UNE PERIODE CRITIQUE
Comme nous l'avons dit au chapitre précédent, les coureurs des bois furent la cause de la seconde guerre des Iroquois (4). Ces barbares secrètement soudoyés par les marchands anglais et hollandais de la Nouvelle- York et d'Orange, qui voyaient d'un mauvais œil les établissements de La Salle dans l'Ouest, attaquèrent les Illinois, alliés des Français. M. de la Barre qui avait organisé une compagnie de traiteurs pour faire le commerce des pelleteries avec les nations de l'Ouest (5), envoya un corps de troupes contre les cinq cantons iroquois. La campagne qu'il dirigea contre eux en juillet et août 1684, n'aboutit qu'à une paix honteuse, par laquelle il abandonnait les Illinois à leurs farouches ennemis. (6).
Le roi révoqua de la Barre et le remplaça par le sieur Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, qui débarqua à Québec, le premier août 1685, avec 350 soldats et l'abbé de St-Vallier, nommé vicaire-général de Mgr de Laval. (7).
L'année suivante, (juillet 1686,) un nouvel intendant, M. de Champigny, vient remplacer M. de MeuUes. Denonville dans ses instructions avait reçu ordre d'en finir avec les Iroquois et de les forcer à faire une paix durable.
La seconde guerre iroquoise. Luttes avec les colonies anglaises.
Au printemps de 1687, 800 soldats, sous le commandement du marquis de Vaudreuil, arrivèrent à Québec. Ces troupes restèrent pour
(1) — Voir les titres de ces concessions dans le premier vol. des documents de la tenure seigneuriale
(2) — Recensement du Canada 1871, Vol. IV, p. 17.
(3)— A. C. reg. des dép. 10 mai 1682, Vol. 8, 1682, fol. 1.
(4) — La paix n'a été rompue qu'à l'occasion des coureurs des bois; il ne faut s'immiscer dans les démêlés des sauvages. Le roi à Frontenac et Champigny, 1697, 27 avril. A.C. reg. des dép. Vol. 19 1697, fol. 2211/^.
(5) — Garneau, Hist. du Canada, 5e Edit. Vol. I, p. 319.
(6)— Garneau, Id. 322.
(7)— Garneau, Id. p. 323.
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garder les habitations, pendant que Vaudreuil, à la tête de 800 soldats réguliers et canadiens, et 300 sauvages (1) alla ravager le canton des Tsonnoutouans, et les obligea à signer la paix en 1688.
Au lieu de marcher contre les autres cantons, Denonville revint à Québec, laissant le champ libre aux barbares qui se répandirent par petites bandes dans l'ile de Montréal et se jetèrent dans la nuit du 4 au 5 d'août 1689 sur le village de Lachine, où ils massacrèrent 200 personnes et amenèrent avec eux au-dessus de cent prisonniers.
Il était temps que Frontenac revint. D'autant plus que l'Angleterre venait de déclarer la guerre à la France (17 mai 1689) et que la colonie allait bientôt se trouver aux prises non seulement avec les Iroquois mais avec les colonies anglaises. Le 12 octobre 1689, Frontenac débarquait à Québec pour prendre en mains une seconde fois le gouvernement de la Nouvelle-France.
La situation était critique. Les colons anglais venaient d'entrer dans la lutte contre la Nouvelle-France avec leurs alliés les Iroquois. Les Etats de la Nouvelle-Angleterre, ayant leur gouvernement propre et jouissant d'une quasi indépendance avaient progressé d'une façon étonnante. Déjà en 1690, ils comptaient une population de 250,000 âmes tandis que la population française du Canada et de l'Acadie n'atteignait pas le nombre de 12,000 habitants, c'est-à-dire le vingtième environ de cette population anglaise contre laquelle elle allait batailler
Frontenac comprit que la lutte serait terrible; il résolut d'exécuter un plan hardi formé par le cabinet du roi, à l'instigation du chevalier de Callières; il s'agissait d'attaquer les Anglais par mer et de s'emparer de New-York, pendant qu'il écraserait les Iroquois sur terre. Malheureusement les ressources lui manquèrent, il dut se contenter d'engager une guerre d'escarmouches consistant à envoyer chaque année des colonnes volantes qui ravagaient les établissements anglais et les bourgades iroquoises.
Dans l'hiver de 1690, il organisa trois partis qui allèrent détruire les bourgs de Schenectady, Salmon Falls et Casco. Les Anglais ripostèrent en envoyant Phipps s'emparer de Port-Royal (mai 1690), qui fut repris l'année suivante par Villebon; et en envoyant deux armées pour prendre Québec; celle de terre commandée par Winthrop rebroussa chemin; on sait comment la flotte de Phipps fut reçue à Québec.
Les Iroquois n'en continuèrent pas moins leurs incursions; dans l'été de 1691, ils ravagèrent de nouveau la campagne de Montréal; battus à Repentigny et à Laprairie, ils se retirèrent après avoir tué plusieurs personnes et anéanti les récoltes. Pour se défendre contre les attaques de ces barbares, on avait élevé dans les campagnes des forts, espèces d'enclos entourés de palissades munis de canons; ils renfermaient ordinairement l'église et le manoir seigneurial. A la première alerte, la population avoisinante courait s'y réfugier.
(1)— Garneau, Id. p. 323.
(2)— Garneau, Id. p. 355.
Toujours appuyés par les Anglais les Iroquois devenaient de plus en plus menaçants. Dispersés par petites bandes dans les bois, ils se jetaient à l'improviste sur les habitations et tenaient tout le monde en alerte. Frontenac résolut de porter un coup décisif en détruisant les Cinq- Cantons; à la tête d'un groupe de deux mille hommes, il ravagea dans l'été de 1696 les bourgades des Onnontagués et des Onneyouts; il se disposait à châtier les Agniers, dans l'été de 1697, lorsque la paix signée à Ryswick, le 20 septembre 1697, entre la France et l'Angleterre, mit fin aux dissensions entre la Nouvelle-France et les colonies anglaises.
Le traité laissait à la France ses anciennes possessions : Terre-Neuve et la Baie d'Hudson que d'Iberville avait si brillamment conquises. Celle-ci restait en plus maîtresse de la vallée du Saint-Laurent et de tout le territoire arrosé par le Mississipi.
Le 28 novembre 1698, Frontenac décédait à l'âge de 78 ans ''emportant dans la tombe l'estime des Canadiens qu'il avait gouvernés durant l'une des époques les plus critiques de leur histoire" (1).
Le chevalier Louis Hector de Callières, gouverneur de Montréal, depuis 1684, lui succéda.
Après bien des négiciations, il eut enfin le bonheur de conclure la paix avec les nations sauvages dans une assemblée tenue à Montréal, le 4 avril 1701. Tous les chefs des tribus indiennes ayant à leur tête le célèbre Kondiaronk, acceptèrent le traité de paix et promirent de rester neutres même en cas de guerre entre la France et l'Angleterre.
Les hostilités recommencèrents bientôt entre les deux couronnes, à l'occasion de la succession d'Espagne; de nouveau les colonies anglaises se lancèrent contre la Nouvelle-France. De Callières se préparait à la lutte, lorsqu'il mourut le 26 mai 1703, laissant la réputation d'habile général et d'homme intègre. Philippe de Rigaud de Vaudreuil, qui avait été nommé gouverneur de Montréal à la mort de Frontenac, le remplaça; un nouvel (2) intendant, de Beauharnais, avait succédé à M. de Champigny, l'année précédente; au printemps de 1705, de Beauharnais était remplacé par les deux Raudot, père et fils (3).
Le nouveau gouverneur continua les préparatifs de guerre. Il envoya dans l'hiver de 1704, Hertel de Rouville, avec deux cents canadiens au secours des Abénaquis. Celui-ci détruisit le village de Deerfield, sur les confins du Massachusetts, et ramena un grand nombre de prisonniers, des enfants et des jeunes gens qui furent plus tard naturalisés sujets français. Dans l'été de 1708, de Rouville renouvela le même exploit en tombant inopinément sur le bourg de Haverhill, sur le Merrimac, qu'il emporta d'assaut.
Les colonies anglaises, humiUées de leur échec, demandèrent des secours à la Métropole et résolurent de frapper un grand coup. Dans Tété de 1710, une flotte de 54 voiles, commandée par Nicholson et por-
(1) — Garneau, Id. Tome I, p. 422.
(2)— Arch. A.C. reg. des dép. 6 mai 1703, Vol. 22, fol. 62^-
(3)— A. C. reg. des dép. 17 janv. 1705, Vol. 27, fol. 513^.
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tant 4,000 hommes vint mettre le siège devant Port-Royal dont le commandant, de Subercase, capitula le 2 octobre.
Maîtres de l'Acadie, les Anglais décidèrent d'attaquer Québec, le boulevard des Français dans l'Amérique. Une flotte de 88 bâtiments de guerre sous le commandement de l'amiral Walker, partie de Boston le 30 juillet 1711, devait assiéger Québec, pendant que Nicholson, à la tête de 2,300 soldats, s'avancerait par le lac Champlain pour attaquer Montréal (1). La Providence sauva la colonie. Les vaisseaux de Walker vinrent s'abimer sur les récifs de l'Ile-aux-Œufs. En apprenant ce désastre, Nicholson rebroussa chemin.
La guerre en Europe touchait à sa fin. Louis XIV voyait décroître sa puissance; le 11 avril 1713, il signait le traité d'Utrecht. Par ce traité, la France cédait à l'Angleterre, l'Acadie, la Baie d'Hudson, Terre-Neuve et le pays des Iroquois; elle ne garda que l'ile du Cap Breton et les autres îles du Golfe St-Laurent, avec le droit de pêche sur la côte occidentale de Terre-Neuve. Ce traité était un désastre; ''les avant-postes du Canada étaient livrés à l'ennemi et la clef des possessions françaises en Amérique remise aux mains des Anglais, c'était le premier pas vers un abandon définitif" (2).
On peut aisément se figurer les ravages causés par cette guerre atroce qui a tenu en alerte pendant vingt-sept ans les colons de la Nouvelle-France. La population était décimée, la culture presque abandonnée, le commerce périclitait. Les quatre années de tranquilité qui suivirent la paix de Ryswick avaient permis à la colonie de réparer les maux causés par la guerre des Iroquois; la guerre de la succession d'Espagne l'avait de nouveau acheminée vers la ruine.
Les Iroquois avaient fait de nombreuses victimes; les paroisses de l'Ile de Montréal, les seigneuries de la rive nord du St-Laurent, des bords du Richelieu avaient été cruellement éprouvées; aussi les décès qui sont de 120 en 1686 montent tout-à-coup à 471 en 1687; ils tombent à 273 en 1688, 220 en 1689, et à 181 en 1690 (3).
Aux victimes des Iroquois viennent s'ajouter les victimes des épidémies; la petite vérole et la fièvre pourprée sèment le deuil chez les sauvages domiciliés et parmi la population de Montréal en 1687 et en 1688. Denonville écrit que les hôpitaux sont remplis de malades (4). La même chose se répète en 1703. Il faut ajouter à toutes ces victimes celles qui tombent dans les expéditons contre la Nouvelle-Angleterre, en 1690, en 1704, en 1708, celles qui périssent sur les rivages de la Baie d'Hudson et de Terre-Neuve.
Le peuplement.
Rien de surprenant si la population, durant ces années terribles, augmente lentement. En 1685 elle était de 10,725 âmes. Elle tombe
(1)— Garneau, Id. p. 479.
(2) — François Picquet, le Canadien, par André Chagny, p. 40.
(3) — Tanguay, Notes sur les registres, p. 74.
(4) — Denonville au ministre, 6 nov. 1687, A.C.C.G., Vol. 9, fol. 3.
en 1688 à 10,303, elle remonte à 11,075 en 1692, à 12,786 en 1695, et à 13,815 en 1698 (1).
La colonie gagne 3,090 en treize ans; c'est bien peu quand on compare ce chiffre à celui des natalités 7,005 pendant le même laps de temps (2). On saisit de suite les ravages énormes causés par les massacres des Iroquois, les maladies et les expéditions lointaines.
L'immigration était réduite presque à rien; les soldats sont pour ainsi dire les seules recrues qui viennent en la Nouvelle-France; il en vient 200 en 1683 (3), 150en 1685 (4), 800 en 1687 (5), 300 en 1688 (6), 300 en 1701 (7). Et chose surprenante, ces soldats sont envoyés en grand nombre pour faire les travaux des champs chez les colons pendant que ceux-ci vont guerroyer (8). Mieux que cela, certains commandants retiennent pour eux la solde des militaires qui travaillent à la campagne (9). Ces derniers devenaient facilement des habitués. Le roi écrivant à Denonville (10), ne peut comprendre que MM.de la Barre et Desmeulles aient empêchés les soldats de se marier. Pour encourager ceux-ci à s'établir il déclare à Denonville que les soldats qui voudront se marier et se faire habitants en prenant à cultiver des terres non défrichées seront dégagés du service (11). La même faveur est renouvelée en 1700 par MM. de Callières et de Champigny (12) et en 1706.
De 13,815 âmes en 1698, la population de la colonie monte à 16,417 en 1706 (13). Résultat assez médiocre pour un espace de sept ans et une période de paix relative. Mais il faut se rappeler que la petite vérole fait trois cents victimes en 1699 (14) et au-dessus de 1000 à Québec et dans les environs en 1703. (15).
La marche ascendante se continue assez lentement: 16,417 âmes en 1706; 17,124 en 1707; 18,440 en 1712; 18,129 en 1713; 18,964 en 1714 (16), ce qui pour une période de huit ans de 1706 à 1714 donne une augmentation de 2,547 âmes tandis que les tables de l'excédent des naissances pour le même laps de temps donnent 5,497 âmes (17). Pourquoi cette disproportion surprenante entre le chiffre des excédents de naissances et le
(1)— Recensement du Canada, Vol. IV. 1870-81, pp. 21. 28. 34, 40.
(2) — Tanguay. Notes sur les registres, pp. 74 et 851
(3)— 1683. A. C, rég. des dép. Vol. 10, fol. 1.
(4) — Garneau, Hist. Canada, Sème Edit. Vol. I, p. 323.
(5)— 30 mars 1687. A. C. rég. des dép. Vol. 13, fol. 16 J^.
(6)— A. C. reg. des dép. 8 mars 1688, Vol. 15, fol. 11.
(7)— A.C.C.G., 5 Cet. 1701, Vol. 19, fol. 3.
(8) — Le ministre est surpris qu'il n'y ait que trois cents soldats employés aux expéditions sur les quatorze cents, Le ministre à Frontenac, 21 mai 1698, A.C. reg. des dép. Vol. 20, fol. 70. Il y a actuellement 28 compagnies qui sont réduites presque à rien et dans tout le fort de la guerre partie des compagnies ont été si faibles qu'on a jamais compté que sur les habitants du pays pour la défense et pour attaquer les ennemis. (Mémoire sur la situation du Canada, 1716.) A. C. C. G. Vol. 36, fol. 317.
(9) — Le roi à MM. de Frontenac et Champigny. A. C. rég. des dép. 1694. Vol. 17, fol. 45H 25K-
(10)— 21 mai, 1686. A. C. rég. des dép. Vol. 12, fol. 25^-
(11) — Extrait des réponses aux lettres reçues du Canada pendant la présente année 1686. Arch. Prov. Man. N.-F., 1ère série. Vol. 3.
(12)— 18 oct. 1700. A.C.C.G., Vol. 18, Vol. 3.
(13)— Recensement, Vol. IV, pp. 40 et 48.
(14)— Champigny au Ministre, 26 mai 1699. A.C.C.G., Vol. 17, fol. . 53.
(15) — Mgr Tanguay. Notes sur les registres, p. 106.
(16)— Recensement Vol. IV, p. XXI.
(17) — Tanguay. Notes sur les registres, pp. 106 et 113.
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chiffre réel de la population ? Vaudreuil et Bégon constatent le fait et l'expliquent dans une lettre au ministre (1),
La colonisation de l'Ile Royale (Cap Breton) qui vient d'être entreprise, à la demande des deux Raudot, active le commerce entre Québec et les Iles. Les navires qui viennent porter les marchandises de France dans la colonie, retournent dans ces Iles et en France, emmenant avec eux les jeunes gens qui embrassent la carrière de marin; le plus souvent ces marins s'établissent dans les endroits où le hasard de la navigation les a conduits.
De plus la course des bois se continue comme autrefois. En 1696, le roi a supprimé les congés (2). Mais les traitants ne s'effraient pas pour si peu; on les menace des galères, ils s'en échapperont en restant dans les bois. Le roi a beau accorder une amnistie (3) en 1714, les absents ne reviennent pas et sont à jamais perdus pour la colonie. La Louisiane les a ravis et ne les rend pas; des bords du St-Laurent aux rivages du Mexique, il y a une longue suite de postes échelonnés le long des grands lacs et du Mississipi; les coureurs des bois s'y établissent, s'y marient et y font souche (4).
La Culture.
Le rêve de Frontenac est réalisé. Le drapeau fleurdelisé flotte sur la plus grande partie du continent nord-américain, mais c'est là une gloire qui coûte cher et enlève à la culture des bras vigoureux qui s'y emploieraient beaucoup mieux que dans les établissements lointains.
La deuxième guerre iroquoise en effet a été funeste au développement de l'agriculture. Là où l'iroquois a passé tout est à recommencer. Les habitants du district de Montréal et ceux des rives du Richelieu qui ont échappé à la hache de ces barbares se sont réfugiés à Montréal et aux Trois-Rivières. Pendant dix ans toute culture est abandonnée, les champs sont redevenus en friche. Les chiffres du recensement nous en fournissent une preuve concluante. En 1688, il y avait dans le district de Montréal 9,347 arpents de terre en culture; en 1692, il n'y en a plus que 7,109 en culture et 1,279 en pâturage; le chiffre baisse encore en 1695, 6,973 arpents en culture et 1,072 en pâturage (5).
Heureusement que le district de Québec, à raison de sa distance, est épargné et continue de progresser. Là aussi cependant le manque de
(l) — "Le nombre des garçons, disent-ils, n'est pas proportionné à celui des filles parce que la pêche de la morue et la navigation en font sortir un grand nombre qui passent aux Iles de l'Amérique et en France où souvent ils s'établissent. Les voyages chez les nations sauvages donnent occasion à plusieurs de rester à Ouabache aux Tamarois et à la Louisiane qui n'est presque établie que par des Canadiens. (Lettre au Ministre, 14 octobre, 1716.) A.C.C.G., Vol. 36, fol. 27).
(2) — Déclaration du Roi qui supprime tous les congés pour la traite et condamne les délinquants aux galères. 21 mai 1696. A. C, Colbert, Moreau de St-Mery, Vol. 5, fol. 387.
(3) — Edits et Ordonnances, Vol. 1er, p. 341.
(4) — Salone Colonisation de la Nouvelle-France, p. 308
Sur 1 établissement de la Louisiane par les Canadiens, voir dans la collection Moreau de St- Méry, Vol. 25, un mémoire curieux publié en 1756. L'auteur prévoyant la prise du Canada par les Anglais, propose de transporter dans la Louisiane tous les habitants de la Nouvelle-France. On pourra prendre trois années pour la transmigration de ceux-ci. Ce mémoire est résumé dans le rapport sur les archives pour l'année 1905. Vol. I, p. 460.
(5)— Recensement. Vol. 4, 1870-71, pp. 23, 29, 35.
bras se fait sentir; les milices de campagne ont été recrutées pour défendre Québec contre l'invasion anglaise 1690 (1). En 1692, la récolte est en partie détruite par les chenilles (2). Le résultat général c'est que toute la colonie a souffert de la guerre au point de vue de la culture. De 28,663 arpents en culture en 1688 on tombe à 26,669 arpents en 1692. La paix rétablie en 1697, les habitants retournent aux champs et de suite on en voit les heureux effets (3), 28,100 arpents en culture en 1695, 32,524 arpents en 1698 et même pendant la guerre de la succession d'Espagne le développement agricole se maintient. En 1706, il y a 43,671 arpents de terre en culture (4).
Les nouvelles seigneuries.
Peu de concessions de nouvelles seigneuries pendant cette longue période de 1685 à 1714. Les augmentations sont plus nombreuses; les nouveaux fiefs concédés sont en 1687, Bonsecours (entre Ste-Croix et Maranda), à Mathieu Amyot de Villeneuve, Trois-Pistoles, à Charles Denis de Vitré, l'Ile-aux-Coudres, au Séminaire de Québec; en 1688, Rimouski, au sieur Rouer de la Cordonnière, Lanoraie, au sieur de la Noraye; en 1689, la Rivière Métis,à François Pachot, la Rivière-de-la-Madeleine (Gaspé), au sieur Riverin; en 1690, Grande-Vallée-des-Monts (Gaspé), au sieur François Hazeur, La Martinière, au sieur de la Martinière; en 1693, d'Auteuil (entre Portneuf et Neuville), à M. d'Auteuil; Fossambault, à M. de Gaudarville, Vincelot (augmentation), à M. Amyot de Vincelot, Ste-Claire, (en arrière de Vincelot), à M. René LePage, St-Valier et St-Michel (augmentation), au sieur de la Durantaye, Lotbinière (augmentation), au sieur de Lotbinière; en 1694, Rouville, à J.-Bte Hertel de Rouville, Belœil, à Joseph Hertel, St-Denis, (Richelieu), à M. de Cannes, sieur de Falaise, lac Matapédiac, à Charles d'Amours; en 1695, Cournoyer, au sieur Hertel de Cournoyer, St- Charles (Richelieu), au sieur Hertel de Lafresnière, Bourchemin (entre Sorel et Chambly), à Jacques de Bourchemin, sieur de l'Ermitière, Grand-Pré, au sieur Pierre Boucher, sieur de Grand-Pré ; en 1696, Lessard (en arrière de l'Islet St-Jean), à Pierre Lessard, Grandville (Kamouraska), aux sieurs de Grandville et de Lachenaye, LePage (Rimouski), aux sieurs LePage et Thivierge, Grand Pabos à René Hubert, Port-Daniel, à René Deneau, en 1697, Grande-Rivière, à Jacques Cochu, Anse-de-1'Etang, aux sieurs Hazeur et Riverin, Champlain (augmentation), à Madame de la Touche, Ste-Anne-de-la-Pérade (augmentation), à la veuve Lanaudière; en 1698, les Grondines (augmentation), au sieur Louis Hamelin, le fief Hubert, à René Louis Hubert; en 1699, Sillery, aux Jésuites; en 1700, Ste-Anne-de-la-Pérade (augmentation), à Thomas
(1) — 12 nov. 1691. Champigny au ministre, A.C.C.G., Vol. 11, fol. 41.
(2) — Frontenac et de Champigny au ministre 15 septembre 1692. A.C.C.G., Vol 12, fol. 4.
(3) — "Le défrichement des terres augmente tous les jours par les établissements des soldats, des enfants, des habitants qui commencent de nouvelles habitations, surtout dans File de Montréal et audessous où les terres se trouvent meilleures que dans les autres endroits". (Callières et Champigny au ministre, 18 Oct. 1700. A.C.C.G., Vol 18, fol. 3. lL.iS(4)— Recensement 1870-71. Vol. IV, pp. 23-29-35-41-48.
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Tarieu, sieur de la Pérade; en 1701, St-Charles (Yamaska), au sieur René Fezéret, la Rivière-du-Sud (augmentation), au sieur de l'Espinay, St-Jean (Trois-Rivières), aux Ursulines de Trois-Rivières; en 1702, Bonsecours, (Yamaska), au sieur Charron; Soulanges, au sieur de Joibert, Vaudreuil, au sieur Rigaud de Vaudreuil; en 1705, Carufel, au sieur de Carufel; en 1706, Bélair (Ecureuils, augmentation), à Madeleine Mezeray, veuve de Jean Toupin, les Iles Bouchard, au sieur Desjordy; en 1707, Paspébiac et Mont-Louis, au sieur Pierre Haymard; en 1708, Monnoir, à M. Roch de Ramesay, Bourg-Marie (Richelieu), à Marie Joseph Fezeret, Dumontier, au sieur François Dumontier; en 1710, Montarville, au sieur Pierre Boucher, Ramesay, au sieur de Ramesay; en 1711, Grondines (augmentation), au sieur Louis Hamelin; en 1713, Belœil (augmentation) au sieur de Longueuil; Beaumont (augmentation), au sieur Couillard de Beaumont; en -?7j?4, les Mille-Isles, aux sieurs Piot de la Langloiserie et Petit.
Parmi les seigneurs il s'en trouve toujours un certain nombre qui négligent de peupler leur domaine, quelques-uns exigent des droits onéreux de la part de leurs nouveaux censitaires; Louis XIV, dans un arrêt en date de 6 juillet 1711, déclare que dans un an, à partir du jour de la publication de la présente déclaration les seigneuries, qui n'auront pas d'habitants, seront réunies à son domaine, les terres seront concédées sans aucune redevance et les habitants tenus de les habiter et de les mettre en culture sans quoi ils en seront dépossédés (1). Enfin, en 1714, voyant le peu de zèle des seigneurs pour établir leurs seigneuries, le roi décide de ne plus accorder de concessions nouvelles. Il refuse même de confirmer celle que Vaudreuil et Bégon viennent d'accorder à Jacques Lemoine, baron de Longueuil (2).