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quement, tel fut le but poursuivi. On travaillait alors à tracer une route de Mostaganem à Arzew et d’Arzew à Oran. Sur ces deux routes s’échelonneront les futurs centres allemands ; on choisit la Stidia à 4 heures de Mostaganem et Muley-el-Magoug (appelée plus tard Sainte-Léonie du prénom d’une fille du Maréchal Bugeaud), à 7 kilomètres d’Arzew. On songea même à mettre quelques familles à Aïnel-Djer, à trois lieues d'Oran, mais, comme en ce moment le pays n'était pas sûr et que les villagés devaient être assez peuplés pour pouvoir se défendre au besoin eux-mêmes pendant quelque temps, on s’en tint aux deux premiers : la Stidia recevrait de 80 à 90 familles, Muley-el-Magoug 40.
. Les bataillons furent envoyés sur ces deux points vers la fin de septembre. Celui de la Stidia y arriva le 26, sous le commandement du lieutenant-colonel Bosc. Le Maréchal aurait bien voulu donner la direction des travaux au colonel Marengo, mais, depuis les incidents - de l’haouch Skaladji (1), cet officier, estimant qu’on ne l’avait pas compris, s'était renfermé dans ses fonctions militaires et aidait simplement les Trappistes. Tout le matériel qu'il avait réuni avait été remisé après l'achèvement des villages du Sahel dans les magasins de la Direction civile de la colonisation où, en peu de temps et faute de soins, il était devenu inutilisable. Aussi, devant le refus du colonel Marengo, on choisit le colonel Bosc et on lui laissa toute initiative pour s'organiser comme il l’entendait.
Les travaux commencèrent effectivement en octobre. Ils furent poussés avec rapidité, car les Allemands étaient déjà arrivés à Mersel-Kébir ; provisoirement, l'autorité militaire les avait logés tant bien que mal dans des cabanes, au bord de la mer, près du port ; mais, eux, avaient hâte de connaître leur futur village. Quelques-uns, des ouvriers d’art, furent dirigés de bonne heure sur la Stidia et prétèrent leur concours aux soldats. Il fallait cependant laisser au bataillon le temps de s’installer, d’édifier des baraques pour abriter les soldats et leur matériel. On construisit aussi des fours à chaux et un four à brique. À peu de distance de la Stidia, on découvrit des gisements de gypse pour fabriquer le plâtre, des banes d’argile excellente pour faire des tuiles et même des poteries et de la vaisselle, des carrières de pierre calcaire pour extraire des moellons. Au début, tout alla bien ; l'occupation, nouvelle pour les soldats, leur plaisait, En ren-
(1) Voir plus loin quelques détails sur ces incidents dans le chapitre consacré à l'Emploi des condamnés militaires : Système Marengo.
dant compte au Ministère des premiers travaux qu’il n’a pas encore visités, Bugeaud parle à nouveau des grandes ressources qu'offre l'armée d'Afrique pour l'exécution de toutes les entreprises d'utilité publique :
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Je vous ai dit (1) souvent qu’elle était le premier instrument de la colonisation et qu’elle était organisée de manière à former le plus puissant atelier de tra- vail, qu’il ne s'agissait que de savoir s’en servir. On trouve dans son sein des officiers pour l'entente des travaux et leur direction, des ouvriers de toute nature pour les exécuter, et la discipline qui fait marcher tout cela sur des roulettes. L'Etat n’a point à créer un personnel extraordinaire pour l’administration et la direction des travaux, personnel qui absorbe une grande partie du fond destiné à la colonisation. Ici, rien n’est détourné de la production directe. Les officiers n’ont que leur traitement ordinaire. Et quelle immense facilité nous avons trouvée à organiser immédiatement l'installation des Prussiens ! S'il eût fallu employer les moyens civils, on aurait mis trois mois à se préparer et l’on aurait demandé la création de plusieurs agents.
On est au 12 novembre. Le Maréchal a hâte de parcourir les chantiers. Il s’y rend le 30 de ce mois et consacre sa journée entière’ à tout visiter. Le soir, à dix heures, encore sous l’impression de ce qu’il a vu, il écrit au Ministre et lui exprime la vive satisfaction qu'il a éprouvée à se rendre compte de l’état d'avancement des travaux et des dispositions paternelles et de bonne administration prises par l'autorité militaire à l'égard des malheureuses familles allemandes. L’enceinte de cet immense village est faite aux deux tiers, une bonne route a été pratiquée par les soldats presque jusqu’à la mer ; par là, on recevra les bois de construction. |
Le bataillon (2), chargé des travaux, a fait un beau jardin qui est déjà presque tout ensemencé, en vue de fournir aux Prussiens beaucoup de plans de légumes. La plupart des jardins des colons commencent à être en culture et on remarque déjà quelques semences levées. Enfin, environ 240 hectares ont été ensemencés en orge et en blé par des corvées arabes sous la direction du Bureau arabe de Mostaganem.
Plusieurs maisons sortent de terre ; deux sont prêtes à recevoir la couverture. Cependant, le moins avancé de tous les travaux entrepris est la construction des maisons, car il a fallu cuire la chaux et extraire la pierre. Quelque activité qu’on y mette, on n’achèvera pas avant quatre mois les 100 bâtisses prévues. A fin d’aller plus vite, Bugeaud
(1) Bugeaud à Moline de Saint- Yon : 12 novembre 1846. Archives de la colonisation algérienne : dossier de la Stidia (A.G.G.A.)
(2) Bugeaud à Moline de Saint-Yon : 30 novembre 1846. Archives de la colonisation algérienne : dossier de la Stidia (A:G°C À.).
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décide sur place de substituer à la couverture en tuiles la couverture en terrasse à la manière des maisons mauresques.
Le grand avantage (1) de cette méthode est que, plus tard, les familles, quand elles auront quelques ressources, pourront élever leurs maisons d’un étage et que la terrasse actuelle pourra servir de plancher à cet étage. Si l’on eût continué à couvrir en tuiles, il aurait fallu des bois plus longs et l’on eût été contraint de faire venir des tuiles d’Espagne ou d’attendre fort longtemps la fabrication de la tuilerie que nous avons établie sur les lieux, tandis que l’on aura tout de suite les terrasses et qu’elles coûteront moins que les tuiles.
Trois jours après, il visite avec autant d'attention le second village prussien de Muley-el-Magoug près d’Arzew. Les travaux y étaient moins avancés qu'à la Stidia, parce que l’on avait commencé un peu plus tard, mais ils marchaient bon train et la même ardeur animait les soldats et les officiers.
Le Maréchal ne devait plus revenir à la Stidia, mais il tenait à être exactement renseigné. Il le désirait d'autant plus que l'expérience, faite dans ces deux villages et confiée exclusivement à l’armée, lui paraissait venir à l’appui de son projet des camps agricoles.
\ Je vous ferai (2) remarquer que ce qui se fait pour la colonisation des Prussiens
est exactement ce que je voudrais faire pour installer les colons militaires. Pen-
dant que céux-ei iraient en congé chercher leurs femmes, des bataillons créeraient leurs villages.
Aussi le général d'Arbouville, commandant par intérim de la province d'Oran, s’empresse-t-1l, le 13 mars 1847, au retour d’une inspection qu’il vient d'effectuer dans les villages, de lui donner des nouvelles. La Stidia progresse rapidement. « Les travaux, dit-il (3), «ont été poussés par M. le lieutenant-colonel Bose avec le plus grand «zèle et beaucoup d'intelligence. Trente maisons sont terminées et «habitées ; douze sont en cours d'exécution. Le village entier, ajoute- «t-il, qui sera composé de 80 maisons, sera terminé dans trois mois «avant la grande chaleur». Sainte-Léonie progresse également.
Depuis quelque temps déjà la population allemande avait été transportée à la Stidia et à Sainte-Léonie ; à Mers-el-Kébir, elle se perdait, dit un rapport, dans l’oisiveté, le découragement et aussi la débauche. Installée aux nouveaux villages, elle serait du moins
(1) Bugeaud à Moline de Saint-Yon : 30 novembre 1846. Archives de la colonisation algérienne : dossier de la Stidia (A. G. G. A.) .
(2) Même lettre.
(3) D’Arbouville à Bugeaud : 13 mars 1847. Archives de la colonisation algérienne : dossier de la Stidia (A.G.G.A.).
occupée. Pour abri, on lui offrit des baraquements en planches ; les familles s’y entassèrent et là, malgré quelques séparations, l’on vécut dans la promiscuité la plus complète. Bien plus, hommes et femmes, jeunes filles et garçons, enfants même, furent employés aux travaux les plus urgents contrairement aux recommandations de Bugeaud. Cette vie en commun, cette vie de camp, aggrava la débauche et favorisa la prostitution. Le mal devint d’ailleurs si profond et si éclatant que l’autorité militaire fut obligée d'intervenir en adressant des remontrances énergiques aux chefs de famille et en infligeant quelques punitions aux soldats.
Le village ne fut d’abord qu’une caserne ; les colons devant être nourris aux frais de l'Etat à cause de leur extrême dénuement, l’ordinaire fut établi en commun ; chaque famille eut sa gamelle, à l’anse de laquelle était fixée une plaque qui portait un numéro matricule, la gamelle contenait autant de rations qu'il y avait d'individus dans la famille. Détail plus déconcertant ! Il semblait naturel de charger les femmes de la cuisine, ne fût-ce que pour les soustraire à l’oisiveté ou pour ne point les astreindre aux dures corvées du dehors. Les chefs en jugèrent autrement : des soldats, probablement fort experts dans l’art culinaire, apprêtèrent les repas sous la direction compétente d’un officier.
Combien de temps fut imposé cet ordinaire en commun, l’histoire ne le dit pas précisément. Ce que l’on sait, c’est que les distributions de vivres.et de légumes furent continuées jusqu’au 1°" octobre 1847. Mais la vie de camp dura plus longtemps encore. Le général d’Arbouville estimait en mars qu’on terminerait les travaux en juillet ; à ce moment, ils étaient loin d’être achevés. Bugeaud venait de quitter l'Algérie et, peut-être, les officiers et les soldats, ne se sentant plus surveillés et trouvant la tâche trop longue, n’y apportèrent plus le même zèle. En outre, l’arrivée des grandes chaleurs fut une autre cause de ralentissement ; toujours est-il que les soldats furent maintenus pendant toute l’année 1847 et une partie de 1848 dans le village de la Stidia.
Lorsqu'ils le quittèrent, la Révolution avait renversé la Monarchie de Juillet. Le comité, chargé des affaires de l'Algérie à l’Assemblée Nationale, désira être renseigné exactement sur l’état de la colonisation en Afrique ; une enquête fut done ouverte, un rapport circonstancié établi (1) et l’on doit à ce document d’avoir des détails come plets sur l’œuvre de l’armée à la Stidia. É
(1) Ce rapport est joint au Dossier de La Stidia.
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Dans le village, les maisons sont terminées ainsi que les bâtiments -d'utilité publique. On y comptait 66 maisons de colons sans mur de refend, habitées par les immigrants prussiens ; 8 sur le même modèle avaient été concédées à deux sous-officiers et un.grenadier du 32 qui s'étaient mariés à des jeunes filles allemandes ; 11 avec mur de refend abritaient chacune deux petits ménages. En tout, 80, maisons furent construites. Ajoutez à cela un presbytère, une maison d'école, une mairie, une chapelle provisoire, puis une fontaine, un lavoir, un abreuvoir, une conduite d’eau de 230 mètres, un canal d'irrigation de 450 mètres. Ce n’est pas tout : les soldats avaient creusé un large fossé d'enceinte avec quatre chevaux de frise pour en fermer les ouvertures, tracé une route de 1800 mètres, installé une briqueterie, une tuilerie, une poterie, ouvert des carrières de pierre de taille, de moellons, de plâtre. Par cette énumération, on peut juger du travail de ces deux années.
Ainsi, dans un délai plus long sans doute que celui qui avait été fixé par le Maréchal, et avec des dépenses supérieures elles aussi à celles qu'il avait prévues (213.198 franes, soit 2.700 francs en moyenne par famille), le centre de la Stidia, œuvre d’un bataillon de soldats, affirmait en cette Oranie la puissance colonisatrice de l’armée. D’autres exemples de ce labeur fécond pourraient être donnés, notamment la création de fermes à Orléansville, à Sétif, à Philippeville, mais aucun n’est comparable à celui des villages allemands de la province d'Oran :
L'armée, concluait triomphalement Bugeaud (1), est, à mon avis, le moyen le
plus large, le plus économique, le plus avantageux, de fonder la colonisation civile.
IT Emploi de l’Armée aux cultures .
Qu'il fût le plus avantageux et le plus économique, le doute était au moins permis, mais il semblait bien être le plus large à ce moment ; car, des 100.000 hommes que comprenait l’armée, combien ne pouvait-on pas utiliser sans compromettre la sécurité de la colonie ? Combien auxquels les travaux manuels étaient familiers et surtout:
: les travaux des champs ? Si, sans difficulté, les autorités militaires
(1) Bugeaud : De la colonisation de l Algérie (brochure de 1847). Page 33.
NE
avaient su en quelques jours ou en quelques semaines improviser des terrassiers, des charpentiers, des maçons, combien ne trouveraient-* elles pas de soldats-laboureurs, heureux de déposer momentanément le fusil pour conduire à nouveau la charrue ? L'armée française, l'infanterie surtout, était composée en majeure partie de prolétaires, de fils de fermiers, de métayers ou d'ouvriers agricoles. Ces paysans, qui avaient appris dès leur bas âge à cultiver la terre et à l'aimer, auraient tôt fait de fertiliser le sol africain inculte, mais fécond. L'armée a donné l’exemple de bien des initiatives ; elle doit aussi donner celui de la culture, non pas de la culture mesquine et hésitante des colons des environs d'Alger, mais de la culture étendue et vigoureuse. Elle aménagera des jardins autour de ses camps, établira plus loin de grandes fermes ; elle aura ses faucheurs, ses laboureurs, ses moissonneurs ; elle plantera des arbres, sèmera des grains, coupera les foins. Et, si même il faut venir en aide aux pauvres colons civils, impuissants à mettre en valeur leur concession, trop faibles aussi pour tirer de leurs terres non défrichées les ressources nécessaires à leur propre existence et à celle de la famille, les soldats leur prêteront l’aide de leurs bras vaillants. Le tout est de ne pas laisser plus longtemps sans culture cette terre vierge, ne serait-ce que pour montrer à la France que l'Afrique est féconde et nourrit ses vainqueurs, et que l’armée qui peut tout entreprendre doit en tout réussir. Dans l'esprit de Bugeaud, | les termés d'armée, de colonisation et de culture sont indissolublement liés et, au fond de tous ses raisonnements, est compris ce syllogisme initial : l’armée est nécessaire à la colonisation, il n’y a pas de colonisation sans culture, donc l’armée doit cultiver.
Dès le 21 avril 1841, Bugeaud, étendant un arrêté de son prédécesseur, attribue aux troupes établies dans les camps permanents trente hectares de terrains propres à la production. Le lieutenant-général, vicomte Schramm, leur en avait déjà concédé cinq ; et il avait fondé sa décision sur ce qu’il importait «aux intérêts (1) de la population, Caux progrès de la colonisation, et au bien-être de l’armée, d’em- Cployer dans une juste mesure la puissance d'association qu’elle «présente par son organisation et sa discipline, à la culture d’une «certaine étendue de terres situées à proximité des camps perma- Cnents». Bugeaud justifie la sienne bien plus énergiquement par un principe ét par un fait. Le principe, c’est la colonisation militaire dont les camps actuels seront les centres et qui « par le travail métho-
(1) Arrêté du 3 février 1841. Moniteur Algérien du 9 février 1841.