‹ La colonisation [microforme]Chapitre 40 sur 48 · SPAPINETR RES CUT LA · texte numérisé non relu

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planche pour lambris, et des moulanges pour y moudre le. grain. Le tout a coûté environ 85,000. On y a ajouté un jeu de cardes, (C’est d’une importance majeure que le colon ait un moulin, Et, ap1ès l'église, qui cultive le moral, rehausse le courage du colon, c'est bien le moulin qui doit venir dans le canton, pour préparer le bois avec lequel il bâtira sa maison, et pour moudre son grain. De ce moment le pionnier est chez lui ; il est à l’abri des éventualités causées par les mauvais chemins, C’est ce qu'ont compris les Pères Jésuites qui, aidés par la société de colonisation du diocèse de Montréal, ont consacré à cette construction des sommes assez considérables,

La chapelle, où la première messe fut dite le 26 avril 1883, et qui ressemblait à la crèche de Bethléem, a été remplacée par une petite église que les Rév. Chanoines Réguliers de l’Immaculée Conception, à qui les Jésuites ont fait don de tout leur établissement, y ont fait construire ces années dernières, ainsi qu'un cloître qui a été incendié l'hiver de 1894. Ces bons Pères, qui sont d’un dévouement admirable pour la colonisation, desservent l’Annonciation en même temps que St-Ignace du Nominingue.

Le premier baptême y a été fait le 3 août 1883; la première sépulture le 3 mars 1884, et le premier mariage le 25 novembre 1884.

Le premier curé du Nominingue a été le Rév. P. Martineau, S.J., "et le premier vicaire le Rév. P. E, Proulx, S.J., arrivé à son poste le 8 août 1885.

Le jour même de notre première visite au moulin, M. Beaubien se mit en frais de faire construire une embarcation pour voyager sur le Petit Nominingue où est son domaine, Vous dire la peine qu’il s’est donné pour noliser ce vaisseau, c'est incroyable. Il en avait pris le plan dans le Gentleman Farmer qui, d’après lui, contient toute science: Vous savez ce que c’est, quand un homme est toqué d’un livre.

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Il fallait exécuter la barque exactement comme le plan. Ce n’était pas petite affaire. Elle devait être en forme de morue, L’apparence n’était pas difficile à atteindre, sa construction non plus n’exigeait aucune connaissance approfondie de l'architecture navale, IL s’agit de prendre deux grandes planches que l’on cloue en avant aux extrémités d’une planche transversale, et que l'on fixe au milieu sur une autre traverse plus longue que celle d'avant, de manière à faire faire une courbe aux deux grands côtés que l’on réunit en arrière, On fonce, et voilà votre chaloupe, et très élégante, je vous l’assure, Mais la difficulté était d’avoir du bois pour cet esquif. Il le fallait de 24 pieds de long. Et allez donc trouver un billot de vingt-six pieds sans le couper exprès. Le couper, c'était facile à faire à même les grands pins. Aussi ce fut bientôt exécuté, mais le sortir. c'était là que les Romains s’empoignèrent. Un billot de vingt-six pieds de long sur trente pouces de diamètre!! Sortir ca du milieu d’une savane, l'été, c’est uno entreprise. Aussi deux bœufs y perdirent-ils leur patience. 11 fallut deux chevaux en plus. Et, dii, djà, pour les bœufs et Hue! Ya! pour les chevaux.

Enfin, nous y voilà, mais après deux jours de travail.

Aussitôt arrivé ce colossal billot eut le privilège de se faire étriper le premier... comme certaines causes privilégiées à la cour d'appel.

Et de suite le compas, l’'équerre, le rabot et l’égouine firent de ces débris d’un défunt pin une embarcation des plus élégantes. Encore la vie qui sort de la mort!!! Il fallait transporter cette barque de 24 pieds de long faite de

‘ bois vert, Et du moulin à la Sawguay, à l'endroit où nous

devions la lancer, il y a bien deux milles. Tout de même la procession s’y rendit sans encombre, Mais M. Beaubien ne voulut pas faire sa première construction, si modeste qu’elle fût, sans solliciter pour elle la bénédiction du prêtre

ni la lancer sans les prières de l'Eglise. Aussi le Rév. M. Martineau s'y prêta-t-il volontiers Rien de touchant comme cette naïve cérémonie au bord de cette rive sauvage, en présence de quelques colons réunis, Aussi est-ce d’une voix vibrante et émue que nous entonnâmes l’Ave Maris Stella. Après que l’eau sainte eut touché la poupe de la nacelle, qui reçut le nom de “ Laurette ”, du nom de Mme Beaubien, la fête civile commença. Une bouteille gardée intacte et sortie des caves de MM. Mathieu Frères, fut débouchée et versée par portions bien modérées, dans un verre unique qui fit le tour de l'assemblée, en commençant par le prêtre et le haut justicier. Deux bouteilles n’eussent pas été contre les lois de la tempérance, Et c'était du bon vieux Bourgogne qui nous fit fredonner :

Le vin de Bourgogne Met la belle humeur au cœur, Pour faire vie bonne Faut cette liqueur.

Aussi est-ce de bonne humeur que nous nous embarquâmes dans cet esquif, que quatre bras vigoureux, armés de fiers avirons, faisaient voler sur les eaux de la Sawguay.

Après avoir constaté que: ce que nous avions fait était bien, nous revinmes le soir, contents de notre journée, La “ Laurette ” était la première sérieuse embarcation du Petit Nominingue.

Le lendemain nous allâmes voir le Grand N'ominingue,— voguer sur ses eaux — non sans nous y plonger un peu. Ce n’est pas facile, dame! de résister à cette tentation. Si vous voyiez comme ces plages sont douces et le fond sablonneux ! Aussi pouvions nous chanter :

A la claire fontaine M'en allant promener,

J'ai trouvé l'eau si belle

Que je me suis baigné.

Il y a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t'oublierai.

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C'est uu Grand Nominingue que nous eûmes l'avantage de faire la connaissance de la famille Richard. M. Richard est un marchand de St-Jérôme, qui n’est pas né commerçant, mais qui l'est devenu. En effet, il s'est, je crois, ruiné plusieurs fois avant de venir en ce dernier endroit, Rendu à St-Jérôme il adopta un système que personne avant lui n'avait suivi. (Ça été de vendre argent comptant, ce qui lui permettait de débiter sa marchandise à meilleur marché que les autres, Il fallait voir les gens se porter à son magasin, Aussi s'acquit-il une clientèle propre à ouvrir les yeux aux autres marchands, qui, voyant leurs chalands se diriger ailleurs, finirent par adopter le même système, Mais Richard s'était déjà enrichi et il continua à garder une place distinguée dans le commerce de St-Jérôme,

* M. Richard aime l’agriculture, et il a acheté près du village

une petite ferme où il fait du jardinage et cultive la vigne en assez grande quantité pour lui permettre de fabriquer par année plusieurs milliers de gallons de vin, de très bonne qualité.

Ces opérations ont marché de succès en succès, et il a amassé une fortune qui lui a permis de bâtir plusieurs maisons de première classe ; elles n’ont qu'un tort, c’est de masquer la vue de la rivière, qui autrefois donnait à la ville un cachet particulier de distinction. Les lots sur lesquels ces maisons sont bâties auraient dû rester vacants et être consacrés à un boulevard, Le conseil aurait dû acheter ces terrains et il les aurait eus pour une bagatelle dans le temps. C’est souvent une faute que commettent les conseillers, de lésiner pour faire plaisir aux électeurs, et de compromettre ainsi pour toujours les intérêts d’une localité,

Plusieurs familles distinguées sont résidentes au Nominingue, ayant pris des lots et entendant s'y implanter. Parmi celles-ci est la famille de M. Lalande, marchand de St-Jérôme. Mme Lalande, née HIOn patte fille

de feu le Col. Maxime Globenski, est une femme distinguée, et dix fois mère de beaux enfants, (C’est un bel exemple donné à notre population et qui sera suivi, je l'espère. C'est ainsi que le voulait le curé Labelle, M. Lalande, qui a des lots voisins de M. Richard, s'est jeté dans la colonisation avec un courage extraordinaire,

Je me permets d'inclure ici partie d’une lettre que m'adressait ce monsieur en septembre dernier et qui fait voir les progrès opérés en cette localité depuis quelques années :

“ Quant aux progrès opérés depuis neuf ans, ils sont considérables, si nous regardons toutes.les difficultés que nous avions à surmonter dans les premiers temps, lorsqu'il fallait payer une ou deux piastres de transport pour un sac de fleur et que nous la vendions ici 85.00 le sac; les temps sont bien changés puisque nous l’achetons aujourd'hui à la Chute pour 82.00 le sac, aussi un colon qui monte aujourd’hui avec $100.00 dans sa poche est aussi riche que celui qui en avait 500.00 dans ce temps-là. En décembre 1888 Mgr Labelle nous envoyait M. Ed. À. Barnard, secrétaire du conseil d'agriculture, pour former une société d'agriculture dont je suis le secrétaire, dans cette partie nord-est du comté d'Ottawa, cela fit un bien immense dans nos nouvelles paroisses, l’agriculture avance très vite, tous les cultivateurs suivent un bon système de rotation, plusieurs silos ont été construits, le bétail est très amélioré, la société d'agriculture a déjà acheté pour plusieurs mille piastres d’animaux reproducteurs pur sang et des instruments aratoires, mais surtout beaucoup de graines de trèfle ; aussi les prairies et les pâturages sont-ils de première qualité. J'ai fait ouvrir en 1887 une magnifique carrière de pierre à chaux près du

nd lac N'ominingue qui est maintenant exploitée par M. Dosithée Boileau, de l’Annonciation ; nous avons maintenant une bien bonne chaux qui a servi pour la construction de notre église et suffisante au besoin de toutes les paroisses environnantes.

Malgré les difficultés du commencement toutes les familles qui sont venues s'établir au Nominingue, y sont

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demeurées, et aujourd'hui elles possèdent une certaine aisance que l’ouvrier des villes ne connaît pas; la population est déjà assez forte pour que nous soyons érigés en municipalité, ce qui nous serait d’une grande utilité pour l’entre-tien de nos chemins,

Maintenant je ne saurais dire assez de bien des Révérendes Sœurs de Ste-Croix, qui sont établies ici depuis 7 ans,

ur tout le bien qu'elles font par l'enseignement et. ‘éducation des enfants, ainsi que des Révérends Pères. Chanoines Réguliers pour tout ce qu'ils font pour la colonisation ; ils ont construit une magnifique beurrerie, qui. est en bonne opération, ils ont un bun moulin à farine, à scie, à faire le bardeau, la latte, avec un bon planeur pour: préparer le bois,

Les défrichements qui ont été faits sont considérables, il y a plusieurs grandes fermes maintenant, surtout celle de l’hon. Beaubien, l’hon. G. A. N'antel, M. Rodier et celle de M. Alex. Wilson, qui compte environ 90 à 100 arpents de défrichement ; mais je dois vous dire que j'aurais été très heureux de vous montrer ma ferme, j'avais beaucoup à vous expliquer: j'ai 170 arpents en culture et de la bonne culture, puisque je n’ai pas craint de concourir dans le concours. proviacial et que j'ai eu l'honneur d’être décoré d’une médaille d'argent et du diplôme de très grand mérite. Mon ambition en concourant était de prouver à toute la province, qu’il est possible et facile même, en dix années de travail, même au milieu de la forêt, de pouvoir concourir avec des fermes maintenues en culture depuis de nombreuses années, Je tiens un bon système de rotation, je fais moi-même ma graine de trèfle, ce qui me permet d’en semer non à la pincée, mais à la poignée ; aussi mes prairies sont abondantes et mes pâturages d’une richesse d’herbes extraordinaire, je fais tous les ans 8 à 10 milles bottes de foin, qui est presque tout consommé sur la ferme ; tout le fourrage, le foin et la paille sont hachés au hachepaille et mis dans des grandes boîtes soumis à la fermentation pour la nourriture du bétail ; mon stock se compose de 31 bêtes à cornes, 35 moutons, 7 chevaux et 10 cochons de la race Berckshire, les moutons sont tous des Shropshiredown. J'ai importé de la province d’Ontario un bélier et une brebis de cette race qui m'ont coûté $60 les deux, les

bêtes à cornes sont toutes de race pur sang, il y en a 26 qui sont enregistrées dans le livre de généalogie de la province comme Jerseys-canadiennes pur sang, mon taureau est un des plus beaux spécimens de la race Jersey ; il me vient de M. Ed. A. Barnard, secrétaire du conseil d'agriculture de Québec ; je fais l'élevage en vue de l’industrie laitière, je choisis les meilleures laitières et fais beaucoup de beurre; tous les automnes, je fabrique beaucoup de lard avec le lait de la beurrerie, ce qui fait un engrais bon marché; comme j'élève beaucoup, je consomme presque tout sur la ferme, alors je fais beaucoup de fumier, ce qui me permet de faire plusieurs arpents de patates tout en engraissant bien ma ferme.

Le chemin de fer nous a fait beaucoup de bien, quoiqu'il soit encore loin, la colonisetion semble vouloir prendre un nouvel élan, cependant ça devrait marcher beaucoup plus, il devrait y avoir une nouvelle agence aù Nominingue pour donner tous les renseignements aux colons qui viennent pour s'établir; faute de renseignements, ces pauvres gens, après avoir passé 4 ou 5 jours à visiter, s’en retournent sans voir d’agent, parce qu'il est trop éloigné; sur dix visiteurs, il n’y en a souvent pas deux qui vont le voir, au lieu que si un nouvel agent était ici, la place la plus centrale pour tous les cantons à coloniser, tous les visiteurs trouveraient ce qu'il leur faut. Les chemins de colonisation ne sauraient être trop bien entretenus. C’est le grand moteur de la colonisation.

La paroisse du Nominingue est une des plus belles paroisses du Nord, et cela est certainement dû aux communautés religicuses que nous avons toujours eues ici. Les: Rév. Pères Chanoines KRéguliers ont fait et font encore beaucoup de sacrifices pour l’avancement de la colonisation et de l'agriculture, ils prévoient que le Nominingue, par sa position géographique, sera un des plus beaux centres du Nord, à cause des cantons avoisinants qui viendront s’approvisionner ici; aussi tous les colons de cette paroisse sont pleins

. d'espérance.

J'avais oublié de vous dire que les instruments aratoires et l’outillage de ma ferme sont en quantité suffisante pour les besoins actuels, j'ai moulin à battre, rateau à cheval, moulin à scier le bois de corde, hâche-paille, etc., etc., un

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bon aqueduc de trois arpents de long seulement, alimenté par une bonne source, fournit une eau très pure pour les besoins de la maison, ainsi qu'aux étables pour tout le bétail de la ferme, c’est une commodité et une économie de temps considérable, Ainsi, Bien cher Monsieur, je vous envoie tous ces renseignements pour encourager la colonisation, Car ce que nous avons fait ici dans des temps aussi difficiles, peut être fait avec beaucoup plus de facilité à présent, et j'ai voulu montrer qu'il était facile dans notre beau Nord de faire une culture payante et sur des bases plus solides que dans le Manitoba, qui a souvent à redouter et à souffrir des mauvaises années, tantôt la gelée, tantôt l'inondation ou la sécheresse, et parce que les terres y sont

bonnes on sème grain sur grain, et quand la récolte manque

tout est perdu, tandis qu'ici avec une culture soignée, avec

l’industrie laitière, nous enrichissons nos terres, qui nous

donnent toujours de bonnes récoltes de patates et de grain,

et les bénéfices nous viennent de la vente du lard, du bœuf,

du beurre et du fromage ; c'est beaucoup plus sûr ; l'élevage

des moutons est aussi poussé avec vigueur; tout cela est

moins dangereux que si nous n’avions à compter que sur la

récolte du grain, comme dans Manitoba. Ainsi donc qu'on

ne craigne pas de pousser vers le N ord et de s'emparer des : belles terres, surtout avec un chemin qui comble es vallées

et aplanit les montagnes.

Votre tout dévoué,

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