‹ La colonisation [microforme]Chapitre 36 sur 48 · RE D AC NS DE · texte numérisé non relu

RE D AC NS DE

Cette ferme que traverse la Rouge est l’une des trois qu'exploitaient les faiseurs de chantiers, et qu’on appelait ferme d’en bas, ferme du milieu, et ferme d’en haut. Celleci est la ferme d'en bas ouverte par les Hamilton. Elle comprend environ 1,500 acres de terre de qualités diverses ; plus de 100 acres en sont défrichés. Les dépendances : maisons, granges, écuries, étables, etc., quoiqu'un peu vieilles, sont encore très propres à l'exploitation. Le terrain défriché est en partie de terre légère, où croissait le pin dont on «perçoit encore les pieds gigantesques, mais d’une terre légère sur laquelle se déversent des substances phosphatiques qui lui conservent une grande fertilité. Toutes les espèces de grains, ainsi que les plantes à pâturages, y poussent admirablement, Les bâtisses sont commodément situées de chaque côté de la rivière que l’on traverse à cet endroit.

Le propriétaire actuel, M. Frs. Valiquette, est venu de St-Jérôme où il s'était enrichi sur une terre. Il vit maintenant sur cette ferme comme un roi... non constitutionnel. Nous avons été émerveillés de l'intelligence qu’il apporte dans la culture de cet immense terrain. Il se livre particulièrement à l'élevage, et il a des troupeaux nombreux qu’il se propose d'augmenter et d'améliorer. Nous y avons vu des animaux de race Durham, Ayrshire, et quelques Alderneys. En fait de moutons nous y avons remarqué des Cotswold croisés, et une race de cochons bâtards faciles à engraisser, qui ne vaut pas la race des Berkshire, mais qui m'a paru avantageuse. ;

À propos de bêtes à cornes, j'ai, moi-même, essayé de diffcrentes races, et j'avoue que rien ne m'a paru plus profitable que notre petite race canadienne, qui peut avantageusement se croiser avec les Alderneys ou les Jerseys. On a beau dire, ies grosses races ne conviennent pas à nos climats, surtout quand elles sont pures. Elles ne sont pas assez vigoureuses, ue résistent pas assez à notre température.

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D'ailleurs leur taille exige une nourriture trop abondante, qu'un pacage ordinaire ne suffit pas à leur procurer. Cette petite race vanadienne, bien soignée, est certainement celle qui nous rapporte le plus de profit Outre ma propre expérience, j'ai souvent interrogé des fermiers intelligents qui m'ont exprimé la même opinion.

Pour revenir à notre ami Valiquette, il est sur la voie d’une grande fortune, ayant acheté cette ferme à très'bas prix. De fait, on ne pourrait aujourd'hui construire les bâtisses qui y sont érigées pour le prix qu’a coûté à M. Valiquette la ferme entière, avec ses 1,500 acres de terre, dont cent défrichés, et tout le complément, instruments d'agriculture, voitures d'été et d'hiver, etc.

Mais ce qui prouve encore davantage que M. Valiquette est en train de faire fortune, c’est le nombre de ses enfants. Si j'en juge par ce que nous avons vu, il doit arriver à la douzaine. Heureux homme, s’il comprend son bonheur,

Et pourtant les Hamilton ont mis cette ferme on vente pendant bien longtemps. Personne n’en voulait. Savezvous pourquoi ? On prétendait que le sol était épuisé. Là! quand on a dit ce mot, tout est dit. On ne s'occupe pas de savoir si c’est le cas, si cette terre, quoique continuellement cultivée, peut s'améliorer, si le sol en est riche, etc. Non elle est ruinée, et c’est tout. Comme si la terre n’était pas toujours susceptible de s'améliorer, même par le repos. On a des engrais si faciles à composer dans ces endroits où les bois jettent, en se dépouillant, une couche épaisse de débris végétaux, et où les cendres sont si abondantes.

Quoi qu'il en soit, j'ai recommandé l'élevage des moutons à Valiquette. Rien, à mon avis, n'est plus profitable que le mouton à un cultivateur qui a une grande terre. En effet, le mouton produit beaucoup, il est facile à hiverner, sous un simple abri, et il mange en fourrage ce que les autres animaux ne consomment point. ÆEt voyez ce que

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l'on retire du mouton : une rente annuelle de son croît, de sa laine et de son fumier. Tout est utile dans cet animal, Ja laine, la peau, le sang, la chair,

Quant à la race nous recommandons les Cotswold pour les laines longues, et les Southdown pour les laines courtes,

Les Trappistes d'Oka viennent de vendre tout le croît de l’année dernière de leur troupeau de Shropshire à raison de $15 par tête.

Mon ami Beaubien n'a pas manqué de recommander son trèfle blanc si avantageux pour les pâturages, surtout ceux destinés aux moutons.

Nous avons parcouru cette distance de la ferme Valiquette à la Chute aux Iroquois en contemplant d’un côté des terres superbes, de l’autre des forêts magnifiques. La rivière qui coule des eaux profondes et noires, a été le tombeau de bien des voyageurs. Aussi est-elle revêche à bien des endroits. Là on voit encore de vieux billots qu’un obstacle quelconque y retient depuis des années, Ici on aperçoit la place où gisait un tas de billots; là bas la trace d’un ancien chemin de chantiers dans les montagnes ; plus loin un rapide nous fait entrevoir la difficulté qu'ont eue les voyageurs à y conduire le bois. Une perdrix se lève de temps à autre, mais, sans chien et dans la feuillée, comment découvrir un birède qui se perche comme un nœud et défie l'œil le plus exercé.

Tantôt on remarque la trace d’un ours qui intéresse fort nos jeunes gens. Ils veulent aller à sa poursuite. Tiens, voilà un lièvre qui traverse la route, mais, je vous en fiche, il disparaît aussitôt. Sur la lisière un renard trottine en haletant, Tirez donc! AE oui! Il est bien temps, le mâtin s’est vu visé, et bonjour. Assez pour faire endêver nos chasseurs, Tout de même ils se vengent de leur contrariété sur le dos des écureuils. Pauvres écureuils!i A propos, nous en avons fait une gibelotte superbe, Et pour-

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quoi pas? Cet animal a une chair tendre et succulente..… accomodé en civet!! Je ne vous dis que cela! Encore est-il qu’il faut savoir l’accommoder.

C’est en suivant les replis tortueux de cette rivière Rouge qui roule des sabl:s blancs accumulés en bancs d’un caprice singulier, que nous arrivons au canton Joly, comprenant 13,934 acres. Il y en a aujourd’hui encore 9,430 À vendre.

Il y a aujourd’hui un chemin carossable de Labelle où est le terminus du chemin de fer, jusqu’au Canton Minerve et qui le traverse,

Et d’une et de deux nous voilà à la fameuse Chute aux Iroquois, dont le pied est à 557,06 et la tête à 570,56 pieds du niveau du lac St-Pierre. Il faisait beau. Le temps éta't calme, et le bruit de la chute qui se fait entendre au loin, arrivait à nos oreilles comme un babil de nymphes qui jouent sur les rochers. L’écho redisait aussi le caquet de

nos jeunes amis. Et quand du haut d’une montagne nous

aperçûmes le village avec son église, son clocher, nous entonnâmes un Kyrie, Rien de beau c«:mme cette mélodie sacrée chantée en chœur dans le silence du soir. Aussi les colons sortaient-ils de leurs demeures en nous applaudissant, Devant plusieurs maisons pétillait le feu destiné à protéger contre les mouches les châtelaines de ces castels. Nos chevaux sentaient l'écurie et battaieut la caisse de leurs sabots en poussière, le bruit de nos roues sur la route pierreus® faisait accord avec le cliquetis de l’escouade et bientôt nous entrions à l'hôtel, situé tout près de la Chute, dont les vapeurs humides viennent sur l'aile de la brise arroser les galeries et les balcons.

La Chute au Iroquois a été érigée en paroisse canonique sous le nom de ‘“ La Nativité.” Ses colons viennent pour la plupart de St-Jérôme, Ste-Thérèse, Ste-Scholastique, Ste- Anne des Plaines, St-Lin et quelques-uns de Montréal.

La population est aujourd'hui de 400 âmes occupant 67 feux.

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Le village est admirablement situé sur le bord de la Rouge, dominant une chute capricieuse et puissante, qui murmure sans cesse en se précipitant sur les rochers usés par sés caresses prolongées. Un pont magnifique traverse cette chute en s'appuyant sur les rochers énormes qui la forment. (C’est un spectacle grandiose que ce bouillonnement des eaux se précipitant de cailloux en cailloux, pour se confondre écumantes dans un large bassin, où elles tournoient avant de prendre leur cours à travers les verdoyantes îles dont ce paysage est parsemé

De beaux moulins à scie et à farine prêtent le flanc à ce cours nt qui leur donne la vie. (Ces moulins appartiennent à M. Ulysse Dyonnais. Nous avons eu le plaisir de faire sa connaissance, C’est un Francais comme nous aimerions à en voir beaucoup dans le pays. Il est distingué, affable et poli. Il est bon chrétien et, par sa conduite, fait l’édification des habitants du lieu,

Nous avons eu l'avantage d’être présentés à sa famille, composée de Madame Dyonnais et de deux filles, dout l’une s’est mariée cette année-là même avec notre ami, M. Chavot, officier du service civil.

L'endroit où est situé le village a un cachet tout militaire, et la nature semble lui avoir donné une ressemblance avec ces villes fortifiées de murs en terre et de fossés, à la Vauban. De chaque côté de la rivière, qui y fait un angle presque droit, des collines s'élèvent graduellement ;usqu’à des montagnes d’une assez grande hauteur pour protéger la plaine où ce village est assis. Les rues sont larges et les maisons bien bâties, avec toits francais; plusie ‘rs ayant balcons, galeries, châssis saillants, etc. L'église, qui domine le village, est adossée à‘une hauté montagne dont élie se détache artistiquement. Le curé de le paroisse qui était aussi missionnaire à la Conception, était le Rév. Père Leblanc, jésuite, qui semblait prendre son rôle à cœur. Dans ses

heures de loisir il travaillait comme un colon. Il prenait la pioche et le râteau et cultivait son jardin qu’il avait embelli d’une palissade faite de ses mains, Son presbytère était d'une simplicité évangélique. Quand il avait plus de deux visiteurs, il leur offrait de bons bancs qui pouvaient en asseoir dix, Il était muni de bons calumets de paix. Si je me rappelle bien il fumait lui-même. Les fumeurs seront consolés d'apprendre qu’un de leurs caprices est partagé par un jésuite, Si, au moins, il avait du bon tabac! Car quelquefois, dans ces endroits, le missionnaire est obligé de fumer pour apaiser la faim, — et aussi pour ne pas se laisser manger par les moustiques. Dommage qu'on ne puisse pas faire une fricassée de ces petites bêtes qui rendraient ainsi à César ce qu'elles prennent à César, Quoi qu'il en soit le Père Leblanc se portais bien, et il n'aurait pas changé sa place pour un évêché. Qu'est-ce que je dis là! Comme si un évêque n'avait qu’à confirmer !! Mais la Chute aux Iroquois pourrait bien, plus tard, devenir le siège d’un évêché. Ah! quelles belle place!!! Les colons ont eu raison de ie choisir comme monument au curé Labelle en ‘ui donnant son nom.

Il y, a maintenant à Labelle deux bons hôtels, l’un tenu par M. Nantel et l’autre par M. Berthiaume. On y loge à pied, à cheval, en voiture et en chemin de fer. Madame Renaud qui y tenait un si bon hôtel en 1884, tient aujourd’hui une maison de pension où se retirent la crême des voyageurs qui ne sont pas trop tapageurs

I y a aujourd'hui deux bons magasins, l’un tenu par MM. Simard et LaRocque, où l’on trouve depuis les allumvttes jusqu'au poële de cuisine, les ustensiles de ménage, l'ameublement d’une maison, etc. M. Joseph LaRocque, l’un des associés, est le tils de feu le Dr LaRocque, foudateur de Ste-Agathe.

J'autre magasir est tenu par M. Forget,

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