CONCURRENTS
Luc Charette, Ste-Marguerite, t.g. mérite, inédaille d'argent.
Eusèbe Lajeunesse, Ste-Marguerite, t.g. mérite, médaille d'argent,
Dr Wilfrid Grignon, Ste-Adèle, t.g. mérite, médaille d'argent.
Cyrille Grenier, Ste-Agathe, g. mérite, médaille de bronze,
Joseph Si-Amour, Ste-Agathe, g. mérite, médaille de bronze,
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Elie Desrochers, St-Sauveur, g. mérite, métuille de bronze.
Casimir Latour, St-Sauveur, g. mérite, médaille de bronze,
Isaac Charette, Ste-Marguerite, mérite,
François Latour, Ste-Adèle, mérite,
Lambert Bélanger, St-Sauveur, mérite,
Joseph Forget, Ste-Agathe, mérite.
Juseph Brisebois, Ste-Marguerite, mérite,
Joseph Plouffe, St-Sauveur, mérite.
Auguste Tallier, Ste- Agathe, mérite,
Adélard Forget, St-Sauveur, mérite.
J--Bte Goyer, St Sauveur, mérite,
L'honorable M. Nantel, miristr® des travaux publics et député du comté de Terrebonne, a ensuite adressé la parole à l’assistsnce,
Je suis h«ureux de reproduire ce discours plein de sens pratique et qui a été si justement goûté, :
C'est une pièce qui restera et qui rend hommage aux hommes de mérite dont les noms doivent être soumis à la vénération publique. Ce discours est un monument que je ne fais un devoir de présenter à mes lecteurs,
Monsieur le Président, MM. les Lauréats,
Le ministre de l’agriculture et de la colonisation a bien voulu me réserver l'honneur de présenter leur médaille aux lauréats du Mérite agricole dans la régio nord et d'Ottawa. Je l'en remercie sincérement. Ces médailles, MM. les lauréats, brilleront sur vos poitrines dans toutes les grandes circonstances de votre vie, c’est un hommage rendu par le pays au travail intelligent et au succès. Vous les transmettrez à vos enfants, et ces derniers seront fiers de les conserver comme un pieux souvenir des exemples et des triomphes de leurs ancêtres. Je dis : triomphes, messieurs, et le mot n’est pas de trop.
La culture est une lutte de chaque jour contre bien des
= Re Se À =
obstacles, contre bien du. ennemis divers. C’est une suite de combats que livre le cultivateur laborieux: combats contre le préjugé qui méprise trop souvent la vie paisible mais nobie et bienfaisante des champs; combats contre la routine qui porte à croire que là où le père a passé doit toujours passer l'enfant, pendant que l’agriculture est non seulement une carrière soumise à une concurrence acharnée, mais encore une science compliquée, exigeant à la fois une connaissance approfondie de la nature et des besoins économiques de son pays comme des pays rivaux, dans la production et sur les marchés d'écoulement ; combats que vous livrez, nobles enfants du x0l canadien, sur cette terre que vous aimez, mais que l'ignorance, la mauvaise foi, la
trahison des dénigreurs, représentent trop souvent comme une marâtre incapable de vous nourrir et vous poussent de
force vers l'exil.
Heureux ceux qui n’ont pas été séduits par le mirage et
sont restés ici, autour du vieux clocher, vivant de leur vie patriarcale, et se livrant obstinément au labour de leurs terres, confiants au moment de l’épreuve, dans la bonté de la Providence, et conservant l'espoir d’un avenir prospère. L’astre du salut luit pour eux maintenant : déjà ilillumine l'horizon, il brillera bientôt dans toute sa splendeur. Car sur tous les points de la patrie, la foi agricole se réveille, solidement soutenue par la rémunération du travail et de la
bonne conduite.
Il n’est pas de circonscription électorale qui soit restée étrangère au mouvement , il n’en est pas où vos hommes publics n'aient été appelés à remplir le devoir si honorable qui m'incombe dans la circonstance actuelle. La nation ertière s’est levée dans une superbe affirmation de volonté, et elle s’élance à la conquête d’une Terre Sainte dont elle n’a jamais été tout à fait exilée, mais que la routine, l’insouciance, et trop souvent le travail stérile, dérobaient aux yeux de ses habitants en la représentant comme une terre
de désolation et de ruine.
Nous avons eu nos Pierre l’Er-
mite, un peu partout ; nous avons possédé, nous surtout, enfants privilégiés du Nord, le plus grand des apôtres de la nouvelle croisade, le grand curé, au cœur plein de vaillance et de dévouement, à l'esprit débordant de vastes et
patriotiques conceptions. Vous avez entendu sa voix les pre-
miers, il vous a dit et répété un quart de siècle durant sur tous les tons d’une gamme aussi riche que variée : “ Dieu le veut ! Dieu le veut! conquérez la terre, emparez-vous du sol, faites-la produire abondamment, livrez à vos pâturages des troupeaux de race choisie, réduisez vos produits sous le plus petit volume pour les transporter plus facilement au marché, Des vaches, des pâturages, du beurre partout! Le beurre, c'est la richesse, C’est la vieille paroisse qui se renouvelle, c'est la nouvelle qui se fonde, c'est le cultivateur qui paie ses dettes, c’est le colon qui fixe au sol sa nombreuse famille, Des troupeaux, des pâturages. ” C'étaient là les formules simples, rendues en un si pitoresque langage par le curé Labelle : elles sont restées comme de vivantes traditions pour servir de devise à la réforme agricole : Des pâturages, des troupeaux : c'était également la devise de Sully, sous Henri IV, ce grand réformateur de l'agriculture française ! Notre Pierre l’Ermite n'oublia jamais de mentionner ce souvenir historique et cet enseignem «nt,
La ‘oix du curé Labelle n’est pas éteinte ; vous en êtes l'écho, MM. les lauréats, par votre conduite. Ils en sont l'écho ‘alement, ces brillants conférenciers qui prêchent le progrès sur tous les coins de la province et dont le type formé à l’école du maître conserve si pieusement les enseignements et les traditions qu’il a laissés derrière lui. Je le salue dans la personne de l’un des vôtres, le docteur Wilfrid Grignon, dont le nom restera comme le fondateur des cercles, mis à la base de tout notre système agrisole.
Le curé Labelle à prêché, il y a plus d'n :;z:t de siècle, la croisade qui se poursuit maintena:.. Sa parole tombait en semence serrée sur des champs bien préparés, elle produisit des fruits abondants ; parfois, rarement, elle est allée se perdre sur un sol rocailleux, mais ce qui en est tombé sur les grandes routes n’a pas été enlevé par de mérhants oiseaux comme ceux dont parle l’Ecriture Sainte, Cette semence précieuse, des oiseaux bienfaisants, dans la personne des conférenciers, l’ont ramassée et la répandent dans tout le pays.
Le curé Labelle prêchait sur le beurre, sur Ja vache, dont il n’oubliait pas le compagnon, et tout le monde se rappelle comment était connue la superbe race dent feu
l'honorable M. Abbott et M. Dawes, de Lachine, lui avaient procuré de si beaux spécimens. Sa parole retentissait du baut de la chaire sacrée en enseignements ven Si en instructions, mais aussi en visions prophétiques. On trouvait singulier d'entendre si souvent parler d'agriculture au prône et on se demandait ce que les pommes de terre en place de céréales, les troupeaux de vaches en place de chevaux de luxe, pouvaient bien avoir à faire avec la perfection chrétienne et le salut des âmes ; on était même surpris de l'entendre si peu purler de dtme aux habitants de St-Jérôme.
Comme vous le savez, les prophètes en général n'ont pas été populaires parce qu'ils disent vrai et que la vérité choque, Or, le curé Labelle, dans sa paroisse, n’était pas toujours du goût de la routine qui voulait le reléguer à la sacristie pour, elle, s'étendre plus tranquille sur le bord du fossé ; on fit des repro hes, on poussa des récriminations, On n’alla sans doute pas jusqu’à scier le curé en deux comme cela se fit très inhumainement du prophète de l'antiquité,
L'entreprise n’eût pas manqué de soulever des difficultés, car le curé n’était pas homme à se laisser scier ni en deux ni autrement, On lui créa des misères assez sérieuses, on le taquina de mille façons, mais toujours poussé, par la force de la vérité et l'amour de son pays, il n’a jamais cessé un instant de faire entendre le cri du réveil agricole.
Tout le pays était rempli de sa voix : églises, palais épiscopaux, maisons municipales ; partout retentissait un cri de ralliement : Troupeaux améliorés, pâturages, industrie laitière, tout cela accompagnant l’inévitable note de la fin : En avant vers le Nord, mes enfants, c’est là que se trouve le rude labeur, mais c’est là précisément, à cause de ses aspérités, qu'est l’héritage du vigoureux colon canadienfrancais.
Sa grosse voix ne fut pas lente à percer les murs des parlements, à pénétrer dans le cabinet des ministres, à tomber même en paroles harmonieuses de la bouche d’un gouverneur de notre province s'adressant aux chambres, et c’est encore un homme de Terrebonne, un premier-ministre d'alors, le lieutenant-gouverneur d'aujourd'hui, votre ancien député, arrivé depuis aux plus hautes fonctions de l'Etat, qui entreprit de systématiser l'établissement des beurreries,
Nous sommes heureux, disait Son Honneur M. Robitaille, dans le discours que le premier-ministre mettait dans sa bouche à l'ouverture de la session de mars 1882, de voir que l’industrie des beurres, des fromages subit en ce moment une transformation qui a produit des résultats considérables et le gouvernement se propose de donner un nouvel élan à ce mouvement par d’autres mesures d’encouragement qui tendront à assurer la prospérité générale et à stimuler la colonisation de nos terres incultes, La politique du salut était inaugurée.
Depuis, cette politique agricole s'impose à tous les gouvernements et si le sens pratique a pu manquer à certaines tentatives de progrès il faut convenir que sous l’administration actuelle, avec un homme de l'expérience de M. Beaubien à la tête du ministère de l’agriculture, avec un auxiliaire aussi zélé, aussi tenace, aussi éclairé que M. Gigault, le réveil agricole est devenu plus intense que jamais et permet de nous faire entrevoir une prospérité permanemment établie, un fonctionnement des méthodes et des produits, aussi avancé que nous saurions le désirer.
Toute une pléiade de brillants con{'renciers et de dévoués missionnaires appelés sous le drapeau par la voix unanime et touchante de nos évêques, s’est formée, Ce sont les héros de la croisade, Ils parlent haut et ferme le langage du progrés ; ils savenc se mettre surtout à la portée intellectuelle des petits et des commençants qui ont le plus besoin d'enseignement, Bref, l’organisation agricole semble toucher à sa perfection dans le chef qui dirige comme dans tous les collaborateurs à cette œuvre nationale. Le clergé seconde puissamment les efforts de l'élément laïque et rien ne peut arrêter le zêle et le dévouement de nos mission-
naires agricoles,