Livre charmant de la nature, Que j'aime ta simplicité
Ta science n’est point obscure, Tu nous plais par ta vérité
Le curé de St-Jovite a fait des douze arpents de la fabrique une petite ferme modèle. Il y cultive un peu de tout, d’une manière scientifique. C’est un curé parfait, me direz-vous, que celui de St-Jovite. Non. J'ai une grosse dent contre lui, je lui ai demandé par lettre des informations sur les progrès récents de sa paroisse et il m'a répondu d'aller voir par moi-même, Je ne pouvais y aller, mais je puis lui faire une niche, grâce à M. Christin, qui y réside, et qui est l'agent des terres de la
couronne pour plusieurs cantons, j'ai eu des données précises, J'en profite pour reconnaître en M. Christin l'agent des terres de la couronne le plus intelligent et le plus dévoué que puisse avoir un gouvernement,
M. Beaubien qui, tout le long de la route, prêchait la culture du trèfle blanc comme pâturage, a été enchanté d'en voir dans les parcs de St-Jovite,
D'après cet agronome expérimenté, le trèfle blanc l'emporte de beaucoup sur le rouge, pour les pâturages, en ce qu'il se ressème de lui-même et qu'il pousse avec d'autant plus de vigueur qu'il est plus souvent rasé. — Le mouton est avide de cette plante et le lait des vaches qui s'en nourrissent acquiert un parfum remarquable,
C'est le moment de dire que M. Beaubien, en apôtre de l'agriculture, a prêché sur toute la route combien il est utile et même nécessaire pour les cultivateurs de faire du pâturage et même de cultiver des plantes spéciales à cette fin. C'est aussi une des grandes recommandations du curé Labelle, C'est surtout dans un pays de montagnes, dont une partie ne peut être utilisée pour la culture, éloignée qu'elle est des grands centres, qu’il convient d'élever du bétail. — Par ]à, on utilise ces immenses pâturages, et l’on réduit ses produits en beurre, fromage, viande, etc., facilement transportables au marché. — C’est ainsi que l’on agit dans les contrées montagneuses du Jura, de la Suisse, du Vermont où, diton, il y a si peu d'herbe sur les rochers qu’on lime la dent. des moutons pour qu'ils puissent la pincer. :
Quoi qu'il en soit, le curé de St-Jovite a inspiré à ses paroissiens de cultiver du trèfle blanc, et c’est ce qui explique l’excellence du miel qu'y produisent les abeilles, M. Bisson a introduit ces industrieuscs royalistes dans la paroisse, et son exemple sera suivi, je l’espère, car rien n’est profitable comme ces intelligentes travailleuses qui ne coûtent rieu à leur propriétaire et lui donnent un dessert
délicieux, un remède effectif, une cire très utile, un profit considérable et par dessus tout, l'exemple du résultat mer. veilleux du travail intelligent et constant,
«Il ya, dit un écrivain dont j'oublie le nom, bon nombre de cultivateurs qui suent sang et ezn à remuer la terre, et ne réussisent point, malgré leurs efforts, à joindre les deux bouts, Or, quand une corde ne suffit pas à l'arc, il faut savoir en ajouter une seconde, L'élève des abeilles, que l'on néglige généralement, serait, pour beaucoup, la seconde corde en question, Avec quelques ruches qui coûtent peu de soins et ne demandent pas de frais, une pauvre famille se tire souvent d’embarras, La cire et le miel se vendent facilement, et, avec le produit, on paie des dettes, L'élève des abeilles n'empêche pas d'aller au champ. Quelques minutes d'attention de loin en loin, et quelques précautions faciles dans la mauvaise saison, voilà tout ce qu'elles exigent.”
Je connais beaucoup de cultivateurs qui ont essayé la culture des abeilles et qui n'ont pas réussi. (C’est bien simple, ils n’en connaissaient ni les mœurs, ni les habitudes, Je n'ai certes pas le temps de dire ce quê je sais de l’apiculture, mais un conseil ne fera pas de mal en passant, — D'abord choisissez une bonne qualité de mouches; les italiennes qui sont plus jaunes, sont les meilleures; les meilleures ruches, à mon avis, sont les plus simples, et, à moins d’avoir le. temps de se livrer à l’art de faire de la fantaisie avec les abeilles, il faut renoncer à ces ruches compliquées qui satisfont la curiosité des visiteurs, mais plaisent peu à l’ouvrière. Je me suis toujours trouvé bien d’une ruche simple, d’une capacité suffisante pour cuntenir la provision de ses hôtes pour les mauvaises saisons, et sur laquelle on met de petites boîtes où les mouches déposent le surplus. De cette manière, pas n'est besoin de les déranger pour avoir notre part et on leur laisse la leur. A chacun le sien, Mais il faut être généreux, :omme elles Je
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sont, car si elles manquent de provisions, quand la bise est venue, il faut leur en remettre. Elles méritent bien cela, voyons, J'ai remarqué que le miel que l’on recueille dans le Nord est de qualité supérieure, J'en ai eu de M. Phidime Morin, de Ste-Adèle, qui est exquis. Cela est dû aux bruyères des terrains schisteux qui donnent au miel une qualité remarquable et qui font-la réputation du miel de la province du Luxembourg. Le sarrasin que les mouches affectionnent beaucoup, parce qu’elles y trouvent des vivres en abondance, donne un miel brunâtre, aromatique et légèrement amer; mais en revanche, il produit une cire délicieuse,
La sauge, la lavande, la sarriette, le thym, la marjolaine, la menthe, toutes plantes qu'on peut cultiver dans nos jerdins pour les besoins de la cuisine, sont celles qui fournissent aux abeilles le miel le plus délicat, le plus savoureux.
La population du canton de Salaberry, où se trouve St- Jovite, et de celui de Grandison, était, en 1881, de 552 habitants catholiques, et deux protestants.
Le canton de Salaberry, qui se trouve dans l'agence de M. T. A. Christin, dont la résidence est à St-Jovite, avait en 1880, 8,203 acres de terres arpentées et en vente à 20 centins l’acre. Le Guide du colon de 1894 constate 3,060 acres arpentés et en vente. La terre de ce canton est généralement bonne pour la culture. Il ÿ a peu de pin. On y constate la présence de peu de minéraux.
SOMMAIRE: DE Sr-Jovire À LA Cau”w AUX IROQUOIS (LABELIE), — LA ROUGK%. —LES CHANTIERS, — LE OUMMEROK DE BOIS, — CITATIONS DE M. TAssé. — Les Rafimen. — CHANSON DE VOYA- GEURS, -- FORESTIERS ET VOYAGEURS DE M. TAOBÉ. — STATIs- TIQUE SUR LA VENTE DES BOIS ET LEUR VALEUR. — LES TRAVAUX DU GOUVERNEMENT POUR EN FAVORISER LE COMMERCE, — PRo- TEUTION DES FORÊTS, — NOMENCLATURE DE NOS BOIS — LEUR UTJ- LITÉ INDUSTRIELLE, — INCONVÉNIENT DE BRULER LE BOIS POUP DÉFRICHER. — UTILITÉ DES CKNDRES, — Lk BASSIN DE LA ROUGx AU POINT DE VUE AGRICOLE,
Nous quittons St-Jovite en nous retournant souvent pour jeter un coup d'œil sur ce village si florissant et qui promet de devenir un centre important des paroisses du Nord. Encore une fois nous constatons ce que peut faire un curé qui s'inquiète avant tout du bien à faire dans le le lieu où il est envoyé. Avec cet esprit d’abnégation il est toujours secondé par les gens intelligents d’une localité.
Hommage soit rendu à ceux-ci qui ont su, par leur union et leur travail, faire marcher leur paroisse à grands pas et donner aux autres plus jeunes un exemple salutaire, Le curé Labelle a eu bien raison de faire adopter le plan de commencer l'établissement du canton en y 1lantant d’abord la chapelle, autour de laquelle viennent se grouper les colons, qui ont en leur curé l’exemple du dévouement, le conseiller le plus franc et le plus éclairé, et dans le sanctuaire la consolation dans leurs peines et leurs ennuis. Vite une cloche afin que le colon entende sa voix bénie, qui marque les heures du travail et qui l'appelle à la prière, Que de poésie il y a dans cette voix du clocher, et quelle profondé philosophie elle enseigne à ceux qui l'écoutent! Plus que le cri de la nature, cette voix de l'airain s'associe aux sentiments de l’homme religieux, elle pleure et prie avec lui, elle se réjouit avec sa famille.
Nous nous dirigeons vers la Chute aux Iroquois, qui porte aujoun ‘hui le nom vénéré de Labelle, par la paroisse de l’Immaculée Conception. La distance de St-Jovite à Labelle par l’ancien chemin était de 21 milles; mais on a fait un chemin appelé Chemin Bisson, qui réduit cette distance à 16 milles. Ce chemin traverse les ler et 2e rangs de Grandison en conduisant à Labelle par le côté Est de lu Rivière Rouge.
Mais nous suivons l’ancienne route, qui est belle, en traversant la Diable et nous dirigeant à l'Ouest prendre la vallée de la Rouge, en longeant le Lac Duhamel.
Depuis tant de temps que nous entendons parler de la Rouge ! La voici.
Cette rivière qui court de l'Est à l'Ouest prend sa princiyale source dans une suite de lacs situés entre les comtés de Joliette et Montcalm, Sa branche principale parcourt les cantons Mousseau, Marc! and, Joly, Clyde, Salaberry, Arundel, Harrington et Grenville pour se jeter dans l’Ottawa, entre le village de Grenville et la Pointe du Chêne. Elle a 50 lieues de longueur.
Elle est flottable dans toute sa longueur, mais la navigation est interrompue par une quinzaine de rapides qui s’enë fuient à travers des rochers et forment cinq chutes superbes ; la Chute à l'Iroquois, dans le canton de Harrington, la Chute aux Bluets, sur les confins du canton Amherst et de Salaberry, la Chute aux Iroquois, dans le canton Joly, et les Deux Sœurs, dans Marchand.
La rivière Rouge en partant de £a source se dirige d’abord vers le Sud-Ouest, traverse la partie supérieure de Montcalm jusque vis-à-vis le lac Nominingue, en arrière d'Argenteuil ; là, faisant un coude, elle tourne vers le Sud, se fait un chemin à travers les Laurentides et vient se jeter dans l’Ottawa, deux milles plus haut que le Calumet, en face de l'Orignal. A 30 milles en droite ligne de l'embouchure
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de la Rouge, sur 1e côté est de la rivière, dans le canton de Salaberry, longeant une plaine de cinq lieues de long, après une course de 45 à 60 milles, se jette la Diable, qui sort du lac du même nom, à trois milles de la rivière Mattawan,
“et reçoit les eaux du Lac Tremblant par la rivière Cachée,
Vingt milles plus haut, toujours à l'Est, arrive la Rivière aux trois bras. Le bras Sud nommé Macussa passe par le lac Macassa et le lac Sapin, s'étendant lui aussi jusqu'aux confins de la Mantavoisie ; le bras du milieu est plus iong de cinq milles, et, comme il décharge le lac Froid, il s’appelle le Ruisseau froid ; à côté, le bras du Nord se nomme le Ruisseau chaud. A dix milles de l'embouchure de la Rouge, sur la droite, la Maskinongé vient s’y jeter; elle vient de plus de 40 milles du fond du Lac Désert en passant par les Lacs des Longues Pointes, des Mauves, Maskinongé et des Sucreries,
La Rouge arrose une plaine fertile, bordée de montagnes riches en minéraux, Ce bassin était d’une richesse en bois incaluulable : pin blanc, pin rouge dont la qualité ne saurait être surpassée, épinette rouge et blanche, chêne, hêtre, bouleau, érable.
Le pin de Rivière Rouge est beaucoup diminué, car depuis des années qu’on y fait des chantiers, on y a surtout pris le plus beau. La Rouge est l’une des Rivières où tous les automnes se rendent des bandes de voyageurs qu’ils appellent gangs, pour passer les hivers dans les bois, y bûcher les énormes pins. Le hache tranchante abat le tronc et coupe les branches ; la scie (godendard) le réduit ensuite en billots qui sont mis en tas (roll ways) sur le bords de la rivière dans laquelle on les précipite au printemps. Des troupes d'hommes hardis et habiles, en suivant leur marche dans les rapides, les décrochent des rochers sur lesquels ils samoncellent, quelquefois d’une 1inanière considérable. C'est ce qu'ils appellent jusnmer, du mot anglais jum j
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