ILES SAMOA ET TONGA
Dès 1860, la maison Godeffroy, de Hambourg, eut des relations dans les îles du Pacifique, où elle s'occupait surtout du commerce du coprah, noyau desséché de la noix de coco servant à la fabrication de certaines huiles et du savon. Elle établit ses comptoirs principaux dans l'île Samoa, où elle
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acheta des terrains et où elle commença en 1865 des plantations. Elle créa ensuite des factoreries dans les îles Tonga. Les résultats furent excellents. D'autres maisons allemandes suivirent bientôt l'exemple de la maison hambourgeoise.
En 1874, l'Angleterre occupa les îles Fidji. Les Allemands établis dans ces îles demandèrent au gouvernement de soutenir leurs intérêts et de réclamer le principe de la porte ouverte tel qu'il est appliqué en Extrême-Orient. L'Empire accéda à leurs désirs et, en outre, pour la sauvegarde de ses sujets établis dans les îles voisines, il conclut, le 1er novembre 1876, avec le roi de Tonga George Ier un traité de commerce et de navigation qui accordait à l'Allemagne un port et un dépôt de charbon.
Deux partis politiques, les Puletuas ou royalistes, et les Taimuas ou constitutionnels, se disputaient le pouvoir à Samoa. L'Angleterre et les Etats-Unis essayèrent de profiter de ces troubles. Le capitaine Wakemann, commissaire des Etats-Unis, avait été chargé en 1871 de reconnaître le port de Pago-Pago et d'apprécier les ressources des îles. D'autre part, un commissaire anglais, M. Seed, avait reçu la mission d'examiner si l'occupation des îles par l'Angleterre était ou non désirable. Les États-Unis avaient conclunn traité avec les chefs de Tutuila, traité accordant à la république américaine le droit exclusif d'établir un dépôt de charbon à Pago-Pago. Un conflit éclata bientôt entre les représentants anglais et un colonel américain, M. Steinberger, qui avait succédé au capitaine Wakemann et qui avait réussi à constituer un parti politique. Il y eut même un véritable combat entre les partisans de M. Steinberger et les matelots anglais du Barracoula le 13 mars 1876.
Redoutant pour l'avenir des conflits analogues, le consul allemand Weber parvint à faire neutraliser les districts occupés par les Allemands, mais toute tentative de rapprochement des partis fut inutile. Les Taimuas demandèrent l'appui de l'Angleterre, qui envoya à Samoa sir Arthur Gordon, consul général de la Polynésie occidentale. Le consul anglais,
M. Liardet, profita de la circonstance pour essayer de traiter avec les Taimuas la question de l'occupation définitive de Tîle par la Grande-Bretagne. Mais les Taimuas se refusèrent à toute idée de protectorat, déclarant qu'ils n'avaient demandé qu'une protection amicale. Un peu effrayés par l'avidité trop peu déguisée des agents anglais, ils se tournèrent vers les États-Unis et avec leur permission le consul américain arbora le drapeau de l'Union le 24 mai 1877. Les Puletuas indignés arborèrent leur propre drapeau et de nouveau la guerre fut sur le point d'éclater.
Gomme le gouvernement allemand tenait à protéger les intérêts de ses nationaux, il proposa aux cabinets de Londres et de Washington d'admettre une action commune des représentants des trois puissances à Samoa, afin de rétablir l'ordre. Cette proposition fut acceptée, mais, en outre, pour prévenir de nouvelles bostilités, le consul Weber conclut, les 3 et 5 juillet 1877, avec les deux partis indigènes des traités confirmant la neutralité des districts allemands en cas de conflit et donnant la certitude qu'aucun avantage ne serait concédé à d'autres nations sans l'être également à l'Allemagne.
La guerre civile éclata en août. Les Taimuas furent complètement vainqueurs, et les consuls auraient pu s'appuyer sur eux pour établir un gouvernement régulier. L'opposition du consul britannique fit échouer les tentatives faites en ce sens. L'agent anglais alla même jusqu'à prendre sous sa protection l'île tout entière et le notifia le 1 2 septembre aux autres consuls et aux Taimuas. Le vice-consul américain se rendit aussitôt à Washington avec le secrétaire des Taimuas, Le Mamea, chargé de négocier un traité de protection. De son côté, le consul allemand déposa une protestation contre l'extension de la domination anglaise sur les districts allemands neutralisés. Une nouvelle tentative de conciliation faite par l'Allemagne ne put aboutir à un traité définitif. Sir Arthur Gordon, consul général anglais, imposa aux habitants de Samoa une contribution de 1.000 dollars pour châtier l'agression commise contre les matelots du Barracouta; aussitôt le
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consul américain Griffin fit de nouveau arborer le drapeau américain sur le palais du gouvernement. Le 29 juin 1878, le secrétaire des Taimuas revint à Samoa, porteur du traité de protectorat qu'il était allé chercher à Washington. Le consul allemand Weber protesta, arguant du traité du 3 juillet 1877, mais sa protestation n'eut aucun succès.
Enfin, les représentants de l'Empire estimèrent qu'un acte d'autorité était indispensable pour sauvegarder les droits de l'Allemagne, et le 16 juillet 1877, YAriadne prit possession du port de Saluafata. Le lendemain elle s'empara du port de Falealili.
Les gouvernements anglais et américain s'inclinèrent devant le fait accompli; les Taimuas cédèrent et reconnurent aux Allemands, par traité du 24 janvier 1879, des droits égaux à ceux des sujets des autres puissances. Les ports occupés furent alors rendus aux Samoens. Le traité reconnaissait aux Allemands la possession des terrains acquis par eux et les autorisait à recruter dans les autres îles les travailleurs qui leur étaient nécessaires. Les Allemands reçurent en outre le droit exclusif d'établir un dépôt de charbon au port de Saluafata, près d'Apia. L'exterritorialité était accordée aux étrangers de nationalité allemande établis à Samoa. Leurs procès devaient être jugés par le consul allemand assisté d'un fonctionnaire samoen. Le Reichstag approuva ce traité le 13 juin 1879.
A Apia, les districts des différentes puissances furent délimités, déclarés neutres et provisoirement administrés par ces puissances en attendant la fin de la guerre civile.
Enfin, en août 1879, le roi Malietoa, définitivement vainqueur, fut reconnu par les représentants des trois puissances intéressées; il confirma les traités passés avec l'Allemagne, les Etats-Unis et signa une convention d'amitié avec l'Angleterre .
Le 29 août 1879, il écrivit à l'empereur d'Allemagne, à la reine d'Angleterre et au président des États-Unis pour leur demander de garantir en commun l'autonomie des îles Samoa, de protéger son gouvernement et de l'aider à en organiser
l'administration. Mais, malgré l'accord des consuls, le paya était si divisé que le gouvernement allemand considéra que le seul moyen de ramener la paix était d'établir un protectorat commun des trois puissances sous la forme d'un condominium. 11 s'ouvrit de ce projet aux États-Unis et à l'Angleterre.
En novembre L879, la guerre civile éclata de nouveau et les Taimuas construisirent des fortifications sur les territoires neutralisés. Le capitaine Deinhard, commandant la corvette Bismarck, dut supprimer ces ouvrages et obtenir l'évacuation du territoire. Cette intervention détermina la paix. Les deux partis conclurent en effet à bord de la corvette, le 23 décembre I S 79 , un traité convoquant deux cbefs de chaque province à une assemblée destinée à former une assemblée constituante. Une constitution fut effectivement élaborée. Malietoa était reconnu comme roi, un nouveau drapeau était donné aux îles Samoa, une assemblée délibérante était établie dans laquelle ebaque province avait deux représentants; chaque province avait un gouverneur élu, chargé de nommer les fonctionnaires; le siège du gouvernement était provisoirement à Mulinuu.
Sur ces entrefaites, la maison Godeffroy de Hambourg, dont les affaires ne prospéraient pas, cherchait à consolider sa situation en créant une société par actions sous la raison sociale : Société allemande de commerce et de culture des iles des mers du Sud. Mais presque toutes les actions émises tombèrent aux mains de deux maisons anglaises. Les plantations établies à Samoa par la maison Godeffrov allaient subir le même sort lorsque M. de Bismarck, comprenant le danger que courait le commerce de l'empire dans ces lointaines régions, fit créer par des financiers une société qui devait racheter les plantations de Godeffroy et proposa au Reichstag, le 22 avril 1880, d'accorder à cette société une garantie d'intérêt. Le Reichstag repoussa cette proposition. Ce refus encouragea les Anglais à créer de nouveaux ennuis aux commerçants allemands et à précipiter l'annexion. Mais, grâce à
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L'intérêt que le public allemand accorda enfin à la maison Godeffroy, celle-ci put conserver ses plantations et même les faire prospérer. Néanmoins le commerce anglais continuait à progresser rapidement, au détriment du commerce allemand. Les intrigues devinrent plus vives et plus fréquentes, et la situation était intolérable; le gouvernement allemand se décida à rappeler au cabinet de Londres les droits de l'Empire et conclut le 10 novembre 1884, avec le gouvernement samoen, un nouveau traité. Cet acte confirmait celui du 2 4 janvier 1879 et créait un Conseil d'Etat germano-samoen. Ce conseil était composé du consul allemand et de deux Samoens. Il se prononçait sur toutes les lois relatives aux intérêts généraux du pays et à ceux des Allemands y établis. Il avait le pouvoir de réprimer judiciairement tout tort causé à un Allemand et de punir toute personne au service d'un Allemand. Un fonctionnaire allemand était placé auprès du roi à titre de secrétaire; il était chargé de l'administration de la justice, soit seul, soit assisté d'un juge samoen pour les actes n'exigeant pas une répression de plus de deux années de prison.
Cependant les Anglais continuaient leurs intrigues et s ingéniaient à inspirer aux Samoens la peur de L'annexion allemande dans l'espoir de les amener à rechercher la protection britannique. Au commencement de 1885, les Anglais crurent le moment venu d'agir avec décision. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande vota une subvention pour établir une ligne de navigation entre Auckland et les iles Samoa et Tonga et il réclama l'annexion des îles Samoa à l'Angleterre. Le cabinet britannique pensa un instant à donner suite à cette demande, en se fondant sur l'infraction que le dernier traité, signé par l'Allemagne en 1881 avec le roi de Samoa, constituait à l'égard des conventions anglo-allemandes antérieures. Le ministre des affaires étrangères allemand fit valoir que ce traité était aussi favorable aux Anglais et Américains qu'aux Allemands, puisqu'il assurait l'exercice de la justice et contribuait au repos des îles; que de plus le gouvernement avait eu
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connaissance des demandes faites Tannée précédente au gouvernement anglais par le roi de Samoa, relatives à l'annexion de son pays par l'Angleterre, et que ces demandes avaient été provoquées par des Anglais. En même temps le consul général allemand, Dr Stubel, qui malgré ses instances ne pouvait obtenir du gouvernement samoen l'exécution des traités conclus, fit débarquer le u23 janvier 1885 un détacbement de la canonnière Albatros qui occupa le terrain neutre allemand, où fut bissé le drapeau de L'Empire. A la suite de cette action énergique, l'agitation fut grande, en Nouvelle-Zélande, parmi les partisans de l'annexion anglaise. Le roi Malietoa, excité à la fois par les Anglais et les Allemands, devint agressif. Les Allemands lui intimèrent Tordre de faire disparaître le drapeau samoen sur tout le territoire neutre. Sur son refus, une section de Y Albatros abattit le drapeau, malgré les protestations des deux autres consuls (3 décembre 1885). Les trois puissances intéressées maintinrent leur intention de conserver le statu quo.
Enfin une convention fut signée le 1 4 novembre 189Î) entre l'Angleterre et l'Allemagne et le 2 décembre 1809 entre l'Angleterre, l'Allemagne et les États-Unis. Jusqu'alors les trois puissances avaient été obligées de maintenir le condominium établi en 1871); ces conventions partagèrent L'archipel de la façon suivante : l'Allemagne obtenait les deux principales îles 'de L'archipel, Upolu et Sawaï, avec les îlots adjacents; les États-Unis obtenaient Tile ïutuila et les autres des du groupe situées à Test du 171° de longitude est; l'Angleterre recevait les des Tonga avec le groupe de Vavau et l'île Savage.