‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 27 sur 77 · LS TOUS · texte numérisé non relu

LS TOUS

dont la solution n’est point indiquée. Le mieux est de s’en remettre au législateur.

Le sort des femmes (1) et des enfants des légionnaires morts à la guerre ou par maladie serait réglé par la loi pour la durée des 5 années d'engagement et de travail en commun, et pour l'avenir qui suivrait cette période. La propriété devant longtemps être possédée par un guerrier pour que la force dominatrice ne diminue pas, il serait peut-être indispensable que l'Etat püût la reprendre avec indemnité dans le cas où la veuve en se remariant ou bien le fils aîné par son âge ne présenterait pas les mêmes garanties de force. La question des propriétés doit tenir une large place dans la loi ; elle devra être constituée de manière à garantir à la métropole un long avenir de puissance.

Difficulté HA on afin de donner plus de garanties aux colons et les attirer en plus grand nombre et d’une meilleure espèce, désirerait voir constituer ces colonies par une loi qui en fixerait la composition et deviendrait leur charte définitive. Dans ce but, il suggère à Soult la nomination d’une Commission pour préparer cette ordonnance. C'était aller au-devant des désirs du Maréchal, car la perspective de présenter au Parlement une proposition de cette importance et de cette nature aurait inquiété un Ministre moins prudent que Soult. D'autant qu’en dehors de toutes les difficultés précédentes, il en était une autre qu'il fallait envisager. Du moment où l’on vou- drait soumettre ces légionnaires à des conditions exceptionnelles de service, et leur consentir des avantages spéciaux,vil serait porté une atteinte grave à la législation de l’armée consacrée par la loi de 1832, et cette dérogation soulèverait tout le problème militaire. Or, un projet de loi, présenté dans ces circonstances, risquait d’amener une: diseussion très fâcheuse et de compromettre l'avenir de l'Algérie.

Oh! il était bien plus aisé de renvoyer à l'examen d’une Commission toutes ces quéstions qu’un débat public aurait rendues trop vives et trop passionnées. Il était aussi plus prudent de gagner du temps : «Peut-être, dit le Ministre dans une note manuscrite (2), convien- (drait-il de former à cet effet une Commission, laquelle aurait à exa- «miner toutes les propositions qui ont été faites, les vues du gouver-

(1) Même lettre.

(2) Cette note est jointe à la lettre de Bugeaud ; dictée par Soult, elle donne toute la pensée du Ministre sur les idées et les projets du Gouverneur. Non seulement, il y repousse déjà les colonies militaires, mais il apprécie assez sévèrement la façon dont Bugeaudtraïte les questions de colonisation. 11 dit de la lettre

qu’il vient de recevoir : «Mais il serait difficile den résumer la pensée, car les questions s’y trouvent tellement confondues... »

; ‘ ot 161 —

«nement, celles du Gouverneur général de l'Algérie et les divers sys- «tèmes de colonisation qui ont été successivement produits et dé- « battus, afin que, de cet ensemble d'éléments, il soit recueilli des «vues pratiques et qu'à cet égard des projets formulés me soient «incessamment soumis ».

Nul doute que dans la pensée du Ministre cette Commission ne dût se prononcer contre le projet de colonie militaire de Bugeaud ; elle ne fut point nommée d’ailleurs pour discuter uniquement ce système et préparer l'ordonnance royale, ainsi que le désirait le Gouverneur. Soult lui confiait une mission et plus générale et plus haute, celle de faire une étude d'ensemble de tout ce qui se rattachait à la colonisation et d'éclairer le gouvernement de ses conseils.

Page 1