‹ La colonisation du Canada sous la domination française; précis historiqueChapitre 13 sur 19 · LA PRISE DE POSSESSION DU SOL · texte numérisé non relu

LA PRISE DE POSSESSION DU SOL

Les bases de l'organisation paroissiale telle qu'elle existe aujourd'hui furent jetées par le premier évêque de Québec, dès son arrivée à Québec.

En fondant le Séminaire de Québec, (1663), Mgr de Laval voulut tout d'abord travailler à la formation d'un clergé national, en unissant les cures de son diocèse à ce séminaire et en lui attribuant les dîmes et revenus de ces cures, il voulut de plus assurer la subsistance des prêtres qui seraient chargés de distribuer les secours spirituels aux colons disséminés sur de longues distances. C'était une œuvre de grande sagesse, et ce régime convenait bien à l'état où se trouvait la Nouvelle-France dans les débuts de sa colonisation. Le Séminaire restait la maison de tous, et le missionnaire au retour de ses courses apostoliques était certain d'y être reçu fraternellement par de vénérables confrères ; il était sûr d'y trouver, en cas de maladie et d'infirmité, un lieu de refuge et de tranquillité.

Peu à peu des établissements formant des groupes plus ou moins nombreux de population, s'organisèrent autour des manoirs seigneuriaux et les habitants réclamèrent des curés résidant au milieu d'eux; ils alléguaient avec raison que le missionnaire ne pouvait les visiter que rarement; souvent ils demeuraient privés de la messe et des autres secours spirituels pendant de longs mois.

Mgr de Laval toujours soucieux du bien de ses ouailles érigea un certain nombre de paroisses ou de missions, en 1678, et établit des curés aux endroits les plus convenables (3).

Le "Plan général de l'état des missions du Canada" que l'Evêque fit préparer en l'année 1683 (4) nous donne l'étendue de ces différentes missions et le lieu de résidence du prêtre qui était chargé de les desservir.

(1) — Canada and its provinces. Vol. 2. New-France, II, p. 499.

(2) — Le conseil de Marine à M. Begon, 14 juin 1721. Lettres de change pour l'extinction des cartes. A.C., rég. des dép. Vol. 44, fol. 5243^.

(3) — Mandements des Evêques de Québec, Vol. I, p. 569. (4)— Op. cit. p. 115-128.

Gouvernement de Québec

Québec et sa banlieue: (1354 âmes) érigé en paroisse en 1664, était desservie par M. de Bernières.

Ste-Famille, I.-0 384 âmes Desservis par M. Lamy, résidant

St-François, I.-0 165 " à Ste-Famille.

St-Paul (St-Laurent), I.-O 242 " Desservis par M. Franeheville,qui

St-Jean, L-0 175 " réside à St-Paul (St-Laurent).

St-Pierre, I.-O 183 "

Cap-Tourmente 37 " Desservis par M. Soumande,rési-

Baie-St-Paul 31 " dant au Cap Tourmente (St-

Côte-St-Frs-Xavier 23 '' Joachim).

Ste-Anne-du-Petit-Cap.... 167 ''

Château-Richer 279 " Desservis par M. Gauthier, rési-

Ange-Gardien 226 '' dant au Château-Richer.

Beauport (320 âmes) et Charlesbourg (397 âmes), avaient chacun leur curé résident, M. Martin à Beauport et M. Thury à Charlesbourg. Sillery, Notre-Dame-de-Sainte-Foy (255 âmes) et Notre-Dame-de-Lorette (102 âmes) étaient desservis par les RR. PP. Jésuites qui y avaient deux missions de sauvages, une d' Abénaquis, à Sillery, et une de Hurons, à Lorette.

Neuville (Pte-aux-Tr.)... . 340 âmes

CôteSt-Ange 176 "

Pointe-aux-Ecureuils 44 "

Portneuf 50 ''

Deschambault 11 "

Lotbinière 61 "

Ste-Croix 29 ''

Vilheu (St-Nicolas) 10 ''

Côte-de-Lauzon 338 "

Montapeine 41 "

Beaumont 66 ''

La Durantaye (St-Michel) 65 "

Bellechasse (Berthier) 17 ''

Desservis par M. Pinguet qui demeure à Neuville.

Missions desservies par M. de St-Claude, qui avait sa résidence ordinaire à la Côte-de-Lauzon.

La Riv.du Sud (St-Thom.) 26 La seigneurie de Gamache

et de Bellavance 23

Cap-St-Ignace 47

L'Ile-aux-Oies 18

L'Ile-aux-Grues 15

Toutes ces missions sont desservies par un seul prêtre, M. Morel, qui réside ordinairement à Québec.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 43

L'Islet Bonsecours 41 âmes

Trois- Saumons 5 "

St-Jean-Port-Joli 2 ''

St-Denis 11 ''

La Combe 40 "

La Bouteillerie 60 "

Cap Mouraska 1 "

Rivière-du-Loup 4 ''

Gouvernement des T rois-Rivières

Les Grondines 38 âmes Desservis par M. Vachon, résiste-Anne 92 '' dant à Batiscan.

Batiscan 273 ''

Champlain 285 " Desservis par M. Dupré, qui

Les Prairies Marsolet 24 " demeure à Champlain.

Gentilly 10 ''

Les Trois-Rivières 200 '' Desservis par M. Bresleau et un

Cap-de-la-Madeleine 200 '* Père Récollet, qui ont leur rési-

Rivière St-Michel (Bécan- dence aux Trois-Rivières.

court), Villiers, Linctot,

Cressé (Nicolet) 82 "

Sorel 113 '' Desservis par M. Volant, qui

Riv. St-François 60 '' réside à Sorel.

Autray (Lanoraie) 14 ''

Berthier 42 ''

Rivière-du-Loup 33 ''

Gouvernement de Montréal

St-Ours 89 âmes Desservis par M. Duplin, qui

Contrecœur 73 '' réside chez le seigneur de St-

La seigneurie de Pierre Ours.

Boisseau 17 ''

Verchères 59 ''

La Valtrie 43 ''

Fort St-Louis (Chambly).. 94 ''

St-Sulpice 12 " Desservis par M. Basset, qui

Repentigny 118" réside à l'Ile Jésus.

Tilly 70 '^

Ile-de-Jésus 30 ''

Cap-St-Michel 16 Ames. Desservis par M. de Caumont,

Petit-le-Moyne 12 '^ qui demeure chez M. Boucher,

Varennes 55 " seigneur de Boucherville.

Boucherville 200 "

Tremblay 30 ''

Longueuil 90 ^'

La Prairie-de-la-Magdeleine et la Côte-St-Lambert (210 âmes) sont desservies par les RR. PP. Jésuites, qui ont une mission de sauvages au Sault St-Louis.

Dans l'Ile de Montréal, Ville-Marie, unie au séminaire de St-Sulpice avec une population de 647 âmes formait une paroisse distincte. M. Seguenot, prêtre de St-Sulpice, desservait la Pointe-aux-Trembles (370 âmes) et l'Ile Ste-Thérèse.

Lachine (255 âmes), le Haut-de-l'Ile (59 âmes), et Châteauguay (6 âmes), étaient desservies par M. Rémy, prêtre de St-Sulpice, qui avait sa résidence ordinaire à Lachine.

Telle était la répartition des différentes cures du diocèse en

Les prêtres qui les desservaient étaient "affiliés au Séminaire et révocables à la volonté de Tévêque. Il ne pouvait être question de cures inamovibles, dans l'état actuel de la Nouvelle-France. Le Pape du reste avait approuvé la manière d'agir de Mgr de Laval, et le roi avait également donné son approbation au système de cures établis par l'évêque (1). Dans la suite, Louis XIV, probablement à l'instigation de Frontenac, changea tout-à-coup de sentiment sur ce point, et exigea des cures fixes et inamovibles, disant que c'était la coutume suivie dans le royaume (2). L'évêque dans le fond le désirait lui-même, sachant que c'était la règle ordinaire établie par les Saints Canons, mais il voulait qu'on assurât aux desservants de ces cures fixes un revenu suffisant pour vivre. La plupart devaient parcourir de longues distances pour visiter les quelques familles installées çà et là sur les deux rives du St-Laurent, dans un pays qui n'avait pas encore de routes. Il leur fallait faire de grandes dépenses pour entretenir un canot et payer les services d'un valet nécessaire dans presque toutes les missions.

Les habitants étaient si pauvres qu'ils avaient peine à payer la dîme réduite au 26ème minot et cette dîme si minime ne suffisait pas à solder la pension du desservant qui devait loger et dire la messe dans les maisons des particuliers.

De concert avec M. de la Barre et l'intendant Desmeules, Mgr de Laval prépara, d'après le ''Plan général de l'état présent des missions", un mémoire dans lequel il donnait la liste de vingt-cinq cures ou missions

(l) — Mandements des évêques de Québec, Vol. I, p. 37.

(2) — Instructions du roi, pour être remises à M. de la Barre, nommé gouverneur de la Nouvelle- France, 10 mai 1692. A.C. rég. des dép. Vol. 8, fol. D.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 45

que l'on pouvait établir d'une manière fixe, si le roi consentait à accorder un supplément (1).

La Cour se rendit à la demande de Mgr de Laval et lui accorda une somme annuelle de 6,000 livres à être distribuée entre les différentes cures; on ajoutait 2,000 livres pour les prêtres infirmes ou usés par la vieillesse (2).

L'évêque fit preuve de bonne volonté et, dans l'automne de 1684, il érigea six cures fixes, celles de Champlain, de la Sainte-Famille (Ile d'Orléans), de Beauport, de la Pointe-aux-Trembles (Ile de Montréal), de Neuville, de Batiscan et de Repentigny (3).

Lorsque Mgr de Saint- Vallier, brisa l'union des cures avec le Séminaire (1692), il y avait dans le pays une quarantaine de paroisses ayant presque toutes des curés résidents.

En cette même année, (1692), celui-ci érigea canoniquementVarennes, Trois-Rivières, La Prairie-de-la-Magdeleine ; Charlesbourg, en 1693, la Bouteillerie, sur la Rivière-Ouelle et la Pointe-de-Lévi (St-Joseph), en 1694, Notre-Dame-de-Foy, en 1698, le Cap-St-Ignace, en 1700.

En même temps il s'occupa activement de faire réparer les églises qui menaçaient ruine; il en fit bâtir plusieurs nouvelles et construire bon nombre de presbytères. C'était le moyen d'attirer les colons et de multiplier les établissements.

Le développement territorial

Il est facile de se rendre compte du travail accompli et de l'état de la colonisation à cette époque en consultant "les plans des seigneuries

(1) — Voici la liste de ces cures que l'on se proposait d'ériger et qui avaient déjà pour la plupart

des curés résidents:

La ville de Montréal unie au Séminaire de St-Sulpice 641 habitants.

La Chine, au haut de l'Ile, 3 lieues sur une étendue 314 "

La-Pointe-aux-Trembles, au bas de l'Ile, 1 lieue sur 2 427 "

La-Prairie-de-la-Magdeleine et la côte St-Laurent, 2J^ lieues 214 "

Boucherville avec plusieurs terres et seigneuries 409 "

Repentigny, terres et seigneuries 230 "

Sorel, terres et seigneuries 262 "

Trois-Rivières, 3 lieues sur 3 d'étendue 287 "

St-Ours et Contrecœur, 3 lieues d'étendue 283 "

La-Cap-de-la-Madeleine, terres et seigneuries 295 "

Champlain, IJ^ lieue 296 "

Batiscan, 2 lieues ^. 365 "

Lotbinière et Ste-Croix, 3 lieues

Neuville, 2 lieues 394 "

Le Cap-Rouge, N.-D. de Foy 431

Charlesbourg, sept villages 397

Beauport, quatre villages 320

Chateau-Richer et l' Ange-Gardien, 3J^ lieues 505

Ste-Anne-du-Petit-Cap, 2 lieues 167

Le Cap-Tourmente et la Baie-St-Paul, 7 lieues : 68

Ste-Famille, I. O., 3 lieues 549

St-Pierre, St-Paul, St-Jean, 1)4 lieues 600 "

La Côte-Lauzon, 10 lieues 328

Le Cap-St-Ignace, 10 lieues 522 "

La ville de Québec et environs 1350

(27 oct. 1683. A. C. Collect. Moreau de St-Mery, (1681-1690), Vol. 4. f. 3. (2) — Liste de la distribution des 3000 livres que le roi a données pour les curés du Canada et projet

pour distribuer 8,000 livres aussi données par Sa Majesté, A. C, Missions et culte religieux, série F,

vol. III, fol. 21.

(3) Mandements des Evêques de Québec, Vol. 1, P. 569.

et habitations des gouvernements de Québec, des Trois-Rivières et Montréal", levés dans les années 1709-1712, par l'ingénieur Gédéon de Catalogne, et le mémoire explicatif qu'il adressa en 1715, au comte de Pontchartrain (1).

De Catalogne commence sa description par le gouvernement de Montréal. L'île de Montréal, qui appartient aux Messieurs de St- Sulpice ''passe pour la plus belle seigneurie du Canada." Elle renferme maintenant sept paroisses: celle de Montréal, de Lachine, de Ste-Anne, de St-Louis, de la Pointe-aux-Trembles, de la Rivière-des-Prairies et du Sault-aux-Récollets, sous titre de missions, toutes sont desservies par des prêtres du séminaire. "Les terres sont très fertiles en toutes sortes de grains et autres denrées."

L'Ile- Jésus, est la propriété des prêtres du séminaire de Québec, qui y ont un beau domaine; il n'y a encore qu'une seule paroisse qui est peu peuplée, les premiers habitants ayant été massacrés par les Iroquois.

Dans la seigneurie des Mille-Iles, les ''habitants quoique nouvellement établis sont fort laborieux et à leur aise."

Les seigneuries qui suivent en descendant: La Chesnaye, Repentigny, St-Sulpice, ayant été ravagées pendant de longues années par les Iroquois sont peu peuplées, les terres en certains endroits sont basses et sujettes aux inondations.

A Lavaltrie elles sont abandonnées depuis le grand massacre de 1691. Lanoraie n'a "aucun établissement". D'Autray a "peu d'habitants", D'Antaya n'en a que deux, Berthier, en a quelques-uns, "tous font paroisse avec ceux de Sorel". Ces "endroits sont trop éloignés des commodités publiques du commerce", ils ne peuvent progresser.

A l'ile Dupas, les terres sont "les meilleures du continent mais elles sont souvent couvertes d'eau jusqu'à la fin de mai."

La situation est plus brillante sur la côte sud. A Châteauguay, les habitants qui sont peu nombreux, se livrent surtout à la pêche et à la chasse.

Les seigneuries de la Prairie-de-la-Magdeleine et de St-Lambert "font paroisse ensemble; les terres y sont également fertiles et produisent abondamment toutes sortes de grains et quantité de foin."

Dans la seigneurie de Longueuil, les habitants "sont à leur aise par les grosses dépenses que le seigneur y a faites tant à faire des fossés et chemins qu'à y construire un fort de pierre pour la sûreté des habitants. On y a bâti un moulin à scie "y ayant quantité de bois de pin et autres bois propres à la charpente".

(1) — Mémoire du sieur de Catalogne sur les seigneuries et habitations des gouvernements de Québec, Montréal et des Trois-Rivières, et explication des plans qui ont été envoyés à M. le Comte de Pontchartrain, en 1709 et 1711, avec remarques de l'ordre de ces établissements, marqués seigneurie par seigneurie, des noms et qualités des seigneurs, par qui les paroisses sont desservies; les seigneuries où il y a siège de justice établie quoique toutes aient droit de haute, moyenne et basse justice ; les productions naturelles et accidentelles et la qualité des terres (1715). A. C. Collection Moreau de St-Méry. Mémoires 1540-1759, F. 2.— Une copie des plans des districts de Québec et des Trois-Rivières faite sur l'original à Paris est déposée au Département des Archives, à Ottawa. Le plan du gouvernement de Montréal est perdu.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 47

Les habitants de la seigneurie de Tremblay et des iles Lamoureux, dépendent de la paroisse de Boucherville qui, en 1706, compte une population de 429 âmes, et est une des plus riches du gouvernement de Montréal (1).

Les habitants de la seigneurie de Varennes ''sont tous riches", quoique peu nombreux encore; avec ceux de ITle Ste-Thérèse, des seigneuries de la Trinité et de Grandemaison, ils dépassent à peine la centaine.

Verchères se relève lentement du passage des Iroquois; les fiefs de Chicouane et de Boisseau n'ont point d'autres habitants que le propriétaire avec sa famille. D'ici au Richelieu, nous traversons les grandes seigneuries de Contrecœur, de St-Ours, de Sorel, de Chambly, concédées autrefois aux officiers militaires de ce nom. Ils étaient certainement de valeureux soldats, mais de pauvres colonisateurs. Après trentequatre ans d'établissement (1672-1706), la population de tout de district monte à peine à 300 âmes. La seigneurie de Sorel ''qui était en décret depuis longtemps", vient d'être adjugée à M. de Ramezay, gouverneur de Montréal. A Chambly, la tyrannie du seigneur force les habitants à quitter, "pourtant il est à remarquer que le long de la rivière Richelieu, il y aurait du terrain à placer plus de mille habitants dont partie des terres sont prêtes à mettre à la charrue les feux ayant autrefois ravagé tout ce pays-là".

Le gouvernement des Trois-Rivières renfermait un grand nombre de petites seigneuries qui avaient peu prospéré; sur la côte nord, Maski-

(1) De Catalogne ne mentionne pas l'état de la population de chaque seigneurie. Les chiffres

que nous donnons au cours de ce chapitre sont ceux du recensement de 1706, que nous inscrivons au long pour plus de clarté.

âmes âmes

Québec 1771 Beaumont, 212

N.-D.-des-Anges, Sillery 869 La Durantaye 225

Orsainville, St-Ignace 142 Bellechasse 125

Champigny, Cap-Rouge 102 Côte St-Laurent 1091

Beauport 384 Ile-aux-Oies, St-Jean, Bonsecours, Vin- Côte Beaupré, Baie St-Paul 1184 celot, Riv. du Sud, Trois-Saumons,

Malbaie 16 Riv. du Loup, Riv. Verte, Lafresnaye,

Demaure 307 et St-Joseph 724

Neuville 399 Labouteillerie 149

Portneuf, Lachevrotière, Grondines 301 Mont-Louis 31

Ste-Anne, Ste-Croix 224 Repentigny 158

Trois-Rivières et banlieue 203 St-Sulpice 61

St-François 111 Lavaltrie 117

Cap-de-la-Madeleine, Marsolet, Linctot . 123 Berthier, Ile Dupas 183

Champlain, Gentilly, Cressé 320 La Prairie, St-Lambert 169

Batiscan 352 Prairie de la Madeleine 218

Yamachiche, Yamaska, Riv. du-Loup, Longueuil, Tremblay 319

Maskinongé 165 Boucherville 429

Bécancourt, Baie St-Antoine 137 Varennes 123

Montréal et banlieue 2025 Sorel : 104

Pointe-aux-Trembles 427 St-Ours 65

Lachine 459 Contrceœur 131

Le Bout de l'Ile . . , 175 Verchères 80

Ile Ste-Thérèse, Riv. des Prairies 284 Ile Bouchard 43

Ile Jésus 361 Cap St-Michel 91

Lachenaye : Châteauguay 69

Total 16,417

nongé, la Rivière-du-Loup, le Petit et le Grand-Yamachiche, le fief de Tonnancourt sont encore en "bois debout". Les terres sont basses, sujettes aux inondations; les rives du fleuve sont inabordables et il n'y a pas de route à l'intérieur. Aussi la population y est fort restreinte: 165 âmes en 1706. Les Trois-Rivières sont toujours au même point. La ville "sise sur une hauteur de sable a peu d'habitants, 203 en 1706, le même nombre qu'en 1683. Le Cap de la Madeleine est en décadence; "ses terres sablonneuses", où il n'y a plus de bois sont abandonnées. En 1683, elle avait 200 âmes; en 1706, il faut joindre à sa population celles du fief des Prairies Marsolet et du fief Lanctôt pour atteindre 123 âmes. Les fiefs Lapierre et Hertel, du Moine sont de peu d'importance. Le fief Champlain, les seigneuries de Batiscan et de Ste-Anne de la Pérade annoncent plus de progrès ; elles forment chacune des paroisses distinctes, desservies par des prêtres du Séminaire de Québec. A Ste-Anne, "les terres pendant un grand espace sont belles et unies comme celles de Batiscan, fertiles en toutes sortes de grains".

A la côte sud, Yamaska, St-François, Lussaudière, St-Antoine ou la Baie, Nicolet, Godefroy, ont si peu d'habitants qu'un seul prêtre récollet du monastère des Trois-Rivières suffit à les desservir. A Bécancourt, "il y a une mission de sauvages Abénaquis qui font paroisse avec les habitants qui sont desservis par un ou quelquefois deux pères Jésuites". Les habitants de la seigneurie de Linctôt dépendent également de la mission de Bécancourt. Dans la seigneurie de Gentilly, ils sont peu nombreux, "la plupart des terres ayant été concédées aux habitants de Champlain qui manquent de bois de chaufïage sur leurs établissements qui les empêchent de défricher les terres ci-dessus".

La seigneurie de Becquet est aussi bien fournie en bois de chaufïage, "les habitants, à la faveur delà marée qui monte jusqu'à cette seigneurie, en font des cajeux qu'ils vont vendre à Québec".

Ici, comme sur la rive nord, le grand obstacle à la colonisation c'est le manque de voie de communication. Cette population est trop éloignée des grands marchés de Québec et de Montréal; les résultats comparés à ceux que l'on obtient dans les deux autres gouvernements sont médiocres et pour cause.

Dans le gouvernement de Québec, le territoire colonisé est plus étendu et plus peuplé que dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal. Québec et sa banlieue ont maintenant une population de 1771 âmes. Les terres dans la banlieue "sont médiocrement bonnes" mais les propriétaires les cultivent avec grand soin; dans la ville les commerçants ont "de beaux et bons jardins".

Autour de Québec, les paroisses se multiplient. La belle seigneurie de Sillery en renferme quatre: St-Gabriel, St-François, l'Ancienne et la Nouvelle-Lorette. Cette seigneurie appartient aux RR. PP. Jésuites ainsi que celle de Notre-Dame-des- Anges qui comprend dans ses limites lesparoisses du Bourg-Royal, de Charlesbourg et de l'Auvergne. Leur population est de 869 âmes en 1706. Orsainville et St-Ignace ont 142 habitants.

En descendant sur la côte nord, la seigneurie de Beauport, érigée en

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 49

"marquisat", occupe tout l'espace de terrain compris entre la rivière St-Charles et le Sault-Montmorency, puis viennent l'Ange-Gardien, le Chateau-Richer, Ste-Anne, le Cap-Tourmente, paroisses riches et bien cultivées, formant la seigneurie de Beaupré qui appartient aux Messieurs du Séminaire de Québec qui ont un très beau domaine dans la paroisse du Cap-Tourmente.

L'établissement le plus éloigné de ce côté est la Baie-St-Paul; "il n'y a que neuf habitants résidant et peu d'apparence qu'il puisse s'en établir d'autres, les terres labourables étant de peu d'étendue et bordées de hautes montagnes".

En face de Beaupré c'est le comté de St-Laurent, l'ancienne Ile Orléans; elle compte maintenant cinq paroisses, deux au nord, St-Pierre et Ste-Famille, St-François à l'extrémité est, et St-Jean et St-Laurent au sud. Les habitants de l'Ile comme ceux de la côte de Beaupré sont industrieux; ils fabriquent des toiles et droguets qu'ils vendent en ville et passent pour les plus laborieux et les plus riches du Canada.

Avec les habitants de la côte de Beaupré, ils ont colonisé la rive sud depuis Québec jusqu'à la Grande-Anse. De ce côté, en effet, le progrès est étonnant. En 1683, Beaumont avait 66 âmes. La Durantaye 65 et Bellechasse 17 (1).

En 1706, Beaumont en a 212, La Durantaye 225 et Bellechasse 125. Les habitants de la Durantaye et de Bellechasse font paroisse avec ceux de Beaumont.

A partir de Bellechasse en descendant les établissements se suivent La Pointe-à-la-Caille, ou la Rivière-du-Sud, desservie par un prêtre du Séminaire, les fiefs Bernier, Gagnier, Gamache Vincelot, Bélanger, Dutertre, l'Ile-aux-Oies et l'Ile-aux-Grues, forment une paroisse dont le centre est au Cap St-Ignace,dansla seigneurie de Vincelot, avec une population totale de 893 âmes. Depuis la rivière des Trois-Saumons jusqu'à la Grande-Anse, "il n'y a que deux habitants établis qui ont peu de terre en culture".

La seigneurie de la Grande-Anse, forme une paroisse avec la seigneurie de la Rivière-Ouelle. A Kamouraska, à la Rivière-du-Loup, il y a bon nombre d'habitants qui se livrent surtout à la pêche aux marsouins.

En face de Québec, la grande seigneurie de Lauzon, dont M. Edmond Roy a raconté en des détails si précis les différentes péripéties (2), est divisée en deux paroisses, St-Nicolas et St-Joseph, séparées entre elles par la rivière Chaudière.

En remontant sur la rive sud, Villiers, Chorel, Marauda, le plateau Ste-Croix, Lotbinière, sont encore peu développées. "Le front de toutes ces seigneuries est entrecoupé de hautes escorres qui en rendent l'accès fort difficile".

Sur la rive nord, en revenant vers Québec, les Grondines, Lâche vrotière, Deschambault, la baronnerie de Portneuf, ont bon nombre d'ha-

(l) — Plan de l'état des Missions en 1683, voir p. 41.

(2) — Histoire de la seigneurie de Lauzon, 5 vol. Lévis, 1897-1909.

bitants qui font le commerce de bois de chauffage avec la population de Québec, et s'adonnent peu à la culture.

La Rivière-Jacques-Cartier, les Ecureuils, Neuville, Demaure, Gaudarville, ont progressé davantage; ici comme à la rive opposée, les côtés sont escarpés, ''paraissant comme des murailles" que l'on escalade avec peine. Fossambault et Bonhomme, en arrière, sont des concessions récentes et n'ont pas d'habitants.

En somme la colonisation, n'a pas encore poussé à l'intérieur; elle s'est surtout concentrée le long des rives du St-Laurent. Peu à peu nous la verrons s'étendre; une deuxième concession de seigneuries se formera d'ici à la conquête.

Missions indiennes.

Catalogne, dans son mémoire, fait mention des missions indiennes établies au milieu de la population française. Ce sont celles de l'Ile aux Tourtes, pour les Nipissingues, du Sault-St-Louiset du Sault-au-Récollet, pour les Iroquois; celles de St-François,dans la seigneurie du même nom, pour les Abénaquis, et celle de la Nouvelle-Lorette, pour les Hurons.

Au Sault-au-Récollet on a transporté les sauvages de l'ancienne mission de la Montagne, près de Montréal, afin de leur enlever les occasions fréquentes de s'enivrer. Ils sont desservis par deux prêtres sulpiciens; au Sault St-Louis c'est la mission St-François-Xavier, composée d'Iroquois des Cinq Cantons. En 1698, ils étaient au nombre de 790 (1). Desservis par trois pères Jésuites, ces sauvages conservent leur caractère fier et indépendant, "suivant le plus souvent leur propre sentiment". Ils fabriquent une grande quantité de sucre d'érable, mais s'occupent peu de culture, chaque automne ils partent pour la chasse et "ne reviennent qu'au mois de mai, quelquefois aux fêtes de Noël".

Les Abénaquis de St-François sont également desservis par les Jésuites. On a réservé pour leur établissement les plus belles terres de la seigneurie de Lussaudière (Pierreville) .

Les Hurons de la Nouvelle-Lorette sont peu nombreux (122 en 1698). Ce sont les descendants de ceux qui après le grand massacre de 1639, vinrent se réfugier à Sillery. Transportés à l'Ile d'Orléans en 1651, ils revinrent à Sillery en 1656; en 1673, ils s'établirent à la Vietile Lorette et enfin se fixèrent définitivement à la Jeune-Lorette en 1697.

La race indienne est en décadence; en 1698, il y a dans toute la colonie que 1540 sauvages domiciliés et avec les Têtes-de-Boules et les Montagnais errant dans les territoires du nord, c'est pour ainsi dire tout ce qui reste des puissantes tribus que Champlain avait autrefois rencontrées, et rêvé de conquérir au christianisme. C'est le contraire qui est arrivé; la civilisation avec ses raffinements a détruit l'enfant des bois.

(1)— Recensement de 1870-71, Vol. IV, p. 40.

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 51

Règlement des districts des paroisses de la Nouvelle France {1722).

En 1714, Mgr de St-Vallier érigea canoniquement un certain nombre de paroisses (1), à savoir: le Cap-Santé, St-Jean, I. O., Beaumont, St-Pierre I. 0. St-Laurent I. O. la Baie-St-Paul, Kamouraska, la Durantaye, St-François-du-Lac, Ste-Anne-de-la-Pérade, St-François I. O., St-Thomas (Pointe-à-la-Caille). St-François-de-Sales (Ile Jésus) et St-Joachim furent érigées, en 1721.

Il y avait maintenant au-delà de 80 paroisses dans les trois gouvernements. Les limites de chacune de ces paroisses n'avaient jamais été fixées d'une façon régulière et l'incertitude où l'on était de l'étendue des cures, entraînait souvent des disputes oiseuses au sujet de la dîme. En 1721, Mr Collet, procureur-général au conseil supérieur de Québec, fut nommé pour régler les districts de paroisses.

Il parcourut les deux rives du St-Laurent, du 4 février au 3 juin 1721. Dans chaque paroisse il dressa un procès-verbal de "commodo et incommodo" de l'étendue de sa circonscription et de l'état des édifices religieux (2). Ce fut d'après ces procès-verbaux que le gouverneur et l'intendant de concert avec l'évêque formèrent quatre-vingt-deux districts de paroisses (3). Le règlement des districts de paroisses fut approuvé par un arrêt du conseil d'Etat, en date du 3 mars 1722 et enregistré au conseil Souverain le 5 octobre de la même année. (4).

Voici les noms de ces différents districts paroissiaux:

a) Gouvernement de Québec

A droite en remontant le fleuve: — Baie St-Paul, (St-Pierre et St- Paul), 1681, (5), La Petite Rivière, (St-François-Xavier), St-Joachim, 1687, Ste-Anne, 1657, Château-Richer, 1661, L'Ange-Gardien, 1666, St-François-de-Sales, I. O., 1679, St-Jean-Baptiste, I. O., 1679, St-Laurent, 1679, Ste-Famille, I. 0., 1669, St-Pierre, I. O., 1679, Beauport, 1673, Charlesbourg, 1679, Québec, 1621, Ste-Foy, 1699, La Vieille- Lorette, 1676, Demaure (St- Augustin), 1691, Neuville (St-François de Sales), 1679, Portneuf dit le Cap-Santé, (La Ste-Famille), 1679, Eschambault, et la Chevrotière, 1713, les Grondines, (St-Charles-des Roches), 1680, Ste-Anne, près de Batiscan, 1693.

A gauche en remontant le fleuve: — Les Kamouraska (St-Louis), La Bouteillerie, dit la Rivière-Ouelle, (N.-D. de Liesse), 1685, La

(l) — Mandements des Evêques de Québec, Vol. L, p. 527.

(2)A. C. Amérique du Nord, Série C. (III) Vol. 12, 1721-1722.— Procès verbaux sur la commodité et l'incommodité dressés dans chacune des paroisses de la Nouvelle-France, par M. Collet, Procureur-général du Roi au Conseil Supérieur de Québec. Fols. 65 à 231.

(3) — Ce règlement des districts de paroisses ne comportait pas l'érection civile. "Il n'y a eu, écrit Mignault, (le Droit Paroissial, p. 4), avant la conquête que l'érection canonique des paroisses. Il est vrai que le 20 septembre 1721 le gouverneur, l'intendant et l'évêque de Québec, avaient fait un règlement qui fut confirmé par le roi le 3 mars 1722, mais il n'y avait là que fixation des limites des paroisses et nullement confirmation de leur érection par le pouvoir civil."

(4) — Edits et Ordonnances, Vol. I, p. 443.

(5) — Le chiffre placé à la suite du nom de chacune des paroisses indique l'année oîi l'on avait commencé à y tenir les registres de l'état civil.

Pocatière ou Grande-Anse, (Ste-Anne,) 1715, Les Aulnets (St-Roch)^ Port-Joly, Bonsecours (Notre-Dame-de-Bonsecours) 1679, Le Cap-St- Ignace (St-Ignace), 1679, La Pointe-à-la-Caille (St-Thomas), 1679, St- Pierre-du-Sud, Bellechasse (N.-D. de l'Assomption), La Durantaye, (St- Jacques et St-Philippe), 1713, St-Michel, 1693, Beaumont, (St-Etienne), 1692, La Pointe-de-Lévy, (St-Joseph), 1679, St-Nicolas, 1694, Tilly (St- Antoine-de-Pade), 1702, Ste-Croix, 1716, Lotbinière (St-Louis, 1692), Eschaillons.

h) Gouvernement des Trois-Rivières

A droite en remontant le fleuve: — Batiscan, (St-François-Xavier) , 1682, Champlain (La Visitation), 1679, le Cap-de-la-Madeleine, 1687, Les Trois-Rivières, 1635, le fief des RR. PP. Jésuites, Grosbois dit les grande et petite rivières Ouamachiche, Ste-Anne, La Rivière-du-Loup (St- Antoine), 1714, Maskinongé (St-Joseph).

A gauche en remontant le fleuve: — St-Pierre, Gentilly, Cournoyer, Bécancourt, (La Nativité de la Ste- Vierge), 1716, Godefroy, DeTonnancourt, Nicolet, 1716, L'Ile Moras et la Baie-St-Antoine, 1715, St-François sur le lac St-Pierre, 1715.

c) Gouvernement de Montréal

A droite en remontant le fleuve: — L'Ile-du-Pads (La Visitation), 1704, Berthier et Dorviliers, D'Autray et Lanoraie, La Valtrie, St-Sulpice, 1706, Les Iles Bouchard, Repentigny, (N.-D.-de-l' Assomption), 1679, La Chenaye, 1683, Terrebonne, L'Ile-Jésus, (St-Frs. de Sales), 1702, La Rivière-des-Prairies, (St-Joseph), 1688, La Pointe-aux- Trembles, (L'Enfant Jésus), 1674, La Longue-Pointe, Montréal, 1642, St-Laurent, 1720, La Pointe-Claire, 1713, Ste-Anne-du-Bout-de-l'Ile,

Côté du sud en remontant le fleuve. Sorel (St-Pierre), 1670, St-Ours (L'Immaculée Conception), 1681, Contrecœur (La Ste-Trinité) , 1680, Verchères, (St-Frs-Xavier) , 1702, Varennes (Ste-Anne), 1693, Boucherville, (Ste-Famille), 1668, Chambly (St-Louis), 1706, Longue|iil (St-Antoine-de-Pade), 1715, La Prairie-de-la-Magdeleine, 1670, Châteauguay.

Plusieurs de ces paroisses dont on venait de fixer les limites n'avaient pas encore de curé résident; d'autres s'étendaient sur de longs espaces et ne pouvaient être visitées que rarement par le missionnaire. "Un "grand nombre de ces districts paroissiaux n'étaient tout simplement "que des cadres dans lesquels il n'y avait encore rien, ou presque rien. 'Mais ces cadres n'en avaient pas moins une grande valeur; ils appelaient "ils invitaient les colons à venir se grouper autour d'une église en con- "struction, auprès d'un prêtre qui allait s'occuper incessamment de leur "avenir, de l'avenir de leurs enfants. Ces cadres vont tous se remplir,

sous LA DOMINATION FRANÇAISE 53

"avec le temps; il faudra même les élargir, les étendre, la vie débordera "tout autour, elle rayonnera jusqu'aux extrémités du pays". (1)

La paroisse allait devenir l'élément de cohésion de la race française en Amérique, la pierre angulaire de l'édifice national, la forteresse inébranlable qui résistera à tous les assauts.

Page 1