UNE ÈRE DE PROGRÈS
Le roi ne reprit le Canada à la compagnie des Cent-Associés que pour le remettre entre les mains de la compagnie des Indes Occidentales. Par édit royal du 28 mai 1664 (5), cette compagnie devint maîtresse de toutes les possessions françaises dans l'hémisphère américain et sur la côte africaine de l'Atlantique en toute seigneurie, propriété et justice avec le monopole du commerce et de la navigation, à la condition de subvenir aux frais du culte et des missions, et de contribuer à la colonisation de cet immense domaine.
/l; — Tanguay. Notes sur les Registres, pp. 32, 41, 57.
(2) — De ces 964 émigrants, 467 viennent des provinces du nord ouest de la France, Normandie, Perche, Maine et Bretagne, 22 de la Beauce, 76 de l'Ile de France et 206 de l'Aunis, du Poitou et dela Saintonge. L'origine et le parler des Canadiens-Français, pp. 11 et 12.
(3)— Etablissement de la foi, 1691. Vol. II, p. 4.
(4) — Salone. La Colonisation de la Nouvelle-France, pp. 139 et 140.
(5) — Edits et ordonnances. Vol. L, p. 40.
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L'intendant Talon.
En même temps Louis XIV chargea un vieux gentilhomme, Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, qu'il nomma vice-roi de l'Amérique, de se rendre au Canada pour y rétablir la paix et l'union entre les chefs et réduire les Iroquois. Daniel Rémy sieur de Courcelles, fut choisi pour remplacer comme gouverneur général, le sieur de Mésy (1665), et Jean Talon fut nommé intendant de la Nouvelle-France, (23 mars 1665). Plusieurs régiments de soldats reçurent l'ordre de s'embarquer pour le Canada.
Le 19 juin 1665, quatre compagnies du régiment de Carignan- Salières arrivent à Québec, (1). Le 30, c'est le vice-roi, le marquis de Tracy, qui débarque avec quatre nouvelles compagnies (2). ''Les navires ne débarquent pas seulement des soldats ; ils amènent aussi des colons, des filles à marier, des artisans (3), ils apportent des armes, des munitions, des provisions, des animaux domestiques. A chaque nouveau bâtiment qui entre en rade, c'est une nouvelle explosion de joie. Le 16 juillet (4), grande sensation à Québec, on a débarqué douze chevaux ; la population québécoise, qui n'en a point vu depuis le cheval solitaire de M. de Montmagny (1647), admire ces nobles bêtes et les sauvages contemplent avec étonnement ces ''orignaux de France"
3i dociles à la voix de l'homme Et tout l'été cela se continue.
Le 12 septembre le "St-Sébastien" portant les sieurs de Courcelles et Talon mouille devant Québec, suivi deux jours après de la "Justice", portant huit compagnies de soldats Au résumé, la colonie se voyait fortifiée de quatre ou cinq cents colons, artisans ou journaliers. Une petite armée de douze ou treize cents hommes d'élite lui promettait une sécurité inconnue depuis vingt ans. La présence des trois éminents fonctionnaires, MM. de Tracy, de Courcelles et Talon mettait le comble à la joie générale" (5).
Il fallait d'abord arrêter les incursions des sauvages Iroquois. Tracy fit bâtir trois forts sur la rivière Richelieu, l'un à Sorel, l'autre à Chambly et un troisième appelé Ste-Thérèse, à trois lieues plus haut. Un autre poste fut établi, l'année suivante, à St -Anne, dans l'île Lamotte, à l'entrée du lac Champlain (6).
A l'automne de 1665, trois cantons Iroquois demandèrent la paix. Pour réduire les Agniers et les Onneyouts, Courcelles entreprit dans l'hiver de 1666, une campagne qui se termina presque par un désastre. Tracy résolut d'en finir avec ces barbares ; à la tête de treize cents hommes il se rendit, dans l'été de 1666, jusqu'au centre de leurs bourgades qu'il réduisit en cendres.
Les chefs Agniers et Onneyouts signèrent alors la paix qui devait assurer dix-sept années de tranquillité à la Nouvelle-France.
(1) — Relation des Jésuites, 1665, p. 25.
(2)— Id. p. 35.
(3) — Journal des Jésuites, 2 Octobre, p. 335.
(4)— Idem, p. 332.
(5) — Jean-Talon, M. Chapais, pp. 63-64.
(6)— Garneau, 5ème Edit. pp. 245-246.
Débarrassé des Iroquois, Talon se mit à l'œuvre; il s'agissait de peupler la Nouvelle-France, d'en faire le plus beau fleuron de la couronne de France. Qu'on lise la lettre qu'il adressait à Colbert en date du 4 octobre 1665 (1), et l'on verra qu'il avait des idées grandioses, des plans magnifiques, qu'il ne devait cependant réaliser qu'à moitié. Louis XIV et Colbert refusèrent d'entrer dans ses vues, craignant de dépeupler le Royaume pour peupler le Canada ; la colonisation, il fallait la pratiquer avec parcimonie ; avec l'espoir d'obtenir de bons résultats, insensiblement, par la succession d'un temps raisonnable (2). Il fallait avant tout établir le commerce et ne pas toucher au monopole de la compagnie.
Tout de même, si Louis XIV n'entra pas parfaitement dans les vues de Talon, il faut lui rendre cette justice qu'il fut fidèle à la promesse qu'il avait faite en 1660 d'envoyer 300 émigrants chaque année, pendant dix ans. Il tint parole pendant les années 1662, 1663, 1664 et 1665 ; il fut également fidèle à sa parole pendant les années qui suivirent de 1666 à 1672. C'est Talon lui-même qui nous donne les chiffres des recrues débarquées chaque année (3) : 429 émigrants, en 1665, 35 engagés envoyés par la compagnie en 1666; 286 émigrants, en 1667; 228, en 1668; 364, en 1669 (4) près de 200, en 1670 (5) et 250, en 1671 (6). Rien en 1672 et enfin 60 filles en 1673 (7).
Le total des envois de France de 1660 à 1673 serait environ de 3,000 personnes (8). Ces émigrants étaient recrutés, équipés et transportés par la compagnie ; chaque personne lui coûtait en moyenne 100 livres: 10 pour le recrutement, 30 pour la fourniture des hardes, 60 pour le passage. Le roi remboursait la compagnie de la dépense.
Comment se composait cette immigration ? Il y avait d'abord les engagés qui venaient se mettre au service des anciens habitants, lesquels avaient besoin de bons hommes pour défricher leurs terres. Ils devaient y faire un stage de trente-six mois, pendant lequel ils faisaient l'apprentissage de la vie de colon. On leur donnait un salaire qui s'élevait de 20 à 30 écus par an. L'apprentissage fait, on leur distribuait des terres. Ce système préconisé par le Conseil Souverain avait du bon et donna d'excellents résultats au commencement. C'est parmi ces engagés que devait plus tard se recruter les fameux coureurs de bois.
En second lieu, les filles que l'on envoyait pour épouser des
(1)— A.C.C.G. Vol. 2, fol. 143.
(2)— Colbert à Talon, 5 avril 1666, A. C. C. G., Vol. 2, fol. 290.
(3) — Observations faites par M. Talon sur l'état présenté à M. Colbert par la compagnie des Indes Occidentales, portant l'emploi des deniers fournis par le roi pour faire passer en Canada, A.C.C.G., Vol. 3, fol. 31.
(4) — Mémoires instructifs de ce qui a été fait pour le Canada, 22 juin 1669. A.C.C.G., Vol. 3, fol. 43.
(5) — Lettres de la Mère de l'Incarnation. Richaudeau, p. 446.
(6) — Ordonnances de fonds pour le passage an Canada de 100 engagés, 150 filles et quelques bestiaux. C. G., reg. des dép. Vol. 3, fol. 201^.
(7)— C. G. rég. des dép. 13 juin 1673, fol. 25.
(8) — L'abbé S. Lortie a compté 2542 émigrants de 1660 à 1680. De ce nombre 481 venaient de la Normandie, 378 de l'Ile de France, 293 de l'Aunis, 357 du Poitou. L'origine et le parler desCan. Franc, p. 12.
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colons, forment un appoint considérable dans cette immigration. Nous pouvons suivre année par année dans les lettres de la Mère de l'Incarnation, le Journal des Jésuites, la correspondance du gouverneur et de l'intendant, l'arrivée à Québec de ces jeunes filles. Il en vint 100 en 1665, 92 en 1667, un grand nombre en 1668, 150 en 1669, 150 en 1670, 150 en 1671, 30 en 1672, 60 en 1673. Ces filles furent d'abord choisies dans les orphelinats de Paris, mais en 1670 Talon, ayant fait remarquer à Colbert que celles tirées de l'Hôpital de Paris n'étaient pas assez robustes pour résister au climat et aux durs travaux de la culture, celui-ci écrivit à l'archevêque de Rouen, lui demandant d'en gager ses prêtres à trouver environ 60 villageoises qui consentiraient à passer en Canada pour s'y marier (1). Ces recrues féminines étaient envoyées autant que possible sous la surveillance et la direction de personnes dignes de confiance. Madame Bourdon, femme de l'ancien procureur général se dévoua à cette œuvre.
A peine débarquées à Québec ou à Montréal, ces filles trouvaient aussitôt à s'établir. Le roi, en 1671, note qu'il a appris avec plaisir que des 165 filles passées au Canada l'année précédente, il n'en reste que quinze à marier (2). Pour encourager les mariages il accordait une dot de 50 livres à chaque nouvelle mariée. L'historien Ferland (3), Benjamin Suite (4), M. Edmond Roy (5), ont refuté dans des pages magistrales les histoires scabreuses que le baron de Lahontan a imaginées sur le compte de ces filles. ''A l'aide des archives des paroisses de Québec et de Montréal et des greffes des notaires, on peut retracer l'origine, la généalogie, l'état de fortune de chacune de ces émigrées. . . Nos origines sont si pures et si bien dégagées de toute scorie que nous ne craignons pas d'indiquer les sources où il est possible de les saisir sur le vif et dans toute leur intimité. Ce qui nous a surtout étonné en parcourant ces dossiers poudreux c'était de voir quel degré d'instruction possédaient ces filles, quel empressement les plus haut dignitaires mettaient à assister à leurs unions et à apposer leur signature à leur contrat de mariage, de quels soins on les entourait, avec quelle délicatesse on cherchait à leur éviter les ennuis d'un voyage aussi long que celui de France en Canada. Le gouvernement français traitait vraiment d'une façon bien extraordinaire ces pauvres filles perdues de mœurs et de réputation" (6).
Enfin cette immigration se composait de familles entières qui venaient prendre des terres spontanément, le plus souvent sur la demande ou sous la conduite des seigneurs, soit laïques, soit ecclésiastiques (7).
Il faut ajouter à ces recrues expédiées au compte du roi les soldats qui
(1) — Le ministre à l'archevêque de Rouen, 27 février 1670; A. C. reg. des dép. Vol. 2, fol. 15J^. (2)— Lettre à Talon, A. C. reg. des dép. Vol. 3, fol. 22^. (8) — Notes sur les registres de N.-D. de Québec, pp. 38 et 39.
(4) — Prétendues origines des Canada.-Français, M.S.R.C., 1ère sec. 1885, pp. 18-19. (5) — Le baron de La Hontan. M.S.R.C. Sect. 1ère, 1894, pp. 155-158. (6) — Edm. Roy, loc. cit. p. 157.
(7) — Mémoire au Ministre du sieur Patoulet, agissant au lieu et place de M. Talon, absent, sur l'état du Canada. A.C.C.G. Vol. 3, fol. 61.
s'établissent au pays. Talon avait reçu ordre du roi d'en retenir le plus grand nombre possible. Presque tous les officiers du régiment de Carignan et environ 400 de leurs soldats acceptèrent ses offres et se fixèrent dans la colonie.
L'impulsion donnée par le roi au peuplement de la Nouvelle-France en avait considérablement augmenté la population. Le premier recensement officiel, fait par les ordres de Talon, durant les mois de février et de mars 1666, donne 538 familles, formant 3,215 âmes (1).
Le recensement de 1667, fait par M. Talon lui-même, durant les mois de septembre et d'octobre (2), accuse un progrès considérable, 3,918 âmes. Ce recensement donne une statistique intéressante que le recensement de 1666 ne renfermait pas, on constate qu'il y avait alors dans la colonie 11,448 arpents de terre en culture (3). Un relevé officiel fait en 1668 mentionne une population de 5,870 âmes, formant 1,139 familles, 15,642 arpents de terre défrichés. On comptait de plus 412 soldats qui commençaient à s'établir (4). En trois ans la colonie a gagné 3,000 âmes, chiffre considérable quand on songe qu'il faisait plus que doubler la population et que de 1608 à 1665, elle avait à peine atteint un pareil résultat.
La compagnie des Indes Occidentales, à la demande de Louis XIV, ne se contente pas de faire passer des colons en Canada, elle expédie de 1665 à 1672, environ quatre-vingt chevaux et cavales, grand nombre de brebis et de porcs. On envoya quelques ânes en 1670. Le recensement de 1667 mentionne 3,107 bêtes à cornes, plus 85 moutons. Le relevé officiel de 1668 indique 3,400 têtes de bétail.
Etahlissement des colons.
Il ne suffisait pas de faire venir des immigrants, il fallait voir à les placer. Louis XIV dans les instructions adressées à Talon avant le départ de celui-ci pour le Canada, lui demandait d'éviter le trop grand éparpillement des habitations, de les grouper en bourgs et villages autant que possible. Talon voulut réaliser ce plan et dans les projets et règlements concernant la justice et la distribution des terres proposés à messieurs de Tracy et de Courcelles (5), il déclare comment il entend disposer ces bourgs et villages et les peupler.
D'abord il faut les planter près de Québec, afin que leurs habitants puissent fournir aux citoyens de la ville, les produits de leurs terres et recevoir en retour les marchandises qui viennent de France. De plus, Québec et les bourgs avoisinants se protégeraient mutuellement contre les incursions des Iroquois.
Après avoir dit que la forme de ces bourgs doit dépendre de la nature du terrain, Talon en arrive à la question du peuplement : "Après
(1) — Recensement du Canada, 1871, Vol. 4, p. 21.
(2)— Jean Talon, M. Chapais, p. 208.
(3) — Recensement du Canada, 1871. Vol. I, p. 6.
(4)— Id. p. 8.
(5) — Edits et Ordonnances. Arrêts du cons. Supérieur, p. 29.
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avoir réservé, dit-il, dans ces nouveaux villages ou bourgades les habitations nécessaires aux familles qui seront envoyées dans la présente année, il semble que la distribution de ce qui restera, devra se faire à de vieux hivernants, capables d'informer les chefs de famille nouvellement venus et établis, de la manière de cultiver plus utilement la terre en la travaillant dans ses saisons, soit de vive voix, soit par l'exemple de leur application au travail ; et j'ajoute que s'il se trouve des gens de différents métiers servant ordinairement à fournir quelque chose de leur profession qui soit utile à l'usage commun des habitants de ces bourgades, comme charpentier, maçon, savetier et autres, il sera très à propos de les introduire en icelles, afin que sans sortir du bourg, toutes les choses nécessaires, tant à la nourriture qu'au logement et vêtement de l'homme se trouvent pour la commodité de celui qui l'habite. "
Quant aux conditions de concession de ces terres, le sage intendant proposait les suivantes : 1. Les soldats du régiment de Carignan- Salières continueront à être assujettis au service militaire s'ils désirent s'établir dans le pays, on leur donnera quelque secours de vivres et d'outils propres à leur travail ; il sera juste de leur payer la culture des deux premiers arpents de terre qu'ils abattront et brûleront quoique pour leur compte et à leur profit ; on les obligera ''d'en cultiver en échange deux autres dans les trois ou quatre années suivantes, au profit des familles qui passeront de France ici, sans que pour cela il leur en soit rien payé, par cet expédient on leur fournit les moyens de se faire un fonds de subsistance pour l'hiver et on prépare des terres pour les familles que le roi semble vouloir établir à ses dépens".
2. Les vieux hivernants qui demanderont des habitations pourront trouver moins agréable la condition du service envers Sa Majesté ; leurs devoirs naturels, le point d'honneur et la remise d'autres droits onéreux qui suivent ordinairement les concessions, devront les engager à accepter, eux aussi, cette condition et on la peut stipuler dans les contrats qui leur seront passés.
3. Quant aux nouveaux arrivants, comme Sa Majesté semblait prétendre faire la dépense entière pour fournir le commencement des habitations par l'abattis du bois, la culture et la semence de deux arpents de terre, l'avance de quelque farine aux familles venantes, on peut à leur égard, disait Talon, "demander en premier lieu, ce qui est demandé des vieux hivernants, qu'ayant reçu deux arpents en état de rendre les fruits de la culture et de la semence qui aura été confiée à la terre, ils en cultivent deux autres dans les trois ou quatre années suivantes celle de leur arrivée, et pour le bénéfice qu'ils reçoivent de leur concession de terre au lieu de cens sur cens, censives ou autres redevances, qu'emportent avec soi les concessions de ce pays, ils engageront au service du roi leur premier-né lorsqu'il aura atteint l'âge de seize ans".
Aux officiers militaires et aux particuHers qui "voudront faire dépense et employer leurs soins à la culture du Canada, formant euxmêmes des hameaux, des villages ou bourgades", Talon demande qu'on
leur concède des fiefs, qu'on crée des titres de comte, de baron et de vicomte, etc.
Concessions de seigneuries.
Conformément aux ordres du Roi (1), il retranche à un certain nombre de seigneurs une partie des concessions qu'ils avaient d'abord eues et n'avaient pu défricher à cause de leur trop grande étendue, et fait lui-même au nom de la compagnie des Indes Occidentales une large distribution de seigneuries et de fiefs, à l'automne de 1672. Les officiers du régiment de Carignan sont royalement servis. Voici la liste des concessions que Talon leur accorde : La seigneurie du Fort St-Louis, Chambly, au sieur Jacques de Chambly ; Lavaltrie, à Séraphin Marganne, sieur de la Valtrie ; De Varennes, à René Gauthier, sieur de Varennes ; Verchères, à François Jarret de Verchères ; Contrecœur, à Antoine Pecaudy de Contrecœur ; St-Ours, au capitaine Pierre de St-Ours ; Sorel, au capitaine Pierre de Sorel ; Laubéa (Nicolet), au sieur Arneault de Laubéa ; Ste-Anne-de-la-Pérade, au sieur Tarieu de la Naudière et au sieur Lesueur ; Berthier (en haut), au sieur Randin ; D'Orvilliers, Antaya et Chorel, au sieur Guillaume de Comporté ; l'Ile Dupas, au sieur Pierre Dupas ; l'Ile Moras, au sieur Pierre Monet de Moras ; l'Ile Ste-Thérèse, au sieur Dugué de Boisbrillant ; l'Ile-aux- Oies, au sieur Paul Dupuis; l'Ilet-au-Portage, à Pierre Bécard de Grandville ; Bellechasse, au sieur Alexandre de Berthier ; La Durantaye, au sieur Olivier Morel de la Durantaye; Ste-Anne-de-la-Pocatière, à Délie Marie- Anne Juchereau, veuve de sieur de la Combe de la Pocatière ; La Guillaudière (près de Verchères), au sieur de Grandemaison ; la Rivière-Ouelle, au sieur de la Bouteillerie ; St-Antoine-de-Tilly, au sieur de Villieu, lieutenant de la compagnie de Berthier (2).
En même temps. Talon concède plusieurs seigneuries et fiefs à des particuliers qui se sont distingués dans la colonie : L'Ile Perrot à M. Perrot, gouverneur de Montréal; l'Ile Bouchard, à Robineau de Bécancourt, une augmentation dans la seigneurie de Longueuil et de Chateauguay, au sieur Charles Lemoine; Boucherville et Yamachiche, à Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières ; Bellevue, près de Contrecœur,au sieur Denis de Vitré, l'Ile-au-Héron, au sieur Zacharie Dupuy ; Maskinongé, à Pierre et Jean-Baptiste Legardeur de Repentigny ; l'Ile Jésus, au sieur BerthelotiLanoraie, au sieur de La Noraie ; Lotbinière, au sieur de Marsolet; Marauda, au sieur Duquet; Bonsecours, au sieur Amyot de Villeneuve; Vincennes, au sieur Bissot; La Chevrotière et la Tesserie, à Délie delà Tesserie; Vincelot, à Délie Geneviève de Chavigny, veuve Amiot; Matane, au sieur d'Amours.
Enfin parmi ces concessionnaires on comptait quelques laboureurs établis sur des terres ; Nicolas Gamache et Louis Gagnier dit Bellavance qui reçurent le fief de Lafresnaye, le sieur Fournier, celui de St-Joseph
(1) — Arrêté du Conseil d'Etat du roi pour retrancher la moitié des concessions, 4 juin 1672, Edita et Ordonnances, Vol. I, p. 70.
(2)— V.Benj. Suite. M.S.R.C, 1902, Sec. I, pp. 67 et 89.
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de-la-Pointe-au-Foin, les deux Toupin, père et fils, celui de Belair ou les Ecureuils (1).
En faisant ces concessions, Talon voulait d'abord protéger la colonie contre les futures invasions des Iroquois; il voulait ensuite hâter le développement du pays. Une condition importante de toutes ces concessions et qui jusque-là semblait avoir été oubliée, c'est que les seigneurs tiendraient feu et lieu sur leur domaine et que leurs tenanciers seraient astreints à tenir également feu et lieu sous peine de déchéance.
Les officiers militaires qui avaient été gratifiés de belles étendues de terre, attirèrent bientôt autour d'eux plusieurs de leurs anciens soldats et des petits groupes de populations ne tardèreiït pas à se former sur les deux rives du St-Laurent.
Talon ne se contenta pas de faire venir des émigrants et de les établir, il encouragea les industries, fit ouvrir des manufactures de serges et de draps, des fabriques de potasse et de goudron, une tannerie et une brasserie. Il s'occupa activement de la construction des vaisseaux, et noua des relations commerciales avec les Antilles. Après de longs efforts, il obtient du roi pour tous les habitants du Canada, la liberté du commerce dont le monopole absolu avait d'abord été réservé à la compagnie des Indes Occidentales (2).
Talon, qui était passé en France vers la fin de 1668, ne revint au pays que le 18 août 1670. Il était accompagné des Récollets et d'un grand nombre d'immigrants.
Courcelles ayant demandé son rappel en 1672, son départ entraîna, celui de Talon, qui quitta définitivement le Canada vers le milieu de novembre. Rentré en France, il fut nommé tour à tour premier valet de chambre, secrétaire du cabinet du roi et gouverneur du château de Mariemont, en Flandre. Il mourut célibataire, à Paris, le 24 mars 1694 (3).
Toute la population regretta amèrement son départ; ''par ses efforts, par son dévouement, par le zèle intelligent qu'il avait déployé pour donner l'essor à la Nouvelle-France, il avait gagné la reconnaissance d'un peuple destiné à vivre et à grandir et dont le souvenir fidèle allait assurer à son nom l'imortalité de l'histoire" (4).
(l) — Voir pour les titres de ces concessions le 1er vol. des Pièces et Documents relatifs à la Tenure Signeuriale, 1852.
(2) — V. Chap. XII, Jean Talon, M. Chapais; aussi Salone, op. cit. Chap. IV, V. (3) — Garneau, Vème Edit. p. 266, note 132. (4) — Jean Talon, M. Chapais, pp. 453-454.