LES POSSESSIONS ALLEMANDES DANS L'OCÉAN PACIFIQUE
I. Nouvelle-Guinée. — II. Archipel Bismarck. — III. Iles Salomon ou Marshall. — IV. Iles Carolines. — V. Iles Samoa et Tonga.
NOUVELLE-GUINÉE
En 1855. deux missionnaires allemands, Ottow et Geissler, de la Mission rhénane, entreprirent de convertir au christianisme les Papous de la partie ouest de la Nouvelle-Guinée. Munis de recommandations du sultan de Ternate, des Moluques, ils s'établirent dans l'île Manaswari; mais après leur mort, ce fut la mission hollandaise d'Utrecht qui continua leur œuvre.
En avril 1880, une société de notables commerçants se forma à Berlin sous la présidence du conseiller de commerce von Hansemann, en vue de fonder une grande entreprise coloniale dans les mers du Sud. M. von Hansemann remit le 11 novembre 1880 au chancelier de l'empire un mémoire désignant Mioko dans l'île du duc d'York, actuellement île du Neu-Lauenbourg, comme point central d'une entreprise dirigée sur la côte nord-orientale de la Nouvelle-Guinée, depuis le cap Est jusqu'au 141° de longitude est.
Mais le Reichstag \ enait de rejeter le projet de loi concernant Samoa. Le chancelier de l'empire fit donesavoirà M. von Hansemann que l'attitude de la majorité des représentants du pays, hostile à toute action énergique dans les mers du Sud. empêchait le gouvernement d'entreprendre quoi que ce soit de ce côté et que seule l'initiative privée était susceptihle de réaliser des acquisitions qui d'ailleurs bénéficieraient d'une protection consulaire et maritime.
Le 27 novembre 1 882, un journal allemand, Y AïKjsburyer allgèmeine Zeùung, publia un article conseillant au gouvernement de Berlin d'occuper et de coloniser la Nouvelle-Guinée. Le Sydney Morning Herald releva cet article. Il en résulta une polémique de presse qui amena le gouvernement australien à demander l'annexion de l'île par l'Angleterre. Le ministre anglais des colonies déclara le l l juillet 1883 que le gouvernement ne jugeait pas à propos d'étendre la souveraineté anglaise sur une portion de l'île aussi grande que le proposait le gouvernement, de l'Australie, et qu'en tout cas il fallait avant tout établir le bilan de ce que coûterait une nouvelle expansion. En présence de cette déclaration, les colonies australiennes songèrent à former une union qui adopterait pour l'Australie et la mer du Sud une doctrine analogue à celle que Monroë avait répandue en Amérique.
Pendant l'année 1883, des plaintes continuelles arrivèrent à Berlin, au sujet des agissements des Australiens à l'égard des indigènes et même des Allemands établis dans l'océan Pacifique. Ces plaintes déterminèrent le gouvernement allemand à adresser, le 4 septembre 1883, une réclamation sérieuse à Londres et à faire savoir que désormais un vaisseau de guerre allemand croiserait et stationnerait dans les mers du Sud, pour protéger le commerce allemand pendant la saison des travaux.
Le 26 mai 1884, la société formée par M. von Hansemann prit le titre de Compagnie de la Nouvelle-Guinée, et le 27 juin MM. von Hansemann et von Bleichrôder firent une- nouvelle démarche auprès du prince de Bismarck, en vue d'obtenir la
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protection impériale. Le chancelier répondit, le 20 août 1884, que les acquisitions de la société seraient placées sous la protection impériale dans les mêmes conditions que les entreprises des villes hanséatiques dans le Sud-Ouest africain.
D'autre part, en mai 1884, le ministre anglais des colonies avait informé les gouverneurs des colonies australiennes que l'Angleterre, malgré son hésitation à annexer la Nouvelle- Guinée, était cependant disposée à y envoyer un haut commissaire pour y exercer le protectorat, si les colonies voulaient subvenir à cette dépense. Les colonies acceptèrent, mais une protestation allemande arrêta l'exécution de ce projet. Les intérêts allemands engagés dans ce pays jusqu'alors sans maître ne permettaient pas de les laisser passer brusquement sous une domination qui aurait pu anéantir ces intérêts en déclarant nulles les acquisitions antérieurement faites. L'Allemagne pouvait admettre les prétentions de l'Australie sur la côte sud, mais non sur la côte nord-est, où de nombreux Allemands s'étaient établis. Il était urgent que les deux puissances souveraines s'entendissent pour délimiter leurs sphères d'influence.
Le 12 août, M. Gladstone déclara à la Chambre des communes que la protection promise par l'Angleterre au gouvernement australien ne concernait que la partie sud de l'île .
Malgré cette affirmation, le gouvernement impérial acquit bientôt la certitude que les Australiens cherchaient à causer le plus de tort possible au commerce allemand. Il se décida donc à prendre les devants et, le 19 août 1884, il envoyait à M. Von Oertzen, consul général à Sydney, l'ordre de hisser le drapeau allemand sur toutes les parties de la côte nord de la Nouvelle-Guinée et de l'archipel de la Nouvelle-Bretagne, sur lesquelles la Hollande ou l'Angleterre n'avaient pas de droits acquis, et où des Allemands se trouvaient établis.
En même temps, le 31 août 1884, l'Angleterre recevait de l'Allemagne une demande de délimitation de la nouvelle possession.
Le 19 septembre, le chargé d'affaires anglais à Berlin,
ALLEMAND E
feignant d'ignorer ces démarches, remit nue note dans laquelle l'Angleterre annonçait l'intention d'établir son protectorat sur toutes les cotes de la Nouvelle-Guinée, sauf sur la cote nord, entre le 145° de longitude est de la frontière hollandaise. Les indigènes de la côte de Maklay, qui depuis longtemps avaient sollicité le protectorat anglais, se trouvaient ainsi passer sous la domination britannique. Avant toute discussion l'Allemagne refusa d'accepter de pareilles prétentions. L'Angleterre renonça d'ailleurs bientôt à les soutenir. Le 9 octobre 1884, elle accéda, dans une note, à la thèse allemande; le 22 octobre 1884, sir Romilly, nommé haut commissaire de la Guinée, arrivait à Port-Moresby où il déclarait le protectorat anglais établi sur la côte sud depuis la frontière hollandaise jusqu'au cap Est.
Pendant ce temps, le Dr Finsch hissait le drapeau allemand à Friedrich Wilhemshafen et à Fischhafen, les 14 et 27 novembre 1884. Le protectorat allemand fut également proclamé sur les iles de la Nouvelle-Bretagne, actuellement Nouvelle-Poméranie. Ces prises de possession furentapprouvées par le gouvernement allemand, sous réserve des droits des tiers, puis officiellement notifiées aux puissances.
En Australie, l'irritation fut extrême. Un instant on parla même de guerre d'indépendance. Mais le gouvernement anglais, pour calmer les Australiens qui demandaient avant tout la possession des îles, envoya au commandant de l'escadre stationnée dans les eaux australiennes l'ordre de hisser le drapeau anglais sur l'île de la Louisiane et sur les îles Woodlark, Rook et Long.
Le 24 décembre 1884 eut lieu la première entrevue de M. Meade, délégué anglais à la conférence du Congo, et du prince de Bismarck. M. Meade négocia pour obtenir le protectorat de toute la Guinée indépendante moyennant des compensations absolument insignifiantes dans les îles des mers du Sud.
Les pourparlers entre les cabinets de Berlin et de Londres continuèrent en janvier 1885, tandis que l'escadre anglaise
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s'emparait non seulement des îles déjà citées, mais aussi de la côte de Guinée depuis le cap Est jusqu'au delà du golfe de Huon. Il était visible que le gouvernement anglais cherchait à dégager sa responsabilité vis-à-vis de l'Australie et qu'il jouait double jeu. Sans égards pour les formes habituelles des transactions diplomatiques, et bien que connaissant les intentions de l'Allemagne, l'Angleterre cherchait à les prévenir pendant la durée même des pourparlers.
En février 1885, une commission anglo-allemande chargée de régler la question se réunit à Londres. Sa mission était à la fois diplomatique, politique et juridique.
L'Allemagne était représentée par le Dr Krauel, l'Angleterre par M. Thurston pour la partie politique, par sir J. Pàuncefote pour la partie diplomatique, par M. Wright pour la partie juridique.
Le travail de la commission se prolongeait au milieu d'une campagne de presse ardente, lorsque le prince de Bismarck fit connaître au Reichstag, le 2 mars 1885, ses intentions dans un discours resté célèbre. Deux jours après, le comte Herbert de Bismarck arrivait à Londres et y faisait l'entente sur ces bases :
L'Allemagne abandonnait la bande de territoire qui terminait à l'est la Nouvelle-Guinée ; de son côté l'Angleterre s'engageait à retirer son drapeau de la baie de Huon ainsi que des îles Long et Rook.
Dès lors, la question de la Nouvelle-Guinée put être considérée comme résolue. La nouvelle possession allemande prit le nom de Terre dé l'empereur Guillaume, Kaiser-Wilhelmsland.
Dans les derniers jours de mars 3 885, la commission chargée de délimiter les protectorats anglais et allemands termina son travail. Les îles côtières au nord du 8° de latitude sud restaient à l'Allemagne. Des droits égaux étaient accordés aux nationaux des deux pays, ainsi qu'à leurs bateaux, dans leurs possessions respectives, et les tarifs douaniers devaient leur être communs. Les îles Samoa,
Tonga, Salomon, les Nouvelles-Hébrides, les îles Garolines, Marshall, Gilbert, Ellice, etc., étaient reconnues indépendantes. Les deux gouvernements acceptèrent ces conditions les 25-29 avril 1885.
Le 17 mai 1885, une lettre de protection impériale fut accordée à la Compagnie de la Nouvelle-Guinée. M. Oertzen, portant le titre de commissaire impérial dans la mer du Sud, régla la situation des propriétés non définitives et interdit de recruter des travailleurs dans les possessions allemandes au profit d'autres colonies.
La Compagnie de la Nouvelle-Guinée, ayant fait en 1880 de nouvelles acquisitions dans les îles Salomon, reçut le 13 décembre 188G une seconde lettre de protection lui accordant la souveraineté de ces îles dans les mêmes conditions que celles qui existaient dans la Nouvelle-Guinée et l'archipel Bismarck.
Le 6 avril 1886, un nouveau traité fut conclu entre l'Allemagne et l'Angleterre délimitant leurs sphères d'influence dans l'ouest de l'océan Pacifique.
La pénétration des influences fut arrêtée par une ligne brisée joignant les points suivants :
Point A : 8° latitude sud, 154° longitude est.
Point B : 7° 1 5' latitude sud, 1 55° 25' longitude est.
Point C : 7° 15' latitude sud, 155° 35' longitude est
Point D : 7°25' latitude sud, 156°40' longitude est.
Point E : 8° 50' latitude sud, 159° 50' longitude est.
Point F : 6° latitude nord, 173° 30' longitude est.
Point G : 15° latitude nord, 173° 30' longitude est.
Ce traité ne s'appliquait pas aux îles Samoa, Tonga, Niné, ni aux îles déjà placées sous la souveraineté d'un État civilisé.
Une convention complétant le traité du 6 avril 1886 régla les questions commerciales relatives aux possessions de l'océan Pacifique
Enfin, en vertu d'une ordonnance impériale du 27 mars 1899, la souveraineté sur les territoires delà Nouvelle-Gui-
née fut repris par l'État et les lettres de protection du 17 mai 1885 et du 13 décembre 1886 furent abrogées. C'était la dernière colonie allemande non administrée par l'État allemand.