprits de ce pays prennent aisément l'essor et qu'ils ont beaucoup de l'humeur sauvage qui est légère, inconstante et ennemie d'un travail assidu, voyant la liberté qu'on prend si hardiment de courir les bois, ils se débauchent avec les autres et vont chercher des pelleteries pour avoir moyen de vivre, sans rien faire et c'est d'où vient que les terres ne se défrichent pas, que les bestiaux ne se multiplient point comme ils devraient et qu'on ne peut établir ici aucune manufacture. Duchesneau à Colbert, 10 nov. 1679. A.C.C.G., Vol. 5, fol. 32.
(7) — Recensement du Canada, 1871. Vol. I, p. 17.
(8) — Edits et Ordonnances, Vol. p. 70.
(9)— Idem. p. 81.
des terres concédées avant l'année 1675 qui ne sont pas encore défrichées et cultivées dès à présent, retranché aux propriétaires et possesseurs d'icelles, (l).
Cependant, il faut reconnaître que plusieurs propriétaires de fiefs et seigneuries tout en étant traiteurs et fonctionnaires, ou militaires font preuve de bonne volonté. Citons : Pierre de Sorel, seigneur de Sorel, le sieur de Boisbriant, à l'ile Ste-Thérèse, Paul Dupuis, à Tlleaux-Oies, Bécard de Grandville, à Tllet-au-Portage, Alexandre Berthier, seigneur de Berthier (en bas), Morel de la Durantaye, seigneur de Bellechasse et de la Durantaye, Marganne de la Valtrie, à la Valtrie, François Jarret de Verchères, à Verchères, enfin Roch de St-Ours, le plus brave de tous, mais en même temps le plus pauvre (2).
S'ils ne sont pas tous établis sur leurs domaines, si la pauvreté extrême les pousse à rechercher les emplois publics ou les profits du commerce des pelleteries, si les hasards de la guerre les entraînent au loin, ils ne négligent pas totalement la culture, ils cherchent à retirer un petit revenu de leurs seigneuries et à y établir des colons.
A côté d'eux, il y a des seigneurs qui sont en même temps de véritables colons, qui tirent leur subsistance de la terre seule. C'est Couillard de l'Espinay qui vit dans une belle aisance dans sa seigneurie de la Rivière-du-Sud (3) ; c'est Jean-Baptiste Deschamps, sieur de la Bouteillerie, à la Rivière-Ouelle ; il recrute lui-même une bonne partie des colons de sa seigneurie (4). C'est Charles Lemoine, seigneur de Longueuil (5). C'est le grand-père Boucher, seigneur de Boucherville et du Tremblay, (6) ennobli en 1661, qui laisse en mourant, en 1717, de beaux domaines à sa nombreuse famille (7). Enfin, un seigneur d'un type à part celui-là, c'est François Berthelot; d'abord seigneur de l'Ile Jésus, à Montréal, il l'a échangée avec Mgr de Laval en 1675 pour l'Ile d'Orléans: vivant en France, il ne vint jamais visiter sa seigneurie. Comte de Jouy, conseiller, secrétaire du roi, commissaire général de l'artillerie, poudres et salpêtres, il a une belle fortune,
(1)— Idem. Vol. I, p. 234.
(2) — Je dois rendre compte à Monseigneur de l'extrême pauvreté de plusieurs familles qui sont à la mendicité et toutes nobles ou vivant comme telles: la famille de St-Ours est à la tête. Il est bien gentilhomme de Dauphiné chargé d'une femme et de dix enfants, il n'y a que deux jours qu'il vint me faire un compliment pour avoir la permission de passer en France l'an prochain avec sa femme et ses enfants pour y chercher du pain et mettre ses enfants à servir de côté et d'autre chez ceux qui les voudraient nourrir et pour lui d'essayer de se mettre dans les troupes. Il se plaint de n'avoir pas de blé pour les deux tiers de l'année; le père et la mère me paraissent dans un véritable désespoir de leur pauvreté. Cependant ses enfants ne s'épargnent pas, car j'ai vu deux grandes filles couper des blés et tenir la charrue. (Denonville au marquis de Seignelay, 10 nov. 1686). A.C.C.G., Vol. 8, fol. 129.
(3) — Voir "Hist. des seigneurs de la Rivière du Sud, et de leurs alliés", par l'abbé Azarie Couillard Després.
(4) — Voir " Une paroisse canadienne au dix-septième siècle", par l'abbé Casgrain.
(5) Voir " Histoire de Longueuil", par Alex. Jodoin et J. L. Vincent.
(6) — " Il y a la famille de Boucher qui mérite assurément de la distinction par son application et ses bons services, étant celle de toutes les familles où il y a eu la meilleure conduite et qui a le mieux travaillé au bien de la colonie, n'ayant rien négligé de tout ce qui est nécessaire pour l'avancer; le père a été un des premiers fondateurs de cette colonie sous M. d'Avaugour et considéré de feu Mgr votre père (Colbert) et a été longtemps gouverneur des Trois-Rivières. Sa seigneurie est une des plus belles de ce pays. (Denonville au marquis de Seignelay, 10 nov. 1686.) A.C.C.G., Vol. 8, fol. 129.
(7) — Voir "Hist. de Boucherville" Annuaire de Ville-Marie, Tom. I.
fait des largesses et s'occupe activement de peupler son domaine (1). Mgr de St-Vallier (2) vante son zèle pour la décoration des églises et pour l'établissement des petites écoles. En 1676, sa seigneurie fut élevée en comté de St-Laurent.
Concessions de seigneuries
Pour récompenser les plus vaillants, l'intendant et le gouverneur leur accordent une augmentation de leur domaine; à certains notables ils concèdent de nouvelles seigneuries. Seulement le roi entend ne pas être trompé ; il a déjà exigé des seigneurs qu'ils résident dans leur domaine, il déclare maintenant que les nouveaux titres ne recevront la confirmation officielle qu'à la condition que les terres concédées soient mises en valeur dans les six années du jour de leur concession.
Frontenac fait une première distribution du 9 janvier 1673 au 3 septembre 1675, laquelle reçoit la confirmation du conseil d'Etat le 18 mai 1679. Une seconde distribution est faite par Duchesneau et Frontenac du 12 octobre 1676 au 5 septembre 1679, ratifiée par le conseil d'Etat les 29 mai et 24 octobre 1680 (3).
Enfin une troisième distribution est faite par M. de la Barre et l'intendant Demeulles du 5 janvier 1682 au 17 septembre 1684 avec confirmation du 15 avril 1684 (4).
Les sieurs de Verchères, de Contrecœur, Joseph et Louis Godefroy, Louis Gagnier dit Bellavance, de Bécancourt, D'Amours, Jacques Crevier, Nicolas Dupont et Charles Couillard, sieur de Beaumont, voient leur domaine s'agrandir considérablement. Les nouvelles concessions sont en 1673: Châteauguay, au sieur Lemoine de Longueuil, la Rivière-du-Loup (en bas), au sieur de Lachenaye, Terrebonne, au sieur Dautier des Landes; en 1674- St-Jean-Deschaillons, au sieur de St- Ours, Berthier (en haut) au sieur Berthier, la Petite-Nation, à Mgr de Laval, Kamouraska, au sieur de la Durantaye; en 1675, Roquetaillade, au sieur Pierre Godefroy, le Bic, au sieur de Vitré, Métis et les iles Barnabe, au sieur Jean-Baptiste de Peiras; en 1676, Gentilly, au sieur Pelletier de la Pérade; en 1677, l'Ile-à-la-Peau et Réaume, à Délie Marie-Anne Juchereau; L'Islet-St-Jean, à Délie Geneviève Couillard, St-Jean-Port-Joli, à Noël Langlois; en 1678, Vile Bizard, au sieur Bizard; en 1679, les Iles Mingan et l'Ile d'Anticosti, au sieur Joliette, St-Denis, au sieur Nicolas Juchereau, Argenteuil, au sieur d'Ailleboust Desmusseaux; en 1680, le Sault-St-Louis, aux Jésuites, Nicolet (augmentation) au sieur Cressé; en 1682, Bonhomme ou Belair, au sieur Guillaume Bonhomme, les Eboulements, au sieur de Lessard; le Gouffre (Petite-Rivière), au sieur Pierre Dupré ; en 1683, St-Pierre-les-Becquets, aux deux filles du sieur de Becquet, Pierreville, au sieur Laurent Philippe, la Baie-du-Febvre, à Jacques Lefebvre, Montapeine, au sieur de
(1)— Salone, Col. de la Nouv-France, pp. 235-236.
(2) — État présent de l'Eglise du Canada, Mandements des évêques de Québec. Vol. 1er p. 205.
(3) — Edits et Ordonnances, Vol. I, p. 240.
(4)— Edits et Ord. Vol. I, pp. 252-251.
Vitré, Yamaska, au sieur de la Vallière, les Mille-Isles, au sieur Dugré, Madawaska et le lac Témiscouata, au sieur Aubert de la Chesnaye; en 168I^, le cap Brûlé, l'Ilet Rompue, au séminaire de Québec, l'Ile Verte, au sieur d'Artigny et de la Cordonnière (1). On comptait alors 64 seigneuries et 40 paroisses rurales ayant des curés résidents (2). Frontenac en luttes avec l'évêque, les Jésuites et l'intendant fut rappelé avec Duchesneau en 1682. Antoine le Febvre de la Barre qui vint le remplacer arriva à Québec, à la fin de septembre 1682, accompagné du nouvel intendant DemeuUes et de cent cinquante soldats (3).