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et les corps indigènes de M. Vallet de Chevioeny, chef du deuxième bureau ; M. Vauchelle, intendant militaire, remplaça M. Melcion d'Arc. Or, ce directeur et ces chefs, maintenus à leur poste jusqu’en 1846, c’est-à-dire jusqu’au moment où Soult quitta le Ministère de la Guerre, furent les auxiliaires dévoués de ce ministre dans la politique qu’il imprima aux affaires d'Algérie ; ils combattirent énergiquement les visées de Bugeaud à une indépendance complète ; ils suggérèrent et rédigèrent les ordonnances qui limitaient son pouvoir ; ils contrôlèrent ses moindres actes, enfin ils soutinrent dans bien des cas la volonté hésitante de Soult. Deux surtout, Fellmann et Urtis ! Fellmann était l’ami intime du comte Guyot, avec lequel il entretint une longue correspondance confidentielle, ce qui le mit au courant de bien des intrigues algériennes et de bien des actes arbitraires de Bugeaud. Urtis avait conservé de nombreuses relations avec les notabilités d’Alger, les grands propriétaires, les principauxnégociants, tous ou presque tous adversaires du Gouverneur. Il fut l’âme de la résistance aux projets de colonisation militaire. Aussi Bugeaud le poursuivit-il de sa haine tenace ; lorsqu’en 1846, Soult quitta le Ministère de la Guerre, il obligea Moline de Saint-Yon à lui enlever son poste de chef'de bureau ; après l'exclusion de la colonie, l'expulsion du Ministère. Mais l’intervention de députés, l’incontestable compétence de ce fonctionnaire et les services qu’il avait rendus le firent maintenir comme avocat consultant, attaché à la direction des Affaires de l'Algérie. « Par suite de dissidences entre cet homme, fort instruit des «Affaires de l’Algérie, avec le Maréchal gouverneur sur certaines «affaires d’administration et de colonisation, constate du haut de la «tribune de la Chambre M. Durand de Romorantin (1), M. le Maré- «chal gouverneur aurait voulu qu’on l'en débarrassât ; on l’en a débar- «rassé. Dans un sentiment de justice, je l'avoue, on a voulu lui faire «une position, au moins pécuniaire, équivalente à celle qu'il perdait ; «et alors on l’a fait avocat consultant des Affaires de l'Algérie, et on «lui a donné un traitement équivalent à celui qu’il recevait comme « chef de bureau». M. Urtis resta donc au Ministère de la Guerre, aussi puissant qu'avant. Dans la nouvelle organisation à laquelle le Ministre procéda en 1846, la Direction de l'Algérie eut deux Directeurs, dont le comte de la Rue et Vallet de Chévigny son adjoint, et cinq chefs de bureau, MM. Fellmann, de Lavaissière-de Lavergne, Farcy, Testu et FLauxerrois, ces deux derniers amis et élèves de
(1) Moniteur Universel. Séance du 10 juin 1847, page 1515.
M. Urtis. Son influence ne se trouva donc nullement affaiblie. Constituée pour renseigner le Ministre, cette Direction fut bientôt un organe directeur autant qu’un instrument de contrôle. Elle profita du conflit de pouvoir qui s'était élevé entre le Gouverneur et le Ministre, et aussi de ce que Soult n'avait qu’une volonté hésitante, pour imposer sa politique impersonnelle et occulte. Au despotisme de Bugeaud, elle ajouta le despotisme d’une collectivité, et ces deux formes de pouvoir absolu, ne se contrariant pas toujours ni ne s’annihilant, s’ajoutaient pour le plus grand dommage de la colonie.
Bridé, mis en tutelle, Bugeaud s'échappe brusquement de ces lisières par des arrêtés d'urgence. «Le gouvernement local, dit de Toc- «queville (1), reprend en licence ce qu’on lui refuse en liberté». L’arrêté du 2 août 1836 avait prévu, mais sans les spécifier, des cas d’urgence pour lesquels le Gouverneur général avait le droit de prendre des mesures immédiates ; une seule condition est prescrite : d'Alger, on rendra compte sur-le-champ à Paris. Mais comment, une fois la décision prise et exécutée, le Ministre ne la sanctionnerait-il pas ? En présence du fait accompli, que faire sinon s’incliner, se résigner ? Or, l’arrêté du 18 avril 1841, relatif aux concessions, tout en donnant au Gouverneur le droit d'ouvrir à la colonisation un territoire déterminé et de décider l’établissement des centres, en subordonnait l’exécution, par son article 4, à la sanction préalable du Ministre : «Les «arrêtés pris par le Gouverneur général, en conformité des articles « 1 et 2, ne peuvent être mis à exécution avant l'approbation du Mi- « nistre auquel les projets, plans et rapports sont adressés ». Là, moins qu'ailleurs, procéder par des coups de surprise eût été un défi au pouvoir central. |
Passe encore pour les premières décisions politiques de Bugeaud ; lorsqu'il arriva en Afrique, la situation était si troublée qu’il fallait agir de suite. Il multiplia les arrêtés d'urgence, tant et si bien que tout fut réglé à Alger sans consulter le Ministre. Soult laissait faire à cause des circonstances exceptionnelles où l’on se trouvait. Mais la population civile de la colonie se plaignait, et les Députés, que la Chambre avait envoyés en Afrique pour faire une enquête, recevaient
(1) Rapport du 27 mai 1847, dans Etudes Economiques de Tocqueville. Edition Calman-Lévy, page 448.