‹ La colonisation [microforme]Chapitre 29 sur 48 · SALABERRY · texte numérisé non relu

SALABERRY

Le village de St-Jovite, à 44 milles de Montréal, est situé sur un plateau d'environ un mille carré que cerne la rivière au Diable. J’ai examiné l'apparence de ce tributaire de la Rouge, pour m’assurer s’il ne ressemble pas à l’ancien Diable avec des griffes et la queue en tire-bor :hicn, — Je n'ai rien trouvé qui ressemblât à Belzébuth, si ce n'est sa forme tortueuse qui lui donne des faux airs de serpent. Mais ce n’est pas de ses sinuosités que cette rivière tire son nom. Ce sont les voyageurs qui, la trouvant difficile pour la descente du bois, l’ont apostrophée de nom de Diable et cette épithète lui est restée,

En 1878, tout l’espace entre Ste-Agathe et le Nominingue était forêt. Les établissements qui commencaient étaient comme des oasis au milieu des bois debout. C'est en septembre de cette année qu'y fut envoyé le révérend M. Ouimet pour desservir les cantons du Nord.

A son arrivée il se mit à l’œuvre pour construire un presbytère dont le haut devax servir de chapelle provisoire, et, au mois de janvier 1880, il s’installait dans sa résidence pour desservir les colons à 15 lieues à la ronde. Pendant plusieurs années il exerea son ministère dans les missions d’Arundel, Amherst et Ponsonby.

Les rues du village de St-Jovite sont larges de 60 pieds ; les maisons sont bâties à la frameaise et avec un goût remarquable,

Il ya de bons pouvoirs d’eau fournis par un ruisseau appelé Clair, lequel prend sa source à St-Faustin.

Le presbytère et la chapelle formaient un édifice de 40 pieds sur 30 à deux étages ; la chapelle était en haut, et la résidence du curé en bas; mais les paroissiens ont compris qu'ils avaient besoin d’un temple, et ils ont construit en moins de trois ans une église en pierre qui, tout en procurant la gloire de Dieu, est un monument de l'esprit religieux, de l'entente et de l’activité de la généreuse population de St-Jovite,

Les premiers actes civils datent du mois de janvier 1879,

Le village renferme presque tout ce qu’il y a d'industrie dans St-Jovite. D'abord, un moulin à farine fonctionnant parfaitement en tout temps de l’année. Il a été construit par ii. Bisson, un des premiers et des plus entreprenants colons du Nord.

Un moulin à carder la luine, fonctionnant, lui aussi, à merveille et rendant d'immenses services aux missions environnantes. :« propriétaire en est M. Jude Meilleur.

Deux scieries qui fonctionnent toute l’année; ces établissements renferment des scies à découper, à faire le bardeau, un planeur pour blanchir et embouveter le bois, etc., le tout en parfait état. M. François Léonard le propriétaire de l’une de css scieries, homme entreprenant, a été maire de St-Jovite,

Il y a aussi une tannerie appartenant à M. Joseph Bélair, trois fourneaux à chaux, qui suffisent aux besoins de St-Jovite et des environs, trois forgerons, un voiturier, deux meubliers, deux boulangers, quatre menuisiers, un maçon, un plâtrier,

Une briqueterie près de la scierie, à 6 ou 7 arpents de la chapelle. C’est encore la propriété de M. Léonard,

St-Jovite compte deux médecins: le docteur W. Prevost et le Dr Gervais ; deux notaires M. Barrette et M. Blondin.

Il y a neuf magasins. On y trouve tout ce qu'il faut, et des négociants de cantous plus au Nord viennent s’y approvisionner asgez souvent, À St-Jovite il y a des personnes qui entreprennent d’approvisionner les chantiers pendant l'hiver ; autrefois on faisait transporter jusqu’à la Minerve et au Nominingue les effets que les propriétaires de Montréal voulaient faire transporter chez leurs fermiers, Aujourd’hui le chemin de fer s’en charge.

La paroisse a cinq écoles, ce ne sont encore que des écoles élémentaires. Mais les filles sont particulièrement favorisées d’un couvent tenu par les filles de la Sagesse, venues de St-Laurent-sur-Sèvres, en France. Ce sont elles qui tiennent l'école élémentaire du village. St-Jovite a trois hôtels, où les voyageurs sont servis à souhait,

Un aqueduc alimente le village et la campagne.

Une cour des commissaires y rend la justice sommairement, ainsi que trois Juges de Paix dont l’un, M. Christin, est commissaire per dedimus potestatem. Pas d'avocats.

Deux fromageries et une beurrerie y fonctionnent très bien, Voilà certes, du progrès.

La Montagne Tremblante, vers le nord, ne tremble pas plus que l’Hôtel-de-Ville, mais enfin c’est son nom; au pied se trouve le Lac Tremblant qui a une étendue de huit milles ; il est le réservoir de la rivière Cachée. Lac très poissonneux, c’est un endroit magnifique pour les touristes amateurs de pêche. Les lacs Ouimet, Duhamelet Brochet, méritent une mention honorable,

C’est sur cette Montagne Tremblante que sera le siège du sanitarium, dont l’instigateur est M. le Dr Laviolette, fils de M. Godfroi Laviolette, qui a épousé la fille unique de mon excellent ami, le Chevalier G. Drolet. C’est autour de ce sanitarium que sera le Parc National. A propos de sanitarium qu'on me permette de citer un document d’une grande valeur :

Extrait d’un mémoire lu par Sir William Hingston devant le Congrès d'Hygiène de Montréal :

“ L'on peut dire qu’en règle générale, le climat d’un pays modifie la stature, la force et le teint ; qu’il cause quelquefois la maladie: qu’il la guérit quelquefois, mais qu’il la modifie souvent; qu’il prolonge quelquefois la vie, mais qu'il l’abrège aussi quelquefois. L'influence d’un climat est surtout évidente lorsque ses effets ne sont pas contrebalancés par d’autres circonstances, Les naturels d’un pays et ceux qui vivent au grand air sont ceux qui ressentent le plus les influences du climat.

Le climat, dans son sens le plus restreint, n’est, que l’un des nombreux facteurs qui affectent l’homme, Pas plus ici qu'ailleurs, l’on ne saurait étudier les effets d’un climat sans prendre en considération les questions si importantes de richesse et de bien-être naturel,

Une connaissance de la géographie d’un pays est nécessaire pour ceux qui veulent faire l'étude de son climat, Vous connaissez la géographie de notre pays.—N ous devons dire ici que dans le cours de ce travail, le mot nous s'appliquera aux membres canadiens; tandis que le mot vous s'adressera à nos confrères d’au-aelà des frontières. — ceci nous évitera des répétitions oiseuses, des définitions de frontières, de territoires, de nations, choses que la science ne connaît pas.

Et d’abord, pour létendue du pays, le vôtre est grand; le nôtre, l’est davantage,

Si la superficie de notre terrain est moindre, l'étendue de nos lacs est plus considérable, Au Canada, la scène change à tout instant. Comme vous, nous avons nos montagnes Rocheuses aux cimes altières, Pour votre Alaska, nous avons nos régions de la Baie d'Hudson et nos régions arctiques. Au Mississipi et au Missouri, nous opposons le St-Laurent et l'Ottawa. Les Montagnes Vertes s'appellent chez nous les Monts Notre-Dame. Les Laurentides nous appartiennent exclusivement et nous protègent contre les rigueurs du nord. Les nappes d’eau sont, pour un certain nombre, communes aux deux pays; plusieurs sont notre propriété exclusive. Les rivières qui coulent à l’est alimentent le puissant St-Laurent. A l’eau basse, ce fleuve, vis-

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à-vis Montréal, transporte vingt millions de pieds cubes à la minute; à l’eau haute, entre qur et cinquante millions, Lorsqu'après avoir reçu tous ses tributaires, le St-Laurent se jette dans l’Atlantique, il laisse couler cent millions de gallons à la minute.

Les petits lacs sont en nombre infini, surtout à l'extrême nord, Nos lacs d’eau douce contiennent la moitié de toute l’eau douce du globe,

Pour un esprit pratique, cette profusion de lacs signifie facilité de transports, facilité pour le commerce ; les hygiénistes y voient encore autre chose, Ces lacs modèrent la température de l'hiver et de l'été, et rendent le climat salubre et agréable,

Une autre caractéristique de notre pays que je ne puis m'empêcher de mentionner est son peu d’élévation au-dessus du niveau de la mer, Ceux d’entre vous qui viennent du Mexique, de l'Amérique du Sud et des parties méridioaales de l'Amérique du Nord, se trouvent à une altitude d'environ mille pieds au-dessus de nous. Nous nous contentons d’un niveau plus bas, une élévation qui varie entre cent et trois cents pieds nous satisfait, La ville où nous sommes réunis n’est qu'à 18 pieds au dessus du niveau de la mer. Mais ce peu d'altitude est favorable à notre climat et à la végétation. Si nos plateaux étaient aussi élevés que quelques-uns des vôtres, la végétation se réduirait tout au plus à quelques mousses ; la vie animale n'offrirait que quelques animaux à épaisses fourrures,

Nos pentes vers l'océan sont longues et douces ; les vôtres sont rapides et escarpées.

Vos Cordilières et nos montagnes Rocheuses tempèrent les vents chauds et humides qui nous viennent du Pacifique et qui nous énerveraient. La configuration de ce continent, {ût-elle autre, nous serions exposés aux vicissitudes de température de l’Atlantique d’un côté, du Pacifique de l’autre ; changements trop brusques, trop considérables pour qu’un homme püût les supporter sans misère.

Que notre climat, que la configuration géographique de notre pays ne sont pas nuisibles à la vie végétale, vous pouvez le constater par nos forêts magnifiques et par la végétation qui couvre notre sol. Chaque année, nous exportons chez vous des milliers de pieds cubes de nos

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frêue, le pin, l’épinette, le cèdre sont l’objet d’un commerce étendu et vous servent à une infinité de choses. Mais nos céréales et nos fruits, bien que les exigences politiques des pays en rendent l'échange difficile, — ont des attraits pour vous,

Comme pays à blé, le Canada subit avantageusement la comparaison avec ia Russie Centrale. Même avant l'ouverture aux colons des plaines du Manitoba et du Nord- Ouest, le bassin du Richelieu et les tributaires du St-Laurent produisaient un blé bien meilleur que celui de la Méditerranée. Même le riz croît sous notre climat, le blé d'inde, le maïs avec ses épis abondants et remplis de sucre; le melon, la citrouille, que l’on regarde comme produits exclusifs des climats chauds, croissent en abondance dans presque toutes les parties du pays.

= Nos forêts immenses, leur force et leur beâuté sont évidence de l'humidité de i’atmosphère et de la fertilité du sol. De même que les herbes de nos forêts, les habitants de notre pays sont pleins de santé et de vigueur.

Inutile de vous parler de nos journées chaudes ou froides. ,

Notre climat est plus sec que celui de bien des pays; il est bien plus humide que celui de bien d'autres; il est plus froid que la plupart et cependant, nous ne pouvons le désirer plus chaud,—trop chaud quelquefois pour notre bien-être pendant les deux mois de l'été; mais la chaleur est sèche et se supporte facilement; nous la regrettons lorsque la

Chute des feuilles nous annonce que l'automne va com-

mencer.

La condition électrique soit positive, soit négative de notre atmosphère est remarquable. Positive dans les temps clairs et durant les tempêtes de neige, elle devient négative dans les temps nuageux, Cette condition électrique a beaucoup à faire avec l'énergie des habitants, Vous le remarquez, comme nous le remarquons du reste, qu'un changement s’opèr dans la constitution des Européens qui ont demeuré un certain temps en Amérique ;—il en est de même du règne animal et végétal. Les couleurs des Européens diminuent, la peau devient plus sèche, moins douce ; les cheveux sont plus foncés et plus droits, comme ceux des indigènes, La graisse qui enveloppe les muscles est plus abondante

chênes, de nos ormes. L’érable, le noyer, le tilleul, le :

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le les muscles de là face sont plus accusés. Nous avons de 1rce nouvelles habitudes ; une nouvelle existence, le caractère noë national s'en ressent, Notre vie est activo, nous n’avons des pas cependant cette activité incessante qui vous est propre. our Sous ce rapport, nous servons d’intermédiaires entre vous et les peuples du vieux monde. - ; la Notre température la plus chaude n’est pas désagréable ; ou- les conditions de l'atmosphère excitent les glandes sudori- ee. rd- | pores et amènent une transpiration abondante, L'évaporaau- tion rapide qui suit abaisse la température de la surface. , la Une température de 85 Fahr. au Canada est plus agréable blé qu’une température de 70 Fahr. en Angleterre. La chaleur re : de l'été ne persiste pas assez longtemps pour nous causer uits ces troubles intestinaux si communs dans les climats chauds. ans Les fièvres putrides de ces pays nous sont inconnues, Ici, les affections du foie ne sont jamais communes, ce que l’on vi- peut attribuer en partie à la sobriété.

du Si vous jugez par les châteaux de glace que vous voyez nts périodiquement dans nos gravures, vous êtes portés à croire que nous avons plus à craindre le froid de l'hiver que la des. . chaleur de l'été. Détrompez-vous. La constitution n'est est - pas affectée ici comr:e dans les pays rendus froids par leur lus grande altitude, Le froid est exhilarant; n'étant pas irer humide, il ne nuit pas; nous avons vu des personnes faire tre | de longues promenades par une température de 50° à 609 he Fahr. au-dessous du zéro sans le moindre inconvénient. la Aux premiers temps de notre histoire, les colons ne craipm- gnaiïent pas tant le froid que les vents. Le froid ici n’énerve | pas, ne déprime pas ; au contraire, il est piquant, il donne tre de la vigueur et de l’activité. Son influence longtemps airs répétée ne produit pas cette congélation de l'imagination ans prédite par Dubois. L'un de vos voyageurs les plus up estimés, Kane, a remarqué la même chose des Esquimaux Lez, qu’il décrit comme un peuple heureux, content, d’un caracent tère plein d'imagination. Cependant, ils sont bien plus au ré nord que nous et supportent des froids autrement rigoureux. du Le printemps et l'automne ont chez nous la même in: mi- fluence que partout ailleurs. La mortalité est peu élevée. A Lux l'exception de Malte, le Canada était la station militaire la es. plus salubre des possessions britanniques; et les soldats

affaiblis sous d’autres climats nous étaient envoyés pour

recouvrer force et santé. Les statistiques de l’armée américaine démontrent que les postes deviennent plus sains à mesure qu’ils sont situés plus au nord.

La plupart des pays ont des maladies particulières, nous n’en avons pas. Les fièvres rémittentes ou bilieuses y sont légères.

Les fièvres intermittentes deviennent de plus en plus rares, et n’existeront plus dans quelques années ; on en rencontre dans l’ouest; jamais à l’est de: Montréal.

La consomption fait ici des victimes comme partout: cependant certaines saisous semil:rt arrêter le progrès de la maladie, Bien que la température n'aït pas sur cette maladie l'influence qu'on lui a attribuée, notre cimat présente deux caractères qui sont défavorables aux progrès de cette affection : la sécheresse et la stabilité.

Je viens de dire que nous n'avons pas de maladie particulière au Canada, je me trompe, Nous en avons une insignifiante pour son étendue, mais terrible par sa gravité. Sur les bords du Miramichi, dans le Nouveau-Brunswick, nous avons une colonie de lépreux ; ils sont isolés dans le lazaret de ‘Tracadie, La maladie fut apportée au pays, il y a bien des années par des marins naufragés.

Les compagnies d'assurance anglaises reconnaissent les bons effets de notre climat sur la longévité; jusqu’à 37 ans, elles demandent une prime moins forte à leurs assurés du Canada.

Si l’on doit juger de la valeur d’un climat par l'accroissement naturel de la population, le Canada est certainement salubre, Mettons avec M. Sadler, que la prolificité d’un nombre donné de mariages varie en proportion de la densité de la population; c’est-à-dire que la prolificité sera plus grande où la population est plus forte, Cutte opinion ne saurait tenir au Canada, où le taux des naissances est partout très élevé. Ce n’est pas l'endroit ni le temps de parler de ce désir funeste de limiter la famille, désir qui se manifeste par les actes dans certaines parties du pays.

Je dis certaines parties du pays, car, si cette habitude maudite se fait jour surtout dans nos villes, il y a des centaines et des milliers de lieues d’étendue qui n’ont jamais entendu parler de ce crime sans nom.

L’accroissement de la section francaise de ce pays, qui se

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double en seize ans, est sans parallèle dans l’histoire du monde. La population française qui était de soixante mille, il y a 125 ans, est maintenant de deux à trois millions.

Parmi la population de langue anglaise, l'accroissement est aussi très considérable, beaucoup plus que dans la Grande-Bretagne, l'Irlande et la Russie,

L'on éprouve quelquefois un certain malaise en parlant de la grande mortalité des enfants: la mortalité est considérable parce que la natalité est considérable ; elle n’est pas causée par des vices constitutionnels, pas plus que per l'entourage ou les conditions climatologiques. Le Larocque attribuait une partie de ces décès à la surnutrition et à l’usage d’une nourriture trop riche et trop stimulante, Chez les pauvres, il n’est pas rare de voir un enfant, aussitôt qu'il peut manger seul, partager à la table les mêmes aliments que les parents. Une nourriture grasse, des potages gras causent souvent des désordres gastriques

Contrairement à ce que l’on constate dans les autres pays froids, la mortalité est moins considérable en hiver; ce qui est une réfutation éclatante à ceux qui prétendent que l'hiver canadien est malsain.

L'hiver est notre saison la plus salubre ; vient ensuite l'automne, puis le printemps. La saison où il y a le plus de mortalité à la campagne comme à la ville est l'été.

Pour les villes cela se comprend; la chaleur met en liberté une certaine quantité de gaz délétères ; plus la chaleur est grande, plus il y a dégagement de gaz. Pendant les mois de juillet et d'août, les diarrhées sont fréquentes, L'on ne doit pas attribuer cela uniquement à la température, mais aussi à l'alimentation impropre, aux viandes, surtout au lait mal conservé. Obtenir le lait frais n’est pas toujours chose facile pour le pauvre peuple. La princesse Alice elle-même trouvait qu’il était fort difficile et fort dispendieux pour elle de se procurer un lait toujours frais, dans sa résidence d’Allemagne,

Comme station pour les consomptifs, plusieurs parties du Canada présentent des avantages que n'ont pas d’autres pays. Dans aucun autre pays, en effet, l'on ne saurait trou ser une température plus égale et un air plus sec ; les places d’eau les plus en vogue de l’Europe sont loin d’être aussi favorisées que nous sous ce rapport.

Il y a certaines conditions du poumon chez les consomptifs qui sont particulièrement améliorées par le climat du Canada. Je veux parler de l'expansion imparfaite qui se manifeste dès le début et de la consolidation qui survient plus tard. Avant que le stéthoscope puisse découvrir la présence du tubercule, lorsque le murmure respiratoire devient moins distinct, interrompu et haletant, les effets stimulants du climat sont excellents.

Même dans la période d’induration, lorsqu'il n'existe pas de cavités, notre climat est d’une valeur considérable. Plusieurs des médecins les plus éminents de l’Europe lui connaissent ces qualités et nous envoient des patients. Il serait trop long d’énumérer les localités qu'il faudrait choisir et celles qu’il faudrait éviter.

Mais je serais heureux de donner à tous les membres de cette association qui le désireraient mes observations sur ce sujet, observations que j'ai déjà consignées dans mon travail sur le climat,

Jusqu’à présent, je n’ai traité que l'influence du climat pur et simple, Mais climat veut dire toutes les circonstances ou conditions dans laquelle nous vivons dans chaque lieu. L'on ne peut donc séparer l'influence du climat des habitudes du peuple.

Cette partie du sujet est trop considérable pour me

permettre de l’aborder., Permettez-moi cependant de vous dire, que si peu peuvent vivre d’une vie luxueuse, les classes les plus humbles, surtout dans nos districts de la campagne, vivent avec frugalité, et ont toujours ce dont ils ont besoin pour jouir d’un bien-être raisonnable. .. C’est ici que grandit un peuple déjà grand et puissant, au physique et au moral: le peuple canadien, Depuis deux cents ans qu’il existe, le Canada n’a donné aucun signe de déclin, Au contraire, les enfants de la N'ouvelle- France sont de beaucoup supérieurs aux Français, même aux paysans bretons, les plus forts, les plus vigoureux, les plus prolifiques, et permettez-moi d’ajouter les plus vertueux de la nation francaise,

Les descendants des Anglais, des Irlandais, des Ecossais et des Allemands ont conservé cette supériorité physique qui est l'apanage de leurs pères d'outre-mer; ils ont gagné en grandeur et en force et ne donnent aucun signe de cette dégénérescence prédite par Knox et quelques Ecossais.”

Le sol de St-Jovite est sablonneux, maïs propre à toute espèce de culture, imprégné qu’il est de phosphate de chaux fournie par les montagnes avoisinantes, Il est surtout propre à la culture des légumes qui y sont splendides.

Cette localité faisait autrefois partie du comté d’Argenteuil, mais elle a été annexée au comté de Terrebonne.

St-Jovite occupe une position exceptionnellement avantageuse, à la jonction des grandes routes de St-Jérôme et de Grenville, Celle de Grenville longe la Rivière Rouge, comme celle de St-Jérôme côtoie la Rivière du Nord.

St-Jovite comptait, en 1884, 160 familles, et St-Faustin, que desservait alors le même curé, 700 âmes. En 1891 la population de St-Jovite était de 1,144 habitants départie en 198 familles. Il y avait à cette époque 30,899 acres de terre défrichés, dont 8,525 améliorés, 6,429 sous culture, 2,044 en päturage, 22,374 en forêts et 52 en jardins.

La malle y vient tous les jours de semaine apportée par le train, et c’est à un “ bureau de poste ” qu’on va chercher les lettres et non à la “ post office ”, comme dans plusieurs de nos paroisses canadiennes, où les maîtres de poste semblent ignorer qu'il y a un mot français pour désigner l'endroit où l’on recoit et expédie les malles.

Le terrain de l’église, qui a environ douze arpents en superficie, a été donné par messieurs Joseph Sarrasin et François Lacasse.

C'est une chose importante pour la fabrique d’une paroisse, d’avoir à sa disposition un grand terrain, parce que plus tard elle peut avoir besoin de l'utiliser pour des œuvres d'éducation ou de charité,

M. le curé Ouimet est le cadet de treis ttes qui sont tous religieux : M. Trefflé est vicaire à l’église Notre-Dame de Chicago, et M. Romuald, frère des Ecoles Chrétiennes, sous le nom de frère Palladius, est Directeur des maisons du comté des Trois-Rivières.

Ils sont les fils de M. François Ouimet et de Dame Amélie Desjardins, ci-devant de St-Jérôme. J'ai eu l’avantage de voir cette pieuse et forte chrétienne sur son lit de mort où elle a rendu le dernier soupir quelques jours après notre passage à St-Jovite, à l'âge de 72 ans. Son mari était mort quelque temps avant, Je considère cette visite comme une faveur signalée, car c'était une femme vénérée et dont les mérites doivent être grands devant le Seigneur. Sa vie entière a été consacrée à élever dignement sa famille, Au milieu: des épreuves, M. et Mme Ouimet ont toujours été les mêmes, édifiant tous ceux qui les ont connus, par leur piété, leur travail, les qualités de leur cœur et de leur esprit. Aussi sont-ils l’un après l’autre partis entourés de consolations. Comment n’aurait-elle pas été consolée, cette mère qui a donné à l’Eglise trois enfants d’une piété exemplaire ?

M. le curé de St-Jovite a hérité de son père un esprit d'entreprise remarquable et une rare habileté; et son contact avec M. le curé Labelle, dont il était le paroissien et l’ami, lui a inspiré à un haut degré l'amour de son pays. Aussi est-il l'un des prêtres les plus dévoués à la cause de la colonisation qu’il entend à merveille. C'est sous sa direction qu'a surgi cette paroisse de St-Jovite où tout respire l’aisance et la prospérité. Il a eu le rare talent d'attirer à son aide des hommes d'entreprise qui ont secondé ses plans et ses aspirations, IL s'occupe un peu de tout, mais surtout d'agriculture, de colonisation et d'industrie, et encourage ceux qui sy dévouent, Pour mieux faire comprendre l'avantage de ce qu’il veut faire apprécier, il l’applique lui-même ; il cultive très bien et s'efforce de faire comprendre à ses gens l'importance du pâturage. Pour faire priser par les habitants l'utilité de nos bois, il a fait faire à son presbytère un plafond en frêne vernissé qui est superbe, De fait c'est un plafond qui ne serait pas déplacé dans nos plus belles inaïisons de villes,

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Le révérend M. Ouimet aime les fleurs et les cultive avec succès. Quoi de plus amusant pour un curé de campagne que de charmer ses loisirs par la culture des fleurs qui, outre qu'elles servent à orner ses autels et à embaumer ses appartements, parlent si éloquemment à son cœur? Qui redit avec plus d’éloquence la puissance créatrice de Dieu que le narcisse odorant et le lys aux blanches corolles, et la tulippe printanière, et la renoncule, et l’œillet, et la rose et la jacinthe ?

Dans leurs plus légers mouvements L'observateur voit un P e :

Celle-ci, son doux langage, Indique la fuite du temps Fi la flétrit à son passage.

us un ciel encore sans nuage, Celle-là, prévoyant l'oruge, Ferme ses pavillons brillants, Et sur les bords d’un frais bocage, Sommeille au bruit lointain des vents:

Si l'une, dès l’aube éveillée, S'ouvre et se ferme tour à tour, L'autre s’endort sous la feuillée, Et du soir attend le retour, Four marquer l'heure de l'amour Et les piaisirs de la veillée ; Le villageois, le laboureur, Y voit le sort de sa journée, Le temps, le calme, la fraîcheur, Les biens et les maux de l’année ; I] lit toute sa destinée Dans le calice d’une fleur.

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