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LA COMPAGNIE DES CENT- ASSOCIÉS

Richelieu, en établissant la compagnie des Cent-Associés n'entend pas être trompé. Dès le premier article de la charte qu'il accorde aux membres de la société, le 29 avril 1627, il les oblige à faire passer dans la Nouvelle-France, l'année suivante, (1628) deux ou trois cents hommes de tous métiers et d'y établir, dans l'espace de quinze ans, au moins quatre mille colons des deux sexes. La compagnie devait les loger, les nourrir et les entretenir du nécessaire, pendant trois années; leur distribuer ensuite des terres défrichées, avec le blé pour les ensemencer une première fois.

Ces charges étaient assez onéreuses. En compensation des avances qu'elle devra faire, la Compagnie reçoit ''en toute propriété, justice, et seigneurie" la Nouvelle-France et la Floride. Elle pouvait y ériger des seigneuries, sauf la confirmation royale, y faire la traite des pelleteries à perpétuité et y jouir seule du commerce par terre et par mer, pendant quinze années.

"L'institution féodale pour toute la Nouvelle-France", dit Sir L. H. Lafontaine, "a son origine dans cette concession royale de 1627- 1628" (2).

La compagnie se mit en mesure de remplir immédiatement ses obligations et, dès le printemps, elle dépêcha de Dieppe, (28 avril 1628), sous les ordres de l'amiral Roquemont, quatre navires qui apportaient à Québec "toutes commodités nécessaires et quantité d'ouvriers et familles qui venaient pour habiter et défricher la terre" (3).

Malheureusement la guerre venait d'éclater entre la France et l'Angleterre. Roquemont à son entrée dans le fleuve rencontra la flotte des Kirke qui avaient renoncé à s'emparer de Québec, après la fière réponse de Champlain. Pour se dédommager, ils attaquèrent Roquemont qui fut obligé de se rendre; les colons et les secours si impatiemment attendus à Québec, furent ramenés en France.

L'année suivante, Louis Kirke reparut devant Québec, la famine obligea Champlain à capituler le 19 juillet 1629. Champlain, les religieux, les commis de la Compagnie repassèrent en France, sur les vaisseaux de Louis Kirke.

Néanmoins, la famille de Louis Hébert, dont le chef était décédé le 25 janvier 1627 (4), Guillaume Couillard, Adrien Duchesne, Abraham, Martin, Pierre Desportes, Nicolet Pivert et leurs familles, Jean Nicolet et Nicolas Marsolet, ne voulurent pas quitter le rocher de Québec; ils

(1) — Acte pour l'établissement de la compagnie des Cent-Associés. Edits et Ordonnances.pp. 5 et 11.

(2) — Tenure seigneuriale. Décisions des tribunaux. Observations de sieur L. H. Lafontaine pp.

(3) — Œuvres de Champlain. Edit. Laverdière. Tome VI., p. 180.

(4)— Sagard. Hist. du Canada. 1686, p. 591.

étaient déjà des habitués, les vrais habitants; "c'était la partie stable et comme le germe fécond des meilleures familles qui se soient développées en Canada."

A son arrivée en France, Champlain apprend que la paix entre les rois de France et d'Angleterre a été signée le 24 avril 1629, avant la reddition de Québec. Il s'emploie de son mieux pour faire restituer le Canada, mais les choses traînent en longueur et ce n'est que trois ans plus tard, par le traité de Saint-Germain-en-Laye (29 mars 1632), que le Fort et l'Habitation de Québec sont rendus à la France.

Il s'en est fallu de bien peu que la Nouvelle-France ne fût abandonnée. Elle retournait enfin à ses anciens maîtres, mais tout était à recommencer.

La compagnie des Marchands

Pour comble de malheur, la compagnie des Cent-Associés, en raison des grandes pertes qu'elle venait de subir, songeait à abandonner le Canada; elle était réduite à un revenu de 10,000 livres. Se voyant dans l'impossibilité de tenir leurs engagements, les associés avaient décidé de laisser entre les mains des marchands de Rouen et de Dieppe, la conduite de la Compagnie, et les avantages du commerce.

Les agents de cette société étaient Jean Rosée, marchand de Rouen, et Antoine Cheffault de la Régnardière, avocat de Paris; Jean de Lauzon, qui devint plus tard notre gouverneur, en était l'intendant. Ils équipèrent la flotte de trois vaisseaux qui ramena Champlain, les pères Jésuites, Massé et Brébœuf et 197 personnes, colons et soldats, au printemps de 1633.

A leur retour, les Français ne retrouvèrent que des ruines. Sans petdre de temps, Champlain commença la restauration des bâtiments qui avaient été négligés et pour commémorer la remise de Québec, par les Anglais, il érigea la chapelle de Notre-Dame-de-Récouvrance, à la Basse- Ville.

Au mois de juillet 1634, il envoie le sieur Laviolette commencer la construction du fort des Trois-Rivières, et va le rejoindre quelques jours plus tard, pour assister lui-même à la traite et renouer amitié avec les sauvages.

Premiers établissements

Un groupe de colons était débarqué à Québec, le 4 juin précédent (1634) (2). Ce contingent avait été organisé par Robert Giffard, chirurgien, qui avait résidé à Québec avant l'occupation des Anglais. Ce Robert Giffard s'était fait concéder par la compagnie des Cent- Associés, le 15 janvier 1634, ''une lieue de terre à prendre le long de la

(1) — Garneau, Histoire du Canada, Sème Edit. Tome I, p. 148. Note VII. f2) Relation des Jésuites 1634, p. 88.

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coste du fleuve de St-Laurent, sur une lieue et demi de profondeur dans les terres à l'endroit où la rivière appelée Notre-Dame de Beauport entre dans le dit fleuve, icelle rivière comprise" (1) ''Il devait réaliser dans sa perfection le type du seigneur colonisateur" dit Salone (2)

La Compagnie lui avait octroyé la concession en toute justice, propriété et seigneurie à perpétuité "à condition d'un seul hommage lige à chaque mutation de passeur avec une maille d'or du poids d'une once et le revenu d'une année, de ce que le dit sieur Giffard se sera réservé après avoir donné en fief ou à cens et rentes tout ou en partie des dits lieux". En outre, il était statué "que les hommes que ledit Giffard ou ses successeurs feraient passer en la Nouvelle-France, tourneraient à la décharge de la dite compagnie en diminution du nombre qu'elle doit y faire passer".

On comprend ici l'intention de la compagnie des Cent-Associés. Se sentant dans l'impuissance de peupler la colonie, elle avait décidé de se décharger de ce soin sur un certain nombre de gentilshommes auxquels elle concéderait de grandes étendues de terrain avec l'obligation de sous-concéder à des colons qu'eux-mêmes recruteraient. C'est pour répondre à cet engagement que le seigneur de Beauport avait fait une propagande fructueuse dans son pays natal, à Mortagne, au Perche. Il conduisait dans ce premier convoi trente à quarante personnes, parmi lesquelles, M. le Sueur de Saint-Sauveur, prêtre, curé de Harcourt, Juchereau du Maure et Juchereau des Chatelets, qui avaient apporté un concours précieux à Giffard, dans son travail de recrutement, le sieur Jean Bourdon, homme d'un grande probité, qui devait jouer un rôle considérable dans la colonie; Marin Boucher, Gaspard Boucher, Zacharie Cloutier, Jean Guyon, Noël Langlois, dont les descendants sont répandus par tout le Canada, faisaient également partie de ce convoi. Tous ces colons semblent d'abord s'être établis auprès de Giffard.

"Au reste", dit Salone, "Robert Giffard, ne s'est pas mis en campagne uniquement pour recruter les hommes de travail dont il a personnellement besoin. Il a recruté des colons pour toute la colonie. Et c'est à lui que revient la gloire d'avoir provoqué cette émigration percheronne, qui, de 1634 à 1663, a fourni au Canada plus de cinquante chefs de famille. Le chirurgien de Mortagne est un des fondateurs de la colonie française du Canada. Avec une vingtaine de collaborateurs de cette activité et de ce désintéressement, le problème était résolu; la Nouvelle-France était peuplée" (3).

Champlain eut le bonheur d'assister à l'arrivée de ce convoi et de celui de 1635, Quelle joie pour lui de voir enfin la réalisation de ses plus légitimes ambitions. Il ne devait pas jouir longtemps de son bonheur; le 25 décembre 1635, il expirait, emporté par la paralysie.

Son successeur Charles Huault de Montmagny, n'arriva à Québec,

(1) — Tenure seigneuriale, Pièces et Documents, 1852, p. 386. (2) — La Colonisation de la Nouvelle-France, p. 55. (3) — La Colonisation de la Nouvelle-France, p. 57.

que le 15 juin 1636. La commission royale le nommant gouverneur était datée du 15 janvier 1636 (1).

La mort de Champlain n'arrêta pas le mouvement de la colonisation; l'élan était donné et le travail de recrutement se poursuivait avec un entrain admirable.

La compagnie de la Nouvelle-France, encouragée par le succès de l'expérience qu'elle avait tentée avec Giffard, continuait de distribuer des seigneuries.

Le 15 janvier 1636, elle concédait à Jean de Lauzon, la fameuse seigneurie de la Citière (2), qui ''sur la rive droite du St-Laurent allait de la rivière St-François au sault St-Louis et qui dans le sens de la profondeur franchissait la frontière actuelle des Etats-Unis" (3) et le fief du Cap-Rouge, à Noël Juchereau des Chastelets (4).

A la même date, elle concédait encore à Jean de Lauzon, mais sous un prête-nom, Simon le Maistre, la rivière Bruyante (5), plus tard la seigneurie de Lauzon et, au même, sous un autre prête-nom, Gérard de la Chaussée, l'île de Montréal (6).

La concession la plus importante du 15 janvier 1636, est bien celle de la côte de Beaupré, au sieur Antoine Cheffault de la Régnardière (7) et celle de l'Ile d'Orléans, au sieur Jacques de Castillon. (8) Cheffault et Castillon, d'après un acte du 28 février 1636, avaient obtenu ces concessions pour un syndicat (la compagnie de Beaupré), composé de huit membres, dont eux-mêmes faisaient partie. Les six autres membres étaient Jean Rosée, Jacques Berryer, seigneur de Mauselmont, Jacques Duhamel, marchand de Rouen, le conseiller Fouquet, Jean de Lauzon, Noël Juchereau des Chastellets, le seul qui résidât dans la colonie.

Ce sont eux qui de 1636 à 1645 vont avoir en mains les intérêts du Canada.

Est-ce dû au travail de recrutement des associés de la compagnie de Beaupré? Toujours est-il qu'au printemps de 1636, le Père Lejeune signale l'arrivée d'une quantité de familles (9), entr'autres celles des LeGardeur de Repentigny et de Tilly, et celles des Leneuf de la Potherie et du Hérisson, formant en tout quarante-cinq personnes. Etienne Racine, Robert Caron et Claude Poulin, qui se marièrent à Québec, et furent les premiers habitants de Beaupré, vinrent probablement avec

(1) — Ce rapprochement de dates est curieux." Pendant que le Père de la colonie était là agonisant sur un lit de douleurs, à mille lieues de lui par de là les mers, les membres de la compagnie de la Nouvelle-France, délibéraient sur le choix de son successeur. Voilà à quoi auraient abouti tant d'efforts après trente années de luttes et de déboires, après avoir été trahi par les siens, Champlain se voyait sur le point de triompher de tous les obstacles. Il était rendu au terme de ses trois années de gouvernement, il est vrai, mais il pouvait espérer que la compagnie qu'il avait si fidèlement servie, le maintiendrait à son poste. Mais non, on le rappelait à son insu et sans que rien pût faire prévoir un pareil dénouement. La mort était venue lui épargner cette humiliation dernière et avait été véritablement pour lui la délivrance." (Edmond Roy, La N.-France, 1906, p. 107).

(2) — Archives provinciales. Actes de Foy et Hommage. 1668. Fol. 39.

(3) — Edmond Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon. Vol. I, page 43.

(4) — Archives provinciales. Actes de Foy et Hommage. 1667.

(5) — Tenure seigneuriale. Pièces et Documents. 1852, p. 24.

(6) — Faillon. Histoire de la Colonie française. Tom. I, p. 349.

(7) — Tenure seigneuriale. Pièces et Documents, p. 342.

(8)— Idem, p. 350.

(9) — Relation des Jésuites, 1636, p. 3.

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ce convoi (1). LeGardeur de Repentigny, s'établit à l'est du Sault Montmorency, Leneuf de la Potherie s'était fait concéder, avant de quitter la France (15 janvier 1636), la seigneurie qui devint plus tard la baronnerie de Portneuf (2).

De 1636 à 1640 les colons semblent venir régulièrement mais en petit nombre. Le recrutement se faisait en France par les relations que les familles de cultivateurs établies à Québec et aux Trois-Rivières, entretenaient avec leurs parents de la mère-patrie.

Les trois frères Gagnon, Mathurin, Jean et Pierre, Paul de Rainville, Jean Cochon, Julien Mercier, Robert Drouin, Louis Gagné qui s'établirent au Château-Richer, arrivèrent durant ce laps de temps; de même Louis Sédillot, Henri Pinguet, Antoine Brassard, Noël Morin qui se fixèrent dans la banlieue de Québec.

Les colons stables établis aux Trois-Rivières, en l'année 1640, étaient Jean Godefroi, Thomas Godefroy, Jacques Hertel, Leneuf de Hérisson, Jean Nicolet, Sébastien Dodier, François Marguerie, Guillaume Hertel, Guillaume Pépin, Bertrand Fafard, Pierre Blondel, Jean Poisson, Christophe Chénier.

Ainsi donc Québec, Beauport, la côte de Beaupré et Trois-Rivières avaient une population sédentaire et habituée. Quel pouvait être le chiffre de cette population ? Nous croyons qu'elle peut être estimée à trois cent quarante personnes.

De 1608 à 1640, 296 immigrants étaient venus de France (3). L'abbé Tanguay a compté 73 naissances et 92 décès durant cette période (4) ce qui amène une diminution de 14 et donne 284 âmes, mais en ajoutant à ce nombre, la population flottante, les fonctionnaires, les religieux, les religieuses et leurs engagés, nous arrivons à une population totale de 340 âmes. C'était encore bien peu pour une colonie qui comptait tout près de quarante ans d'existence.

Fondation de Montréal

Un événement important allait imprimer un nouvel essor à la colonisation : c'est l'établissement de Montréal. Sous l'influence des Jésuites du Canada et des Relations qu'ils publiaient chaque année "la Société de Notre-Dame de Montréal" fut organisée. Jérôme Royer, sieur de la Dauversière, fut l'âme de cette société. Il trouva de précieux auxiliaires en un jeune prêtre, Jean Jacques Olier, qui devait fonder la compagnie de St-Sulpice et Pierre Chevrier, baron de Faucamps. La compagnie compta bientôt 30 membres.

Le but des sociétaires est tout-à-fait désintéressé. Ils veulent établir une colonie de gens choisis, et "travailler purement à procurer la

(l) — Ferland. Registres de Notre-Dame de Québec, p. 28. (2) — Tenure seigneuriale. Pièces et Documents, p. 104.

(3) — De ce nombre le Perche et la Normandie en avaient fourni 178, l'Ile de France 30, et l'Aunis, 23. L'abbé S. Lortie, L'Origine et le Parler des Canadiens-français, p. 11. (4) — Tanguay. A travers les registres pp. 19 et 26.

gloire de Dieu". A rencontre des autres compagnies organisées jusqu'à ce jour, ils ne s'attendent à aucun espoir de gain et s'interdisent absolument de faire la traite.

Le 7 août 1640, M. de Lauzon, leur abandonne l'ile de Montréal, concession ratifiée, par la compagnie des Cent-Associés, qui se réserva tout de même la partie occidentale de l'ile (17 décembre 1642) (1), Paul de Chomedy, sieur de Maisonneuve fut chargé de diriger les colons et de voir à les établir sur place.

Dès l'été de 1641, Maisonneuve quitte la Rochelle avec mademoiselle Mance, et un premier groupe comprenant 47 personnes. Ils hivernent à Québec, et au printemps suivant se rendent à Montréal où ils débarquent, le 17 mai. Ville-Marie était fondée. Une seconde recrue de 12 hommes, sous la conduite de M. de Repentigny arriva dans le courant du mois d'août (2). ,

Une troisième recrue de 40 hommes arriva au mois d'août 1643 (3), enfin une quatrième recrue et une compagnie de 60 soldats fut envoyée par la société en 1644, sous la direction d'un monsieur de la Barre (4) .

Première guerre iroquoise

Hélas! ces beaux débuts allaient être brusquement arrêtés par la guerre des Iroquois qui devaient ensanglanter la Nouvelle-France, pendant 26 ans, jusqu'à l'arrivée de M. de Tracy en 1667, et faire plus de 200 victimes (5), ''chiffre énorme et qui prend toute sa valeur, dit Salone (6), quand on le rapproche du chiffre total de la population, un peu plus de deux cents en 1641, (nous l'avons estimée à 340 âmes en 1640), un peu plus de deux mille en 1663. On peut dire que la population coloniale a été, dans le sens littéral du mot, décimée. Et puis la plupart de ceux qui périssent, ce sont des hommes faits, récemment mariés ou sur le point de se marier. Un homme tué par les Iroquois c'est presque toujours une famille de colons qui est détruite dans son germe."

Et ce qui ajoute à l'horreur de la situation, c'est que la Nouvelle- France est pratiquement abandonnée par l'Ancienne de 1642 à 1653. Richelieu et Louis XIII sont disparus, le pouvoir est tombé aux mains d'une régente sans expérience, la guerre civile règne par tout le royaume. Par contre, la compagnie des Cent-Associés est ruinée, la traite des pelleteries est pratiquement suspendue, le castor se vend à vil prix en France, et la Société fait des pertes immenses. Le 14 janvier 1645, elle cède le privilège de la traite à la compagnie des Habitants (7).

Cette nouvelle compagnie obtenait la liberté du commerce pour son compte sans remplacer toutefois celle des Cent-Associés. En retour,

(1) — Edits et Ordonnances. Vol. I, pp. 25 et 29.

(2)— E. Z. Massicotte. M. S. R. C, 1913. Sect. I, p. 6.

(3)— Idem. p. 7.

(4) — Idem, p. 8.

(5) — Garneau. Hist. Canada. Sème Edit., p. 169. Note 117.

(6) — La Colonisation de la Nouvelle-France, p. 98.

(7) — Edits et Ordonnances. Vol. I, pp. 28-29.

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les Habitants s'engageaient à pourvoir à l'entretien du gouverneur, des soldats et à la défense de la colonie.

Cette compagnie appelée "des Habitants", ne renfermait cependant aucun habitant dans le sens local du mot. Elle était formée de six ou sept gentilshommes: LeGardeur de Repentigny, de Tilly, Leneuf de la Potherie, du Hérisson, Jean et Paul de Godefroy, Robineau de Bécancourt, Juchereau du Maure, des Chastelets, Olivier le Tardif, Jean Bourdon, qui ne cultivaient pas la terre, préférant exercer des fonctions publiques (1).

Les Iroquois qui étaient venus signer la paix aux Trois-Rivières en 1645, reprirent les armes au printemps de 1646, plus féroces que jamais. Après un massacre général des Hurons, ils étaient devenus maîtres de tout le Haut-Canada.

M. de Montmagny, découragé d'un tel état de choses, demanda son rappel en 1648. M. D'Aillesboust, son successeur, fut remplacé en 1651, par M. de Lauzon qui ne fit pas mieux que ses prédécesseurs pour secourir la colonie.

La situation était devenue tellement désespérée dans l'été de 1650 que l'on songeait à retourner en France (2). Montréal était le point de mire des incursions des Iroquois. En 1651, le péril iroquois y était si redoutable qu'on obligea tous les habitants à se retirer dans le Fort et la garnison à se tenir dans l'Hôpital où l'on demeura pendant quatre ans et demi (3).

L'arrivée de M. de Maisonneuve, en 1653, avec une recrue de 108 hommes, tous propres au métier des armes, fit renaître un peu de confiance (4).

De nouveau en 1654, les Iroquois demandent la paix et l'on jouit d'une accalmie pendant l'été de 1655. Le carnage recommence l'année suivante.

La région de Québec qui jusque-là avait été relativement épargnée, fut cruellement éprouvée. Le 20 mai 1656, ces barbares surprirent les Hurons réfugiés à l'île d'Orléans, en tuèrent six et emmenèrent les autres captifs. Les colons de la côte de Beaupré, de la banlieue de Québec et de la côte de Lauzon vivaient dans des alertes continuelles. ''C'est le fusil en bandoulière que l'on promenait la charrue à travers les troncs d'arbres calcinés. Les femmes faisaient le guet et donnaient l'alarme. Dans les postes avancés des sentinelles veillaient sur des points élevés. A la moindre alerte on se repliait sur le village. A l'époque des semences et des récoltes, on dispersait les soldats dans les côtes pour aider aux habitants. Quatre coups de canons tirés des forts annonçaient le danger. C'était le signal de la retraite et tout le monde rentrait des champs (5)."

(1)— B. Suite. M. S. R. C. 1896. Sect. I, p. 16.

(2) — Lettres de la Mère de l'Incarnation — ^Richaudeau. II p. 150.

(3) — Gaxneau. Hist. du Canada, 5ème Edit. Vol. I. Append. CXLIII, p. 562.

(4) — L. Z. Massicott«. Canadian Antiquarian, 1913, pp. 171 et seq.

(5) — J. Ed. Roy, La Seigneurie de Lauzon, Vol. I, p. 179.

La terre produisait bien. ''Dieu a tellement béni les labours, écrit la Mère de Tlncarnation, en 1650, que la terre donne des blés très bons et en assez grande quantité pour nourrir ses habitants. L'air y est plus chaud à présent que la terre est plus découverte et moins ombragée de ces grandes forêts qui la rendaient si froide" (1).

Concessions de seigneuries.

La compagnie avait cependant concédé, depuis 1637 un certain nombre de seigneuries. En 1637, D'Autray, à Jean Bourdon et Godefroy à JeanGodefroy;en 7^4^,Deschambaultà François de Chavigny; en 1646, la rivière du Sud, les iles aux Oies et aux Grues, à M. de Montmagny; en 1647, St-Gabriel, à Robert Giffard, Portneuf, au sieur de la Potherie, Gentilly, à Nicolas Marsolet, Repentigny et Bécancourt, au sieur Legardeur de Repentigny; en i ^4^? Vieux-Pont, à Michel Leneuf de Hérisson, Jacques-Cartier, à Anne Gasnier, femme de Jean Bourdon; en 1651, Sillery, aux sauvages chrétiens; en 1652, Gaudarville, à Louis de Lauzon, Ste-Croix, aux Ursulines, St-Ignace, aux religieuses Hospitalières, la Rivière-des-Prairies et l'Assomption, à M. de Lauzon de Charny ;un fief sur la rivière St-Charles, à Marie Guillemette Hébert; en 1653, La Pointeaux-Trembles et la Malbaie, à Jean Bourdon, Grosbois, à^Pierre Boucher; Mille-Vaches, à Robert Giffard, la Pointe-à-la-Caille, à Noël Morin; en 1655, St-Etienne-de-Lauzon, à Etienne de La Fond; eni^(5^, StDenis, à Juchereau de St-Denis, la Pointe-du-Lac, à Jean Seigneuret ; en 1657, Longueuil, à Charles Lemoine. (2).

Les défrichements étaient fort peu avancés dans toutes ces seigneuries qui n'existaient réellement que sur le papier.

Le 11 juillet 1658, un nouveau gouverneur était débarqué à Québec, Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson. L'année suivante, on recevait avec grande pompe, le premier évêque de la Nouvelle-France, Françoisde-Montmorency de Laval. Enfin il faut signaler à l'automne de 1659 l'arrivée d'une recrue organisée en France, par M. de la Dauversière de la compagnie de Montréal, comprenant 109 personnes, dont 17 ou 18 jeunes filles pour Québec (3).

La joie causée par l'arrivée de l'évêque et d'un groupe aussi important de colons et de soldats fut de courte durée, car on apprit au printemps de 1660, par un prisonnier, que les Iroquois étaient sur le point de venir attaquer Québec et de mettre le pays à feu et à sang (4).

Dollard et ses compagnons sauvèrent la colonie, mais ce ne fut qu'un moment de répit; pendant l'été de 1661, ces barbares furent encore plus agressifs que les années précédentes, tuant ou emmenant prisonniers plus de cent Français et poussant leurs incursions jusqu'au Cap Tourmente (5).

(l) — Lettres de la Mère de l'Incarnation. Richaudeau II, pp. 136 et 137.

(2 ) — Les tîtres de concession de ces différentes seigneuries sont contenus dans le premier volume des Pièces et Documents relatifs à la Tenure seigneuriale, 1853. (3)— E. Z. Massicotte, Canad.-Antiq., 1913, pp. 63 et 219. (4) — Lettres de la Mère de l'Incarnation — Richaudau II, pp. 148 etl49. (5) — Lettres de la Mère de l'Incarnation, Richaudau II, p. 203.

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M. d'Avaugour, qui venait remplacer M. d'Argenson comme gouverneur, comprit en débarquant à Québec (30 avril 1661), que l'envoi seul d'un fort contingent de troupes pouvait sauver la colonie vouée à une destruction imminente. Il adressa au roi un pressant mémoire, implorant son secours immédiat (1).

De leur côté, les habitants du pays députèrent Pierre Boucher, ancien gouverneur des Trois-Rivières, pour porter leurs représentations au roi. Louis XIV écouta M. Boucher avec une curiosité sympathique. Il l'interrogea longuement sur les ressources de la colonie, sur la qualité des terres, sur le nombre des habitants et la quantité des enfants.

* Ce fut un des points, écrit la Mère de l'Incarnation, sur lesquels le roi questionna le plus M. Boucher, savoir si le pays était fécond en enfants. Il l'est en effet, et cela est étonnant de voir le grand nombre d'enfants très beaux et bien faits, sans aucune difformité corporelle, si ce n'est que par accident" (2).

A la demande du roi, M. Boucher écrivit un petit livre où il donne un aperçu absolument vrai de la Nouvelle-France (3). Le 6 novembre 1662, il était de retour à Québec. Il avait quitté la France, emmenant avec lui cent soldats et environ 300 colons, (4) qu'il avait lui-même recrutés en partie dans le Poitou. Malheureusement 33 de ces colons étaient morts pendant la traversée (5).

Révocation de la compagnie des Cent- Associés.

Louis XIV venait de conclure la paix avec l'Espagne. Il va prendre en mains le gouvernement de la Nouvelle-France, avec Colbert comme secrétaire d'Etat à la Marine. Cette décision entraine la retraite des Cent-Associés et par là même, celle de la compagnie de Rouen et du syndicat des Habitants. Le 23 février 1663, les Cent-Associés remettent la Nouvelle-France au roi. Le roi en reprenant le gouvernement direct du Canada, y crée un conseil souverain, composé du gouverneur, de l'évêque, d'un procureur général et de cinq conseillers; il nomme en même temps un intendant chargé spécialement de la justice, de la police et des finances, le sieur Robert, qui ne vint cependant pas au pays.

Le chevalier Augustin Saffray, de Mésy, qui venait remplacer M. d'Avaugour, débarque à Québec, le 15 septembre 1663. Sur trois cents immigrants qui s'étaient embarqués avec lui à la Rochelle, 60 moururent durant la traversée, et 75 restèrent à Terre-Neuve; il n'en parvint que 159 à Québec. De ce nombre étaient 35 jeunes filles (6).

Ces envois malgré leur médiocre résultat, ramenèrent l'espoir dans le pays. On sentait qu'une ère nouvelle allait commencer.

(1) — Mémoire de ce qui serait à faire pour se fortifier contre les insultes des Iroquois en Canada, A. C. C. G.. Vol. 2, fol. 46.

(2) — Lettres de la Mère de l'Incarnation, Richaudau, Vol. II, p. 225.

(3) — Hist. Véritable et naturelle des mœurs et production du pays de la Nouvelle-France ou également dite le Canada. A Paris, chez Florentin Lambert, M.D.C.L.X.I.V.

(4) — Faillon, Hist. de la Colonie française II, p. 499.

(5) — Lettres de la Mère de l'Incarnation. Richaudau, II p. 223.

(6) — Jugements et délibérations du Conseil Souverain I, pp. 201-203.

La population.

Avant d'aller plus loin, établissons le chiffre de la population maintenant installée sur les rives du Saint-Laurent. Nous l'avons fixée à 340 âmes en 1640. L'excédent des naissances sur les décès de 1640 à 1663 est de 891 (1). L'abbé S. Lortie a calculé que 964 émigrants vinrent au Canada durant la période de 1640 à 1660, (2) et on peut dire sans exagération que 300 personnes vinrent de France dans les années 1660 à 1663. En additionnant ces chiffres, nous arrivons à un total de 2495 âmes. Ce dernier état qui représente le nombre des Français habitués dans la colonie, semble exact ; il correspond avec celui que donne le Père Leclercq "2500 au plus" (3).

"Une étape a été franchie qui est décisive. La race française a pris possession de son domaine d'Amérique. Deux mille cinq cents âmes, cela est peu de chose, sans doute, pour occuper solidement sur plus de soixante lieues les deux rives du St-Laurent. Mais c'est ici le cas de dire que la qualité compense la quantité. Cette poignée d'hommes est physiquement et moralement une élite; elle s'est parfaitement naturalisée dans sa patrie nouvelle, surtout elle a réalisé à la lettre le "Croissez et multipliezvous" de l'Evangile. Si bien que l'on peut se demander si elle n'a pas fourni à la nation canadienne autant et même plus que tous les contingents réunis des émigrations postérieures. Elle lui a donné dans tous les cas, ses familles les plus fécondes. Dès à présent, ces deux mille cinq cents Canadiens sont prêts à jouer vis-à-vis des nouveaux arrivants, le rôle d'éducateurs et de dirigeants. Us vont encadrer, instruire, discipliner les colons de Colbert" (4).

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