‹ La colonisation [microforme]Chapitre 13 sur 48 · AE · texte numérisé non relu

AE

de « famille religieusé chargé des souvenirs d'autrefois et qui fait entendre aux générations la grande voix de l'espérance, On peut trouver à redire s’il existe du luxe dans l’ameublement d’un presbytère, si surtout cet ameublement fait ressembler les appartements du curé à un boudoir de petite maîtresse, où N otre Seigneur lui-même, s'il y arrivait encorps, serait très mal à l'aise, mais on aurait tort de refuser de bâtir grande, belle et solide la maison curiale et ses dépendances, quand il en est besoin, et quand les ressources sont suffisantes, bien entendu. .

Aujourd’hui les hommes de professions libérales qui existaient il y a trente ans sont presque tous partis, Le premier notaire qui s’est établi à St-Jérôme était M, André Bouchard Lavellée, Ce brave M. Lavallée était venu jeune s'établir à St-Jérôme où il avait épousé une demoiselle Testard de Montign. Il fut agent des terres de la couronne, et dans le but de promouvoir les iutérêts de la colonisation, il était aller s'établ'r à Ste-Adèle, où il avait une ferme qu'il faisait cultiver av. > beaucoup d'art. Je voyais encore sa maison peinte en blanc, la plus voisine de l’église, et devant laquelle sont de gros érables qu'il avait transportés sur son dos, il y a quarante ans. (Cette maison est remplacée par uue dispendieuse résidence de l’hon. Wilfrid Prévost, Le Lieut.-Col. Lavallée est venu mourir à St-Jérôm- .:1 avait tant aimé et où demeurait sa vieille iué:e, née Duchesneau, qu'il affectionnait. Elle l'a suivi peu de temps après dans le tombeau. Des anciens notaires de l'endroit il ne reste plus que Melchior Prévost, qui exerce encore sa profession. Sa femme, fille du distingué Dr Labrie, de St-Eustache, est décédée depuis longtemps.

Un autre notaire s'est éteint à la fleur de l’âge, M. Hervieux avait été régistrateur, directeur du cadastre et inspecteur des bureaux d'enregistrement. Il avait épousé une des filles du Dr Lachaine de Ste-Adèle, L’hon. M. J.-

B. Lefebvie de Villemure aussi notaire, qui avait pris un jeune associé, M. Pepin, est aussi décédé, Il avait épousé en premières noce: une demoiselle Testard de Montigny et en seconde, une demoiselle Louprette, qui lui survit, M. Ls. de G. Lachaîne, aussi notaire, est régistrateur du comté, M. Parent et M. Petit y exercent encore le notariat.

Le premier médecin résidant à St-Jérôme fut M. Le Dr L. E. Larocque, frère de Mgr Jos. Larocque, évêque de Germanicopolis. Le Dr Larocque avait épousé une Delle Testard de Montigny, Il vint s'établir à Montréal où il mourut il y a quelque trente ans.

Le Dr Prévost, successivement en société avec ses fils Couetteux et Guillaume, marié plus tard à une Delle de Montigny, s’est partagé la cliertèle du Dr Larocque avec le Dr de Martigny. Les Drs Marsan et Fournier y ont exercé la profession d’Esculape, et le Dr Labelle y est décédé, ainsi que le Dr Guillaume Prévost, remplacé par deux de ses frères Henri et Paul-Emile, |

Quant aux avocats, M. Filiatrault y a exercé sa profession pendant quelque temps. M. Ch. de Montigny, aujourd'hui protonotaire du district de Terrebonne, s’y est établi en permanence le premier et a été suivi de M. Boisseau, aujourd'hui décédé, M. B. W. Nantel, l’hon. W. Prévost, M. Grignon, aujourd’hui protonotaire conjoint dudit district, M. Alphonse Nantel y a aussi tenu son bureau pendant . plusieurs années. (Ce dernier est représentant à la législature provinciale du comté de Terrebonne, dont St-Jérôme est le chef-lieu ; ses talents lui ont valu le portefeuille de Commissaire des travaux publics. Il y a publié Le Nord, qui se partageait avec Le National, édité par M. Morrissette, les faveurs des lecteurs.

Les marchands y sont aujourd’hui nombreux et y font des affaires considérables avec les gens de la localité et des environs. Le genre de commerce est cependant changé.

PT

Autrefois on vendait beaucoup à crédit, Et, il faut le dire, ça été la ruine de plusieurs habitants, Il y a un adage américain : “Qui s’endette s'enrichit,” Oui, quand on s’endette d'une manière rationnelle; quand on emprunte à six pour faire un commerce qui rend douze. Mais quand on emprunte pour acheter ce qui n’est pas nécessaire, on peut dire : ‘“ qui s’endette se ruine.” Le crédit est aussi la ruine de la plupart des marchands. Voilà pourquoi ceux de St-Jérôme ont tué le crédit, et ils s’en trouvent bien.

Les habitants de la ville et de la campagne sont entreprenants, et ils savent au besoin faire beaucoup de sacrifices pour promouvoir les intérêts de leur localité. Les conseils municipaux exemptent de taxes ceux qui désirent y établir quelques bonnes industries. La ville est divisée en deux camps pendant les élections, mais l'esprit public les réunit aussitôt après pour travailler à l'avancement de cette municipalité, qui est la première en importance, et que l'on interroge toujours dans les affaires publiques, parce que ses hommes d'affaires sont reconnus pour avoir beaucoup d'initiative et surtout un grand dévouement, Un sens moral d'élite les distingue, et l’on n’y connaît pas parmi les classes dirigeantes de bipèdes appelés libres penseurs. Ce sont des gens qui savent prier et qui se font un honneur de le faire.

Il peut y avoir quelques négligents, mais je n’y ai pas connu d’incrédule, Je ne pense pas que plusieurs personnes aient été enterrées hors du cimetière bénit pour cause d’impénitence finale. Dieu en soit loué, et prions-le qu'il préserve la paroisse d’un tel malheur, (C’est bien la plus belle des consolations du chrétien, de pouvoir espérer qu’il se trouvera ur jour réuni à tous ceux qu'il aura connus, avec qui il aura été élevé, avec qui il aura vécu, et à tous eux qu’il aura aimés ici-bas.

J'ai voulu consacrer un chapitre spécial à un homme de

la ville de St-Jérôme que tout le monde connaît et qui est sion l'ami de tout le monde, parce qu’il est l’un des plus grands la 1 bienfaiteurs de son pays. acq Le curé Labelle était à lui seul toute la personnification jusc du Nord. Il en avait les proportions, Dieu merci!!! est M. Labelle avait les défauts de ses qualités poussées à étre l'excès. La difficulté, pour faire son portrait, gît dans la question de savoir si je vais commencer à poser les ombres viol avant les couleurs, ou si je ne devrais pas plutôt étendre le et d coloris et ensuite y estomper les ombres. Les modèles pa sont assez rares en ce pays où l’on blâme ou louange exclu- au sivement son sujet, mais sans presque jamais mélanger ces ratt deux éléments si essentiels à l’art pour être vrai. Aussi le c« la plupart du temps la copie n’a guère de ressemblance avec la q l'original.

, Je me décide à prendre le premier procédé ; il tient plus just de la sculpture, et c’est ce qui convient à la taille de mon avec héros, j'entends la taille morale. cara

Je veux être fidèle, et ceux qui me liront, en voyant un a

grand homme pétri de boue comme nous, se sentiront et il

encouragés à le suivre ou à limiter. En voyant que celui- C

ci avait ses défauts qui le font ressembler aux autres, les n'av

hommes de bonne volonté sentiront que malgré leur publ

faiblesse ils peuvent aussi accomplir de grandes choses. ent

Le désir d’être utile avait engagé le curé de St-Jérôme à réali

s'occuper d’une foule de choses à la fois. Aussi traitait-il L

de tout: philosophie, physique, chimie, agriculture, politi- jen

que, chemins de fer, mines, théologie, questions sociales, peu]

d'économie politique, etc., etc. Mais il perdait en profondeur s'am

ce qu’il gagnait en superficie. Il s’appuyait sur ses talents jusq | naturels qui étaient transcendants; mais la vie de distrac- D F tion qu'il avait menée ne lui avait pas permis d'approfondir plus AL tous ces sujets sur lesquels il parlait avec beaucoup de bon quel

Ru sens. La force de son jugement lui faisait tirer des conclu-

Page 1