‹ La colonisation [microforme]Chapitre 28 sur 48 · JUS · texte numérisé non relu

JUS

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était pris, il fallait remettre sac au dos, carabine sur l’épuule, giberne aux reins :t en avant, marche. Pourtant nous avions cinq lieues de faites, et il fallait en faire encore cinq, chargés que nous étions de cinquante livres. Et les ampoules! Ah! là, là. Et cependant nous entonnions le refrain : “ Il y a d’la goutte à boire, là haut. Il y a de la goutte à boire”, ou

En avant, marchons; en avant, marchons, Zouaves du Pape, à l'avant-garde !

En avant, marchons ; en avant, marchons, Le monde nous regarde, En avant, bataillon !

Les vivres sont empaquetés, les chevaux sont bridés, et en avant, à l'assaut de la Repousse !

La Repousse ! C’est le Sébastopol de la colonisation avec le Kedan, le Mamelon Vert et Malakoff par dessus le sarché, La Repousse, c’est trois montagnes entassées les unes sur les autres, soudées avec du ciment dont le gravier est assez volumineux pour offrir des spécimens gros comme qui dirait le palais de justice de Montréal et qui menacent toujours de se détacher. Il y a si longtemps qu'ils y sont, : nom d’un nom ! Si le feu des Titans nous vient à la mémoire en montant cette muraille de Chine, les vers de Lafontaine dépeignent bien l’état où l’on se trouve en la franchissant :

Per un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiraient un coche, Femmes, moines, vieillards, tout était descendu ; L’'attelage suait, soufflait, était rendu.

Nous montons, nous montons et nous montons, et par un chemin rocailleux, mon Dieu! il faut voir ça Aussi avons-nous mis pied à terre, ne laissant que les deux petits garcons du colon dans les voitures. Nous nous étions déboutonnés, gile' et veste étaient ôtés, et marche done. A tout moment les chevaux faisaient halte, et nous aussi. Le

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soleil plombait sur cette montagne aride qui grille sans jamais se consumer ni s'amoindrir, (C’était bien une véritable Repousse, ainsi qualifiée de ce qu’elle repousse les colons les plus énergiques.

C’est en octobre 1872 que M. le curé Labelle la franchit pour la première fois et qu’il s’aperçut qu'il y avait ax-delà une plaine superbe à offrir à la colonisation. En effet, du sommet de cette redoute le panorama est ravissant, Là, plus près des cieux, on domine un vaste paysage qui n’a de limite que la capacité de l'œil. Sur le versant sud vous avez les couches graduées de la vallée de la rivière du Nord; vous en distinguez le lit au fond de cet alcôve de dentelle et de rideau, dont les plis donnent asile à des centaines de maisons parsemées sur les versants défrichés, Du côté nord s'étend cette plaine qui s’élargit en vous indiquant les vallées de la Diable et de la Rouge. St- Faustin est à vos pieds sur une colline que contourne la décharge du lac Au Poil ; des charmaps couverts de moissons s'étendent sur des pentes douces, l:s prairies s’étalent riantes au couchant du soleil, le bétail s'amuse dans les prés verdoyants, et vous admirez les maisons des colons échelonnées sur le versant des côteaux, les forêts grandioses qui recouvrent les hauteurs, les lacs qui reflètent les rayons du soleil, — et vous apercevez un lointain sans limite qui jette dans l’âme je ne sais quel indécis de l'infini; tout dans ce coup-d’œil nous caarme, nous fait rêver, mais nous montre comme nous sommes petits au milieu de ces grands joujoux avec lesquels le Créateur semble s'être amusé... sérieusement. Pourquoi a-t-il entassé ces montagnes ? Pourquoi a-t-il culbuté ces monceaux de granit? Pourquoi a-t-il bouleversé ces éclats de rochers dans les veines desquels coulent des minerais qui semblent vouloir se faire reconnaître en trahissant leur couleur ? Qui va nous répondre ?+

# soleil qui passe silencieux en faisant brilier sa lumière

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chaude, les nuages qui se déploient au-dessus de la crête des arbres, les flots qui se précipitent de cascade en cascade, l'oiseau qui jase dans les bois, le bœuf qui paît dans le parc, l'agneau qui bondit sur le gazon. Car tous jettent leur note dans ce concert auquel nous assistons, et dont nous saisissons à peine les beautés, logés que nous sommes dans les galeries de ce théâtre borné par l'horizon de la nature,

N ous descendons cette montagne en évitant l'Epouvante, pic plus haut encore que la Repousse, et nous nous dirigeons vers le village de St-Faustin, qui n'était alors qu’une mission, situé dans le sixième rang du canton de Wolfe.

Ce canton Wolfe faisait ci-devant partie du comté d'Argenteuil et, après 1881, il fit partie du comté de Terrebonne déjà pourtant bien trop étendu.

Lors du recensement de 1881, St-Faustin n’était pas encore érigé, et le recensement n’était que pour le canton de Wolfe qui, à cette époque, comptait 461 habitants, tous catholiques.

Le recensement de 1891 accuse pour St-Faustin une population de 669 habitants, tous catholiques, partagés en 120 familles.

Il y avait alors 18,825 acres occupés dont 4,295 amiliorés ; 3,485 en culture; 703 en pâturage; 14,620 en forêt ; 17 en jardinage.

En 1880, il y avait d’arpentés et en vente dans le canton de Wolfe, qui se trouve dans l'agence de M. Marchand, 28,621 acres de terre et il y avait d’arpentés, mais non en vente 2,000 acres. Le Guide du Colon de 1894 constate 25,867 acres arpentés et en vente.

Le sol du canton est accidenté par endroits et un peu rocheux, mais généralement propre à la culture.

En 1882, les travaux publics qui ont été faits dans le

canton de Wolfe, sont: 1‘ déviation du grand chemin \ 12

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conduisant de Ste-Agathe à St-Faustin, pour éviter la Repousse, suivant le tracé de l'explorateur Bureau.

Cette déviation, qui mesure environ six milles, part du canton de Beresford dans le 5e rang, traverse les quatre derniers lots de ce canton en biaisant et se continue jusqu’au No 22 dans le 6e rang de Wolfe ; 2° chemin cnduisant du 6e rang de Wolfe à l'église St-Faustin, forme de montées traversant les 5e, 4e et 3e rangs, et qui ouvre à la colonisation le plus beau terrain du canton Wolfe ; 3° chemin qui part du village St-Faustin au lac La Quenouille,

St-Faustin, qui comprenait en 1884 cent familles et quatre cents ‘individus, n’avait pas de curé résident, et c'était le curé de St-Jovite qui venait tous les quinze jours y dire la messe dans une chapelle, C'était une maison n'ayant rien de distinct si ce n’est une cloche posée sur une chèvre à quelques pieds de là. Le village était alimenté d’un magnifique aqueduc qui fournit à ses habitants une eau remarquablement bonne et pure,

Il y avait deux hôtels à St-Faustin, mais l’un a été obligé de céder le pas à l’autre. L'hôtel Dusablon (nom noble, s. v. p.) est très bien tenu, Le propriétaire est très poli. Mon ami Beaubien s'est trouvé indisposé à cet endroit, Et il y avait de quoi. La marche, la chaleur, les repas sous le pouce. (à part la Repousse) pour un dyspertique, c’est assez raide, C’est là qu? j'eus l’occasion de faire preuve de mes connaissances médicales. Une prénaration de gingembre mit sur pied mon patient en moins d’une heure, Disons deux, car je me rappelle qu’on attendit que le soleil baïssât. Tout de même, il faut avouer que c'esi bien peu 4e temps pour guérir un malade qui souffrait des douieurs affreuses d'estomac et d’entrailles. Il faut

ii aire, l'épiocr du Gev, M. Villeneuve, un zouave (il y en à jurtout) est venu à ma rescousse en me fournissant une ‘xuteille de Tue-duaileur de Perry Davis, (Pain

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Killer pour les Anglais). Mais je réclame l'honneur d’avoir prescrit ce spécifique unique,

Qui guérit les maux (ra présents, futurs, nouveaux. Il est De ue, odontalgique, Je le pi e à tous Pour combien? pour deux sous. } bis,

Ça, c'était en 1884.

Aujourd’hui, St-Faustin n’est pas ce qu’un vain peuple pense. Il y a une église et un curé résident; le Rév. M. Corbeil, qui a succédé à M. St Arnaud. Il y a cinq moulins dont l’un est mû par l’eau et contient une moulange ; trois marchands se disputent les chalands, trois forgerons et quatre écoles élémentaires où, j'espère, on enseigne les rudiments de l’art agricole.

Je dois mentionner comme un exemple à suivre, qu’il existe à St-Faustin des marchands de bois du nom de Whelan & Barlow aui, tout en faisant de bonnes affaires rendent de grands services à la colonisation en recevant les colons recommandés par la Société de colonisation de Montréal. Ils les emploient à bûcher du bois à tant la corde, sur des lots qu’ils achètent au nom de ces colons qu’ils logent, et auxquels ils font des avances pour leu permettre de vivre, tout en défrichant leurs terres.

Bonjour, St-Faustin, au revoir ; et en route pour St-Jovi par un chemin comparativement beau. Ah! quand je « beau, il ne faut pas s’imaginer qu’on y juisse pousse chevaux, mais au moins on peut y trotter par tache, Ah nos reins, nom d’un p'tit bonhomme ! L'air se fait frais et il faut se presser, car notre étape du jour est la Chute aux iroquois, Touche, touche. Et nous faisons solennellement notre entrée à St-Jovite, le samedi, presque à la brunante

Reposons-nous un peu, car, vraiment, nos chevaux font pitié. tant ils sont bons, Pauvres bêtes ! Dire qu'ils se

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mettent à notre disposition sans répliquer, tandis que d’un coup de pied ils pourraient nous envoyer paître. Vrai, on ne peut penser aux services que nous, rendent ces animaux, et à la patience avec laquelle ii nous servent, sans éprouver un sentiment de reconnaissance envers Celui qui leur a ordonné de nous obéir, Aussi méritent-ils qu’on les soigne bien, Entrons à l'hôtel, et ordonnons que nos courageuses bêtes aient chacune une bonne portion. quand elles seront ressuyées, bien entendu...

SOMMAIRF : Sr-JOVITE. —SES PERSONNAGES. — SON INDUSTRIE. — LA RIVIÈRE DU DIABLE. -— LES ÉTABLISSEMENTS DE ST-JOVITE. — SES PROGRÈS. — NOS BOIS EN ÉBÉNISTERIE, — LE CURÉ OUIMET. — SA MÈRE, — LA MONTAGNE TREMBLANTE. — LE SANITARIUM. —

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