‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 9 sur 77 · ÉTAT · texte numérisé non relu

ÉTAT

mètres et l’autre de 80, le premier tout en maçonnerie (Route de Mostaganem à Orléansville) ; pont sur la Tafna, de 70 mètres ; pont sur la Mouila, de 50 mètres (Route de Tlemcen à Lalla-Marnia). D’autres encore furent entrepris et achevés malgré l’acharnement et la continuité de la lutte, engagée contre Abdelkader.

Quoique à ce moment la province de Constantine ait été relativement peu agitée, ou peut-être à cause de cette tranquillité relative, on y construisit moins. Les services civils dirigèrent l'établissement du pont sur le Safsaf et l'artillerie fit jeter le pont sur le Rhummel. Encore ici, on fit appel à la main-d'œuvre militaire. Autre pont achevé par les soldats, celui du Bardo (Route de Constantine à Bône).

De tous ces travaux, nous n’avons cité que les plus considérables. Combien d’autres, moins longs mais tout aussi utiles pour la facilité des communications et des transports, furent encore et toujours l’œuvre de l’armée ! Œuvre imparfaite, objectera-t-on, œuvre provisoire ! Sans doute, on allait au plus pressé pour les ponts comme pour les routes. Le mode généralement employé fut le système à l’américaine avec piles en maçonnerie et le reste en charpente. Il offrait, personne ne l’ignore, des inconvénients sérieux à cause de la facilité avec laquelle les Arabes les détruisaient en les incendiant ; lors de la grande insurrection de 1845, les émissaires d’Abdelkader brülèrent en effet presque tous ceux de la province d'Oran, soit pour échapper à la poursuite de nos troupes, soit pour empêcher leur concentration. Aussi, à partir de 1846, on abandonna le système américain et on construisit les ponts entièrement en maçonnerie. Il est vrai de dire qu’à cette date les longues opérations de guerre étaient terminées et que, pour une œuvre plus durable, on pouvait prendre tout son temps et disposer des troupes nécessaires,

Que n'obtenait-on pas de cette armée ? Déjà avait été faite par le colonel Marengo la démonstration que les soldats et les condamnés militaires étaient capables de bâtir des maisons pour les colons et d’édifier un monastère et une ferme pour des religieux. Ne sauraientils point créer un village complet avec ses rues, ses maisons, ses bâtiments publics et aussi avec ses murs d’enceinte, ses fossés, ses tourelles et son parapet extérieur ? Le gouverneur n’en doute pas et, sur son ordre, des bataillons se mettent à en fonder deux pour des immigrants allemands, à la Stidia et à Sainte-Léonie, dans la province

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d'Oran. Le premier, “fut le plus important et il nous est aussi le mieux connu par les lettres de Bugeaud.

Aux mois de septembre et d'octobre 1846, près de 900 ee des deux sexes furent transportés par les soins du gouvernement français en Afrique et débarqués à Mers- el-Kébir. Originaires, la plupart, des environs de Trèves, tout près de la frontière lorraine, ces émigrants s étaient rendus à Dunkerque sur l'assurance de courtiers marrons qu’un navire les conduirait au Brésil à peu de frais. Ils avaient réalisé leur modeste avoir et attendaient impatiemment de partir. Mais les courtiers, révenant sur leurs promesses, exigèrent un prix de passage très élevé. Beaucoup ne purent payer et s’embarquer ; cependant, ils ne se décidaient pas à regagner leur pays natal. Peu à peu leurs faibles ressources s’épuisèrent ; ils devinrent un sujet d’embarras et d'inquiétude pour la municipalité de Dunkerque. Quelqu'un leur parla de l’Afrique et ils adressèrent une pétition au gou: vernement français à l’effet d'obtenir le passage gratuit pour l’Algérie. 2. |

Contrairement à ce que l’on a cru et à ce qui a été publié, le Ministre de la guerre n’était pas d'avis d'accueillir cette demande ; il objectait la composition des familles, l'insuffisance de leurs ressources, les frais considérables de transport. Le conseil des Ministres fut saisi de la question ; le lieutenant-général de Lamoricière consulté assura que les étrangers trouveraient à se placer à Oran, soit comme de sim-

ples ouvriers, soit comme concessionnaires. Le Conseil se prononça donc pour l’envoi de ces immigrants en Afrique aux frais de l'Etat, et le Ministre Moline de Saint-Yon annonça cette décision au Gouverneur par lettre du 4 juillet 1846. En même temps, il pressait le départ de ces Allemands, attendu qu’ils encombraient les quais de la ville et que d’autres paysans de la Prusse rhénane étaient venus les rejoindre à la nouvelle de la mesure gracieuse prise par le Ministère francais ; au moment de l’embarquement, on compta 869 individus. Bugeaud était à Paris, lorsqu'il reçut communication de la déeision du Conseil. Il l’apprit non sans inquiétude et sans dépit. Il eût mieux valu selon lui «faire (1) les mêmes frais d'installation et d’ali- «mentation pour des familles françaises et surtout pour un certain «nombre de ces braves sous-officiers et soldats qui s’offrent pour colo- «niser le pays qu’ils ont conquis». On reconnaît là une des idées qui lui étaient chères ; mais la décision était irrévocable.

(1) La lettre est jointe au Dossier de la Stidia. Archives de la colonisation algérienne. A. G. G. A.

Comment installer cette population en Afrique ? Bugeaud ne se dissimule pas que le gouvernement français, en la transportant sur le sol algérien, a contracté « l'obligation de pourvoir à ses besoins pré- «sents et d’assurér son existence future». Or, elle est très misérable et de plus renferme beancoup d'enfants. Se contenter °e donner au chef de famille les secours en matériaux et en argent, que l’on accorde au nouveau colon, serait insuffisant ; car ils n’ont rien que leurs bras. Encore Bugeaud n’est pas d'avis d'employer ces bras à la construction des villages ; il vaut mieux, à son avis, les appliquer immédiatement à la culture des terres pour permettre à ces pauvres familles d'assurer leur subsistance en grains. Il ne faut pas songer non plus à confier cet aménagement aux civils qui iraient lentement et dépenseraient beaucoup. L'armée est là, la grande travailleuse ; elle ne

demande qu’à se dévouer, à édifier des villages comme à percer des routes.

Les soldats français seront done appelés à préparer le logis des Allemands. Dès que la diminution des chaleurs rendra les travaux moins dangereux pour les troupes, un bataillon ira occuper chaque localité ; il sera chargé de la construction de tout le village ainsi que des travaux d'utilité publique les plus urgents dans les environs.

On l'y maintiendra aussi longtemps que tout ne sera pas achevé :

Il faut, ordonne Bugeaud dans ses instructions au général de Bar, gouverneur par intérim (1), que le chef de bataillon, les officiers et les soldats attachent leurhonneur et leur patriotisme à la prompte réussite de cette œuvre qui ne sera pas moins méritoire que deux ou trois combats gagnés et qui tend réellement au même but, la conservation de la conquête.

Les emplacements des futurs villages étaient à peu près déterminés ; les considérations militaires primaient toutes les autres à cette époque. Or, suivant le plan dressé par Lamoricière et ses officiers, la prise de possession effective de l’Oranie devait s'appuyer sur notre occupation incontestée d’un triangle dont la côte et le Sahel entre Oran et Mostaganem étaient la base, et Mascara le sommet. Ouvrir sur cette côte et dans l’intérieur de ce triangle des routes stratégiques, y multiplier les centres, occuper ainsi fortement le pays, de telle sorte que les travaux militaires vinssent en aide à la colonisation et récipro-

(1) Bugeaud au générat de Bar, gouverneur général par intérim : 19 août 1846. Archives de la colonisation algérienne, dossier de la Stidia.

L3 Cette lettre renferme les instructions, envoyées par Bugeaud, pour l’installation de ces Allemands.

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