‹ La colonisation du Canada sous la domination française; précis historiqueChapitre 12 sur 19 · UNE CRISE INTERIEURE · texte numérisé non relu

UNE CRISE INTERIEURE

Pendant que les armées canadiennes guerroyaient contre les Iroquois et avec les colonies anglaises, le Canada passait par une terrible crise économique.

Nous avons vu que Louis XIV, en établissant la compagnie des Indes Occidentales, en 1664, lui avait donné le monopole du commerce de tous les pays qu'elle avait sous sa domination.

En 1669, sur les instances de M. Talon, ce privilège lui fut enlevé et la liberté du commerce fut accordée à tous les habitants du pays. Pour compenser les pertes qu'elle subissait de ce fait, la compagnie reçut du roi une somme de 1,297,185 livres.

(l) — Arrêts et Ordonnances Vol. 1er, pp. 324, 325, 326.

(2)— Le roi à M. de Vaudreuil. 19 mars 1714. A. G. rég. des dép. Vol. 36, fol.338.

Commerce du castor (1)

Le principal article de commerce, et pour ainsi dire le seul, était la pelleterie et surtout la pelleterie de castor qui jusqu'alors avait eu un bon marché en France.

Les habitants ayant la hberté d'expédier au dehors leur castor, l'envoyaient à des correspondants en France qui leur en procuraient la vente; et comme ils étaient bien payés par des lettres de change tirées sur le trésorier du Royaume, la traite du castor fut bientôt l'unique objet de leur travail.

Cette marchandise devint si abondante que les marchands, ne pouvant plus l'écouler, demandèrent au roi de réunir en une seule main, le commerce de la pelleterie qui menaçait ruine.

L'intendant Duchesneau, à la demande du roi, négocia avec les intéressés et afferma les droits de la traite des pelleteries à Nicolas Oudiette, premier fermier du domaine d'occident (2). Celui-ci eut le privilège exclusif d'acheter le castor au Canada et de le vendre en France. Les habitants avaient la liberté de trafiquer leurs fourrures aux marchands, mais ceux-ci devaient les apporter aux magasins des fermiers généraux qui administraient le domaine du roi. Oudiette qui était chargé de solder une partie des dépenses de la colonie sur le revenu du domaine, payaient les peaux d'après un prix fixé selon leur qualité et collectait la taxe de 25% (3) sur le castor et de 10% pour les orignaux (4).

(l) — Voir sur cette question du commerce du castor les mémoires suivants: 1er mai 1716, mémoire au sujet des peaux de castor qui se tirent du Canada, par de la Boulaye. A.C.C.G., Vol. 36, fol. 345 25 octobre 1710, mémoire pour le rétablissenent du commerce du Canada, par Délino. 25 janvier 1719, mémoire sur l'état présent du Canda, par R. d'Auteuil, 1715-1719, A.C.C.G, Vo. 40, fol. 241.

(2) — Arrêt du conseil d'Etat portant permission à Jean Oudiette d'acheter tous les castors du Canada et de les vendre en France à l'exclusion de tous autres pendant sept années à commencer du 1er juin 1675. Arrêt du conseil d'Etat portant adjudication à Jean Oudiette du quart des castors, dixième des originaux et autres droits du Canada avec faculté d'acheter seul le dit castor et de le vendre en France. A. C. rég. des dép. Vol. 6, fols. 63 et 65.

(3) — Ce prix fut d'abord quatre francs et dix sous la livre; peu à peu ces prix varièrent selon que le castor était gras ou demi-gras, ou sec, c'est-à-dire de première de seconde ou de troisième qualité. Le castor sec est la peau de castor qui n'a servi à aucun usage; le castor gras est celle qui a été portée par les sauvages, lesquelles après l'avoir bien grattée en dedans et frottée avec la mœlle de certains animaux que je ne connais point, pour la rendre plus maniable, en cousent plusieurs ensemble et en font une manière de mante qu'on appelle robe et de laquelle ils s'enveloppent le poil en dedans; ils ne la quittent en hiver ni le jour ni la nuit ; le grand poil tombe bientôt le duvet reste et s'engraisse et en cet état il est bien plus propre à être mis en œuvre par les chapeliers; ils ne pourraient pas même employer le sec, s'ils en mettaient un peu de gras. On prétend qu'il doit avoir été porté quinze ou dix-huit mois pour être dans sa bonté. — Charlevoix, Journal d'un voyage en Amérique, p. 99.

(4) — Cette taxe avait été imposée en 1645, quand la compagnie des Cent-Associés avait cédé la traite aux habitants. En vertu de l'arrangement de 1645, les Cent-Associés renoncèrent à leur monopole, (le commerce de la fourrure), mais la communauté des habitants, mise en possession de la traite, dut s'engager à solder les dépenses publiques. A cette fin, on décréta qu'il serait prélevé une contribution d'un quart sur tout le castor apporté aux magasins, et d'un dixième ou de deux sous par livre sur les peaux d'orignaux. Plus tard, en 1664, la compagnie des Indes Occidentales eut la jouissance de la même taxe et le privilège de la traite, dans la région de Tadousac qu'on appela le "domaine du roi". Les revenus de cette taxe et du "domaine du roi" formèrent le "fonds du pays" qui était employé à payer les appointements des gouverneurs, des officiers publics, la solde des pauvres garnisons de Québec, Montréal et des Trois-Rivières, les pensions aux communautés et autres charges permanentes et annuelles. Le tout pouvait s'élever à 35,000 livres. M. Chapais, l'Intendant Talon, pp. 249, et 250.

Le roi avait espéré, par ce moyen, diminuer la surabondance du castor; le contraire arriva. Encouragés secrètement par les marchands, et commerçant surtout avec les sauvages Illinois, qui leur fournissaient une marchandise de seconde qualité, les coureurs des bois apportèrent une quantité prodigieuse de castor; le magasin des fermiers généraux fut bientôt remph d'une fourrure d'inégale valeur que les chapeliers de France refusèrent d'acheter à moins d'une diminution considérable sur le prix.

Oudiette ne pouvant remplir ses obligations (1) renonça à son privilège; le roi se vit dans l'obligation de lui payer 3,762,508 francs pour un million de livre, de castors qui lui restaient.

Le roi passa, en 1687, un nouveau bail pour la ferme du domaine d'occident et le privilège de la traite de la pelleterie fut accordé à Louis Guignes. Dans le bail de Guignes, il était décrété que les congés seraient abolis, et des peines sévères étaient portées contre les coureurs des bois; ceux-ci craignant la colère du gouverneur restèrent dans les bois et vendirent leurs castors aux Anglais de Manatte et d'Orange par l'intermédiaire des Iroquois. Ils évitaient ainsi les châtiments qui leur étaient réservés, s'ils rentraient dans la colonie; de plus, en écoulant leurs marchandises à l'étranger, ils s'exemptaient de payer les droits du quart sur le castor et du dixième sur les peaux d'orignaux.

Les fermiers généraux se trouvaient par là même privés d'un revenu considérable. Le nouveau fermier Guignes voulut tenir bon. Il chercha à se débarrasser du castor qu'il avait acheté du roi pour la somme de 15,000 livres. Il établit une manufacture de chapeaux; fit carder et filer du castor avec de la laine et fabriqua des draps, des flanelles, des bas. Par malheur, ces essais lui coûtent très cher et "ne servent qu'à convaincre davantage que les castors ne sont propres qu'à faire des chapeaux" (2).

Ruiné, Guignes tenta un dernier effort ; il demanda au roi une diminution des prix du castor sur le marché de la colonie. ''Les commerçants et encore plus MM. les gouverneurs trouvèrent ces diminutions d'une dangereuse conséquence non pas tant par le danger que chaque année on fit la même tentative de diminution que par la crainte que les sauvages, nos alliés, ne portassent leurs fourrures aux Anglais et qu'en cas de rupture entre les deux couronnes ils ne prissent l'intérêt des Anglais contre celui des Français" (3).

Le roi proposa alors aux habitants de la colonie de gérer eux-mêmes la ferme d'Occident avec le privilège exclusif de la traite du castor.

La proposition est acceptée et deux députés, MM, Juchereau, lieutenant-général de Montréal et Pascaud, commerçant, sont envoyés en France pour s'entendre avec M. Rodes, agent des fermiers généraux. Les délégués réussirent au-delà de leurs espérances; ils se font céder les droits de Louis Guignes qui leur abandonne huit cent mille livres pesant de cas.

(1) — Le débit du castor en France était tombé de 95,489 livres, en 1683, à 49,056 livres en 1694 et à 23,468 livres en 1685. Man. de la Nouvelle-France, 1ère série. Vol. 3, fol. 831. (2) — Salone, Colonisation de la Nouvelle-France, p. 296. (3)— Mémoire d'Auteuil, 1715-1719. 4

tor pour 470,000 livres d'argent comptant. De plus, la nouvelle compagnie aura le privilège de vendre les castors en peau, en poil, ou en chapeaux, dans la Hollande, la Suède, le Danemark, les villes Anséatiques, les ports de la mer Baltique et la Moscovie, en payant le quart en espèces de tous les dits castors au fermier du domaine d'Occident (1).

Les délégués reviennent pleins d'enthousiasme. La compagnie de la colonie est vite constituée, avec un capital de 287,377,175 livres ;elle acquiert les droits de la compagnie du Nord et le privilège de la traite dans les postes de Détroit et de Frontenac. Tous les personnages importants prennent des actions; les directeurs sont les sieurs d'Auteuil, de Lotbinière, Riverin, Hazeur, Gobin, Macart, Aubert de la Chenaye et de Lino (2). Ces deux derniers sont chargés de diriger les affaires de la compagnie en France. Le 26 février 1701, ils concluent un traité à Paris avec les sieurs Jean Pasquier, Nicolas Bourlet et Nicolas Goye, pour la vente des castors de la compagnie. Ces derniers auront le droit exclusif de cette vente, tant en France qu'à l'étranger, moyennant une commission de 5% sans frais à Paris, de 3,000 livres pour loyer de magasin et entrepots et 2% pour autres frais. Les dits agents feront à la compagnie de la colonie toutes les avances nécessaires au taux de 8% d'intérêt (3).

Les affaires marchent à merveille au début; mais bientôt certains indices laissent prévoir un désastre prochain; le roi, à la requête de sieur de Lino, se décide d'enlever le droit de 25% sur le castor et le remplace par un droit sur les draperies, les merceries et les bonneteries (4).

Soudain, on apprend que les sieurs Goye, Bourlet et Pasquier refusent d'accepter et de payer les lettres de change. Ils se plaignent d'avoir été obligés de faire des avances prodigieuses. "Une enquête révèle que la compagnie est débitrice vis-à-vis d'eux de neuf cent mille livres" (5).

Deux des commissaires, les sieurs Bourlet et Pasquier, se retirent et le sieur Goye forme une nouvelle société avec les sieurs Dumoulin et Mercier (6). Ceux-ci consentent à payer les lettres de change et à acquitter les dettes de la compagnie mais à l'avenir ils n'avanceront que cent soixante mille livres par année, de plus ils n'accepteront que quatrevingt mille livres de castor sec et moscovite tous les ans, à l'exclusion du castor gras.

Les habitants consentent à une réduction du prix du castor, mais ils ne peuvent accepter l'exclusion du castor gras, c'est la ruine de la colonie, (1704). Sur les entrefaites, les directeurs de la compagnie de la colonie déclarent au gouverneur qu'ils sont dans l'impuissance de payer les charges portées par l'état du roi pour l'année courante. "Ceci a causé un si grand mouvement, écrivent Vaudreuil et de Beauharnois au ministre

(1) — Arrêt du conseil d'Etat du roi,9 février, 1700. Collection Moreau de St-Méry,Vol. 6,fol. 149.

(2) — Voir; Liste générale des intéressés en la compagnie de la colonie et des actions qu'ils y ont prises avec une estimation de leur fortune, 1708. A. C. C G. 2ème série Carton II, série F. Vol. 110-110 bis.

(3) — Sur l'organisation de la compagnie, l'élection des directeurs etc., etc., voir Collection Moreau de St-Méry, Vol. 6 Fol. 192, 218, 222.

(4)— Arrêt du conseil d'Etat, 18 avril 1703, Collection Moreau de St-Méry, Vol. 6, fol. 323.

(5) — Salone, Colonisation de la Nouvelle-France, p. 300.

(6)— 25 septembre, 1703, Collection Moreau de St-Méry, Vol. 6, fol. 343.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 39

(1) le 17 novembre 1704, que pour faire cesser les plaintes des officiers de l'état major, des habitants que les curés menaçaient d'abandonner n'ayant point de supplément, des pauvres malades que jusqu'à présent les hôpitaux avaient secourus et qu'ils ne pouvaient plus recevoir, des marchands que les communautés religieuses refusaient de payer ne l'étant pas des gratifications que Sa Majesté a la bonté de leur accorder, nous avons été obligés sur toutes ces représentations pour payer les deux tiers de l'état du roi, de faire tirer en France sur le trésorier de la Marine 45,000 livres de lettres de change pour le montant des deux tiers du dit état et de faire une monnaie de carte sous le bon plaisir du roi et sous le vôtre pour acquitter le tiers restant de l'état. . .et nous vous supplions, monseigneur, de donner vos ordres pour que les cartes pour payer le tiers restant du dit état soient retirées sur les fonds qu'il plaira nous assigner".

Le député de la colonie, le sieur Riverin, parvint à former une nouvelle société en France et passa un traité, le 10 mai 1706, avec le sieur Aubert, marchand flamand, établi en Hollande, et les sieurs Neyret et Gayot, de Paris. Par ce traité, il leur cédait tous les droits de la compagnie de la colonie pour douze ans (2). Les nouveaux commissaires s'engageaient de payer toutes les dettes dues par la compagnie aux sieurs Dumoulin et Mercier, mais ne consentaient à accepter le castor gras que dans les six dernières années de leur contrat. C'était la ruine du commerce du castor.

La monnaie de carte

L'émission de la monnaie de carte allait aboutir à un autre désastre (3).

Voici en quelques mots l'origine de cette monnaie de carte. Dès le début de l'établissement de la colonie, le roi envoyait chaque année en Canada les fonds nécessaires pour payer les dépenses de l'année suivante, mais peu à peu la coutume s'établit de n'envoyer seulement que les fonds de l'année courante. Comme les vaisseaux qui portaient ces fonds n'arrivaient à Québec qu'au mois d'août ou de septembre, les intendants se trouvaient à manquer de fonds pour solder les dépenses des premiers mois de l'année. A la rigueur on pouvait retarder les remboursements dûs aux marchands, mais les soldats et les fonctionnaires de la colonie devaient être payés.

(1)— A.C.C.G., Vol. 22, fol. 4.

(2) — 12 octobre 1706. Acceptation par les intéressés en la colonie du Canada du traité intervenu le 10 mai précédent entre M. Riverin, délégué de la compagnie, et MM. Aubert, Néret et Gayot,pour la vente générale des castors et d'un autre traité entre le dit Riverin, es-qualité, les sieurs Aubert, Néret et Gayot, d'autre part, et les sieurs Dumoulin, Mercier et Carlier. Collection Moreau de St-Méry. Vol. 7, fol. 30. Série Canad. F. 178d. Voir aussi Edits et Ordonnances. Vol. 1, p. 321, 322.

(3) — Sur cette question de la monnaie de carte voir: Monnaie de carte. Historique de ce qui s'est passé à ce sujet. 12 avril 1717. A.C.C.G., Vol. 47, fol. 153. Ce mémoire a été publié dans les documents historiques. Correspondance échangée entre les autorités françaises et les gouverneurs et intendants. 1893. pp. 132 et seq. Aussi: Journal historique d'un voyage dans l'Amérique septentrionale. Charlevoix, pp. 93 et seq.

Pour répondre aux besoins les plus pressants, les intendants se virent dans la nécessité de fabriquer une monnaie spéciale sur des cartes à jouer coupées de différentes manières suivant la valeur qu'on leur donna (1).

Une émission de ces cartes correspondante à la somme que les vaisseaux du roi devait apporter, était faite au commencement de l'année; à l'arrivée des vaisseaux l'intendant faisait retirer les cartes en circulation et les payait à même les fonds qu'il avait reçus et au moyen de lettres de change qu'il faisait tirer sur les trésoriers généraux (2). Les cartes rapportées étaient comptées par les commis de l'Intendance et brûlées en leur présence.

Les premières émissions faites par Desmeulles (1685) et de Champigny (1687) furent remboursées exactement. On ne tarda pas à abuser de cette facilité de se procurer des ressources. En 1702, l'intendant Beauharnais constata qu'il y avait en circulation pour un montant considérable de vieilles cartes qui n'avaient pas été payées dans les années précédentes.

On n'en continua pas moins de fabriquer de nouvelles cartes. En 1708 le trésor du roi étant épuisé, on suspendit presque totalement l'envoi des fonds accordés jusque-là; l'intendant n'eut plus que la seule ressource de la monnaie de cartes pour solder les dépenses de la colonie; il en émit tellement que cette monnaie tomba en grand discrédit; elle diminua de moitié et provoqua un désarroi complet dans le commerce, causant par là même la ruine de plusieurs marchands.

En 1714, après la paix d'Utrecht, on dit qu'il y avait pour 1,600,000 livres de cette monnaie en circulation. Il fut jugé impossible par les trésoriers généraux de racheter un montant aussi considérable et les habitants consentirent à une réduction de 50% sur le total; on décida que la balance des huit cent mille livres serait payée par de versements annuels de cent mille livres chacun, à commencer du premier mars 1715.

Mais comme les finances de la Métropole étaient en aussi mauvais état que celles de la colonie, on se contenta de faire un paiement de 33,000 livres seulement, en 1716; en 1717, la valeur de la monnaie de carte fut encore réduite de moitié, et on décréta que cette valeur serait la même en

(1) — Il y avait des cartes de deux, quatre, seize et de trente-deux livres. La valeur était inscrite sur chaque côté de la main du commis du trésorier et toutes les cartes étaient signées par le gouverneur général, par l'intendant et par le commis du trésorier. On y frappait les armes du roi, celles du gouverneur général et de l'intendant. Il faut remarquer que cette monnaie de carte portait, comme les monnaies de France ayant cours en Canada, une valeur d'un tiers en sus. Ainsi une carte d'une livre, vingt sols en Canada ne valait que 15 sols en monnaie de France et les autres cartes en proportion. De là les dénominations monnaie de France, monnaie du pays, que l'on rencontre si souvent dans les vieux actes. Cette distinction entre ces deux monnaies avait été fixée par un arrêt du conseil d'Etat en date du 18 novembre 1672 et elle avait été faite à la demande de la compagnie des Indes Occidentales dans le but de faire rester en Amérique les espèces qui y passeraient de France. Mémoire cité sur la monnaie de carte.

(i) — "Pour comprendre ce que c'est que les lettres de change que l'on vient de dire que l'on tirait sur les trésoriers généraux, il est à propos d'expliquer comment et pourquoi elles étaient données. Les officiers qui sont payés par le roi, ayant de même que les habitants moins besoin d'argent que des effets et marchandises qui leur sont nécessaires, aiment mieux être payés en France que dans la colonie. Us donnent leur quittance d'appointement au commis du trésorier qui leur fournit des lettres de change sur le trésorier général et ils les adressent à leurs correspondants en France qui en reçoivent le paiement et leur envoient ensuite ce dont ils ont besoin. Ceux qui veulent faire remettre de l'argent en France le portent de même au commis du trésorier qui leur donne pareillement des lettres de change sur le trésorier général. Cet usage est établi pour la facilité du commerce." Mémoire cité sur la monnaie de cartes.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 41

France et au Canada. En 1720, il restait encore à rembourser une somme de 959,189 livres (1) de monnaie de carte, ce qui équivalait à 359,696 livres en monnaie de France qui furent finalement payées en 1721, par des lettres de change, tirées sur le trésorier du Royaume (2).

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