DES
tout secours militaire ; il ne se prête plus alors aux dispositions bienveillantes préconisées par le Ministre de la Guerre. L'histoire des prêts de bestiaux en est une preuve fort curieuse.
Le 11 mai 1843, le duc d’Aumale s’emparait, aux sources de Taguin, de la smala d’Abdelkader. On prit d'immenses troupeaux ; ils furent ramenés dans le Tell. Soult voulut profiter de cette occasion pour distribuer des animaux aux colons qui en manquaient, surtout des bœufs de labour. Il prescrivit donc au gouverneur de les répartir entre les concessionnaires des centres agricoles du Sahel : «Ce sera, «dit-il, un moyen de récompenser (1)le zèle des plus laborieux et de «doter les villages d’un petit approvisionnement de bêtes utiles au la- «bourage et à la reproduction». Ces bestiaux ne seraient donnés qu’à la condition expresse d’être conservés pendant un certain délai, après lequel les colons pourraient en disposer à leur gré. Le Ministre envoya ses Imstructions le 2 juin ; or, les troupeaux razziés avaient été vendus le 23 mai précédent sur le marché de Blida sans qu’à Paris on ait été averti.
Le Gouverneur l’avoue sans se donner la peine d’exeuser sa précipitation ; il ajoute d’ailleurs que
il avait devancé (2), il y a trois ou quatre mois, ses vues généreuses, en faisant prélever sur la totalité des razzias un certain nombre de moutons, de bœufs et de vaches qui ont été distribués aux colons des nouveaux villages. Malheureusement, toutes les familles n’ont pas mis à profit ce bienfaït, ou du moins n’ont pas gardé les animaux ; bon nombre ont été vendus malgré les défenses les plus expresses, et l'argent a disparu, chez les uns pour satisfaire à des besoins, chez les autres pour des dépenses au cabaret. Les colons militaires, au contraire, soumis à la discipline, ont conservé leurs troupeaux et les ont fait prospérer. Ceux de Mered valent aujourd’hui plus de 25.000 francs.
Le ministre n’est pas convaincu par. ces raisons ; il maintient ses
ordres qui, dit-il, recevront leur application aussitôt que des prises
nouvelles seront faites dans la province d'Alger. Insertion devra mê- ‘me en être publiée dans le Moniteur Algérien, afin que les colons connaissent les intentions du gouvernement. Bugeaud, malgré une lettre de rappel, ne laisse passer aucune communication de ce genre dans son journal officiel.
Soult finit par se fâcher ; on lui promet alors de prêter des bœufs de labour, tirés des parcs militaires et on ira jusqu’à étendre la me-
(1) Soult à Bugeaud, 2 juin 1843. Archives de la colonisation algérienne. (2) Bugeaud à Soult, juin 1843. Archives de la colonisation algérienne.