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nous voilà chez nous, dans la presqu'ile formée par le Grand et le Petit Nominingue et où se trouvait l'établissement des Rév. Pères Jésuites, Hip, hip, Hourra !
Ce hip, hip, donna à Louis l’idée de chanter :
Yankee Dool quiens toi ben
J'entends de la missique ;
Ce sont les Américains
Qui vont dans les townships, hip !hip!
“ Le lac Nominingue, qui occupe à peu près le centre lc la région de l'Outaouais, dit M. Drapeau, est situé sur la même ligne que Les Trois Rivières, mais bezucoup plus à l'Ouest, ce qu’il importe de noter, car on sait que le climat s’adoucit à mesure que l’on avance vers l'Ouest,
Le Petit Nominingue, dentelé de quelques pointes qui nous en cachent l'étendue, a enviroi quinze milles de tour. La rive Est, que nous longeons l’espace de deux arpents, est couverte d’un sable propre au mortier. La plage se prolonge
loin dans les flots, où l’on peut mener une voiture à plusieurs
perches du bord.
Les eaux du Petit Nominingue sont profondes dans la partie Ouest, où le rivage est taillé à pic. Les poissons y abondent, surtout le brochet, la barbotte, et le poisson blanc.
Nous nous acheminons, par une route sablonneuse,
ombragée de pins, de sapins et de cèdres vers la résidence des Rév. Pères Jésuites, située sur une colline, à environ trois milles de la décharge du Petit Nominingue, C'est le point d'observation le plus élevé des environs, et le pano-
rama qu’il offre est merveilleux. On aperçoit de ce lieu le:
Grand Nominingue, qui en est à 12 acres, et qui a 30 milles de tour. C’est le Roi des Lacs du Nord, et bien couronné de forêts tressées des essences les plus variées : depuis le modeste buis jusqu’au majestueux pin ; depuis le faible coudrier jusqu'au merisier robuste, Les montagnes qui l’enlacent y descendent tranquillement en s’y baignant
les pieds, sur lesquels à une grande distance les eaux se jouent sans les cacher profondément, Des bouquets d'arbres coquets sortent de temps à autres de ce jardin liquide, où les rlantes aquatiques croissent caressées par les eaux qu’une brise perpétuelle ride sans cesse. Les rochers de ses bords, léchés par la vague, en rendent l «spect parfois sévère comme le front d’un vieillard dont l'existence a été orageuse, mais qui sourit aux générations sorties de sa source, Le Grand Nomiuingue se décharge dans la Rivière Rouge et lui paie un tribut généreux, en gonflant son sein devenu voie de communication flottable. D'où lui vient le nom de Nominingue ? Nominingue veut dire en langue Iroquoise : peinture rouge. De fait on trouve encore une espèce de craie avec laquelle les Sauvages se tatouaient, et dont quelques colons se servent aujourd’hui pour peinturer leurs bâtiments. (C’est peut-être üe cet incident que la Rivière Rouge tire sou nom.
Ce lac devait êtie conau sous la domination française, et les anciens missionnaires ont dû voguer sur ses eaux. Aussi semble-t-on voir sur l’une de ses pointes, la plus rapprochée de la Rouge, des restes de fortifications en cailloux, Ce que c’est que les destinées humaines! voilà plus de deux cents ans peut-être que les Jésuites accompagnaient les sauvages sur ces lacs semés par delà des Laurentides, et voilà qu’en 1880 ils s’en vont retrouver les jalons qu’ils y ont alors plantés.
Ce n’est pas sans une profonde émotion que l’on aperçoit le théâtre des exploits de nos missionnaires, Et qui sait si les PP. Jogues ou l'Allemand n’y ont pas fumé le calumet de la paix et n’y ont pas assisté à une levée de boucliers ? On interroge la brise qui caresse la feuillée des vieux témoins de ces scènes anciennes, on cherche à surprendre une attestation dans les sables que la vague respecte, on demande aux rochers l'impression qu'y ont laissée les
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habitants d'alors. On nous répond sans doute, mais c'est un langage incompris cle la génération qui passe ; les traces qu'ont laissées les pieds des coureurs des bois sont effacées ; mais l’histoire avec sa grande et impérissable voix nous dit que partout où l’indien a conduit son canot, le missionnaire l’a suivi.
Où sont les générations qui ont visité ces lieux, qui ont combattu sur ces plages ? Peut-être nos ancêtres, qui étaient des guerriers, y ont-ils brandi l'épée ou tiré du mousquet, Tous sont eusevelis dans le sein du sol qui les a vus naître. Tous sont retournés en terre pour se métamorphoser en plantes d’une variété infinie. Est-ce leur chant que l'on entend. à l’aube, dans les branches des grands bois, quand la brise y passe ? Sont-ce leurs plaintes qui s’échappent de la poitrine des gros pins quand le vent les agite? Sont-ce leurs sanglots qui s'échappent des creux des rochers quand la foudre y gronde ? Sont-ce leurs soupirs que poussent les ondes qui se balancent sur la rive des eaux ? Sont-ce leurs larmes qui coulent lentement des ruisseaux autour de la grande nappe ? Mystère! Mystère! Une seule chose est certaine, c’est que tous ces corps métamorphosés ressusciteront au printemps de l'éternité, comme le brin d'herbe au printemps des saisons. Tout ce qu'il y a de certain, c’est que si c’est un champ des morts, le décorateur en a dressé les dessins avec un goût expressif, Autour de la vaste fontaine se croisent des étangs et des ruisseaux, qui, en cascades capricieuses, s'y rendent à travers les sombres cyprès et les sauies en pleurs; les montagnes accidentées des ombres du nuage, en descendent doucement; des avenues tortueuses, donnent à leurs flancs un mystérieux aspect où se dérobe le lit d’une rivière ou d’un ruisseau, sur lesquels sont couchés les cadavres des arbres récemment tombés. Les bêtes qui vivent dans ces séjours tranquilles y courent en liberté, mais sans bruit; les tertres y sont
nombreux, et les plantes qui les dérobent au souvenir des générations présen.es, sont odorantes quand le soir y apporte sa sueur froide ou que la main de l’aurore essuie du front des arbres couchés les pleurs glacés de la nuit, Peut-être hélas! dans cet humus 3 la fort gsrment pour l'éternité de . corps de héros et, comire 3.1: Mercy, après la fimeuse bataille de Nordliugue, w+ ‘:+,::it-on pas mettre pour épitaphe : Sta, viator, heroem: :alea:. ‘ Arrête, voyageur, tu foules un héros.”
Ces gigantesques pentes à la crinière touffue sont aujourd'hui ouvertes à la colonisation. Et pour l’accélérer on avait octroyé aux Rév. Pères Jésuites un millier d’acres deterre. Ils en ont concédé une partie après y avoir planté une chapelle — que desservait un des leurs, le hev. P. Martineau. — Il y résidait depuis avril 1883.
Certes! tout n’était pas rose alors à s’y enfoncer seul avec quelques colous, quand il n’y avait qu'une route pour permettre d'apporter sur son dos quelques livres de lard et quelques terrinées de farine.
Et vous croyez que le père Martineau s’en gênait ! Allons donc! Aussi a-t-il fait un rude apprentissage, C’est le fils d’uu ancien colon qui a défriché des lots à Roxton-Fall, dans le comté de Shefford, et y a élevé sa famille, Il était au Nominingue, le vieux défricheur, travaillant toujonrs, la pipe à la bouche, ramassant ce qui traînait, et donnant des conseils. Il y est mort. Sa vieille compagne est là encore, mais bien vieillie, Alors elle était toujours sur pieds, grondant un peu,et il y avait de quoi, oui, dans cette maison où il pleuvaï et grélait, et qui servait d’abri à tous les étrangers qui y arrivaient ou y passaient, à tous les ouvriers des travaux.qui s’y faisaient, à tous les. colons sans refuge, et à toute la paroisse qui venait aux offices. De fait jamais une heure de repos pour ces vieillards, qui, avec à belle-sœur du curé, étaient continuellement à faire la
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Le Révérend Père : ‘artineau, lui, ne se faisait pas de mauvais sang. Il prenait les choses comme elles venaient, Il avait alors sur :a tavle des patates et du pain, et il n’était pas plus heureux que la veille où il n'avait que de la galette. Il faisait ses courses lointaines en voiture, et il parlait avec plaisir des années où il parcourait des lieues à pied ramenant par la brir + au milieu de la nuit, son cheval, qui n’avait pu tirer sa voiture d’un marais de la savane. 1l récitait son bréviaire au milieu de la compagnie qui parlait et fumait à ses côtés, et il confessait, le matin, des voyageurs dans le dortoir converti en chapelle. Il disait la messe sur un sutel qui craquait, et il n’y voyait que Jésus y descendant à sa voix pour venir le fortifier, lui et ses frères prosternés sur les pièces raboteuses recouvertes d’écorces de sapin ; — rien ne lui manquait, parce qu'il n'avait besoin de rien que de vivre pauvrement, Il avait trouvé le secret d’être heureux cn comprenant bien qu'il n’est pas ici pour l'être. — Oh! profondeur des paroles du Christ, qui a dit que son fardeau est léger! Arrivez donc ici, vous qui êtes ployés sous le poids des plaisirs et qui êtes ridés des veilles de la dissipation ! Venez sous ce dôme rustique, vous que les affaires font blanchir, et que les soucis de la fortune rongent vivant. Venez vous reposer du ballottement de la vie dans cet oasis où l’âme est à l’abri des exigences sociales et des grandes passions du cœur. Venez prendre une lecon des secrets du bonheur.
Pour moi, rien n’est plus consolant, En vérité, je vons le dis,
N ulle part je n'ai senti la paix comme dans cette cabane, car c'en étuit une, où les bases d’une forte colonie furent jetées au milieu des privations et des sacrifices de toutes sortes, terrain fertile où germent et s'épanouissent les grandes œuvres que Dieu veut bénir
Dès notre arrivée nous commençons notre vie de colons.
Le soir, dès que le soleil s’enveloppe da:.3 son costume de nuages pour aller voyager sur un autre hémicycle, et que les charmantes voyageuses de la nuit passent en souriant à la terre, d’autres bruits se font entendre, c'est un langage nouveau, À la lisière du bois, on distingue le son d’une cloche fêlée, qu’une vache pilote porte à son cou. Sur les côteaux débouchent les laitières rouges, noires et caille qui, à travers les souches calcinées, cheminent, non sans “ tondre dans les prés la largeur de leur langue,” pour se rendre à la barrière du parc, où les attendent près d’un feu étouffé les bergères de la localité, Chacune a son langage pour inviter sa favorite à ne pas tant s'amuser: Viens Brunette, viens, ma fine, viens. Viens, Caillette, viens, ma belle, viens.
Et en réponse à ce tendre appel la bonne bête fait entendre un doux mugissement, et vient se ranger près de la fumée pour y offrir à sa maîtresse le plus riche de son lait.
Et puis c’est un arbre qui s’abat dans la forêt en jetant aux échos le râle de son agonie. Sur la route on entend le pionnier attardé qui revient de défricher et qui, pour se donner de l'assurance, chante en faisant filer sa voix une chanson de la drave.
De tous les oiseaux qui voltigeaient dans les bosquets, quelques-uns seuls veillent et font entendre leur nocturne complainte : le huard lance son cri de détresse ; la chouette semble réveiller les sentinelles perdues, et l'agneau appelle d’un air inquiet la mère confondue dans le troupeau.
On entend quelques voix qui nous arrivent sur les ailes calmes de l’air embaumé par les parfums des arbres et des prés—: c’est celle des enfants qui se bousculent dans la prairie ou la voix grave du colon-qui s’enquiert si les barrières sont fermées, si la pouliche est dans le pré ou la génisse à l’étable, C’est sur le lac voisin la conversation
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des pêcheurs qui accompagne le bruit des avirons sur le bord du canot ou sur l’onde tranquille, Et vousdemandez, d’où viennent donc ces babils? C'est chez le voisin — qui est à un mille d'ici. Et ce bruit de rame? C'est au Petit Nominingue — à 3 milles d'ici. Et tout à coup un chasseur, qui 4 fini sa journée et qui veut décharger son arme, lance un coup de feu dont l'écho se répercute de montagnes en montagnes. Il est peut-être à 9 milles d'ici.
La veillée se passe à la porte du presbytère où curé, hommes, femmes, enfants, sont assis autour d’un grand feu que le vieux père Martineau entretient des débris de souches ramassées pour cette fin. — Les uns sont assis sur des roches, les autres sur des bancs, les étrangers sur des chaises, Mais me direz-vous, du feu dans le mois d'août, Eh oui, dans le mois d'août, Et vous en voyez à toutes les portes des chaumières et des chalets, D'abord, vous l’avouerez, c'est très agréable, ne serait-ce que de voir les
. fumeurs allumer leur pipe avec un charbon; et puis c'est
utile, pour éloigner les maringouins, les brûlots et les moustiques.
Et la conversation roule autour du feu du presbytère, et les pipes se rallument, mais l’on se gratte par exemple. Et tous les sujets se traitent à cette assemblée de Tiers Etat : colonisation, agriculture, pêche, chasse, astronomie, physique, chimie, philosophie, et de la profonde, je vous en donne mon billet, De fait on émet quelquefois dans ces aréopages de gens ignorants des réflexions qui sont d’une profondeur à mettre bien des savants en déroute. (Car voyez-vous ces gens là ont la foi. Et, comme le dit Bernardin de St-Pierre : “un savant avec sa méthode se trouve arrêté à chaque pas dans la nature ; un ignorant, avec cette clef, peut en ouvrir toutes les portes.”
Nous étions insatiables de ces soirées, que nous prolongions autant que possible, mais il fallait bien laisser reposer ces braves travailleurs, qui avaient sué tout le jour et qui
devaient recommencer le lendemain, Et nous nous retirions quand l'étoile polaire était déjà loin de l'occident, quand ls grande ourse plongeait sa queue dans les régions de l'aurore et que les mouches à feu donnaient seules signe de vie dans la prairie émaillée de leur phosphore. Mais pour des philosophes comme nous, que de problèmes ne soulève pas la vue de ce firmament étoilé !
“ Rien ne me porte mieux à l'inspiration, à la poésie au charme national et religieux qu’une nuit au firmament d’un bleu pâle, brillamment constellé par des myriades d’astres de toute grandeur, Ne dirait-on pas que ces yeux scintillants se penchent vers nous pour nous regarder et nous interroger ? Découvriraient-ils entre eux et nous des liens de parenté? N'y aurait-il pas entre ces mondes lointains et nous d’autres rapports que ceux d’une attraction physique et d’une lumière inconsciente ? Ne serions-nous pas unis par des liens plus purs, plus précieux, par des liers de famille, par les liens de l'intelligence ? Ne répugnet-il pas à notre bon sens que ces astres brillants ne soient pour nous que des objets d’une vaine parade, qu'une fantasmagorie nocturne, qu’une vulgaire lanterne magique ? Non, non, ces écrins sont trop riches pour qu'ils ne contiennent pas des bijoux précieux, ces palais sont trop somptueux pour qu'ils n’abritent pas quelques glorieux habitants; ces royaumes sont trop nombreux et trop vastes pour qu'ils ne possèdent des princes et des monarques.”—(Trente jours à la campagne, par l'abbé Casabianca).
‘ Comme le nôtre aussi, sans doute ils ont vu naître Une race pensante, avide de connaître ;
Ils ont eu des Pascal, des Leibnitz, des Buffon. Tandis que je me perds en ces rêves Lrébin Peut-être un habitant de Venus, de Mercure,
De ce globe voisin qui blanchit l'ombre obscure,
Se livre à des transports aussi doux que les miens. Habitants inconnus de ces sphères lointaines, Sentez-vous nos besoins, poire et nos peines ? . Connaissez-vous nos arts? Dieu vous a-t-il donné Des sens moins imparfaits, un destin moins borné? Vous, hommes, nos égaux, puissiez-vous être hélas Plus sages, plus unis, plus heureux qu'ici-bas.
(DE FoNTANESs.)
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