‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 16 sur 77 · PES · texte numérisé non relu

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nistration imprévoyante n'avait pas su les conserver et lés améliorer ! Sans doute, les ponts à l'américaine, jetés sur les fleuves et les rivières à la hâte et avec les matériaux que l’on avait sous la main, furent pour la plupart emportés par les grandes crues d’un hiver exceptionnellement pluvieux ou incendiés par les Arabes révoltés ; mais ces ponts avaient été utiles, ils avaient facilité la conquête puis la répression, ils permirent au demeurant d'attendre des travaux plus durables qu’on ne pouvait songer à entreprendre sur tous les points de l'Algérie à la fois et avec les faibles ressources dont on disposait. Sans doute, les fermes que des soldats maçons édifièrent, les défrichements qu'ils exécutèrent, les cultures qu’ils entreprirent, peuvent être critiqués : aux fermes, on reprochera le plan sur lequel elles furent établies et qui les faisait ressembler à des casernes plutôt qu'à des exploitations rurales ; aux défrichements, leurs malfaçons et leur prix de revient trop élevé ; aux cultures, le manque de direction compétente et de continuité. Qui osera pourtant soutenir que tous ces travaux n’ont pas préparé, favorisé, consolidé l'œuvre de l’agriculture dans l'Afrique du Nord ?

La nécessité de se livrer aux travaux agricoles, la possibilité de les développer, l’obligation d'y consacrer toutes les forces vives de la colonie naissante, voilà la grande pensée de Bugeaud, la source la plus pure de sa popularité et de sa gloire. Lisez.les discours qu'il a prononcés, compulsez sa volumineuse correspondance, parcourez les journaux officiels ou semi-officiels qu’il inspirait, rappelez-vous tous ses actes et vous serez convaincus que ce fut bien là sa constante : préoccupation. En France, il s’était appelé lui-même le soldat-laboureur ; en Algérie, ses officiers le surnommèrent «le grand jardinier en chef».

Lui, qui a voué presque un culté à la terre féconde, lui, qui sur les champs de Maison-Carrée a donné l'exemple du labour, ne comprend pas que ces colons, auxquels l'Etat fait des avances et défriche des hectares, n'aiment pas leur métier et n’y consacrent point toutes leurs forces. Il leur fait réellement un crime du temps qu’ils emploient autre part. En janvier 1844, il rentre furieux d’une visite qu'il vient

de faire dans la région du Sahel. Il n’y à vu que des cabaretiers, des Ron

À Draria, dit-il (1), il y en a 8 sur 42 feux. J’ai dan des explications à M. le Directeur de l'Intérieur sur ce fait exorbitant ; il m’a répondu qu'il avait

() Bugeaud à Soult, 15 janvier 1844. Archives de la colonisation algérienne,

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ordonné plusieurs fois de les fermer et qu’il n’en avait autorisé que trois : « C’est déjà trop ; mais à qui avez-vous ordonné de fermer les autres ? — Au brigadier de gendarmerie.» J’aifait appeler celui-ci :« Pourquoi n’avez-vous pas fait fermer les cabarets ?— Ils s’y sont refusés ; j'ai dressé des procès-verbaux que j’ai envoyés à la justice d'Alger ; on a répondu que, personne ne payant patente à Draria, tout le monde avait le droit de vendre ce que bon lui semblait et les choses en sont restées là. » J'ai déclaré à M. le Directeur que si, à la fin du mois, les cabarets n'étaient pas fermés, je viendrais moi-même expulser les cabaretiers, que nous ne faisions pas tant de dépenses, que nous ne donnions pas tant de peine à nos soldats pour créer des cabarets.

Contre ces cabaretiers, sa colère et son exaspération ne sont si vives que parce qu’ils démentent son rêve d’une population forte et vigoureuse, s’adonnant aux travaux des champs, maniant la pioche, poussant la charrue, cultivant et fertilisant cette terre qui ne demande qu’à produire de splendides moissons.

Aussi il réserve toute sa sympathie à une société idéale de militaires laboureurs. Il voit les soldats, tous fils de paysans de France, reprendre avec plaisir leurs anciens instruments de travail, tracer de longs et profonds sillons dans ces landes africaines, remuer de leurs bras vigoureux la terre que leur courage a conquise et que leur activité laborieuse fécondera ; il les voit se lever au premier coup de tambour comme à la caserne, se préparer au travail dans l'air frais du matin, puis partir en chantant à la fenaison ou à la moisson ; il les voit enfin, au bout de quelques années, toujours aussi aguerris, aussi disciplinés, mais aisés, mais riches, mais propriétaires d’une maison et chefs de famille. Et ce rêve, c’est la colonie militaire,

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