PT REP RON ER PEU
Le maire de la municipalité est M. F. R. Blanchard, cidevant marchand et qui a cédé son établissement à MM. Simard et LaRocque. Il jouit des délices de la vie de rentier. C’est un homme d’une grande distinction au physique et au moral. Il a une intelligence d'élite, cause bien en français et en anglais. Aussi rend-il de grands services aux voyageurs, auxquels, avec une politesse toute française, il donne des informations sur la place et ses environs qu’il connaît parfaitement, Il a cependant une mauvaise note à son débit, Voilà soixante et huit ans qu’il est garçon.
M. Bigonesse, ci-devant de St-Jovite y exerce la profession de médecin. Il se plaît à rendre service aux colons qui viennent visiter les nouveaux endroits, Aussi la Société Générale de Colonisation l’a-t-elle choisi comme son agent dans ces cantons, et il s’acquitte de ses devoirs avec une énergie et un dévouement remarquables.
La chapelle a été construite en 1882. Elle a 60 pieds de long sur 30 de large. Elle se trouve dans la partie supérieure du corps de la bâtisse qui contient aussi le presbytère.
Les premiers actes d'état civil datent du 23 novembre 1880. Le Rév. Messire Laporte a été le premier curé résident, Il fut remplacé par le R. P. Jean Raynel, S. J. comme curé, et le R. P. Victor Hudon, S. J., assistant, au mois de juin, 1882. Au mois d'août, 1883, le R. P. Louis Leblanc, $. J., leur succéda. Il y à depuis quelques mois un curé résidant à Labelle, c'est le Révérend M. Aug, Desjardins.
L'école du village a été ouverte au mois de septembre 1883.
Nous avons assisté, le dimanche, à la grand’messe chantée dans cr:te modeste chapelle, où se pressait autour du sanctuaire cette population croyante qui prie avec tant de ferveur.
Il n’y avait ni orgue, ni chœur puissant qui fissent
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ci- résonner les voûtes des accents de la musique moderne ;
M. | c'était le plain chant, dans toute sa suave gravité, qui y
de traduisait les expressions de l'Eglise. C'était du Grégorien
“4 tout pur qu’on ne reconnaît plus dans certains temples, où Less la musique théâtrale s'est faufilée, comme les idées du F e siècle se sont introduites dans plusieurs œuvres religieuses. u
Ce chant Grégorien est si simple que tous peuvent y
rss prendre part, Aussi avons-nous mêlé nos voix à celles sé des chantres de la paroisse, qui n’ont jamais appris d'autre musique.
Quelle émotion n’avons-nous pas ressentie en assistant à fes- la messe dite dans cette chapelle élevée au Christ, au milie:: 7 de ces montagnes, alors qu’il n’y avait encore que quelques
la colons dispersés ca et là dans les bois ! C’est bien là le Jésus pe tel que le fait connaître le catholicisme, courant après les ee hommes, se mettant à la portée de tous, sous le toit le plus humble, sous les apparences les plus modestes, afin d'attirer de à lui les misérables, C’est dans ces églises surtout, comme ipé- à la crèche, qu’on s'approche avec confiance et que l’on ère. comprend combien le Christ aime l'humanité. Aussi quel } ibre bonheur pour ces pauvres colons de pouvoir venir se consoler >uré auprès de Celui qui seul peut apprendre à souffrir, et .J., même à aimer la souffrance en y attachant un prix infini, > AU C'est ce qui explique le courage des hardis pionniers s’attaouis chant au sol avec tant d’opiniâtreté, du moment qu'ils nois aperçoivent non loin d'eux, le signe de ralliement, l’étendard \ug, de la croix planté au milieu de leurs champs. (Comment feraient les femmes, si dans leur ennui et leur isolement, 383. elles ne pouvaient aller de temps à autre puiser du courage ntée à la table qui fait les forts, et si le prêtre n’était là pour du baptiser les enfants, et accourir au chevet des malades ? ; de Oui, je le répète, ça été une heureuse idée de la part de
notre clergé, que de commencer la colonisation de chaque canton en érigeant une chapelle,
J'ai prié pour que Dieu conserve ce peuple bon et vertueux digne de servir d'exemple aux populations des grands centres, et pour que la sève abondante et pure qui coule dans ces rameaux de l'arbre national reflue dans son tronc et ses racines, de manière à le régénérer et lui conserver la vie,
J'ai prié pour que Dieu me rende semblable à ces hommes primitifs qui sont les petits que Jésus a tant aimés.
Ah ! que je me sentais inférieur à ces fervents chrétiens qui, après avoir travaillé toute la semsine à des travaux pénibles, venaient, de plusieurs milles, s'agenouiller dans cette église pour y entendre la messe et les vêpres !!!
Il est digne de remarque que les enfants de chœur s’y distinguaient par leur bonne tenue : bien peignés, mains nettes, surplis propres avec jupon assez long pour cacher un pantalon ,u’on ne peut espérer voir toujours de la même couleur sombre, Rien n’est désagréable à l'œil, et je dirai à l'âme, comme de voir, dans certaines paroisses, arriver dans le sanctuaire, les enfants et même le bedeau, affublés de surplis tirant sur le gris, et d’un jupon se rendant à peine aux genoux, au bas duquel on aperçoit un pantalon bigarré et des souliers crottés. (Ça ne convient pas à la sainteté du lieu, car on ne voudrait pas se montrer ainsi dans le salon d’un bourgeois. Il vaut mieux deux enfants de chœur convenablement mis que de voir arriver au pied des autels une volée de perdreaux aux allures effarées et négligées.
Notre présence n'a pu naturellement passer inaperçue. Aussi, après la messe fallut-il nous vxécuter et prononcer, M. Beaubien et moi, chacun uu discours. M. Beaubien, comme toujours, sut instruire ses auditeurs en illustrant son ‘sujet et en les faisant rire.
Et moi, je l’avoue, le spectacle d’un groupe de ecions, autour de cette église, écoutant avec avidité les réflexions
vernds oule
gon con-
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que nous inspirait la circonstance, faisait surgir de mon
esprit une foule de pensées qui rejaillissaient sur mon cœur et le gonflait,
Dans l’après-midi nous nous mimes à faire des visites, non seulement dans le village, mais dans les côtes.
Nous fûmes surpris de voir de quel bonheur jouissent la plupart de ces gens qui, il y a quelques années sont allés là pauvres, très pauvres, et qui, aujourd'hui, ont un avenir assuré. Ils ont tous des défrichements suffisants pour semer la quantité de grain, de légumes et de fourrage nécessaire à leur existence, et ils ont encore chacun à défricher quelques centaines d’acres qui leur permettront d’élever leur famille avec espoir, |
“ Ça été un grand sacrifice, disait l’un d’eux, de quitter Ste-Anne des Plaines où j'ai été élevé, de m'éloigner de mes parents, de mes amis. Je commençais même à être âgé, et j'avais le pli des vieilles paroisses; mais je me disais: en y gardant ma petite terre où je travaille le jour et la nuit pour élever ma famille et vivre dans les dettes, j'aurai pour toute consolation de voir ... enfants prendre la route de l'étranger et m'abandonner pour aller végéter aïlleurs. Alors j'ai vendu ma terre et me suis choisi ici des lots que je puis défricher en me faisant aider; ot j'en ai assez grand pour ÿ établir mes enfants autour de moi. (Cette espérance me donne du courage.”
Quand nous visitâmes ces fermes, .es grains étaient en maturité, et rien n’était beau comme ces champs de blé, de sarrazin, d'avoine, aux teintes variées. Les patates y avaient une apparence superbe.
Nous trouvions les habitants réunis par groupes, fumant à la porte des chantiers, délibérant sur tout et parlant veaux, vaches, cochons, couvées. Vieux, jeunes, hommes, femmes et filles, tous paraissaient heureux. Et nous
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revinmes de notre excursion, en canot, fredonnant le vieux refrain : “ En roulant ma boule roulant, ”
Tous paraissaient heureux, ai-je dit, (Cependant, je ne dois pas oublier dans une des familles que nous avons vues une jeune fille aux grands yeux noirs, à la chevelure châtaine, au teint bruni, qui semblait triste au milieu d’un groupe réuni à la porte d’un chantier, Les voisins et les voisines, garçons, filles et enfants iormaient, avec pères et mères, un essaim turbulent; les uns parlant chevaux et vaches, les autres grains et légumes, quelques-uns se contant fleurette, et tissant langoureusement la toile qui devait plus tard envelopper leur existence. J'aurais deviné qu'elle soupirait après quelqu'un d’absent; car à vingt ans, qui peut nous attrister ? Je voulais m’en assurer en interrogeant le puter sur l’histoire de la famille, J’appris, en effet, que l’'amoureux de cette jeune fille était marié... à une autre. Mais quelle avait été la raison de ce délaissement ? Ils s’aimaient tous deux, paraît-il, et si j’en juge par la mélancolie de cette dulcinée, et surtout par les soupirs que provoquait l'épisode que nous racontait la mère, elle avait, en effet, aimé celui qui l'avait abandonnée, Le père s'est chargé de nous donner la cause de ce bris de mariage, C'est que lui, père, n’a pas voulu donner son consentement, Mais, encore, pourquoi ? Parce que ce garçon n’était pas bien établi. Il avait bien un lot, mais pas de roulant... et sa fille aurait pu avoir de la misère. Ce pauvre garcon désespéré prit une autre compagne, et laissa en larmes au foyer paternel l’objet de ses premières amours. Ce jeune homme est aujourd’hui très à l'aise. C’est l’histoire de
4 bien des jeunes cœurs, dans les villes surtout; mais, je l'avoue, j'ai été surpris de voir cette théorie mise en pratique à la campagne. Autrefois nos pères épousaient nos mères pour leur aider à vivre et ils travaillaient tous deux, s’encourageant mutuellement, amassant tranquillement de quoi
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élever leur famille à laquelle ils laissaient, avec la terre qui les avait vus naître, des biens suffisants pour leur assurer un bel avenir, Dans ce bon vieux temps on se contentait de savoir si le prétendant à la couronne était honnête, sobre et travailleur, Et on allait, à l’âge de 16 à 20 ans, se promettre aide, assistance, amour, au pied de l'autel, en présence d’un prêtre qui leur donnait une bénédiction avec les promesses faites à Abraham, On se lançait dans l'avenir pleins de courage, on travaillait ferme, et bientôt se multipliait autour des conjoints une famille heureuse, qui avait pour les parents respect et obéissance.
Les choses sont changées, on se marie souvent, trop souvent, par intérêts, et comme stricte conséquence, c'est qu'on se marie vieux, et les familles s’affaiblissent comme le lien qui doit les unir. Où est donc l'amour désintéressé qui faisait envisager l'avenir avec sénérité sous la protection de Dieu, qui soigne les oiseaux des bois et orne le lys des champs ?
En visitant ces familles nous primes des renseignements sur l’état de leurs affaires. Nous parcourûmes les champs pour voir leurs grains sens oublier le bétail. Nous avons vu là une bonne race de vache canadienne qui a eu la chance d'échapper au croisement des races étrangères, lequel ne convient pas au caractère de notre race laitière. En effet, comme l’a bien établi M. Couture, médecin-vétérinaire, il ne faut jamais perdre de vue, dans l'élevage, une démarcation bien distincte entre les animaux de boucherie et les animaux laitiers, On ne parviendra à mélanger ces deux races qu’en formant une race bâtarde propre ni à la boucherie, ni à la laiterie. Mélangez une race laitière avec une autre race laitière, très bien; une race de boucherie avec une autre race pour la boucherie, bien; mais ne mélangez pas une race avec l’autre sous prétexte de tirer deux avantages d'une seule race. Notre petite gente
canadienne, qui est excellente pour le lait, doit, À ce compte, étre croisée avec les Alderneys, les Ayrshires, mais non avec les grosses races comme les Durham, etc.
Il nous a fait plaisir de voir, chez le père Nantel, une petite jument canadienne pur sang. Quel beau type que cette bête à la forte encolure, à la crinière épaisse et au poitrail ouvert. Pourquoi s’est-on départi de cette famille de chevaux propres à tout, à la route comme aux traits, jouissant d'une santé robuste, qui défie le froid et la misère, pour adopter une race étrangère qui nous a apporté les nœuds, les courbes, les ring bones, les... je ne sais quoi! Vive la Canadienne! Hein, j'allais dire... Et ses jolis yeux doux !
A la Chute aux Iroquois on voyait, sur la rive est de la Rouge, près du pont, adossée à une colline couverte de troncs dépouillés de .eurs feuilles et de leurs écorces que le feu avait dévorées, une masure faite de bois de bouleau et entourée d’un champ de blé d'Inde; sur les murs en bois rond de cet abri étaient appuyés des canots d’écorce, des appareils de pêche et quelques peaux de bêtes puantes étendues pour sécher. (C'était la résidence de Joe Commandant, fils de Joe Commandant Ier, qui alors demeurait au lac Tremblant, dont on apercoit les bords dans le lointain, à l’est, Michel Commandant, son frère, était à la Chute aux Bluets, sur la Rouge. Ces trois Iroquois, avec Xavier Micon, qui demeurait à la Montagne du Sauvage, s'étaient taillé un héritage dans ces vastes domaines; mais comme ces grands seigneurs ne se livrent jamais qu'au noble métier de la pêche et de la chasse, ils avaient négligé la culture de leurs terres. Ils faisaient grande vie dans ces :orêts peuplées d'ours, d’orignaux, de loutres, de castors, de visons, de perdrix, etc. Aussi fallait-il les voir quand, en hiver, leurs frères du Lac et de Caugnauwaga allaient,
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sous les étendards de saint Hubert, y sonner le Valse Aller ou l’Hallalli.
Comme ils faisaient bonne chaire sous les tentes enfumées de la Nord ou de la Rouge ! Aussi descendaient-ils le printemps avec des “harges énormes de pelleteries qu'ils trafiquaient à St-Jérôme, en passant au comptoir de M. de Montigny, qui échangeait avec eux, vivres, provisions et argent,
Et ces sauvages, inaîtres de la forêt, se laissaient aller au fil de l’eau, évitant les rapides par des portages, jusqu'à l'Ottawa, où se trouve Oka, et jusqu’à Caugnauwaga, sur le St-Laurent, Ils y passaient l'été dans le fur-niente, mangeant leurs rentes avec le capital, sans souci et sans prévoyance, n’ayant de goût ni pour l’agriculture, ni pour l’industrie, laissant aux femmes le soin de travailler les raçades, le porc-épie ou l’osier pour subvenir aux besoins de la famille, quand le produit de la chasse ne suffisait pas.
Aujourd’hui que le gibier s'est éloigné, ils ne fréquentent guère ces parages, et les femmes suppléent par leur industrie à ce qui manque à une existence que le seul gain que trouvent ces hommes à conduire les voyageurs à travers leg rapides des rivières flottables, est impuissant à soutenir.
Il ne restait donc plus, dans le Nord, que les familles que j'ai nommées, Joe Commandant, qui était à la Chute, semblait regarder en philosophe le trémoussement des blancs autour de lui. Il s’étonnait qu'on se morfonde à défricher la forêt. Il prétendait vivre mieux que ces gens-là. “Si je veux un lièvre, disait-il, je l'ai; si je veux manger une perdrix, je vais la chercher; si je veux me régaler de poisson, je le prends, tandis que le canayen, de la galette, toujours.”
Mais quand le gibier manque, par exemple, il faut se frotter le ventre. Ah bah! c’est encore pareil, alors il dort.
Personne mieux qu’un sauvage n’a compris ce proverbe : “ Qui dort diîne. ”
Nous avons visité aves émotion l'endroit où le curé Labelle a üit, ans ces parages, la première messe, le 11 mai 1883. (Ce lieu de pèlerinage, pour les cœurs reconnaissants, se trouve à quatre arpents en bas de la Chute, du côté sud, À sa dernière visite le bon curé a été s’agenouiller près du gros pin couché qui lui servit d’autel, et il s’y est tenn longtemps prosterné en pleurint, Pressentaitil qu’il revoyait ses lieux bénis pour la dernière fois ?
SOMMAIRE : VISITE AU LAC MASKINONGÉ AUJOURD'HUI LABELLE, — HOMMAGE AU COURÉ LABELLK. — PIÈCE DK VERS DE LOUVIGNTY. — LE CANTON ‘‘ MINERVE ” — CONCERT A L'HOTEL BERTHIAUME. TABLEAU DES ARTISTES.
Lors Ge mon premier voyage, je n'avais pas visité une
région intéressante, et qui est devenue depuis l’arrivée du chemin de fer à Labelle, d’une grande importance, à cause de ses beaux lacs, de ses sites enchanteurs. Je veux parler de la région qui s'étend de la Chute aux Iroquois au canton Minerve, à l’ouest. Je l'ai visité l’an dernier en compagnie de MM. le Dr Brisson, agent général de la Société de colonisation et de repatriement, dont je suis l’humble viceprésident, de Carufel, son secrétaire, Charbonneau, reporter de La Presse, et de quelques amis de mon fils Louvigny qui, en sa qualité de chroniqueur de La Croix, faisait partie de l’expédition,
C'était le 25 juillet, jour où la paroisse de St-Lin fétait le 25 anniversaire de prêtrise de Mgr Proulx, son curé. Nous avons cru devoir rendre hommage à ce digne et distingué prélat en lui envoyant par télégramme nos félicitations et nos vœux de longue vie et de bonheur. Mgr Proulx est l’une de nos belles figures contemporaines, Aussi a-t-il fait sa marque dans les lettres, dans la chaire.
Et nous voilà en route pour le Lac Labelle, que l’on désignait autrefois sous le nom de Lac Maskinongé, probablement parce qu’on ne capture aucun poisson de ce nom dans ses eaux claires et profondes. Il fallait nous voir nous, les vieux, rajeunis de dix ans, chantani et oadinant comme des écoliers. Tout le répertoire de Gagnon y passa, depuis la “ Claire Fontaine ” jusqu’à la “ Belle Françoise, ” depuis ‘“ Le Moine, ” jusqu’à “ St-Malo, beau port de mer.” Et | 16
Charbonneau, avec sa grosse voix nous donnait le diapason du sérieux en entonnant la note grave : “ Les Hussards ou l'Auberge d'Alsace”. Et tous de répéter le refrain en un chœur que les échos étonnés répétaient aux mbntagnes voisines, |
‘6 Vous qui venez réveiller ma souffrance,
Saldats, passez, passez votre chemin.
Dans cet auberge, on ne verse du vin Qu'’aux enfants de la France. ”
Et des mots d’esprit donc!
Nous franchtmes quatre mille, sans trop nous apercevoir des côtes dont cette route est accidentée Et il était près de midi quand nous arrivâmes au Lac Tabelle, qui a bien les proportions de son homonyme. Car sans faire semblant de rien il arrose et sans se gêner trois cantons, Joly, La Minerve et Labelle. Une vingtaine de milles de long, s’ilvous-plaît, ce n’est pas un bébé du printemps. Mais qu'il est beau, sapristi! Ses découpures en cachent la longueur; c'est une mer; aussi ne faut-il pas s’y hasarder à tous les vents; ses pointes sont nombreuses et nous prédisons que sous peu iles amateurs se disputeront ses bords merveilleux, qui sont couronnés de montagnes se baignant les pieds dans les eaux profondes (1).
Le Dr Brisson, depuis plusieurs années a un établissement sur les bords enchanteurs du Lac Labelle, Madame Brisson, qui voulait faire connaissance avec ce domaine, s’y rendit ce jour-là avec son fils unique, charmant écolier de douze ans. Madame Brisson est la fille unique de l’estimé Dr Dufresne, ci-devant médecin à Laprairie et plus tard chanoine de l’Evêché de Montréal. Si je savais qu’elle ne lirait jamais ces lignes je dirais bien comme. disaient les compagnons de voyage qu'elle est vraiment ravissante,
(1) J'ai attiré l’attention de quelques amis sur une superbe resqu’île de ce lac : les Dr L. B. Durocher et son neveu, le Dr ÿ . Masson, y ont pris des lots pour les faire cultiver par des colons. C’est ainsi qu'on active la colonisation,
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mais par précaution je me contenterai de dire. qu'ils ont raison, Madame Brisson a semblé charmée de cette propriété féérique. Aussi je suis sûr qu’elle rêve d'aller y vivre à trois, car son aimable enfant serait si heureux d’y passer les vacances et d'y prendre ses ébats,
Nous sommes descendus chez le colon du Dr Brisson où celui-ci est venu nous rejoindre, car figurez-vous qu’au beau milieu de la nuit on était venu le chercher en l'absence du Dr Bigcrnesse, pour alier assister une femme à trois lieues de la Chute aux Iroquis. Il faut avoir des grâces d'état, et beaucoup de charité, pour aller, à travers monts et rochers, donner son ministère à une pauvre misérable qu'il ne reverra plus. Je lui en donre crédit, et si jamais il a besoin de mon témoignage, au dernier tribunal, je ne manquerai pas de dire qu’il doit lui être beaucoup pardonné.
La colone du colon nous fit les honneurs de la maison, avec une grâce naïve si naturelle à la femme bonne. Elle nous à paru contente de son sort. Aussi elle est spécialement favorisée, puisque le Dr Brisson loge la famille et fait gagner assez au mari pour subsister, C’est une des consolations de celui qui, ayant des moyens, prend des lots et y fait travailler. Il contribue au bonheur d'hommes de mérite tout en faisant un placement,
On était à s'amuser dans la maison du Dr Brisson et les nuages s’amoncelaient au dehors, il nous fallait pourtant nous rendre chez un habitant des bords du lac, nommé Labelle, qui nousinvitait à dîner. Deux chaloupes bien équipées nous attendaient, C’est à qui ferait partie de l’état major, car c'était Madame Brisson qui commandait, Bref, nous en étions tous. Aussi parttmes-nous en chantant
Vive le Roi!
N'est pas pour un baron, ive le Roi, la Reine, N'est pas pour un baron, ive le roi Bourbon,
‘ Son petit cœur en gage, da: bis.
Ft avec accompagnement d'avirons nous accostons dans une baie sud du lac où débarquait le 16 mai précédent Mgr Duhaivel, à l'endroit même où l’on a érigé une statue du vénéré curé Labelle, Sous ses traits de pierre le roi du Nord admire le panorama radieux dont l'arrière plan est une succession de montagnes aux teintes variées et aux pentes diversément exposées. (Cette statue est l'œuvre d’un jeune Gratton, qui promet de devenir un excellent artiste,
C'est une heureuse idée des habitants de cette région d'avoir érigé un monument à cet apôtre. Tous les cantons | du Nord ne nous parlent-ils pas de ce grand cœur cana- | | dien* Tous ces braves paysans le connaissaient, Aussi | descendirent-ils tous des montagnes, plusieurs à pied, pour venir à ses funérailles, jeter un pleur sur cette tombe où s’enfermait celui qui pendant des années avait été leur consolateur.
Au moins, disons-le, la reconnaissance n’a pas manqué à ses enfants des bois, et s’il est une lecon à prendre c’est bien de ces cœurs simples qui, spontanément, ont appelé du nom de leur bienfaiteur et la région, et le canton, et le village et le Lac. Merci, braves gens, d’avoir acquitté une dette de la patrie envers cet homme dévoué,
Allons, renfonçcons une larme,
N ous entrons tous, non sans être invités, chez le seigneur du domaine, établi sur ces plages depuis quelques années et où il vit à l'aise, entouré d’une belle famille; mais sa femme est morte, depuis quelques années. Nous y prenons un diner, je ne vous dis que cela.
Je défie les cuisiniers du Windsor, du St-Lawrence Hall, du Richelieu, du Riendeau ou du Jacques-Cartier de nous servir une omelette au lard assaisonnée.. de plus d'appétit. Sapristil! Et des crêpes et du sirop d'érable et de la crême... Heureusement que les demoiselles Labelle
meur es et is sa nons
Hall, nous plus le et belle
nous semblent accoutumées à ces appétits de voyageurs qui pouvaient chanter, comme aux noces de Jeannette
La oce fut complète, À cet hymen charmant ; Chacun pour son argent Se donna d'l’agrément,
Il nous a bien fallu, tout de même, quitter les bords enchanteurs du lac Labelle. Nous tirâmes donc nos révérences aux demoiselles Labelle, et en avant vers la Chute aux froquois ! — non sans jeter un coup d’œil sur le canton Minerve qu'arrose le lac et qui se trouve enclavé entre Joly, Labelle, Lesage et Marchand.
La vue du lac Labelle a dicté à mon fils les quelques vers que voici et qui seront lus avec indulgence comme ceux d’un écolier :
Au Couchant, la moisson qui mûrit en silence, Au Levant, les grands monts où la brise s'endort ; Sur les galets dorés, un lac qui se balance,
— Le lac qui dit le nom de l’Apôtre du Nord.
Témoin de ses labeurs, de ses peines premières
Er comme Lui sujet à tous les aquilons,
Il redit sa louange aux montagnes altières
Et chante un chant d'espoir aux courageux colons,
On distingue aujourd’hui, sur la grève sauvage, Le bronze du héros parmi les arbres verts.
— Monument ignoré, sur un lointain rivage, Qui doit montrer demain son front à l'univers !
11 domine les flots, de la main leur commande, Et son regard tourné vers les vastes forêts Embrasse l’avenir ; on dirait qu’il demande
Au ciel d’autres faveurs, aux hommes des progrès, 4
Et le ciel lui répond à l’horizon prospère :
‘* Contemple ton ouvrage et sois-en le gardien, ‘“ Veille sur ton pays, guide-le, puis espère... ‘“ Dieu se plait à combler le peuple canadien.”
Et la plainte des bois à son oreille arrive
Avec la vague épaisse — Ô grandiose aspect — Qui sous l’œil du héros vient mourir sur la rive Et baiser ses genoux avec un saint respect,
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Quelle belle région que ce canton de la Minerve où depuis déjà quelques quinze ans les employés du journal de ce nom eurent l’idée de faire des établissements. Quelques-uns ont persévéré dans cette voie. Le journal La Presse s'était organisé pour former un club qui aurait pris des terres pour ses membres et pour ses colons auxquels il aurait donné les moyens de vivre en défrichant les lots du club et leurs propres lots. Mais cette idée n’a pas eu de suite,
Ce canton est arrosé de superbes nappes d’eau dont la plus belle est le lac Chapleau. Une île magnifique appelée “TIle du Gouverneur ” appartient à Son Honneur le lieutenant-gouverneur Chapleau, qui y a fait un bel établissement, Il serait à désirer, je le répète, que beaucoup de capitalistes en fissent autant, Voilà une occasion de dépenser sensément et avec profit, une partie de sa fortune, tout en se ménageant la grande jouissance de faire du bien.
C'est dans ce canton, où il y a 29,915 acres de terre arpentées et en vente, que le gouvernement, à la demande de la Société générale de colonisation et de repatriement, accorde des lots gratuits, sous certaines conditions, à ceux qui sont recommandés par cette société.
Le gouvernement y fait actuellement une route superbe qui reliera ce canton au canton Lesage et fera jonction avec la grande route Mercier ou Nolin. Les bois de cette région sont splendides quoique le pin y soit en grande partie
épuisé,
Et la caravane se met en route pour la Chute aux Iroquois au son des gosiers de la troupe.
Le soir, grand gala à l'hôtel Berthiaume, où se trouvaient réunis tous les meilleurs. chanteurs de l'expédition, et nous pouvons nous vanter d’avoir triomphé d’un grand bout des wawarons du Lac, qui pourtant s'étaient surpassés ce jourlà, jour un peu pluvieux. Ils leur mauque des ténors. les
So malheureux, mais il faut avouer qu'ils excellent sur le ral violoncelle : Dong, dong.… juel- La cérémonie faite La Mironton, mironton, mirontaine, { La cérémonie faite pris Chacun s’en fut s’coucher, els il du Mais avant de se séparer, une scène, u-dé Noire compagnon de voyage, Frigon, nous fit asseoir par terre et par chaise et “ tenez votre sérieux, je vais prendre htlà votre binette.” Vous nous voyez d'ici, essayer de nous Delée | tenir au calme. Il faut voir ce tableau, les uns pâmés, les lieu- autres bouffis pour se contenir. Tout de même on se blis- reconnaît tous, ainsi étampés au clair de la lampe. p de Savez-vous que c'est une merveille que ce petit appareil n de photographique portatif, Voulez-vous une image d’un beau tune, paysage, vous visez votre plan et pan! le voilà tracé. bien. Jeune garcon, vous voyez passer une jolie fille, au lieu
de la graver dans votre cœur qui pourrait être affecté tout
terie fie 24
dé le long de la route, vous l’imprimez sur une plaque, et vous pouvez au loin vous vanter qu’elle vous a donné son
ment,
portrait, Il n’y a rien de traitre comme ça, par exemple.
SOMMAIRE : DE LA CHUTE AUX IROQUOIS AU NOMININGUE. — CANTON MARCHAND. — SES LACS.— LES CANNEBERGES OU OTTA- CAS. — LE DÉFRICHEMENT. — HALTE, — LA FEMME DU COLCN. — LE CHEMIN BoILEAU ET LE CHEMIN CHAPLEAU.
Mais remontons à notre premier voyage (1884).
Le m°tin, à bonne houre, le soleil n’était pas encore sorti de sa couche ermponrprée, que nos chevaux hennissaient attelés dans la cour de l’hôtel. Il le fallait bien, car la journée s'annonçait chaude et nous voulions profiter de la fratcheur du matin! Quelle belle matinée! Les vapeurs s'échappaient de la rivière et des lacs qui semblaient secouer les gazes de leur couche, pour sourire à l'aube matinale, les odeurs des prés embaumaient l'air; la rosée brillait des teintes de l'aurore, les oiseaux gazouillaient dans les branches des grands arbres, et les animaux ruminaïent aux barrières du parc en attendant les fermières qui venaient les unes après les autres traire qui Marrette, qui Rougette, qui Barrée, etc. Et nous partons fusil au poing, pavillon à la tête des chevaux. On jetait aux échos des alentours des détonations de nos armes, des cris de nos poitrines et le refrain zouavitique :
C’est le bataillon, morbleu !
Des diables du bon Dieu.
Et nous sommes déjà sur les hauteurs qui dominent le village quand lAngelus sonne du haut du clocher de l'église, Ave Maria... Et la Chute aux Iroquois disparait derrière nous, et la forêt s’épaissit,
Nous quittons le canton Joly, l’un des plus riches du Nord et qui comptait en 1891, 9,870 acres arpentées. Nous entrons dans le canton Marchand, que longe la
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Rouge à l’est, et qui est un des plus beaux cantons du Nord. La population de Marchand en 1891 était 47 414. Il y a dans ce canton 18,878 acres en disponibilité.
De la Chute des Pins, à quelques milles de la Chute aux Iroquois, on prend le chemin Chapleau, qui est aujourd’hui tout construit, Ce chemin part de la Rivière Rouge, près du Rapide des Pins, dans Marchand, traverse ce canton, celui de Loranger et celui de Montigny, puis se continue presqu’en ligne droite jusqu’au canton Kiamika, sur la rivière La Lièvre.
. Cette route, par la quantité et la qualité des terres qu’elle ouvre à la colonisation, est peut-être la plus importante de tout le Nord, Elle pourra même servir de débouché aux établissements de la rivière du lièvre, qui communiquo presqu’en ligne directe avec Notre-Dame du Désert, sur la Gatineau, où les Rév. Pires Oblats ont un établissement, Ce chemin jusqu'à la Kiamika a été fait sous la conduite intelligente de M. Pierre Bohémier,
Le chemin de fer “ Montreal et Occidental” dont le terminus est actuellement à Labelle, suivra probablement, en se prolongeant, le chemin Chapleau, pour se diriger vers le Nomininge, la Kiamika et la Lièvre. Peut-être aussi bifurquera-t-il pour atteindre l’Annonciation.
Nous voilà lancés en pleine forêt de merisiers, d’érables, de hêtres ; et tantôt dans les ravins, tantôt sur le flanc des montagnes, nous traversons des ruisseaux pittoresques qui annoncent le voisinage de poétiques nappes d’eau.
Or, à tout moment nos éclaïeurs crient : “ Voilà un lac.” En effet, à travers les arbres nous apercevons, là au fond d’un grand ravin creux, un étang en partie couvert d'herbes aquatiques, et dont les abords sont mousseux. Du rivage s'élèvent de grands hérons qui semblent se douter que nous avons parmi nous des Nemrods. Comme fiche de consolation nos jeunes amis leur envoient une salve désespérée de
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cris sauvages, qui jettent l'alarme jusque chez les grenouilles de la localité, et il y en a, j> vous en réponds, et de grosses aussi. Dire que pas un colon ne s'est encore imaginé d'utiliser ces chétives pécores,.… pas pour essoucher, dame ! mais pour en faire un plat dont nos gourmets se lèchent les barbes, Il paraît pourtant que c’est excellent. Dire que moi-même je n’en ai jamais mangé qu'aproximativement,
Pauvres grenouilles, comme elles vont m'en vouloir de les offrir aux gourmets, C’est à elles maintenant de s’organiser pour se protéger. Et pourquoi ne pas appeler à leur secours la société protectrice des snimaux ? En étudiant leur constitution les savants pourraient trouver le moyen de leur extraire les pattes sans souffrance, et les cuisses aussi, beau dommage.
La pile de Volta, qui leur doit son existence, profitera peut-être de la circonstance pour leur témoigner sa reconnaissance en rendant leurs cuisses périodiques, comme un
autre fruit, Je m'arrête, bonjour les grenouilles, et au revoir chez les restaurateurs, quand j'aurai appris à vous apprécier.
Un fruit qui n’est pas utilisé et qui croît en abondance autour de ces lacs, ce sont les ottacas ou canneberges. Notre grand naturaliste, l'abbé Provancher, donne la manière de les cultiver, à la page 128 du ‘“ Verger, Potager et Parterre.”
Dans une petite brochure que j'ai sous la main, publié par un spécialiste, il étabht que chaque arpent de terre prénerée pour cette fin, produit en moyenne $600.
Nous cheminons gaiement dans ce pays grandiose où la nature est forte, en passant sous ces hauts érables, dont les rameaux forment sur notre route des arcs majestueux. Pas e parc plus beau que ces solitudes que protègent de leurs grands bras ces géants séculaires qui semblent, là, imposer silence au bruit étranger pour écouter les mille voix qui s'élèvent du sein des forêts. (C’est le roitelet qui siffle en
duo son petit refrain sur Îe ton de l'interrogation ; le merle qui roule dans son gosier les notes les plus tendres. — Aussi est-ce le temps où les petits sont nés. — Là-bas est une cascade qui gémit en se jetant sur les pierres du ruisseau; et du sein de ce sol, enrichi des dépouilles annuelles de la végétation, s'échappe une odeur variée des fleurs sauvages et des plantes croissantes, Des allées formées par le passage fréquent des chevreuils, qui viennent s'abreuver aux lacs, ménagent des éclaircies où se plonge l'œil enchanté. Des ponts rustiques jetés sur les ruisseaux offrent toutes les originalités de la nature, Les troncs renversés à leurs côtés ajoutent à leur aspect champêtre une grande solidité, Sur le bord du grand chemin, des arbres couchés par le vent qui s’engouffre dans ce vaste tunnel, soulèvent leurs racines chevelues, comme pour nous montrer le secret de leur force ; les plantes les plus variées garnissent les allées de ce parc féerique où tout se trouve : rochers, va'lons, collines, lacs, ruisseaux, arbres, plantes, pavillon, ‘ 1reau excellent, fleurs variées, A qui est donc destiné ce :oyal domaine où courent l’orignal, l'ours et le lièvre, où voltigent la perdrix, l’outarde et le canard? Le seigneur que ce séjour attend, c’est le colon, qui peut là s'entourer d'affection et de bonheur,
C’est là, dans ces grands bois de hêtres, que la tr .te espèce de tourterelle, se dirigeait autrefois er . inbre incroyable, Qui donc conduisait ces pigeons sauvages dans cette direction plutôt que dans une autre? Est-ce aux sens ou à l'intelligence qu'il faut attribuer ce phénomène ? “ Assurément, dit ur. uaturaliste, ce n’est pas à la vue, ni à
. l’ouie, ni au toucher, ni au goût, ni à l’odorat. Ces phéno-
mènes ne peuvent s'expliquer que par la sensibilité générale de l'oiseau, par son impressionabilité au chaud et au froid. Lancé dans l'atmosphère il se dirige d’après les sensations qu'il éprouve; il sait quelle sortie il doit suivre pour
gagner le nord ou le sud, Sa sensibilité lui sert de boussole et de thermomètre.”
Oh! que c’est donc beau, ces montagnes hautes et chevelues, ces ravins sauvages, ces lacs profonds qui irriguent le sol !
De distance en distance on aperçoit un défrichement qu'un squatter à fait sur un lot, avant que le canton fût arpenté, afin de le choisir chez l'agent de préférence à tout autre, quand il sera en vente, Là est un chantier barricadé, construit par un voyageur qui est allé faire la drave et gagner de quoi défricher, Ici est une cabane vacante qu'un ouvrier, qui travaille en ville, a construit pour y loger les hommes à gages qu’il envoie faire de la terre neuve,
Près de la décharge ‘l’un lac se présente une habitation où toute une famille est en mouvement: les uns abattent les grands arbres, qui en tombant mêlent au grondement de leur chute les craquements de leurs branches qui se brisent ; les autres débitent les troncs couchés en billes de huit pieds, les grands garçons effardochent. Les bûcherons suspendent les haches et ramassent les gros morceaux et les mettent en tas, puis les enfants portent les brindilles. Et puis par un temps sec on promène la torche dans ces amas fanés qui grillent en pétillant. Dans ces foyers ardents se font entendre des bruits divers : c’est le vent qui s’engouffre dans l’espace réchauffé, c’est la. sève qui bout sous l'écorce qui éclate; c’est l’insecte qui sent la chaleur envahir son gite; c’est la branche qui se brise; c’est le cadavre qui s’affaisse.’ Et puis, de ces tronçons calcinés s'élève une flamme qui tourbillonne en claquant,
Et quand le monceau noirci s’est écrasé à demi consumé, les débris sont ramassés, remis en tas, brûlés de nouveau et consumés en cendres, On les recueille quelquefois pour en faire de la lessive qu’on réduit en potasse,
Sur ce sol.on jettera de la semence de blé-sarrasin ou de
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la graine de navets, après l'avoir déchiré avec la pioche ou la charrue traînée par des bœufs, Et puis, Dieu fera le reste, Mais le meilleur moyen d'empêcher, à peu de frais, les racines de pousser, c'est de semer du mil avec le grain, dès la première année ; le foin, surtout mêlé avec du trèfle, étouffe toute autre végétation, Mettre en pâturage -les endroits nouvellement défrichés est encore ce qu'il y a de meilleur marché,
I1 faut le voir, ce colon, avec ses deux grands bœufs blancs marqués de roux, Comme ces animaux ont l'air bête et comme ils sont fins! Ils vous trainent des charges mais, dame ! d’un pas tranquille et lent, comme au temps, cet heureux temps, où ils premenaient dans Paris les monarques indolents, Pauvre animal va, comme tu me fais réfléchir sur ta patience et ta constance au travail! Quelle leçon tu nous donnes en nous apprenant à creuser tranquillement le sillon d'où doit surgir le bien-être, et
“souvent la fortune, mais la fortune solide ! Et puis, comment
en voyant ces animaux si forts, munis de cornes aiguës, se ployer si docilement aux volontés de l’homme, ne pas penser à la bonté de Celui qui les a faits pour nous, pour notre utilité, en leur commanüant de nous obéir !
Mais ce n’est pas tout: sur le bord de la route se présentent des plantes aromatiques, médecinales et industrielles, qui invitent l’homme à s’en servir; les lacs lui offrent le poisson qui y fourmille ; dans les bois un gibier abondant se tient à sa disposition, Mon Dieu! avec quelle générosité vous avez traité l’homme! Aussi cette prodigalité devrait-elle faire surgir de nos cœurs de continuelles actions de grâces.
“ Benedicite, ommnia opera Domini, Domino ; laudate et super exaltate ewm in secula ! !
Nous faisons halte, la grande halte, auprès de la décharge du Lac Lacoste, dont une des sources nous fournit une eau limpide et froide, Hommes et bêtes s’en donnent à qui
mieux mieux, La popote est bonne. Et du café!!! à renverser les nerfs d’un caporal de garde. Sucrez-moi ça ! et imbibez, (Ça vous égaie comme du jus d'avoine.
Sir Alexandre Lacoste possède sur les bords de ce lac une superbe ferme, en très bon état, sur laquelle sont défrichées environ cent acres.
Mais le jour monte, et il fait chaud, tonnerre de Brest ! Cependant ce n’était pas une chaleur comme celle qu'avait éprouvée ce Marseillais, qui affirmait que dans le pays d'Afrique d’où il venait, il faisait une chaleur de 90 degrés à l'ombre,
— Troun de l’air! demande un Gascon, comment faitesvous donc pour y vivre.
— Eh bien! nous nous mettons au soïeil.
‘Nous, nous nous mettons à l'ombre. Quel bien-être de goûter de la fratcheur quand le soleil brûle l’espace. Pourtant le colon est là, non loin de nous, qui fait de la terre neuve, et les rayons de l’astre plombent sur ses reins en sueur, Il semble nous plaindre d’être aussi peu courageux, Et pour nous en faire reproche, il nous raconte qu'il va quelquefois à la Chute aux Iroquois à pied, emportant sur son dos une poche de grain pour l'y faire moudre, et qu'il en rapporte la farine dans la même journée, ainsi que du lard, Et la distance est de quatre lieues,
Quel mérite ont ces hommes, auprès desquelles nous ne sommes que des pigmées, s'ils savent offrir leurs travaux et leurs privations dans un bon esprit,
Quelle race énergique va se multiplier dans ces montagnes ! Constatons-le avec plaisir et jetons avec confiance les regards vers l'horizon, car de ces généreux défricheurs surgiront, dans les âges futurs, nos hommes de profession ies plus en renom, ceux qui dirigeront la société, Et tant que la source de nos générations sera purifiée par les rudes travaux des champs, nous aurons foi dans l'avenir, C’est
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le diamant qui polit le diamant, et c'est aux dures épreuves de la vie rustique que se taillent pour la société ces pierres précieuses qui formeront l’ornementation de notre écrin. Et, certes ! nous pourrions en citer un grand nombre, De fait tous ceux qui persistent à rester sur les lots qu'ils ont défrichés sont non seulement des hommes de cœur, mais des hommes de courage, que je comparerais volontiers aux héros dont les noms sont inscrits dans les pages de notre histoire. /
Accomplir des exploits, c’est un peu dû à la chance ; faire des actes de bravoure que l’on sait retentir aux quatre vents de la renommée, c’est facile ; exposer sa vie dans un moment d'enthousiasme en présence d’une armée, qui inscrira votre nom dans le livre d'honneur, c’est d’un grand cœur; mais lutter sans cesse, sans témoins, du matin au soir, du commencement de l’année à la fin, et même toute la vie, c’est d’une grande âme et si méritoire que Dieu semble, à dessein, ne lui ménager que la seule récompense digne de tels sacrifices. Aussi est-ce l'espoir d’une telle couronne qui soutient l'énergie de ces soldats de la charrue,
Mais l'être qui se dévoile particulièrement en ces longues épreuves, c’est la femme. (Combien en avons nous vues, seules, loin dans les bois, travaillant au défrichement, attendant le mari qui était allé à plusieurs arpents et quelquefois à plusieurs milles, gagner quelques sous pour aider à acheter des vivres ? En voyant cette faible créature couper des branches, les ramasser, y mettre le feu, vous ne pouvez résister au désir de lui demander d'où elle vient, ce que faisait son père; et vous êtes tout surpris d'apprendre que c’est la fille d’un ouvrier à l’aise de la ville ; qu’elle a épousé un brave garcon, et que dans l'espoir d'établir leur famille ils se sont enfouis ainsi dans les forêts avec peu ou point de ressources.
Et vous demandez à cette femme si elle s'ennuie, Mais
non, dit-elle, nous n’avons pas le temps d’y penser. Au contraire nous sommes très heureux.
De fait, c'est la femme qui encourage le mari à rester sur les lots nouveaux. Si elle se décourage, le mari n’y peut pas tenir, A voir ces hommes aux prises avec la forêt, on ne peut comprendre comment ils peuvent résister à de si rudes travaux, surtout quand ils n’ont à manger que de la galette, sans lard souvent. Pour moi j'étais sous l’impression qu’il n’y avait que les fils de cultivateurs, et encore de ceux qui sont bien pauvres, qui pussent résister à cette vie de privations. Eh bien ! écoutez l’histoire de cet ouvrier de Montréal, qui m’a fait connaître les motifs de sa détermipation de venir prendre des lots au Nominingue et sa persistance à y demeurer. (C'est l’histoire de la plupart d’entre les défricheurs :
— “ Je travaillais à Montréal de mon métier de menuisier, et j'étais bon ouvrier, gagnant continuellement de une piastre et demie à deux piastres par jour. Je vivais bien, nous nous habillions convenablement; mais après le loyer payé, les taxes, les cotisations, l'eau, la nourriture et le vêtement, il ne restait plus rien, Pas d'avenir pou: nos enfants que d’être journaliers. Et puis qu'il arrive une maladie, les arrérages et les autres dettes s'accumulent, les saisies arrivent et nous voilà perdus. Fatigué par ces réflexions je me dis: faisons le sacrifice, aujourd’hui que nous sommes vigoureux, d'aller prendre des lots, et si nous réussissons nous n’aurons pas la douleur de voir nos enfants s'éloigner ou travailler à la journée. Ma femme goûta le projet, et nous partîmes, non sans chagrin, car il nous fallait quitter notre lieu de naissance, nos parents, nos amis, Je la regardais du coin de l’œil et je la voyais si courageuse que je quittai sans trop de peine. Aujourd'hui nous n° sommes pas riches, non certes, mais j'ai assez de terre défrichée pour hiverner, si le bon Dieu conserve ma récolte, et tous les jours j’agrandis mon éclaircie,
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— Vous devez avoir trouvé ca dur de travaille, ainsi à la terre neuve.
— Moins que vous le pensez, monsieur. Croyez-vous que ce soit bien doux dans les boutiques, en ville, de mener la varlope ou le rabot? On commence à sept heures du matin et l’on finit à six heures du sir, conduit par un contremaître, qui n’est pas toujours humain, Si vous perdez une heure, on vous la décompte. Et puis cette idée qui vous poursuit sans cesse de travailler au jour le jour sans espoir d'être jamais au-dessus de vos affaires, fatigue un homme de cœur, allez. Ici je travaille fort, sans doute, mais ce n’est pas plus fatigant de bûcher, une fois accoutumé, que de travailler de la menuiserie; quand le soleil chauffe d’un côté de l'arbre que j'abats, je me mets de l’autre. Et puis si je veux me reposer pendant une heure, je me repose. Surtout je travaille sous l'empire de cette idée fixe que chaque pied que je défriche est à moi, et me rapportera de quoi vivre, de quoi établir ma famille.
Voilà ce que cet homme nous racontait, et c'est le langage du bon sens.
Outre le grand chemin Chapleau une autre grande voie, le chemin Boileau, traverse le canton Marchand, de la Rivière Rouge à la traverse de l’Annonciation, jusqu’au grand N omiriugue.
Le gouvernement vient d’y faire de grandes réparations et l’on a dirigé ce chemin Boileau sur une lande de terre du grand Nominingue, au moyen d’un pont d’une centaine de pieds, ce qui raccourcit la distance entre l’Annonciation, qui est sur la Rouge et St-Ignace du N ominingue, d'environ deux milles. (C’est un sérieux item, vu que c’est au Nominingue qu'on va au moulin et qu'on va quérir les services du prêtre.
SOMMAIRE : — Le NOMININGUE. — LES RÉFLEXIONS QU'IL INSPIRE. — LE Rév. P. MARTINEAU. — LE PRESBYTÈRE, LA CHAPELLE. — VEILLÉE A LA PORTE. — RÉFLEXIONS SUR LA PLURALITÉ DES MOND:S,—LE FRÈRE CHENARD. — SOUS LA TENTE. — LES MARIN- GOUINS, LES MOUSTIQUES ET LES BRULOTS. — L'EXPLORATEUR BUREAU. — LES PUNAISES. — LES CRIS-CRIS COMME REMÈDE A L'HYDROPISIE. — LE CANTON LORANGER ET SES LACS. — JES JÉSUITES. — LES SŒURS DE SAINTE CRoIx. — LE CASTOR, — LE BAT MUSQUÉ.
La route quoique belle commençait à paraître longue. A tout moment nos jeunes écoliers se demandaient en voyant poindre une nappe d’eau à travers les arbres: est-ce le Nominingue ? Et nous montions et nous descendions.
Tout à coup du haut d’une colline nous apercevons devant nous une petite mer encadrée à l’Ouest de montagnes en pente douce, couvertes de bois franc; au Nord d’un pic de rochers abrupts et d’une vallée fertile; au Nord-Est par une ploge couverte de bois résineux.
C'est le Nomininguel!!! Mais le petit Nominingue, qui est à un mille environ du Grand Neminingue, dar. lequel il se décharge.
I] fallait nous entendre faire retentir l’air de cris @- joie en aper&wvant ce lac après lequel nous courions depuis quatre jours! Les colons des alentours étaient étonnés d'entendre un tel vacarme et les chevaux semblaient comprendre qu'on arrivait au terme du voyage,
Pour paraître moins farouches nous entonnâmes ia chanson : “ À St-Malo, beau port de mer” et les montagnes répétaient après nous en cadence “ Nous irons sur l’eau, nous y prom, promener, nous irons jouer dans l’île.” C'était à propos, car ce lac contient quatorze belles îles,
Nous traversons la décharge sur un pont solide, et