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LES POSSESSIONS ALLEMANDES D'AFRIQUE

I. — Sud-ouest africain. — II. Cameroun. — III. Togo. — IV. Afrique orientale allemande. — V. Tentatives d'installation]: a) Dembiah, b) Witu, c) baie de Sainte-Lucie.

SUD-OUEST AFRICAIN

En 1804, des missionnaires allemands, au service de la Société des missions de Londres, établirent une station à Warmbad. En 1814, une station analogue fut fondée à Béthanien, avec de l'argent anglais, parSchmelen, sujet allemand. Plus tard, celui-ci remonta vers le nord, pénétra dans le Herero et le Damara et arriva à un endroit qu'il appela Schmelenshoop, point où se trouve maintenant la capitale du pays, Okahandja. Vers 1834, les stations de Windhuk et de Gobabis furent créées. Gomme à cette époque tout le transit vers l'Asie passait à Sainte-Hélène et au Gap, quelques spéculateurs européens eurent l'idée d'établir une installation de salaison et de bétail à Walfisch bay. A partir de 1842, la mission rhénane s'occupa des missions du Gross-Nama et du Herero. De 1850 à 1860, elle fonda une série de stations : Kleinschmidt, Bersaba, Hoacliands, Otjimbingwe. Quant au comptoir de Walfisch bay, il sombra rapidement. Une société fondée au même endroit pour exploiter des mines de cuivre,

et qui avait attiré beaucoup d'Européens à Walfisch bay, ne réussit pas mieux. Un Suédois, Anderson, acheta des bâtiments et devint bientôt un notable commerçant.

Vers 1860, un chef indigène, kamaharero, sut acquérir dans la contrée un grand pouvoir. Il n'hésita pas à entrer en lutte avec les chasseurs hottentots, jusqu'alors tout-puissants. Gomme les stations de la mission rhénane souffraient beaucoup de cette guerre, la mission adressa en 1868 à la Prusse une demande de secours et de protection. Mais sachant que l'Angleterre cherchait à étendre sa sphère d'influence vers ces régions, le gouvernement de Berlin fit proposer à Londres l'envoi combiné de vaisseaux de guerre, l'un prussien et l'autre anglais. L'Angleterre déconseilla l'envoi d'un vaisseau allemand et promit sa protection aux sujets allemands aux mêmes titres qu'aux sujets anglais. Mais la Grande-Bretagne étant sans le moindre pouvoir effectif dans le Hereroland, les choses restèrent en l'état jusqu'en 1871, époque à laquelle les missionnaires allemands réussirent par eux-mêmes à rétablir la paix. Malgré les troubles, ils n'avaient cessé de développer leurs œuvres dans le Gross-Namaland et avaient fondé des stations à Gibeon, Ameib, Keetmannshoop ; au contraire, dans le Hereroland, leur situation restait à peu près stationnaire. Cependant le missionnaire Hahn s'était installé en 1864 à Otjimbingwe. 11 y arbora le drapeau prussien, qui y flotta même lorsque les agents anglais exercèrent le pouvoir : ce fut, sous une forme incomplète, la première prise de possession du pays. Une société à la fois religieuse et commerciale se fonda à Barmen pour faire prospérer la fondation du missionnaire Hahn. Mais comme il n'existait pas de ligne de navigation directe entre l'Europe et Walfisch bay, les marchandises devaient emprunter la voie du Gap, où elles payaient un droit de douane alors qu'elles n'y passaient qu'en transit. La société se décida donc à organiser un service direct sur Walfisch bay. Les habitants du Gap, n'ayant plus de droits à percevoir, manifestèrent leur mécontentement, et comme, d'autre part, un certain nombre de Boers, fuyant la

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domination anglaise, cherchaient à s'établir clans le Damaraland pour communiquer librement avec Walfisch bay, l'Angleterre supprima la franchise dont jouissait ce port. En 1876, sous prétexte de réclamations, d'ailleurs fort anciennes, de chefs indigènes contre les Européens, elle envoya M. Coates- Palgrave à Walfisch bay. M. Palgrave réussit par ses intrigues à se faire céder, comme possession de la couronne, les deux tiers du Damaraland par les chefs du Herero, qui donnaient ainsi ce qu'ils ne possédaient pas. Palgrave tenta, mais sans succès, une opération analogue dans le Gross-Namaland. Le gouverneur du Gap n'en considéra pas moins tout le pays comme annexé et établit immédiatement des impôts qu'il exigeait, même des blancs, alors qu'il n'assurait à ceux-ci aucune protection effective. Le mécontentement devint général, les Allemands se plaignirent à leur consul résidant au Gap et la mission rhénane protesta auprès du gouvernement. A la suite de ces plaintes, le gouvernement anglais donna en 1880 l'ordre d'abandonner le Damaraland et de ne garder que Walfisch bay. Il refusa même par deux fois, en 1880 et en 1881, de faire droit à la requête du gouvernement allemand qui lui demandait de protéger ses nationaux du Damaraland et du Gros-Namaland, répondant que l'Angleterre n'avait pas à s'occuper de ce qui se passait en dehors du territoire britannique.

Ge fut l'année suivante, en 1882, que M. Lïideritz, chef d'une grande maison de Hambourg, projeta de fonder un établissement sur la côte sud-occidentale de l'Afrique. Le gouvernement allemand, se basant sur les réponses antérieures au cabinet anglais, réponses qui lui furent encore réitérées à cette occasion, promit à M. Lïideritz son appui s'il acquérait un territoire resté sans maître. Fort de ce concours moral, M. Lïideritz envoya en 1883 dans le Sud-Ouest africain un de ses agents, M. H. Vogelsang, qui débarqua à Angra-Pequena. Le 1er mai 1883, M. Vogelsang conclut avec le chef Josef Fredericks, résidant à Bethanien, un traité par lequel la maison Lùderitz acquit à Angra-Pequena un territoire de dix milles

carrés allemands avec tous les droits de souveraineté. Les Anglais cherchèrent alors divers prétextes, tirés de prétendus droits antérieurs, pour contester la propriété de la maison Lûderitz: mais le Parlement du Cap, consulté, refusa, en raison de la situation financière, d'annexer la côte sud-ouest au nord du fleuve Orange. De son côté M. Vogelsang avait encore agrandi le Lûderitzland par un nouveau traité conclu le 25 août 1883 avec Josef Fredericks, qui cédait à la maison allemande toute la côte depuis le fleuve Orange jusqu'au 26e degré de latitude sud. Le gouvernement allemand, par l'intermédiaire de son consul au Gap, confirma au représentant de la maison Lûderitz son appui pour toutes les acquisitions ultérieures qui ne léseraient pas des droits antérieurs. À ce moment précis, une maison du Gap, soutenue par le gouverneur anglais, éleva des prétentions sur toutes les îles de la côte sud-ouest et sur la côte elle-même au sud d'Angra-Pequena ; mais l'enquête faite à Bethanien révéla que cette maison avait simplement obtenu l'autorisation d'exploiter des mines dans le pays. Ayant échoué de ce côté, les Anglais contestèrent les droits de Josef Fredericks en qualité de souverain légitime. Cette tactique ne réussit pas davantage.

Mis au courant de ces diverses intrigues, le gouvernement allemand se décida, le 15 octobre 1883, à envoyer la canonnière Naulilus à Angra-Pequena. En même temps, il demanda officiellement à Londres si l'Angleterre avait des droits sur la côte d'Angra-Pequena et, dans l'affirmative, sur quelle partie de cette côte? Le gouvernement anglais répondit le 21 novembre 1883 qu'il n'avait de droits que sur les îles et sur certains points de la côte, notamment sur Walfisch bay; il ajouta qu'il avait envoyé dans ces régions un navire de guerre dont le commandant était chargé de présenter un rapport. Enfin, le cabinet anglais fit la déclaration suivante : « Bien que la souveraineté de Sa Majesté n ait pas été proclamée sur toute l'étendue de la côte, mais seulement sur des points déterminés, comme la baie de Walfisch et les îles

FONDATION DES COLONIES

situées devant Angra-Pequeiïa, le gouvernement delà Grande- Bretagne est cependant d'avis que toute prétention d une puissance étrangère à la soumission ou à la juridiction sur le territoire situé entre la colonie portugaise s'étendant jusqu'au 18e degré de latitude sud et la colonie du Gap constituerait un empiétement sur ses droits légitimes. »

Le gouvernement allemand se refusa naturellement à admettre des prétentions si peu fondées. Bientôt on apprit à Berlin que le ministre des colonies anglais poussait la colonie du Gap à annexer toute la côte sud-ouest jusqu'aux possessions portugaises. Une proposition avait été déposée le 16 juillet au Parlement du Gap, dans le dessein d'annexer tous les territoires entourant l'enclave allemande, afin de lui couper toute communication avec l'intérieur. Gomme la question de l'Afrique aux Afrikanders se posait alors, une motion intervint pour faire présenterai! Parlement du Gap un amendement demandant que l'Afrique du Sud restât l'apanage des races dont l'occupation y était déjà très ancienne. Enfin, en mars 1884,1e gouvernement allemand, bien convaincu que les réclamations anglaises n'avaient aucun fondement sérieux, accorda à M. Liïderitz sa protection effective pour tous les territoires acquis par lui. Sans faire autrement attention aux prétentions de l'Angleterre, le chancelier de l'empire, avec sa décision ordinaire, télégraphia le 24 avril 1884 au consul allemand du Gap : « D'après les communications de M. Liïderitz, les autorités coloniales du Gap ne savent si elles doivent considérer comme placées sous la protection de l'Allemagne les acquisitions faites par lui au nord du fleuve Orange. Vous déclarerez officiellement que M. Liïderitz et ses établissements sont placés sous la protection de l'empire. »

Tel fut le premier pas de l'Allemagne dans la voie d'une active politique d'acquisitions au delà des mers. Il remplit d'enthousiasme les cercles coloniaux. Aussitôt d'importants travaux furent commencés en vue de faciliter la vie, les communications et le commerce dans la nouvelle possession.

Les Anglais n'en continuèrent pas moins à intriguer. Mais

LA COLONISATION ALLKMANDH

le chancelier, avec sa résolution coutumière, donnait des ordres pour faire procéder à une occupation effective. En juillet 188 4, les deux corvettes Leipzig cl Elisabeth abordèrent à Angra-Pequena, point sur lequel l'Angleterre avait reconnu le protectorat allemand par une note du 21 juin 1884. Le 7 août les corvettes débarquèrent chacune cent hommes et le drapeau allemand fut hissé. Le territoire ainsi annexé s'étendait le loue de la côte, depuis le fleuve Orange jusqu'au 2(>e degré de latitude sud, sur une profondeur de vingt milles géographiques, et comprenait en outre les iles situées dans les eaux territoriales du littoral. Le même jour, la colonie du Gap proclamait son protectorat sur la baie de Walfisch.

Le 10 août, la canonnière Wolf, qui avait reçu l'ordre de prendre possession de toute la cote entre le 26e degré de latitude sud et la frontière portugaise, à l'exclusion de Walfisch bay, aborda à Sandwichhafen et le 12 août y arbora le drapeau allemand de même que sur plusieurs autres points abordables de la côte. La presse anglaise fulmina et engagea une vive polémique avec les journaux allemands. La presse française prit parti pour l'Allemagne.

Dans l'intérieur de la nouvelle colonie, les représentants de Luderitz concluaient des traités. Bien que l'Angleterre se fût inclinée devant le fait accompli et eût reconnu sans conditions, dans une note du 22 septembre 188 4, les acquisitions allemandes, les agents de la maison Spence n'en continuaient pas moins leurs menées et se prétendaient des droits sur les îles du littoral. L'Angleterre soutenant Spence, le gouvernement de Berlin proposa en octobre 1884 au cabinet de Londres de laisser les choses en l'état jusqu'à la réunion d'une commission de délimitation, sous la condition que Spence s'abstînt de tout empiétement sur les territoires appartenant à Luderitz. Le 1 1 octobre, l'Angleterre admit ces propositions.

Le Dr Nachtigal, nommé consul général, était arrivé en septembre 1884 sur la canonnière Môive; il conclut des traités de protectorat avec différents chefs de l'hinterland immédiat, puis il se rendit à Bethanien où, le 28 octobre, il signa un

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traité analogue avec le capitaine Josef. En novembre, il entama avec les chefs de Zwaartboi et de Topnaar des pourparlers qui aboutirent à des traités de protectorat, signés en décembre 188 4. Tous ces actes donnaient à l'Allemagne le protectorat de Kaoko. L'empereur les approuva le 9 avril 1885.

Lorsqu'on apprit que le cabinet de Londres avait reconnu le protectorat allemand sur la côte sud-occidentale de l'Afrique, l'opinion publique crut à une défaillance de la mère patrie et M. Palgrave fut délégué à l'effet de nouer des relations dans le Hereroland et de préparer les voies à l'annexion anglaise. Mais le 4 décembre 1884, le gouvernement britannique fit savoir au gouverneur du Gap que les agissements de la colonie étaient contraires au droit international; que l'Angleterre était décidée à ne pas agir dans le Gross- Nama et le Damara ; que cependant elle réservait à la colonie du Gap le Kalahariland afin de lui conserver une route libre vers l'intérieur de l'Afrique. Mais quand la dépèche du 2 novembre arriva, M. Palgrave était déjà parti. Il eut des entretiens avec le chef Kamaharero de l'Herero et lui proposa le protectorat britannique. Ses efforts furent inutiles, car plus tard il fut désavoué par son gouvernement.

Au mois d'avril 1885, M. Lïideritz, qui avait besoin de grands capitaux pour mener à bien l'entreprise commencée, fonda la Société allemande de colonisation du Sud-Ouest africain (1) au capital de 800.000 marks. Un ordre du cabinet impérial la reconnut le 13 avril 1885. Sous l'autorité du ministre du commerce et de l'industrie, elle était autorisée, outre son rôle commercial et industriel, à exercer éventuellement des droits de souveraineté. Cette société s'unit par un consortium à MM. Scheidweiler et Hasenclever, de Dusseldorf, qui avaient déjà des établissements dans le pays.

En juillet 1885, Jacobus Isaak, chef de Berseba, se plaça par traité sous le protectorat allemand.

Le Dr Goring, qui exerçait depuis le mois d'août 1885 les

(1) Deutsche Ko/ouialgesellscliaft fur Sûthvestafrika .

fonctions de commissaire impérial avec résidence à Bethanien, s'occupa de conclure des traités de protectorat avec ceux des chefs habitant le territoire allemand qui n'avaient pas encore pris d'engagements. 11 est à remarquer que dans ces traités avec les chefs de l'intérieur, ceux-ci conservaient la souveraineté dans leur territoire, tandis que, dans les traités avec les chefs de la cote, la souveraineté passait à l'empereur allemand.

Le siège du gouvernement allemand fut fixé à Rehoboth, au centre de la colonie, entre le Damaraland et le Gross-Namaland. Restait à fixer les frontières.

DÉLIMITATIONS AVEC l' ANGLETERRE

La commission mixte anglo-allemande, dont en octobre 1884 on avait prévu la formation, se réunit le 14 mars 1885 et termina ses travaux au mois de septembre de la même année. C'est dans les procès-verbaux de ces travaux que l'Angleterre reconnut le protectorat allemand sur les pays s'étendant du fleuve Orange au cap Frio, à l'exception de Walfisch bay et des îles situées devant Angra-Pequena. Le gouvernement anglais s'engageait à ne point s'opposer à l'extension de l'influence allemande jusqu'au 20e degré de longitude est et à exempter des droits de douane les marchandises passant sur le territoire de Walfisch bay.

Traité du [" juillet 1890.

D'après l'article 7, au sud, la frontière part de la côte, à l'embouchure du fleuve Orange, et suit, la rive nord de ce fleuve jusqu'au point où il coupe le 20e degré de longitude est.

A l est, la frontière part de ce point d'intersection suit le 20* degré de longitude est jusqu'à son intersection avec le 22e degré de latitude sud; la frontière se confond avec cette ligne idéale jusqu'à ce qu'elle rencontre le 21e degré de longitude est, puis elle se continue vers le nord jusqu'à sa rencontre avec le 18e degré de latitude nord, qu'elle suit vers

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l'est jusqu'à la rivière Tschobe. La frontière passe alors par le thalweg de ce fleuve jusqu'à son embouchure dans le Zambèze.

L'Allemagne obtenait ainsi un accès libre vers le Zambèze, au moyen d'une sorte de couloir n'ayant jamais une largeur inférieure à vingt milles anglais. Une carte publiée en 1889 par le gouvernement anglais servit pour ces délimitations.

Il fut convenu qu'au cas où un accord avec les deux gouvernements n'interviendrait pas dans un délai de deux années, à partir de la signature de ce traité, relativement au territoire de Walfisch bay, la décision serait remise à un tribunal arbitral. Jusqu'à l'accord définitif, les sujets des deux pays et leurs marchandises devaient être libres d'impôts de telle sorte que le territoire de Walfisch fût considéré momentanément comme neutre.

Les limites de Walfisch bay n'étaient pas encore fixées en

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