‹ La colonisation [microforme]Chapitre 41 sur 48 · L. A. LALANDE · texte numérisé non relu

L. A. LALANDE

Hommage soit rendu à ce colon modèle, qui brille non moins par son esprit religieux que par sa science pratique.

Il y a d’autres individus plus modestes qui ont quitté les grands centres. Ils n’en sunt pas moins courageux, car ils sont partis sans ressources, et c’est parce qu'ils se sont tenus les yeux fixés sur l'avenir de leurs enfants qu’ils ont pu traverser les obstacles,

En automne 1885, il y avait là environ 25 familles, Aujourd’hui on en compte 47. Près du village, en arrière, sont les lots d’une dame Normand, de Montréal, qui y faisait faire des défrichements près des lacs Ste-Marie et

St-Joseph, dans le but de s’y établir. Son dessein était aussi d'enseigner aux enfants de la localité, mais des arrangements subséquents ont permis aux religieuses Marianites de Ste-Croix, de prendre cette grande tâche en mains. Madame Normand, qui s'est si généreusement offerte, n'en mérite pas moins l'admiration des amis de la colonisation pour son offre généreuse qu'elle aurait exécutée sans cet incident, Cependant elle n’a pas renoncé à faire bénéficier la colonie de son dévouement. Elle a dernièrement offert aux Révdes Sœurs Franciscaines de Marie, sa propriété qui est devenue l’une des plus belles du Nominingue, pour y faire des œuvres. Il entre dans le programme de cette communauté d'enseigner l’agriculture et les arts domestiques propres à former des femmes de cultivateurs.

Quelle bénédiction qu’une telle école !

J’ai remarqué dans le bois, sur le bord de la route une infinité de plantes utiles soit à l’industrie, soit à la médecine: l'Aralie, à fleurs en grappe, (anis sauvage) dont la racine charnue, aromatique est recherchée pour les plaies et comme un ingrédient recommandable dans les petites bières; la salsepareille, dont la racine infusée sert de dépuratif, (exposé à Londres en 1862) l’oseille, dont les feuilles acidulées, sont tempérantes, diurétiques et antiscorbutiques; la patience, dans les pâturages des montagnes, dont la racine est tonique, diaphorétique, dépurative et même purgative à haute dose; le plantain, dont les propriétés sont fébrifuges; la fougère, (Ptéride) si effective comme vermifuge ; la buglose, (langue de bœuf) dont les feuilles sont émollientes ; le buis, dont les propriétés sudorifiques le rendent précieux dans les affections cutanées ; la jusquiame, (tabac du diable) narcotique puissant qui produit les mêmes effets que la belladone, et qu’on emploie dans les contusions, les entorses, la goutte, l'engorgement des mamelles, etc.; la savoyanne, (Copiis

trifolia) si bonne pour le scorbut, et dont le Dr Giroux, de Québec, a extrait un excellent sirop stomachique ; le sang dragon, qui peut remplacer la rhubarbe; le capillaire, (adiante) dont on fait un sirop stomachique en usage contre lesrhumes, Ces trois dernières espèc2s ont été exposées à Londres en 1862.

Mais je m'arrête, car il faudrait tout un volume pour décrire les mille et une choses utiles répandues à profusion dans les bois. Il faudrait d’ailleurs avoir la science de l'abbé Provancher pour pouvoir les connaître. Il suffit de dire qu’il y a dans ces forêts des trésors.

I1 faudrait pourtant mentionner l’alisier, dont les fruits servent contre la dysenterie; l'érable, dont le suc est diurétique ; le frêne dont l'écorce est recommandée dans les hémorrhagies, les diarrhées chroniques, les scorbuts, les affections scrofuleuses et syphilitiques, la goutte et les fièvres intermittentes; l’aulne, qui peut remplacer le quinquina; le chêne, qui est un des astringents les plus puissants; le cerisier, dont l'écorce est fébrifuge ; l’orme, dont l'écorce est utile contre les dartres, la lèpre, les ulcères cancéreux ; le noyer, utilisé contre la débilité, les scrofules, les affections vénéneuses, les ulcères scorbutiques, et dont f'extrait de brou de noix est purgatif ; le hêtre, dont l'écorce est fébrifuge ; le bouleau, dont la sève est dépurative. Enfin tous les arbres de nos forêts qui, dans leurs feuilles, leurs racines, leur écorce, leurs sucs ou leurs fruits, offrent un remède, un soulagement aux maux de l'humanité,

Qre de ressources nos médecins pourraient tirer du règne végétal !

Je ne puis terminer cette appréciation sans mentionner les quelques plantes aquatiques qui foisonnent dans les lacs et autour, — Parlons d’abord du Nénuphar, dont les larges feuilles longuement pétiolées et charnues, échancrées en cœur, s'épanouissent à la surface de l’eau ; elles sont cicatri-

santes. Ses fleurs blanches ou jaunes sont odorantes. On prête à ses racines et à sa semence un pouvoir modérateur des désirs désordonnés. Ses fleurs sont légèrement narcotiques.

La prêle est prescrite dans l’hydropisie, la gravelle,

La quenouille (massette) a une racine astringente, et l'on peut employer les aigrettes de la massette en guise de coton dans les pansements des brûlures.

Je m'aperçois que j'abuse ; je me tais, mais avant il faut que je vous offre du thé. Le thé des bois est abondant et j'ai lu, je ne sais plus où, que sous la domination française on en faisait un grand commerce sous le nom de Gaulthéria ; ce nom lui vient de M. Gaultier de la Verendrye, qui avait découvert que cette plante possédait les mêmes propriétés que le thé du Japon.

Une plante qui abonde aussi au N'ominingue, comme partout, c'est le pissenlit qui n’est pas ce qu’un vain peuple pense. Qui dirait que cette plante qu’on foule à nos pieds soit un remède précieux? Nos habitants ne pensent seulement pas à l'utiliser. Le pissenlit (Leontodon taraxacum. L) est une nourriture saine pour les vaches, les chèvres et les moutons. L’abeille recherche ses fleurs. Il est tonique, diurétique, antiscorbutique, dépuratif.. Il convient dans la débilité des voies digestives, les affections chroniques des viscères, les engorgements de la rate, l’hydropisie, les affections chroniques de la peau, le scorbut, etc,

Qui ne connait la verge-d’or, si commune au bord des routes ? Celle du Canada (Solidago Canadensis) donne des panicules qui en pleine floraison fournissent une teinturé jaune qu’on emploie dans les campagnes. Cette plante est astringente et vulnéraire. Elle est conseillée dans les hémorrhagies internes, la dysenterie, la pierre, la gravelle, les obstructions des viscères. Arnault de Villeneuve dit qu’un gros de poudre de verge-d’or, infusé du soir au matin

On dans ur petit verre de vin blanc, et continué douze ou teur quinze jours, brise la pierre dans la vessie! Il prétend TCo- que ses feuilles et ses fleurs sur les vieux ulcères des

jambes, les guérissent en neuf jours d'application, les renouvelant soir et matin !.…

Quant aux fruits qui poussent naturellement au Nominingue, on y voit les cerises du Canada (Prunis borealis) appelée petites merises, la prune rouge, (P. Americana), les glands, (Quercus alba), les noisettes, (Corylus Americana), les fatnes, (Fagus sylvatica).

Le marquis de la Galissonnière, gouverneur du Canada, avait un mémoire contenant une liste des arbres et des plantes de l'Amérique du Nord qui méritent les honneurs de la collection et de la culture, à cause de leurs propriétés utiles. Cet intéressant écrit avait été rédigé par le fameux

mme botaniste Jean Frs. Gaultier. Où est ce mémoire ? suple On cultive du tabac dans cette région et il môûrit pieds bien, mais comme partout on ne fait pas assez atteneule- tion à sa qualité. Là aussi, comme chez la plupart n. L) des Canadiens, on s’imagine qu’un tabac n'est bon t les que quand il est très fort, C’est une erreur qui fait que le ique, tabac Canadien se vend assez difficilement dans les villes ns la et surtout à l'étranger. On prend n'importe quelle espèce, s des souvent des variétés qui ne môûrissent pas ici, ou qui se rffec- ; préparent mal. Pour le rendre fort on le sème dans un terrain très engraissé, quelquefois avec du fumier de 1 des cochon; on le fait chauffer avant de le faire sécher et la > des | dessication a lieu dans des bâtiments clos. Une pipe de ituré tabac comme ca vous renverse un caporal de garde, e est La vraie manière est celle indiquée par le Dr Genaud, y les C'est d’abord de choisir une variété précoce, qui ait le elle, temps de mûrir en Canada et qui se prépare bien. Il > dit recommande le Connecticut comme l’une des espèces les

plus convenables. J'ai déjà cultivé cette variété et je la

ne

trouve très avantageuse. Elle est très grande, mûrit vite et sèche magnifiquement bien. Son odeur est bonne, et elle est très propre à la confection des cigares.

J'ai adopté une petite variété appelée tabac canadien, Il est moins grand que le Connecticut, mais les feuilles en sont plus épaisses et plus aromatiques; et il môûrit si vite que dans les années favorables on en fait jusqu’à trois récoltes, Je ne serais pas surpris que ce petit tabac fût le petun des indigènes et je crois que c’est le même qu'on appelle tabac Quesnel.

Chose singulière, cette plante que Jean Nicot a introduite en France, et qui aujourd’hui produit tant de désastres, en rendant souvent dyspeptique, rachitique, consomptif, épileptique, cancéreux et même fou, était reconnue autrefois comme une plante qui guérissait de tous maux passés, présents, futurs, nouveaux, On ne se taisait pas sur ses effets merveilleux, et pour cela on l’appelait Herbe à la Reine, Herbe Sacrée. Il est certain que c’est un poison des plus subtil Mais administré comme remède il a des effets superbes. L'introduction de la fumée de tabac a été recommandée dans l’asphyxie, dans la hernie étranglée ; le tabac sert dans la colique de plomb, comme vermifuge, contre l’asthme, les pneumonies, les pleurésies, la paralysie de la vessie, le tétanos, la goutte, la névralgie, la gale, le prurigo, la teigne, les dartres, les poux, etc.

Pour donner une idée de la quantité énorme de tabac qui se consomme, on n’a qu'à jeter un coup d'œil sur quelques statistiques :

Les rapports de 1891 constatent qu'il s’est importé durant l’année fiscale 212,255 livres de tabac, valant $301,648. |

Er 1894 il s’est consommé en Çanada 10,002,347 livres de tabac et les droits perçus sur cette plante ‘nt été de $2,408,957.

Quelles œuvres ne pourrait-on pas faire avec une pareille somme qui s'évanouit en fumée !

Une des grandes ressources des cantons nouvellement ouverts à la colonisation est le blé sarrasin, (Fagopyrum T.) Son fruit, connu de tout le monde, ressemble à la fatne. Il demande surtout une terre meuble. Il se cultive très facilement, peut se semer tard, et fournit abondaminent une farine substantielle et bonne au goût. Quel régal que la galette de blé sarrasin pour les enfants... qui ne sont pas obligés d’en manger! Dans les grands hôtels on en fait une entrée de déjeuner quotidienne, Qu'on y ajoute un peu de levain et vous allez voir gonfler ça.

Mais cette plante est malheureusement très sensible aux influences météoriques, et elle souffre des gelées de l’automne, dont les premières se font sentir généralement à la Saint-Louis, le 25 août. Aussi ce pauvre saint Louis n’est guère en faveur chez les colons.

Quoi qu'il en soit, la gelée est un ennemi cruel du sarrasin que la proximité des lacs protége, parce que les vents y sont d'ordinaire plus humides, la brise plus forte, et que le calorique qui en sort se conserve plus longtemps. Mais le défrirhement rend plus rare les gelées précoces. Pourquoi ? Parce que l'air circule mieux et qu'il faut un temps calme pour geler en automne. “Si le vent tombe, disent les gens, il va geler cette nuit.”

Il n’y a que quelque vingt ans que l’on a au pays des moulins qui séparent de sa farine l'écorce du sarrasin,

Je me rappelle toujours M. Edouard Scallon, en son vivant de Joliette, que je rencontrai à Paris en 1862 et que je suivis en Hollande. ïl était propriétaire de moulins à bois et à farine dans cette première ville, - Ayant observé depuis longtemps que les flacons de genièvre venant de Hollande étaient empaquetés d’écorce de sarrasin, il avait projeté d'aller voir sur les lienx comment on parvenait à la

séparer de la farine, Aussi se rendit-il à Amsterdam et à Rotterdam, où il constata en même temps qu'il serait facile d'y envoyer du bois d'épinette pour fabriquer les boîtes d'emballage du genièvre, à meilleur marché qu'avec le bois de Suède qu’on y employait,

Cet entreprenant citoyen s’empressa d'adapter à ses moulins à farine des moulanges propres à séparer l'écorce de la farine de sarrasin avec laquelle on fait maintènant de la fleur très blanche,

“ Le sarrasin comparé au froment comme aliment, dit l'abbé Provencher, est dans la proportion de 100-112. Il constitue surtout un excellent engrais pour enfouir vert.”

J’ai vu des terrains épuisés et abandonnés, que l’enfouissement d’une récolte de sarrasin a régénérés. Nul doute qu’il est mieux, et même dans certains sols nécessaire, d'y ajouter de la chaux ou de la cendre, pour neutraliser l'acidité que produit tout engrais vert. Mais c’est en définitive un engrais très économique, malgré qu'il en coûte beaucou d’ensevelir une récolte qui donne des espérances.

J'ai dit que c’est un engrais économique. En effet, en semant un demi minot par arpent, soit 50 cents au plus, vous aurez à l’automne un engrais superbe. Quant à ia semaille ca ne demande pas plus de travail que le charroyage ‘du fumier, et les labours se trouvent faits pour recevoir d’autres grains.

“ Le sarrasin, dit M. Landry, dans son excellent traité d'agriculture, est une plante étouffante, c’est-à-dire qu'il nettoie le sol des mauvaises herbes, étouffe leur croissance par la rapidité et la vigueur de la sienne.”

M. Landry y donne d'excellentes leçons sur la manière de cultiver, récolter et battre le blé sarrasin, lecons peu connues et qu’il serait à propos d'étudier pour faire produire à cette plante de 40 à 45 minots l'arpent,

La paille de sarrasin forme une excellente litière, et elle

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Je ne puis quitter le sarrasin sans parler de la sarrarène. C'est une plante dont on a beaucoup parlé ces temps derniers, parce qu'elle est considérée comme spécifique contre la picotte. Elle était jugée telle dans un temps assez reculé,

Voici ce que dit une note signée M. .::archand, à 1a p. 26 des mémoires de la société historique de Montréal, huitième livraison, Voyage de Kalm en Amérique : — “ Le Dr Michel Sarrasin, savant naturaliste, né à Nuits, en France, en 1659, décédé à Québec en 1734. C’est lui qui découvrit la Sarracène, genre de plante d'Amérique, toute marécageuse, à fleurs éclatantes, remarquables par la conformation de ses feuilles. Le Dr Sarrasin, en ayant envoyé, de Québec, un pied au célèbre botaniste Tournefort, celui-ci lui dédia la plante, qui, prise pour type, a donné son nom à toute la famille des Surrasénées..… On soutient aujourd’hui que la Sarracène est un antidote du virus de la petite vérole.”

“Les vases que forment les petioles peuvent contenir souvent plus d’un demiard de liquide, ils sont ordinairement remplis d’eau et d'insectes qui s’y sont noyés. La singulière conformation des feuilles de cette plante et la bizarrerie de son aspect, ont souvent engagé des amateurs à la cultiver par curiosité. (Les plants frais ressemblent à un poisson, quelques-uns ont la forme d’un petit cochon.) Il faut les placer dans des endroits très humides, ou encore même dans un petit marais factice que l'on couvre de mousse.”

On a fait beaucoup d'usage de cette plante pendant la dernière épidémie; mais tant de moyens préventifs ou curatifs étaient employés en même temps qu'il serait difficile d’en constater les effets. Quoi qu’il en soit voici le mode d'emploi: Prenez une once de feuilles et racines,

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