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construire à la suggestion du Rév. P. Nolin, S. J., qui par là voulait relier le Nominingue au C. P. R., à Papineau ville,
Ce chemin qui communique aux cantons Lesage, Gagnon, Preston, Hartwell et à la seigneurie de La Petite- Nation, longe “ La Petite-Nation,” qui a sa source près du Petit Nominingue dans une série de lacs dont l’un des principaux est le lac Hallewyn, ci-devant “ Lac des Isles.”
Cette rivière est flottable dans tout son parcours et navigable en certaines parties surtout sur le lac Thérien, qui est à 737 pieds au-dessus du lac.St-Pierre.
Les cantons Lesage et Gagnon sont peu habités surtout celui de Lesage. Pourtant ils sont admirables,
Il y a actuellement d’arpenté dans Lesage 27,870 acres et dans Gagnon 11,628.
Le terrain est généralement lézer, cependant il y a une bonne partie de Lesage en terre argileuse. Les bois m'ont paru splendides, surtout les érables.
La Petite-Nation après avoir quitté le lac Thérien se dirige du côté de l’Ottawa, en traversant un autre beau lac, # Le lac Simon” du nom du sauvage nommé Simon ou Le Canard Blanc, qui y occupe une île assez belle pour être enviée par beaucoup de riches amateurs, Elle a quelques cents arpents en superficie, Sur cette isle il y a une montagne et sur cette montagne un lac qui renferme luimême d'autres Îles.
Les lacs fournissent à la Petite-N ation des eaux diverses, :
Ce sont entre autres le lac Vert, le Grand et le Petit lac Long, le lac Simon, le lac Poisson-Blanc, le lac des Sables, le lac Iroquois, le lac Chevreuil. L'un des plus considérables, est le lac des Sucreries, dont la décharge se précipite d’une hauteur de près de cinquante pieds, en faisant un tumuilte ravissant que l’on entend à plusieurs milles. A cet endroit il y a de puissants pouvoirs d'eau. La compagnie
des Edwards y a fait construire des glissoires pour permettre aux biliots venant de la région du lac aux Sucreries de s’engouffrer symétriquement dans la rivière, et éviter ainsi l’entassement (jam.)
Presque tous les lacs qui paient le tribut de loves: eaux à la Petite-Nation ont été endigués de manière à conserver leurs eaux pour les temps de sécheresse, et à ménager ainsi une voie toujours assez profonde pour porter le bois flottable.
Aussi que de richesses ces dociles véhicules n’ont-ils pas transportées aux scieries de la Petite-N ation et de l'Ottawa et de là au monde entier!
Le pin a été en grande partie exploité, mais il existe encore dans toute cette vallée des quantités considérables d’épinettes, de pruches, de cèdres, de sapins. Le bois franc, qui ne flotte pas, y domine presque partout, attendant la voie ferrée pour aller à son tour orner les maisons des villes ou réchauffer les appartements des citadins,
La compagnie des Edwards possède une grande ferme que les habitants appellent “ La Concerne ” à la tête du lac Simon ou Barrière,
Le gérant de cette ferme est un M. Heny Rice, dont tout le monde reconnaît le grand esprit de justice vis-à-vis les Canadiens-frauçais, qui composent en grande partie le personnel de l'exploitation, comme les plus propres à ces. travaux du buchage, de l’équarrissage et de la drave. Cette compagnie rend de véritables services anx colons qui peuvent, lui vendre tous leurs produits et pour laquelle ils peuvent tous les hivers, être employés au mois ou à la corde ou à la pièce à couper des billots ou des traverses de chemin de fer, car cette société fournit aux différentes compagnies de chemin de fer ces pièces, qui sont généralement en pruche, et à la maison Eddy, de Hull, du sapin et de l’épinette peur la pulpe de papier,
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Du Nominingue au lac Thérien nous traversons en pleine forêt vierge, les cantons Lesage et Gagnon.
La main de l’homme a cependant fait sa marque dans cette forêt ou aucune habitation n’annonce la vie humaine. Outre la rouié qui la perce et le chemin des chantiers qui la sillonne, des coups de hache ont laissé sur quelques-uns des géants de larges cicatrices pour marquer que la ligne d’un canton ou d’un rang ou d’un lot y passe. Ces arbres ainsi marqués attestent authentiquement le passage de l’arpenteur et une éclaircie nous indique les bornes sacramentelles, N’y touchez pas, car elles existent de par la loi et il y aurait délit à les reogler, à les avancer ou à les pencher.
Enfonçons-nous dans cette forêt, ŒEcoutons. C'est la
décharge d’un lac qui maugrée en se buttant sur les roches ou qui ricane en caressant les herbes de la rive. Les eaux sont basses, mais attendez qu’elles se gonflent ou que les estacades s'ouvrent, et alors elles deviennent majestueuses et fières, méprisant tout sur leur passage. Alors plus de doux murmures, plus de minauderies; elles ren-
-versent, elles bousculent et il fvut alors que l’industrie
comme ces agiles cowboys des prairies, sache les dompter en les attelant à son char qu’elle charge des richesses des forêts. (Ces pauvres tronçons, débris de la forêt, semblent g'accrocher aux rochers du rivage ou aux cailloux du lit pour ne pas fuir si tôt le lieu de leur croissance. comme ces pauvres nous-mêmes ! Semblables à ces taureaux mugissants qu’on mène aux abattoirs, ces dociles êtres sans malice auxquels on a déjà coupé têtes et pieds, et qu’on pousse, qu'on décroche et qu'on pique, s’en vont en marche solennelle vers les scieries qui les attendent les dents effilées, pour les éventrer et les tailler en pièces. Les uns par tronçons feront des madriers, les autres des planches, quelques privilégiés resteront en plançons et mis en cageux,
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destinés qu'ils s°-£ à se coucher en qualité de poutres ou de solives daus le mortier des fondations de quelques édifices, Que de dépenses ne nécessite pas cette industrie fores. tière. Des centaines d'hommes payés de $18 à $25 pa mois, nourris et bien nourris, sont occupés à couper, équarrir, charroyer, empiler, pousser à l’eau, conduire ces millions de pièces, et pourtant les bourgeois de ces chantiers font généralement des fortunes colossales, Ces marchands de bois obtiennent du gouvernement la coupe du bois dans certaines limites à des conditions prévues par la loi Mais ces con. ditious sont faciles et même quand elles sont remplies, il ont une marge aggez large pour y asseoir leur fortune,
Le sol du canton Lesage m'a paru excellent à en juge. par la coupe du chemin, et la terre des racines des arbres tombés et la qualité du bois. J’y ai remarqué des bois d’une grosseur peu ordinaire. Le bois franc y domine.
Le cantons Gagnon n’est pas moins avantageux, Mais ici la civilisation y a mis le pied. Quelques colons y ont pénétré. Le premier, en venant de Lesage, est Maxime Dumoulin, homme d’une intelligence remarquable, avec une certaine éducation, Il s'est fixé depuis quatre ans à l’embouchure du lac Long sur lequel il a vue dans toute sa longueur, qui est de douze milles. Il y a défriché 60 arpents de terre qui sont en culture. Son plus proche voisin est à 4 milles et l’autre à 17 milles. Pourtant il n’a pas l'air de s’ennuyer avec ses dix enfants et leur mère, C'est d’ailleurs l'auberge non licenciée des voyageurs qui se. laissent attarder, Et si vous voulez manger une bonne omelette au lard ou une Lonne truite frite aux oignons, c'est dans sa cambuse où, quand nous y sommes passés, l’un de ses fils passait sa lune de miel.
Si vous nous envoyez des colons, me dit-il, je me ferai un plaisir de leur montrer les bonnes terres de ce canton et il n’en manque pas.
En effet ce canton Gagnon est exceptionnellement favorisé et par l'excellence de ses terres et par le site qu'elles occupent près des lacs et des rivières, dont la principale est la “ Petite-N ation ” qui le traverse.
J'ai gardé un bon souvenir de ce colon Dumoulin et de sa femme, qui a bien sa grande part de mérite dans cette œuvre gigantesque d'élever et d'établir une nombreuse famille, Quel poëte chantera le merveilleux dévouement de ces femmes de nos pionniers, qui jour par jour s’immolent et se consument sur l’autel de la patrie et de la religion pour leur enfanter des enfants dignes de tous deux. Et pourtant, ces femmes d'élite, vous les voyez toujours gaies, toujours polies, et, disons-le, heureuses, parce qu'elles ont le témoignage du devoir accompli et conscience de la sablimité de leur mission.
J'ai passé trois semaines au bord de ce grand lac Thérien trois semaines de repos, quoique toujours agité à la chasse! à la pêche et aux défrichements,
Combien j'ai admiré cette riche nature, cette belle nappe d’eau, ces îles coquettes, ces bords enchanteurs, couverts de ces arbres dont la plupart se penchent pour se mirer dans ces eaux quelquefois agitées quand elles sont fouettées par le vent qui les pousse sur les roches usées,
Oh ! alors si vous aimez les émotions, vous pouvez vous jeter dans un canot d’écorce qui est là sur la rive et voltiger sur la vague comme res mouettes là-bas, au large, qui s’y balancent gracieusement, Mais méfiez-vous, car dans cette nacelle autant vous êtes en sûreté si vous savez vous y tenir, autant vous êtes en danger si vous êtes nerveux.
Aussi la grève atteste-elle de la force de ces eaux par les débris qu’elles y. poussent continuellement, Quelques-uns sont des billots échappés à la gaffe du voyageur et qui semblent avoir voulu se reposer dans leur course vers le fleuve, ou même se cache nour se soustraire au sort qui les
attend, Quelques-uns méprisés pour leurs vices ont été rejetés et s'accrochent à la roche qui les rejette menrtris à d’autres roches, auxquelles ils s’attachent quelques temps pour être repoussés par Ja vague qui les lèche et les difforme,
J'ai remarqué parmi ces épaves d'immenses pins et de longues épinettes troués à chaque bout, et qui ont servi à faire sur le parcours des booms ou chaînes d'arrêt à retenir le bois flottant, et qui, une fois leur service fini, ont été abandonnés à leur sort comme des êtres inutiles. J'en ai recueilli trois de cinquante pieds de longueur que j'ai liés côte à côte, amarrés aux souches de la rive et j'en ai fait un quai superbe de solidité et d'originalité, entouré au’il est de grosses souches dont moitié des racines plonge à l’eau et moitié sert de garde-fous à ce quai flottant.
Que d’heures j'ai passées à contempler ceti: masse mobile, calme ou agitée, mais toujours se renouvelant et toujours la même, qui :nugit ou murmure selon le vent, mais qui toujours caresse le flanc de son lit garni de souches déracinées, de roches, de gaules effilées, de tronçons brisés. Les uns ressemblent à des guerriers cuirassés gisant sur un champ après la bataille où se croisent caissons, canons et combattants. Les autres dont la crinière déchirée et en partie ensablée fait l'effet de redoutes à meurtrières derrière lesquelles des canons sont braqués. (Celui-là, làbas, a l'air d’un cerf au panache redressé, (C’est un pin déraciné de la rive, qui s’est jeté là pour y voir défiler des générations, car à son apparence il y est depuis bien des années. Il faut les voir, ces grandes cornes ou ces grandes pattes qui ressemblent, les unes aux crocs des éléphants, les autres aux sucoirs de la pieuvré. Et qui voudrait s'en donner là peine, ferait de ces souches déracinées, une clôture infranchissable à la chèvre la plua insolente, qui pourtant se moque des clôtures ordinaires.
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Quoique ces cantons aient été exploités par les marchands de bois il ne faudrait pas croire qu'il n’y en a plus. Jusqu'à présent ils n'ont à peu près pris que le pin, mais il reste encore l'épinette, le sapin, la pruche et le bois franc, qui domine un peu partout, et par une loi sage, le choix d’un lot par le colon le sort des limites du marchand de bois, qui n’y peut prendre du bois que jusqu’à mai suivant, J'ai dit ailleurs combien quelques espèces sont précieuses pour en faire des boiseries, des meubles, de l’ébénisterie, Mais je le répète, il faudrait que chaque cultivateur conservât sur sa terre un bouquet d’érables qui lui rapporterait plus que n'importe quelle culture.
Il y a aussi sur plusieurs des lots qui avoisinent les lacs des mines de différentes sortes, On en voit des traces un peu partout ; mais la mine la plus riche, la plus sûre est dans l’agriculture elle-même, La richesse de ce sol est incomparable puisque depuis des siècles les arbres y éposent leurs dépouilles, pour en reprendre une partie sans doute, mais en laissant un surplus chaque année, On remarque une couche d’humus de plusieurs pieds, qui suffrait pendant des années à alimenter n'importe quelles céréales, quels légumes ou fruits. Tous les grains y peuvent venir, même le blé, quoique ce terrain soit généralement léger. J'ai remarqué cependant dans Lesage de belles couches de marne. Ce sol, qui est généralement à pente douce et naturellement égoutté, se prête admirablement à la culture et à l'élevage, bordé qu'il est de lacs et de rivières et muni de sources vives que des aqueducs peuvent conduire en tous points à une ferme. Que n'y élève-t-on le mouton et la chèvre que peuvent parquer une clôture en souches,
A propos de souches, outre qu'on peut s’en servir comme haies infranchissables, j'ai utilisé celles qui tiennent au sol comme vases rustiques en mettant à leur extrénié décomposée un peu de terreau dans lequel j'ai semé des graines de concombre, de melon, etc., qui ont produit à merveille,
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