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préciations. de journalistes frondeurs ou des cris de propriétaires intéressés. Mais le général de Rumigny n’a-t-il pas dit: «Cet article «est la mort de la colonisation ». Aussi, dès 1844, le Ministère modifia complètement les clauses de cet arrêté, mais il ne put les changer que pour les territoires civils ; dans tout le reste de l'Algérie, le système établi en 1841 fut maintenu de par la volonté toute puissante du Maréchal, due d’Isly ; lexpropriation y sera toujours décidée par le gouverneur, elle aura lieu pour toute cause, la prise de possession sera immédiate, l’indemnité fixée par le Conseil d'Administration et payée en rentes ne sera acquittée que plus tard. C’est ce que constate M. de Tocqueville dans son rapport de 1847.
- Les personnes, les biens, les opinions, tout est réglementé, mis à la disposition du gouvernement ou brutalement confisqué et comprimé. La liberté de la presse n’exista pas en Algérie sous le gouvernement de Bugeaud. Comment l’aurait-il tolérée là où il commandait, puisqu'il ne pouvait la supporter en France ! Les démélés retentissants qu'il avait eus avec les journalistes, personne qui ne les eût présents à la mémoire ! A ce général gouverneur qui aimait tant à discuter les opinions d'autrui et même à les railler, il paraissait déplaisant qu’on discutât ses pensées et ses actes. La presse fut sa grande ennemie. Aussi, comme il avait le pouvoir de surveiller les journaux en Algérie, d'en autoriser ou d’en interdire la publication, n'y eut-il jamais, durant tout son commandement, qu’une presse domestiquée, soumise à une étroite censure. M. Lanjuinais, en 1846 (1), demanda en vain, au gouvernement, des explications sur le régime de cette presse algérienne.et, à ce propos, dénonça son asservissement. Il y avait alors sept à huit journaux à Alger : l’un appartenait au gouvernement local, c'était le Moniteur, journal officiel de l'administration algérienne ; deux autres étaient subventionnés, l’Akhbar et la France Algérienne, et de hauts fonctionnaires ne dédaignaient pas, soit d’inspirer, soit d'écrire les articles qu’ils publiaient. Quatre ou cinq autres feuilles, moins importantes, paraissaient, toujours sous la dépendance étroite du gouvernement ; appartenant à des imprimeurs qui tenaient leur brevet de l'administration et qui ne pouvaient vivre qu’à la condition d’être bien avec elle, ils n’existaient qu’en se faisant les échos fidèles des pensées de Bugeaud. Pourtant, il advint qu’une autre feuille, l'Echo de l Atlas, publiée par des colons, se permit de
(1) Moniteur Universel : Discussion du 11 juin 1846 sur les crédits supplémentaires. Pages 1754-1755.
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traduire les doléances et les impatiences des agriculteurs. Vite, on la supprima. La servitude de la presse fut la garantie de la dictature militaire. M. Lanjuinais coneluait : « Il résulte de cet état de choses «que nous ne savons rien sur l'Algérie que ce que le gouvernement «de cette colonie veut bien nous dire ; il en résulte surtout qu'au «moyen de sa presse pseudonyme, le gouvernement local d'Alger «donne comme l'expression des colons d'Afrique ses propres opinions «dans toute leur exagération systématique ».
Nul doute ne peut être élevé sur les attaches officielles de la presse algérienne. Il n’est pas jusqu'aux attaques auxquelles elle se livra contre les ministres, les députés, la presse et l'opinion publique métropolitaine, qui ne prouvent qu’elle puisait ses Inspirations et son mot d'ordre dans l’entourage du Maréchal. Bugeaud souffrit que de perfides insinuations fussent lancées contre M. de Corcelles, son plus chaud défenseur dans les commissions parlementaires et à la Chambre, contre Guizot, le ministre qui l'avait fait nommer et dont la patiente amitié sut le garder de ses propres emportements, contre le Maréchal Soult, le Ministre de la Guerre, son. ancien compagnon d'armes. De cette tolérance, il s’est excusé un jour. Le 29 mars 1846, il écrit au Ministre de la Guerre :
On vous fera part peut-être d’un article de l’Akhbar (1) qui déverse un léger blâme sur le rappel de M. le général Levasseur. Comme ce journal est supposé censuré, on pourrait naturellement croire que le blâme vient de moi. Il n’en est cependant rien ; mais cela provoque de ma part une explication sur la situation des journaux à Alger. Lorsque les journaux L’ Afrique et L’ Algérie devinrent hostiles au point de dénaturer presque tous les faits et même les intentions, je erus qu'il y aurait avantage à ne plus censurer les journaux d'Alger, afin qu’ils eussent plus de crédit pour combattre les absurdités des journaux précités. Je n’ai pas tardé à me repentir de leur avoir accordé cette liberté. Non seulement ils ont publié souvent des choses inconvenantes ou mal jugées, mais encore, sans m'être : hostiles et avec les meilleures intentions du monde, ils mont quelquefois écrasé une mouche dans la figure avec un pavé.
L'un d’eux vient précisément de reproduire inexactement un discours qu’il avait prononcé. L'aventure est pendable ; les rédacteurs ont été aussitôt prévenus que, s’il leur arrive encore de publier un article inconvenarit, ils seront désormais obligés de soumettre leurs épreuves à M. le Directeur des Affaires civiles.
Ainsi, toutes les fois que les journaux lui nuisent, même involontairement, il les ménace et au besoin les supprime. S'ils nuisent aux
(1) Bugeaud à Moline de Saint-Yon. 29 mars 1846. A.G.G.A,