SECOURS PE MAR QE
Aïnsi, au bout de la sixième année, le capital mis en réserve aura été à peu près complètement épuisé, mais mille hommes auront créé 750 fermes sans aueun débours pour l'Etat ; 100.000 hommes auraient pu en fonder 75.000 dans le même laps de temps et sans plus de frais.
A ce moment l’expériénce sera concluante ; si elle réussit et qu’on veuille la poursuivre, les Chambres ne se refuseront pas à voter les quelques milliers de francs nécessaires. Est-il un système plus ingénieux ! Une colonisation qui se fait sans bourse délier et, par suite, aucun crédit supplémentaire à solliciter des Chambres ; pas de dérogation non plus aux lois militaires et, par conséquent, nul besoin d’instituer un débat parlementaire sur les questions africaines. Aussi le mémoire de se terminer par ces mots : «Ce système paraît offrir «toutes les chances de réussite. C’est par là qu’on croit prudent de «commencer. Si, comme on n’en doute pas, un essai de ce genre don- «nait les résultats qu’on espère, c’est alors qu’on pourrait hardiment «demander aux Chambres les moyens d'extension nécessaires ; ou « plutôt alors on n’aurait rien à leur demander, car on a la conviction «que le succès pourra être obtenu sans crédits spéciaux. Mais devan- «cer les événements et demander trop tôt, tout de suite, ce serait ne «rien vouloir obtenir ».
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Conflit entre Soult et Bugeaud
Projet de Bugeaud, contre- projet de Soult sont en présence. Lequel l’emportera, 1l eût été bien difficile de le dire dans les derniers mois de 1844. À peine débarqué à Marseille, le Gouverneur touchait à la Durantie, puis à Périgueux, et se rendait à Paris où il avait hâte d'arriver. Il y était le 29 novembre, recevait les félicitations du Roi et des Ministres. Dès ses premiers entretiens avec Soult, il Iui parlait de la colonisation et surtout de la colonisation militaire.
Dans notre dernier entretien, lui écrivait-il plus tard d’Excideuil le 14 décembre (1), vous avez paru disposé à faire un véritable essai de colonisation militaire.
Pourtant au Ministère on ne songe à y employer que les moyens financiers dont on dispose et à aucun prix on ne veut aller devant les Chambres. Moyens de fortune qui ne satisfont pas le Maréchal ; il ne désire cependant pour le moment qu’amorcer l'exécution de son plan par l'établissement de 500 colons ; mais il juge indispensables le vote d’un crédit spécial de 1.250.000 francs et celui d’une disposition législative qui soit une garantie pour ses soldats. :
Dans le peu de temps que je suis resté à Paris, ajoute-t-il (2), j’ai trouvé un assez bon nombre de partisans de la colonisation militaire ; le roi d’abord, un ou deux ministres, les seuls auxquels j’en ai parlé, et plusieurs pairs et députés.
Les membres de la Commission de colonisation m'ont paru également presque tous ralliés à cette idée. AE
Les mtentions du Ministre étaient-elles bien celles que bénévolement lui prêtait le duc d’Isly ? Et les pairs et les députés s’étaient-ils ralliés sincèrement à la colonisation militaire ? Soult, le premier, se récuse. Dans la conversation qu’il a eue avec le duc d’Isly, il lui a bien dit qu’il mettrait de l’empressement à seconder ses vues, mais avec les crédits déjà ouverts ; il ne lui a pas promis de soumettre sa demande aux Chambres parce qu'il est certain qu’elle serait refusée. De plus, en l’assurant de son concours, il n’a visé que les essais faits
(1) Bugeaud à Soult, 14 décembre 1844, Archives de la colonisation Algérienne Dossier Bugeaud. A.G.G.A,
(2) Même lettre.
avec des soldats que l’on détacherait en subsistance dans ‘un camp ou une ville et qui s’y livreraient, sous la conduite d'officiers, aux travaux de colonisation. Pour prouver à Bugeaud qu’il a mal interprété ses paroles, il lui rappelle un détail de leur entretien : il jui désignait Hamza où le domaine possède une grande étendue de terrains disponibles et où l’on pourrait placer une compagnie de soldats, mais le Gouverneur lui a fait remarquer qu'à Hamza il n’y avait pas de bâtiment pour recevoir les militaires. .
” Bugeaud se méprend, au demeurant, sur la valeur des déclarations qui lui ont été faites. « Vous annoncez, Monsieur le Maréchal (1), «avoir trouvé un assez grand nombre de partisans de la colonisation «militaire parmi des pairs, des députés, des membres de la Commis- «sion de colonisation. Je ne doute pas du fait ; mais ces adhésions «feront-elles une majorité ? Est-il même bien sûr que la plupart «d’entre elles, données peut-être légèrement, se maintiennent au
«sein du Parlement et en présence des répulsions que soulèverait :
«dans les Chambres la perspective de 330 millions à dépenser ? Ne «devons-nous pas craindre de fournir une arme aux adversaires de «la colonie réduits au silence par l'éclat de vos victoires, mais en- «chantés de trouver un nouveau thème d'opposition dans l’énormité «de la dépense, dont ils se plairaient encore à exagérer la portée ?» Vainement 6n réduira le crédit demandé ; vainement on se contentera de faire un simple essai sur 500 hommes ; tout le monde est maintenant fixé. La somme, si minime qu’on la propose, sera comme l’avant-coureur avoué d’une demande de 330 millions, et cela en favéur d’un mode de colonisation que les Chambres ont constamment repoussé. Garantira-t-on le succès infaillible de l'essai proposé ? Cela même sera un argument défavorable pour cette bonne raison qu'il rendra inévitable un débours de 330 millions. Aussi est-il préférable de ne Hoe poser prématurément la question devant les Chambres. Ce serait s’exposer à perdre à jamais la cause des colonies militaires. Ce danger n’est pas à courir si on expérimente la colonisation militaire « d’abord et sans bruit, pour ne l’ériger en système officiel que «lorsqu'elle sera parvenue à maturité», si les essais, que l’on peut entreprendre en dehors de toute consultation des Chambres, présentent de grands résultats obtenus. à peu de frais. Kt Soult développe longuement sa propre conception qui n’est autre que le contre-projet
(1) Soult à Bugeaud, 13 janvier 1845. Archives de la Colonisation Algérienne, Dossier spécial à Bugeaud. A.G.G.A.
du 30 novembre, faisant ressortir surtout l’ingénieuse combinaison financière sur laquelle elle repose, la possibilité d’une rapide exécution et les effets matériels immenses qu’elle ne manquera pas de produire en Algérie. :
La longue dépêche ministérielle fut remise à Bugeaud, lors de son passage à Limoges. Elle ne le convainquit que d’une chose, de la nécessité, pour peser sur les décisions du gouvernement, d'agir sur la Chambre elle-même. Comme il était toujours député et qu'elle allait se réunir, il accourut à Paris. Il saisit aussitôt l’occasion que lui offrait le débat sur le projet d'adresse pour prononcer un grand discours (1). Sans y attaquer le gouvernement, il laissa entendre qu'il n'avait pas toujours été d'accord avec Jui sur les affaires marocaines et qu'il ne l'était pas encore aujourd'hui sur le mode de colonisation à adopter. Nul ne s’y trompa ; 1l parlait pour empêcher le Ministère d'étendre le territoire civil et aussi pour hâter l'essai de son projet de colonie militaire, deux choses qui étaient intimement liées dans SON esprit dite
J1 sut se faire écouter avec intérêt par ses collègues, en ne se montrant pas trop exclusif dans ses préférences et en émaillant ses développements de boutades familières. Il voit les colons et les administrateurs civils sur la côte ; il voit les soldats et les ‘officiers dans l’in- . térieur. D'ailleurs, les populations civiles ne redoutent pas, autant
qu’on veut bien le dire, le régime du sabre, et, ce quile prouve, c’est
que les cités de l’intérieur se peuplent. .
Les choses qui les préoccupent le plus, ce ne sont pas les garanties civiles, les libertés municipales, mais bien la sécurité. La certitude de conserver sa tête, celles de sa femme et de ses enfants, les récoltes que l’on a semées, passe avant les théories libérales. Dans un pays qui se crée, dans un pays où tout commence, il faut à Padministration de l’autorité, et c’est précisément parce qu’elle a de l'autorité, qu’elle en a beaucoup, qu’elle a besoin d’en user très rarement.
r, / » | A ce moment, Bugeaud dérida la Chambre par une comparaison familière qui fit fuser le rire à travers les bancs :
Je pourrais comparer les habitants qui vivent sous le régime civil à des enfants mal élevés, et ceux qui sont dans l’intérieur à des enfants bien élevés (on rit)
(1) Moniteur Universel, 25 Janvier 1845. Discours de Buseoul à la Chambre des Députés, |
Les premiers crient, pleurent, se fâchent pour la moindre contrariété (nouvelle hilarité) ; les autres obéissent sans mot dire. .
Habile et plaisant en parlant de l'administration, il fut insinuant lorsqu'il traita de la colonisation. En face du peuple arabe nombreux (il évalue la population indigène à 4 millions d° individus), belliqueux, fanatique, les colons doivent tou] ours rester forts.
I] faut que nos colons ne laissent jamais rouiller leurs fusils, qu’ils soient toujours prêts à le saisir et qu’ils aient une discipline, car la discipline donne seule la puissance aux masses.
Il ne se lasse pas de répéter les vertus de la colonie militaire et ajoute un renseignement qui devait plaire aux députés :
Les colons militaires, soumis à la discipline réduite dans de certaines propor- tions, exécuteront dans leurs moments perdus, et il y en a beaucoup dans l’agriculture de l’Algérie, tous les grands travaux d'utilité publique. Dans les mois de juillet, d'août, de septembre et d’octobre, par exemple, il est impossible de cultiver la terre, elle est trop dure ; il faut se croiser les bras. Eh bien, ces bras des colons militaires, on les prendra. Les chefs leur diront : Allons, mes amis, il y a là un ruisseau à barrer avec lequel vous pourrez irriguer 200 hectares de votre terrain ; ou bien : il ÿ a une route indispensable pour communiquer avec telle
ville, avec tel centre de population ; allons la créer. £ \ :
La colonie militaire, c’est la force attachée au sol par la propriété,
se multipliant par les générations, seul moyen pour la France de rester indéfiniment maîtresse de l'Algérie, « aussi longtemps au moins que «peuvent durer les choses humaines ». On n'hésitera pas un instant à l’adopter quand on se sera bien pénétré de ses avantages politiques
et financiers.
Songez, insinue Bugeaud aux députés qu’il a ainsi préparés aux dernières confidences, qu'il s’agit ici de vous décharger du fardeau politique et financier, qu’il s’agit de diminuer l’armée permanente de 40.000 hommes et la dépense de 40 millions. S’exonérer d’une charge perpétuelle de 40 millions par 300 millions qu’il vous faudrait supporter pour établir 100.000 familles de colons militaires, c’est, vous en conviendrez, un sacrifice éminemment productif.
L’aveu est fait ; les grands chiffres sont lancés et, ainsi présentés, ils n’ont pas effrayé la Chambre. C’est ce que voulait l’orateur. Il a maintenant hâte de terminer (1) ; tout ce qu'il pourrait ajouter
(1) Nous n’avons retenu de ce discours que ce qui avait trait à la colonisation Mais Bugeaud avait traité de toutes les questions intéressant l’ Algérie, notamment de l’occupation militaire et de l’organisation des indigènes,
affaiblirait ce qu’it a dit. D'ailleurs à quoi bon insister sur des détails d'application ? La seule chose qu'il veut que l’on sache bien, c'est qu'il marie de suite ses colons ; qu’on ne lui objecte donc pas que son système de colonisation ne crée pas la famille. tkt il conclut en rappelant les obstacles par lui surmontés déjà en Afrique, et qui étaient aussi grands sinon plus que ceux que rencontrera la colonisation militaire.
Quant aux difficultés qu’il faudra vaincre, je ne me les dissimule pas non plus ; mais je demande si nous avons fait quelque chose de facile ? La soumission des Arabes était-elle facile ? Elle l'était si peu que beaucoup de gens qui y avaient travaillé la croyaient impossible. Et la preuve, c'est qu’on voulait s’enfermer dans un fossé, rester sur la côte et s’isoler.d’un ennemi qu’on regardait comme insaisissable. L’armée, par son dévouement persévérant, a triomphé de tous les obstacles ; une entreprise, que je jugeais moi-même fâcheuse et lourde pour notre politique en Europe, est aujourd’hui dans un état qui offre les plus brillantes espérances. Il ne s’agit plus que de consolider lPavenir et, dans mon 6pinion, c’est la colonisation mNitaire qui atteindra ce but.
Le discours du vainqueur d’Isly avait produit une profonde impression sur la Chambre ; le Moniteur parle d’une agitation prolongée. Pendant quelque temps la séance fut suspendue. Le Maréchal parlait pour la première fois à la tribune depuis sa victoire et l’on attendait avec une curiosité un peu inquiète ses déclarations. I se révéla habile diplomate ; sans cacher aucune de ses idées, il sut se garder de mettre directement en cause le Ministère. La majorité fut satisfaite et de sa franchise et de sa prudente réserve ; seule l'opposition se montra mécontente et manifesta son dépit, Dans l'intention de provoquer un très vif débat, les journaux, hostiles au gouvernement, avaient depuis
quelques jours accrédité le bruit d’un dissentiment grave entre le Maréchal et le Cabinet sur la question du Maroc ; ils n’ignoraient pas non plus et ne laissaient pas ignorer à leurs lecteurs les divergences de vues qui séparaient Soult et Bugeaud en matière de colonisation. Quelle bonne fortune pour cette opposition, si elle parvenait à envenimer le conflit entre ces deux hommes ! Ses chefs étaient en coquetterie avec le Gouvérneur, tar ils espéraient se servir de lui pour mettre le Président du Conseil en mauvaise posture, On parlait déjà d’une coalition, d’un complot. Après le discours du 24 janvier, toutes les espérances des opposants s’évanouirent ; désormais. les députés de la gauche se défièrent du Maréchal : ce fut entre eux et lui la rupture définitive et complète.
Bugeaud voulut profiter de suite de son succès : dès le 31 du même
mois de janvier (1), Bugeaud presse le Ministre de la Guerre de prendre une décision : |
Vous avez vu comme moi, lui rappelle-t-il, que la Chambre a accueilli favora blement les idées que j’ai produites à la tribune sur la colonisation militaire. Depuis, beaucoup de députés de toutes les opinions m’ont déclaré qu’ils entraient complètement dans ma pensée et qu’ils étaient tout prêts à voter ce qu’on leur demanderaït dans cet objet. Le Roi m'a dit par deux fois qu’il désirait que cette demande fût faite dans cette session.
Il croit donc le moment venu de demander un crédit pour cet essai ; si même le Ministre avait quelque répugnance à présenter luimême cette proposition, il serait facile de trouver parmi les députés favorables à l’Afrique quelqu'un qui en prendrait l'initiative.
Comme il n’a pas encore répondu aux suggestions du Ministre en ce qui concerne le contre-projet dont il lui a été donné connaissance, il en entreprend la critique. Chose curieuse, 1l le combat en lui opposant les résultats des expériences qu’il a faites avec ses premières colonies militaires et qu’il n’a point communiqués encore à Paris. Si l’on se borne à faire travailler en commun les soldats pendant trois ans, sans leur donner la propriété de la terre et la jouissance d’une maison, ils n’auront assurément aucune ardeur.
J'ai fait, dit-il (2), l’essai du travail en commun ; la discipline militaire n’a pu faire disparaître ses inconvénients ; elle les a seulement atténués. Ces inconvénients sont le.défaut de zèle pour la communauté, ce qui entraîne une grande perte de temps et de force. Si, d’autre part, on ne marie pas immédiatement les
colons, on court le risque de ne pas les voir prendre goût au travail, on retarde pendant plusieurs années l’établissement de la famille. ÿ
Il faut donc installer de suite les colons, leur construire une maison, et par suite provoquer le vote d’un crédit spécial par les Chambres. Où loger d’ailleurs les soldats, si on ne s’arrêtait pas à cette solution indispensable ? Dans les camps qui existent ? Mais ces camps sont devenus des villes ; ils se sont peuplés ou se peuplent chaque jour de colons civils ; force sera donc de porter les colons militaires plus loin ou sur les côtés ; et alors de deux choses l’une, ou on les campera,
(1) Bugeaud à Soult, 31 janvier 1845. Archives de la Colonisation Algérienne, Dossier Bugeaud. A.G.G.A.
(2) Même lettre. 31 Janvier 1845.
ou on leur construira des maisons. Et puis n’y seront-ils pas trop éloignés des terres qu'ils auront à défricher ? Les voit-on sortir tous les jours d’une ville ou d’un camp pour aller travailler à 4 ou 5 5 lieues ? Il y aurait une trop grande perte de temps e: de force.
Il faut qu’ils soient assis sur le sol même qu’ils doivent cultiver.
Que le Ministre s décide enfin à demander un crédit, un million seulement s’il le veut, au budget supplémentaire de 1845. Cette somme suffira pour les travaux de cette année ; en 1846, on n'aura plus besoin que de 300.000 francs et en 1847 que de 200.000. Aller vite, voilà l’essentiel. Le gouvernement appréciera les motifs qui lui font consentir cette réduction.
Malgré l’immense confiance que j’ai dans ce moyen, je ne propose qu’un essai sur 500 familles parce que, si je suis fixé sur l'efficacité de la chose en elle-même, prise dans sa généralité, je ne le suis pas sur les détails pratiques pour créer de la manière la plus utile et la plus économique cette colonisation ; je ne le suis pas non plus sur la meilleure loi constitutive à lui donner ; nous étudierons ces questions difficiles dans la première année d’expérience. Je vous ai témoigné le désir, Monsieur le Maréchal, d'être entendu une fois avant mon départ par le Conseil des Ministres sur cette question et quelques autres. L'Afrique étant à ce moment la plus grosse et la plus inrportante affaire de la France, ii me paraît d’une haute utilité que le Roi et tous les Ministres fassent connaître leur pensée au Gouverneur et lui adressent de ces questions qui puissent le conduire à bien faire connaître la sienne. C’est ainsi seulement que le chef de l'Algérie pourra mettre sa conduite en harmonie avec les vues du gouvernement.
Deux ou trois jours après, le 3 ou le 4 février, le Gouverneur général de l’Algérie fut convoqué au Conseil des Ministres. De cette entrevue au cours de laquelle, en présence du Roi, le Ministre et le Gouverneur exposè.ent chacun leurs idées, il n’a filtré que ce que nous en fait connaître la correspondance officielle. Soult lut la longue dépêche qu'il avait adressée le 13 Janvier à Bugeaud et fit remarquer que son système avait l'avantage de ne rien coûter à l’État et de ne point exiger la sanction des Chambres, qu'un débat sur la colonisation militaire était à ce moment inopportun et dangereux et qu’en tout état de chose la situation du Trésor et la position du Ministre des Finances ne permetiaient pas d'accueillir la propositiôn du Maréchal. De plus, les expériences, poursuivies en Algérie, ne paraissaient guère favorables et le plan de Bugeaud nécessitait une mise au point et des études préalables, puisqu'il ne spécifiait même pas sur quel emplacement de la colonie la première légion serait établie. Le Gouverneur repartit qu'il avait déjà répondu par sa lettre du 31 janvier aux con-
= dll
tre-propositions ministérielles, que ces dernières étaient vouées à un échec certain puisque lui-même avait été forcé de renoncer au travail en commun ; il admettait cependant que le budget de la guerre supportât une partie de la dépense, les vivres, la solde et l'entretien militaire, mais il réclamait le vote d’un crédit spécial, si faible fût-il, même réduit à 600.000 francs, pour que les soldats aient confiance dans ce mode de colonisation, On discuta beaucoup, mais on ne s’entendit guère ; rien ne fut résolu. Quelques conversations postérieures de Bugeaud avec MM. Vauchelle et Urtis ne firent point avancer la
question. Soult persistait à ne pas vouloir demander de crédit particulier aux Chambres.
Une occasion se présenta au duc-d’Isly pour brusquer les événements. Le Ministère avait été obligé de déposer sur le bureau de la Chambre des Députés un cahier de crédits supplémentaires pour l’Algérie ; la Commission, nommée à cet effet, devait se réunir le 15 mars. Bugeaud fit une dernière démarche. Au moment où Soult se rendait à la réunion de cette Commission, il lui remit une lettre très pressante (1) :
Ce qui est certain, c’est que tous les députés et les pairs, avec qui j’en ai causé, m'ont parfaitement compris : ils sont restés d'accord que c’était le plu, grand, le plus sûr des moyens, et que le but était si important qu’on ne devait reculer pour l’atteindre devant aucun sacrifice. Plusieurs députés, et entr'autres M. Thiers, m'ont offert à plusieurs reprises de soutenir cette idée devant les Chambres. C’est donc avec un vif regret que j’ai remarqué que vous avez gardé le-silence à ce sujet dans l’exposé des motifs des crédits extraordinaires de 1845. J’en ai été d'autant plus surpris qu’il avait été parfaitement convenu dans le Conseil du Roi que vous me demanderiez 500.000 francs pour un essai de éolonisation militaire. J’y tenais surtout pour que la discussion fût engagée. Il est vrai que, pour obtenir le succès, il faudrait qu’elle fût soutenue avec intérêt par le gouvernement. Si elle doit être abandonnée à elle-même, et moi n’étant pas là pour défendre l’idée, il vaut mieux qu’elle ne soit pas produite. Mais j'ai la conviction la plus complète, si vous, Monsieur le Maréchal, et un autre membre du Cabinet, vouliez la défendre, qu’elle triompherait sans de grandes difficultés.
Puis, après avoir réfuté maintes objections à lui adressées par des’ députés (2), il démontrait que les fermes régimentaires et administra-
(1) Bugeaud à Soult, 15 mars 1845. Archives de la Colonisation Algérienne. Dossier spécial à Bugeaud. A.G.G.A.
(2) Toujours, parmi ces objections, on trouvait la question de la dépense, ce qui obligeait Bugeaud à des redites : « Maintenant, je vous réponds qu’il n’est «pas possible de présenter en colonisation de grands résultats obtenus à peu de «frais. On ne fait rien avec rien. Et, à supposer que cela fût possible, si ces résul- «tats étaient obtenus avec une grande perte de temps, je regarderais l’économie «comme très onéreuse ».
tives, créées sur plusieurs points et dont les bureaux s'étaient servis pour édifier leur contre-projet, ne ressemblaient en aucune façon à dés colonies militaires ; leur production avait été si minime que les intendants militaires désiraient les supprimer. Il terminait en rappelant une fois encore ce qui avait été convenu dans le Conseil du Roi :
En résumé, Monsieur le Maréchal, soit que vous portiez ou non la question devant les Chambres et si vous voulez faire la chose, comme vous dites, administrativement, je demande que l’essai sur 200 colons militaires soit fait dans le système que je viens d’exposer pour la troisième qu quatrième fois. Cela à été parfaitement convenu devant le Conseil du Roi.
Tous deux se rendirent ensemble à la Commission, sans que le Ministre ait eu le temps de prendre connaissance de la lettre de Bugeaud. Celui-ci développa tout à loisir son plan de colonisation. Le Président du Conseil se garda de le contredire, mais il avait dans une séance précédente indiqué les vues du gouvernement. Ce ne fut qu’en rentrant chez lui qu’il lut la lettre de Bugeaud, et il apprit alors à sa grande surprise qu'il avait donné son adhésion, ainsi que le Roi et les autres Ministres, à une demande de 500.000 francs. Aussitôt, il s’empressa de dissiper les illusions du Gouverneur : ;
A.ce sujet (1), je dois vous faire remarquer que vos souvenirs sont d’autant moins exacts qu'auparavant j'avais donné lecture de la lettre que je vous écrivais et dans laquelle je vous annonçais que je ne pouvais consentir qu’à une colonisation administrative militaire, telle que je la développais dans cette même lettre. J’admis à cet effet qu’une somme de 500.000 francs serait comprise dans
la demande de crédits extraordinaires que j'étais à la veille de présenter. L’admission de ce crédit n’était done pas l'admission de votre système militaire, ainsi
que vous l’entendez.
Si insignifiant que parut cet incident, il contribuait à tendre les relations entre ces deux hommes et à augmenter leurs défiances réciproques. Peut-être le duc d’Isly, dans son ardent désir de voir se réaliser son projet, a-t-il pris pour un engagement formel ce qui n’était qu'une promesse vague ; peut-être a-t-1l cru, en jetant dans le débat les paroles du Roï et les avis d’hommes politiques influents, faire fléchir la résistance du Ministre. Il se trompait entièrement : il eût été mieux avisé en ne contrecarrant pas les intentions de Soult : car, à douter de la loyauté et de la sincérité du Ministre; il n’aboutissait qu’à le blesser dans son amour-propre, Ne savait-il pas d’ailleurs que les idées qu’il combattait étaient celles des bureaux du Ministère
(1) Soult à Bugeaud, 15 mars 1845. Archives de la Colonisation Algérienne, Dossier spécial à Bugeaud. A.G.G.A,.
autant et plus que celles du Président du Conseil et partant qu’elles étaient plus difficiles à faire abandonner ?
Le 18 mars, eut lieu au palais de la Bourse le banquet, offert par les négociants de Paris au vainqueur d’Isly et aux princes de la famille royale. Ce fut un véritable jour de triomphe, aussi beau, aussi solennel à ses yeux que celui qui se levait pour les généraux romains quand ils montaient au Capitole. Bugeaud quittait peu de temps après la France dans une splendide apothéose, et pourtant le souvenir des ovations qui laccompagnèrent ne pouvait lui faire oublier l’opposition tenace du Ministre et l'hostilité des bureaux à son plan de colonisation militaire. . :
Suite du conflit et ses conséquences
Ce qu'il avait prévu dans sa correspondance arriva fatalement. La Commission des crédits extraordinaires pour 1845 n’adopta pas son système, pas plus d’ailleurs que celui de Soult. Le rapporteur (1) fut M. Magne, député de la Dordogne, un des amis du Gouverneur. Soit qu'il exprime ges propres sentiments, soit qu'il veuille, d'accord avec la majorité, envelopper le refus de la Commission de commentaires qui en atténuent la rigueur, M. Magne traite fort différemment les deux projets. Autant il se montre sobre de détails et presque dédaigneux à l’égard de la colonisation administrative de Soult, autant il est abondant et presque prévenant quand il s’agit des colonies militaires de Bugeaud ; il semble s’excuser d’avoir à les repousser.
Dans le projet du Ministre, la Commission n’a trouvé ni les avantages de la colonisation civile, ni ceux de la colonisation militaire. Elle lui reproche de disperser dans l’intérieur la population, au lieu de la concentrer sur la côte : il serait préférable de ne l'appliquer que dans les territoires civils ; les défrichements, exécuté; par l’armée, prépareraient l'établissement des colons. Le moyen a d’ailleurs été pratiqué, il est excellent. Il n’y a qu’à persister dans cette voie, sans vouloir ériger en système ce qui n’est qu’un simple procédé. Tous les députés se sont ralliés à cette opinion.
Les avis furent beaucoup plus divisés au sujet de la colonisation militaire proprement dite. Quelques-uns soutinrent que les colons
(1) Voir ce rapport. Moniteur Universel, 24 mai 1845. Pages 1.417 etsuivantes.
Pire
militaires étaient aussi nécessaires (1) que les colons civils, ceux-ci sur la côte, ceux-là dans l’intérieur, que l’approvisionnement et la défense de l’Algérie dépendaient de l'association de ces deux éléments: Qu'on n’oppose pas la dépense ! L'économie de temps est aussi une économie d'argent, puisqu'avec une colonie plus vite installée diminue la durée du sacrifice financier supporté par la France. Qu'on n’oppose pas le droit ! Les soldats deviendront colons de par leur propre volonté et ils serviront comme les autres, mieux peut-être, à occuper et à garder le pays. Qu’on n'oppose pas l’inconstance de volonté chez les soldats. décidés aujourd’hui à rester en Afrique et résolus à la quitter demain quand leur temps de service sera terminé ! Ces colons, attachés au sol par les liens de la propriété et de la famille, ne laisseront pas la terre qui leur appartient, car elle a été fécondée par leur travail et c’est elle qui aura vu naître leurs enfants.
«Ces considérations, ajoute presque à regret M. Magne. n’ont pas «paru décisives à la majorité de notre Commission. A ses yeux, la «fondation des familles rencontrerait dans le système militaire de «très grands obstacles. D'ailleurs, le succès d’une première expé- «rience ne résoudrait pas les difficultés législatives et financières «qu'on peut prévoir dans son exécution complète et définitive. La «réserve, dit-on, remplacerait les colons dans l’armée. Mais comment «seraient-ils remplacés à leur décès dans la colonie ? Comment règle- «rait-on la transmission soit entre vifs, soit par succession, des héri- «tages ? Quel serait le sort des veuves et des enfants ? Que devien- «drait l'obligation du service militaire attachée au droit de propriété «comme charge de la concession ? Passerait-elle aux héritiers ? «Mais, s’ils étaient incapables, les priverait-on du travail de leur au- «teur ? Dans ce cas, où serait la justice ? Les laisserait-on proprié- «taires ? Alors que deviendrait la défense de la colonie ? Il ne serait «pas raisonnable, au milieu de pareilles difficultés et dans l’état «actuel de nos finances, d'entrer dans une entreprise dont le résul- «tat le plus certain serait une dépense de 350 millions ».
Difficultés financières, difficultés législatives, ces deux raisons très graves motivaient le rejet des propositions du Gouverneur. L'avis de la Commission fut partagé par la Chambre ; dans les débats qui eurent lieu en mai 1845, tous les orateurs, comme par une entente tacite, évitèrent de parler des colonies militaires ; le problème était
(1) Il est fort curieux de constater que le rapporteur répond aux principales objections soulevées contre le système de Bugeaud,
si dangereux ! Nul n’ignorait que le désaccord persistait entre Soult
et Bugeaud et même s’agoravait. Seul, M. Gustave de Beaumont y fit allusion en termes assez vifs, mais sans viser plus particulièrement la question de la colonisation : « Malheureusement, on gouverne «en Afrique (1) et on administre à Paris, tandis qu’on devrait gou- «verner à Paris et administrer en Afrique ; on devrait donner des «ordres à Paris et leur obéir en Afrique. Je crois que c’est le contraire «qui a lieu ; je crois que l'impulsion vient de là-bas et qu'ici elle est t acceptée. Je déplore et je regrette que nous soyons amenés fatale- «ment, inévitablement, à des hostilités qu’on aurait dû empêcher»,
Comme pour donner raison à M. de Beaumont, les nouvelles qui d'Alger vinrent à Paris à la fin du mois d’août, annoncèrent que le Gouverneur poursuivait, contre les ordres du gouvernement et les votes des Chambres, la réalisation de ses idées personnelles ; il avait “adressé aux généraux sous ses ordres des circulaires leur preserivant de dresser les états des officiers, sous-officiers et soldats désireux de faire partie des colonies militaires :
Général, disait-il à chacun d’eux (2), j'ai lieu de regarder comme très prochain le moment où nous serons autorisés à entreprendre un peu en grand les essais de colonisation militaire. Il est donc urgent de savoir promptement à quoi nous en tenir sur le plus ou moins de possibilité qu’il peut y avoir de trouver dans l’armée des hommes de bonne volonté pour faire partie de cette institution. Veuillez donc, je vous prie, sans aucune perte de temps, faire connaître à tous les corps qui sont sous votre commandement les conditions avantageuses que les soldats trouveront dans la colonie militaire. Ces conditions sont détaillées ci-après.
Suivait le projet d'organisation de la légion, tel qu'il avait été présenté au gouvernement et rejeté par lui. Les avantages, offerts aux colons militaires, v étaient indiqués sous une forme catégorique et non dubitative, comme s'ils avaient été sanctionnés par le Ministre. Les ofliciers devaient transmettre, avec les noms des colons volontaires, ‘ous les renseignements utiles sur le lieu de leur naissance, leur profession antérieure, la durée du service à faire, leur fortune, leur
conduite, etc.
(1) Moniteur Universel, 29 mai 1845. Page 1.491. | | (2) Circulaire du 9 août 1845. Archives de la Colonisation Algérienne. Dossier Bugeaud. A.G.G.A. Cette circulaire, signée par le Maréchal, était contresignée
par le colonel Pélissier. “
Cette première circulaire était du 9 août ; elle fut suivie le 15 d’une seconde (1) plus confidentielle. Les chefs de corps ne seraient-ils pas effrayés par le trop grand nombre d’hommes de bonne volonté se présentant pour faire partie de cette colonisation ? Et, dans la crainte d’affaiblir les troupes qu'ils avaient sous leurs ordres, n’allaïent-ils pas dissuader les hésitants ou même ne point admettre sur leurs listes tous ceux qui s’offriraient ? Il importait de les rassurer et, pour cela, de leur dire quel était le but de cette enquête.
Mon but est de savoir, avec toute l’exactitude possible, combien il y a d’hommes dans l’armée disposés à entrer dans la colonisation ; mais il ne saurait être de ruiner, au profit de celle-ci, des troupes qui nous sont et nous seront longtemps nécessaires pour conserver et utiliser la conquête. On peut être bien convaincu que, quels que fussent les moyens financiers dont nous pouvions disposer pour la colonisation, et quelles que fussent les demandes des troupes à cet égard, nous ne désorganiserions jamais des régiments, ni des fractions de corps. Nous placerions d’abord une partie des hommes de bonne volonté et nous n’en prendrions d’autres que lorsque les premiers auraient été remplacés par le recrutement. Si nous faisons appel à tout le monde, ce n’est pas que nous voulions ou que nous puissions placer tout le monde immédiatement. C’est seulement pour étre en mesure de dire au gouvernement : voilà quelle est l’étendue des ressources que vous offre votre armée pour concourir au grand œuvre de la colonisation générale du pays. :
Les généraux porteront donc sur leurs états, sans exception, tous les hommes qui accepteront les conditions proposées. Puis, comme l'armée d'Afrique contenait à ce moment beaucoup de vieux soldats n'ayant même plus trois ans de service à faire et qu'il était habile, si l’on voulait grossir le nombre des adhérents, de ne point les écarter
complètement, Buügeaud inséra un article nouveau dans le projet d'organisation : -
Les militaires qui n'auraient pas trois ans de service à faire et qui désireraient entrer dans la colonie militairé seront admis sur les listes en promettant de compléter leurs trois années par un rengagement, ” 4
Les premiers états, concernant la Division d'Alger, n’arrivèrent qu'en septembre (2). Bugeaud était pa ti le 4 de ce mois pour la France ; il se rendait à Soultberg pour y conférer avec le duc de Dalmatie sur les affaires de l’Algérie et spécialement sur la question de la colonisation militaire. D’Excideuil où il est en résidence, il annonce
(1) Deuxième circulaire du 15 août 1845. Archives de la Colonisation Algérienne. A.G-:G.A.
(2) Bugeaud à Soult, 25 septembre 1845, A.G,G.A.
bientôt au Ministre (1) l'envoi prochain d’une première statistique ; les autres lui seront incessamment adressées. « Je ne manqueral pas, «répondit Soult, de la soumettre au Conseil du Roi, lorsque cette «grave question y sera portée, ainsi que votre lettre du 29 août et «tout ce que vous n’adresserez jusqu'alors : car, c’est au gouverne- «ment du Roi qu'il CPR de prononcer dans cette importante «affaire».
En octobre, les derniers états et une liste complémentaire des militaires de la Division de Constantine parvenaient au Ministère de la Guerre. Les résultats étaient complets.
Récapitulation générale sommaire par grade et par division des miliiaires de l'Armée d'Afrique qui se présentent pour la colonisation militaire.
L : TOTAL DÉSIGNATION à Officiers | Capitai- |. Lieute- | SOUS vus par division
des, supé- lieu- ofliciers des fonds
nes \ DIVISIONS rieurs : LE tenants | et soldats dont
1 ils disposent Arer (I) er eee. LE 18 2 3 4.029 | 1.679.865 EOTANET ER nt 12 14 4 1 3.526 | 1.444.895 Constantine ..... 1 6 0 (0) 937 338.360" Constantine bis(2) 0 1 0 0 465 119.500 TOTAUX. . 4 39 6 6 8.957 | 5.582.110
(1) Adressé le 25 septembre par Lamoricière.
5e) Adressé le 10 octobre 1845.
‘Ces Le justifient -ils les espérances de Bugeaud ? Le nombre des officiers supérieurs, des sous-lieutenants et des lieutenants était plus faible que celui que l’on attendait, mais cette indifférence était rachetée par l’empressement des capitaines à se faire inscrire. La foule des sous-officiers et des soldats atteignait les proportions indiquées par le Gouverneur, mais seulement dans les deux Divisions d'Alger et d'Oran ; si, à Constantine, ils s'étaient montrés moins bien disposés au premier appel, les adhésions recueillies dans l’état
supplémentaire avaient en partie, sinon complètement, fait dispa-
(1) Bugeaud à Soult, 29 août 1845. A.G.G.A.
St LS
- raître l'écart que marquaient les premiers résultats. D’autres statistiques, plus confidentielles et que l’on ne communiqua pas au Ministre, laissaient ressortir entre les divers régiments des différences d’attitude très marquées et on ne peut évidemment les attribuer qu’à la plus ou moins grande pression morale que les officiers exercèrent sur leurs hommes. Les soldats de la Légion étrangère s'étaient fait inscrire en masse : à Oran, on en comptait 644, à Constantine 431. Même fait avait été constaté en décembre 1841, lorsque Bugeaud demanda des libérés pour peupler le centre d’Aïn-Fouka. En :omme, cette consultation de l’armée n’infirmait pas les dires du Gouverneur, et cela seul lui suffisait pour le moment à la veille de la suprême démarche qu'il allait tenter en France.
Car c'était bien pour une dernière tentative que le Maréchal avait envoyé ces circulaires et recueilli ces statistiques. De retour en Algérie à la fin de mars, il comptait encore sur la Commission des crédits extraordinaires dans laquelle il avait beaucoup d'amis et dont le rapporteur M. Magne était son collègue immédiat, étant lui aussi député de la Dordogne. Mais, quand il apprit qu’à la Chambre personne n'avait soulevé la question de la colonisation militaire, il se montra très affecté et rendit le Ministre responsable de cet oubli ou de cette indifférence. Vers la fin du mois de juin, son irritation devint extréme ; il prête même à Soult la volonté de le dégoûter de sa situation.
Cette pensée — il la confie à Guizot (1) — résulte d’une foule de petits faits et d’un ensemble qui prouve qu’il n’a aueun égard pour mes idées, pour mes propositions. Vous avez vu ce qu’il a fait de l'engagement pris devant le Conseil de demander 500.000 francs pour un essai de colonisation militaire ; c’est la même chose de tout ou à peu près ; il suffit que je propose une chose pour qu’on fasse le contraire, et le plus mince sujet de ses bureaux a plus d’influence que moi sur Padministration et la colonisation de l’Algérie. Dans tous les temps, les succès des généraux ont augmenté leur crédit ; le mien a baissé dans la proportion du progrès des affaires de l’Algérie (2).
(1) Bugeaud à Guizot, 30 juin 1845. Mémoires de Guizot. VII, pages 183 et 184.
(2) Il poursuit ainsi : «Je ne puis être l’artisan de la démolition de ce que je «puis, sans vanité, appeler mon ouvrage. Je ne puis assister au triste spectacle «de la marche dans laquelle on s’engage au pas accéléré. Extension intempestive, «ridicule, insensée de toutes les choses civiles ; amputation successive de l’ar- «mée et des travaux publics pour couvrir les folles dépenses d’un personnel qui «sufirait à une population dix fois plus forte ; voilà le système. Je suis fatigué « de lutter sans succès contre tant d'idées fausses, contre des bureaux inspirés « par le journal L’ Algérie.»
Il manifeste alors l'intention de se retirer :
Je veux reprendre mon indépendance pour exposer mes propres idées au gou- -vernement et au pays. Le patriotisme me le commande, puisque j’ai la conviction
qu’on mène à mal la plus grosse affaire de la France.
L'intransigeance du Ministre est une des raisons de ce découragement et de ce désir de se démettre de ses fonctions ; eMe n’est pas la seule. Bugéaud a toujours été sensible aux attaques de la Presse. A ce moment, deux journaux menaient une ardente campagne contre lui, contre le régime du sabre qu'ils lui reprochaient de faire peser sur la colonie, contre ses projets de colonisation militaire qu’ils s’efforçaient de tourner en ridicule, contre le système d’administration des indigènes confiée à des aghas ou à des caïds fanatiques et avides. Le moindre fait était imputé à mal ou travesti ; à plus forte raison, ces journaux, L'Afrique et L'Algérie, devaient se servir de la catastrophe des Ouled Riah, survenue en juin, pour ameuter l’opinion publique contre les chefs de. l’armée d'Afrique et contre le Gouverneur. Ce fut un déchaînement de haines et de colères auxquelles Bugeaud fit courageusement face ; bien qu’il ne püût être rendu responsable d’un fait de guerre, accompli à plusieurs centaines de kilomètres d'Alger, et sans qu’il ait été consulté, il prit hardiment la défense de Pélissier. Il le couvrit de son autorité, alors que Soult le livrait en pâture aux criailleries de la presse. Ce qui avivait les rancœurs du Maréchal, c'est qu’il croyait que toute cette campagne était directement inspirée par le Ministre, puisque les rédacteurs de ces journaux étaient des personnes bien vues dans les bureaux du Ministère, que même à quelques-uns d’entre eux on avait confié des missions, comme à Enfantin, à Carette, à Varnier. En cela, Bugeaud se trompait : Soult était incapable d’une telle duplicité. |
La situation n'était plus tenable ; le Gouverneur demanda son remplacement au début d'août, Mais il ne voulut point quitter l’Algérie sans préparer sa revanche, sans emporter avec lui les renseignements qu'il jugeait indispensables au triomphe de ses idées. IT lança ses deux circulaires. Elles furent connues à Paris vers le 22 août et y provoquèrent une émotion d'autant plus vive qu'elles semblaient donner raison aux Journaux qui dénonçaient chaque jour le Maréchal comme un indépendant et un ambitieux, peut-être un fauteur de futur coup d'Etat : « La presse, dit Guizot dans ses Mémoires (1), «s’empressa de l’exploiter contre le Ministère, affectant d'y voir une
(1) Guizot : Mémoires VIT, page 193.
« première tentative du Maréchal Bugeaud pour se déclarer indépen- «dant et préparer un démembrement de l'empire français. Les mem- «bres des deux Chambres furent blessés du silence gardé dans la cir- «eulaire sur leurs droits, leur pouvoir et leur intervention nécessaire «dans une telle œuvre. Pour le Cabinet et pour le Ministère de la «Guerre en particulier, il y avait une atteinte portée à la dignité «comme aux attributions du gouvernement central et un grave déesordre, sinon un mauvais dessein. Le Roi et plusieurs Ministres «étaient alors au château d’Eu ; ils m'envoyèrent sur le champ la «circulaire en m’en.exprimant leur mécontentement et leur embar- (TAS ». | Tout le monde était irrité contre le général. C’est un proconsul ou un pacha révolté, elamaient certains journaux ; c’est le chef d'une armée de chauffeurs, renchérissaient les autres. Beaucoup parlaient de l'attitude troupière, des allures fantasques de cet officier supérieur qui visait au maître absolu. Heureusement pour Bugeaud, il lui restait un défenseur : c'était Guizot. Pour remettre toutes gens à leur place, le Maréchal comme le Cabinet, ce Ministre fit passer une note au journal des Débats où il affirmait que le désir de Bugeaud était seulement d'ouvrir «une sorte d'enquête sur les moyens de réaliser çun projet qu'il croyait bon, utile et possible», mais qu’un plan de cette nature et de cette étendue ne pouvait être exécuté ou même commencé qu’en vertu d’une ordonnance royale : « Monsieur le «général Bugeaud, ajoutait-il (1), n’est pas seulement un habile «général ; il est aussi, nous en sommes sûrs, un homme beaucoup «plus constitutionnel, et beaucoup moins dictatorial qu’on né veut « le faire ; s’il voyait que le Gouvernement de son pays ne partageât «pas ses vues, nous sommes persuadés qu'il se contenterait de retirer «de sa circulaire de simples renseignements théoriques dont il pour- «rait faire son profit. Que la France se rassure donc ; il y a des juges «à Berlin ; il y à à Paris un gouvernement et des Chambres et il ne «s’agit de fonder en Afrique ni un royaume nouveau, ni une nou- «velle dynastie». É Cette claire vision de l’homme d'Etat, incapable de partager les entraînements de la presse et de l’opinion, contribua, autant que l'exagération manifeste des accusations portées contre Bugeaud, à ramener les esprits à une plus saine appréciation de sa conduite. Encore fallait-1l mettre le Gouverneur en garde contre lui-même,
(1) Guizot : Mémoires VII, page 194.
contre ses hardiesses compromettantes. Délicate était la mission à cause de l’énervement du général. Le moyen de lui faire entendre raison ? Guizot lui remontra les grandes difficultés qu’il venait de se créer (1) et de créer à ses amis par sa circulaire du 9 août et par le projet d'organisation militaire qui y était joint ; il ne lui céla point que de fortes préventions contre son projet existaient dans le Cabinet, dans les Chambres, dans les Commissions des Finances, dont le concours était nécessaire, que même des positions avaient été prises, des opinions manifestées. Le seul moyen de détruire ces préventions n'est pas, lui dit-il, de les combattre de front et d’essayer de les briser ; le plus habile est de les dissiper en tentant un essai. Guizot se fait fort d'obtenir qu’une expérience limitée soit autorisée; mais il ne se dissimule pas la difficulté de la faire agréer. Que le Gouverneur ne veuille pas brusquer la situation ! «Je vous porte (2), mon cher Ma- «réchal, beaucoup d'estime et d’amitié ; j'ai à cœur d'exécuter pour «ma part ce que je vous ai fait dire... C’est donc pour moi une néces- «sité et un devoir de vous dire ce que je pense de la démarche que «vous venez de faire, et de tout ce qu’elle ajoute au fardeau que «nous avons à porter en commun. Trouvez donc, je vous prie, une «manière de réduire ce fardeau à ce qu’il peut et doit être et de ra- «mener vos paroles et vos promesses dans les limites de essai que «j'ai regardé comme possible. Tenez pour certain qu’il faut se ren- «fermer bien visiblement dans ces limites pour avoir des chances «de succès ».
Bugeaud n’était plus en Algérie quand il reçut cette dernière lettre. Ïl en était parti le 4 septembre. Au dire de Guizot, il avait retiré sa démission, mais il avait demandé à venir passer quelques semaines en France pour s'entendre avec le Ministre de la Guerre. Sans doute, il n’était plus démissionnaire ; toutefois, il n'avait accepté de conserver ses fonctions qu’à la condition de pouvoir exécuter son système de colonies militaires. Il écrit à son ancien aide de camp, Saint-Arnaud, le 21 août (3):
Si l’on ne me comprend pas, si l’on ne veut pas me comprendre, je ne revien-
(1) La lettre commence ainsi : «J’ai été charmé de vous voir abandonner vos «intentions de retraite ; mais c’est avee un vif chagrin, autant de chagrin que de «franchise, que je viens me plaindre à vous de vous-même et vous dire que, par «votre circulaire du 9 août aux généraux de votre armée et par le projet... » Mémoires VII, pages 194-195.
(2) Guizot : Mémoires VII, page 196.
(3) Lettre citée par d’Ideville. Livre ITT, pages 37 et 38.
drai pas. Si tout s’arrange, comme je le crois, je serai de retour à Alger dans les premiers jours de novembre.
Il le laissa entendre aussi aux habitants d'Alger qui lui présentèrent, avant son départ, une pétition, revêtue d’un grand nombre de signatures, pour lui demander de revenir en Algérie et de continuer l'œuvre qu'il avait commencée.
Arrivé à Paris, le Gouverneur général s’empresse de se rendre au Ministère de la Guerre : il a hâte de conférer avec Soult au sujet des graves préoccupations qui l’ont obligé à quitter son poste. Sur cet entretien ét sur ses résultats, Bugeaud s’est expliqué dans une lettre à Guizot :
Pour répondre (1) à la sotte et méchante accusation de la presse, qui m’appelle un pacha révolté, je viens me livrer seul au cordon et je me suis présenté tout d’abord chez le Ministre de la Guerre. Si j'avais eu quelques craintes, son charmant accueil les aurait effacées ; il m’a bien fait voir dans la conversation que les déclamations de la presse avaient produit quelque effet sur son esprit ; mais, aussitôt que je lui ai exprimé mes motifs, tous Basés sur la profonde conviction où je suis que c’est rendre à la France un grand service, et que l’acte en lui-même est au fond dans les droits et les usages du commandement, le nuage s’est dissipé, et, pendant les deux jours que nous avons disserté sur les affaires de l’Afrique, : je n’ai trouvé en lui que d’excellents sentiments pour moi et de très bonnes dispositions pour les affaires en général. De mon côté, j'y ai mis un moelleux et une déférence dont vous ne me croyez peut-être pas susceptible, et cela m'a trop bien réussi pour que je n’use pas, à l’avenir, du même moyen. |
Tandis que s’éloignent les bruits de la tempête, la colère du Maréchal s’apaise ; il s’apprivoise, il reconnaît même que les termes de sa circulaire étaient trop catégoriques :
Je dois dire aussi que les termes en étaient trop positifs ; j’aurais dû mettre partout les verbes au conditionnel ; au lieu de dire : « Les colons recevront ».… etc., j'aurais dû dire : «Si le gouvernement adoptait mes vues, les colons recevraient.…. ete.» ; changez le temps du verbe et vous ne verrez plus qu’une chose
simple, une investigation statistique qui est — je le répète — dans les droits et je usages du commandement et destinés à éclairer le gouvernement lui-même.
De son entretien avec le Ministre, Bugeaud sortit donc plein de confiance, et 1l reprit le chemin de la Durantie. Il comptait sur l’accueil courtois de Soult et sur l'excellence de son système : il se trompait. Soult ne voulait pas supporter seul la responsabilité de dire oui ou non: et c'était au Ministère tout entier à prendre une décision. Les Ministres hésitaient, temporisaient, lorsque brusquement la situation se dénoua par les bruits de désastres qu’auraient
(1) Bugeaud à Guizot, 28 septembre 1845. Mémoires VII, pages 198-199.
subis des troupes françaises sur la frontière orano-marocaine. Le commandant Rivet débarquait d'Algérie et accourait à la Durantie porteur de ces fâcheuses dépêches. Il trouva le Maréchal fort mécontent des lenteurs ministérielles, mais tout prêt à affronter les fatigues d’une nouvelle campagne bien qu'elle s’annonçât comme devant être particulièrement rude. Le soir même, le Gouverneur se décidait à regagner Alger et il écrivait au Préfet de la Dordogne, M. de Marcillac, une lettre où il le priait de lui envoyer quatre che- vaux de poste pour le conduire à Périgueux. Dans ce billet écrit à la hâte et confidentiel, il laissait percer ses inquiétudes et gronder son ressentiment : Ds L’armée et la population (1) réclament à grands cris mon retour. J’avais trop à me plaindre de l’abandon du gouvernement vis-à-vis de mes ennemis de la presse et d’ailleurs pour que je ne fusse pas parfaitement décidé à ne rentrer en Algérie qu'avec la Commission que j’ai demandée et après la promesse de satis-
faire à quelques-unes de mes idées fondamentales. Mais les événements sont trop graves pour que je marchande mon retour au lieu du danger.
Or, ce billet d’un ami à un ami fut communiqué à un journaliste qui eut la maladresse de le publier dans le Conservateur de la Dordogne. De à, il passa aux journaux de Paris ; ceux-ci s'empressèrent de le reproduire et de le commenter d’une façon fort désobligeante et pour Bugeaud et pour le Ministère, Ce fut un cri général de protestation. « La presse tout entière, dit la Gazette de France, va tom- «ber sous le sabre de M. le Maréchal Bugeaud».—« Un seul homme «règne et gouverne en France, proclame la Réforme ; ce n’est ni le « Roi, sous la responsabilité de Guizot, ni M. Guizot sous le couvert - «de M. le Maréchal Soult ; cet homme c’est M. Bugeaud». Le National dit que «dans un gouvernement ayant quelque peu conscience «de son devoir, la destitution immédiate de M. le Gouverneur général «serait la seule réponse qu’on devrait faire à sa lettre, et que, ne «pas faire cette réponse, c’est signer l’abdication du pouvoir». Enfin, Le Siècle considère la lettre « comme un monument curieux de l’anar- «chie du pouvoir à notre époque». Or — la coïncidence est curieuse et mérite d’être signalée — Guizot arrivait à la même conclusion dans le billet qu’il écrivait à ce sujet à Bugeaud pour se plaindre de son attitude ! «Mettre le public (2) dans la confidence de vos rap- «ports avec le gouvernement que vous servez, prendre les journaux «pour organes de vos plaintes, mon cher Maréchal, cela ne se peut
(1) Lettre citée par d’Ideville, ITT, page 53. (2) Guizot à Bugeaud, Mémoires VIT, pages 206-207,
é : RIRE :
«pas. C’est là du désordre. Vous ne le souffririez pas autour de vous ; «et croyez-moi, cela ne vaut pas mieux pour vous que pour le pou- «voir auquel vous êtes dévoué».
Cette incartade de Bugeaud fut le dernier épisode de la lutte qui se livra autour du second projet de colonisation militaire qu'il avait présenté dans les premiers jours de 1844. Oh !'il n’abandonnera toujours pas ses idées. Mais les circonstances sont trop graves pour qu'il pense à autre chose qu'à réprimer la révolte. Il court donc à l’incendie; s’il est assez heureux pour l’éteindre, il renouvellera ses instances. À
Si je n’y réussis pas (1), rien ne pourra m’attacher plus longtemps à ce rocher de Sisyphe.
Quoi qu'il en soit, les derniers mois de 1845 furent employés à guerroyer, et la colonisation passa au second plan. On arrêta même, sous prétexte de ne point mécontenter les Arabes, tous les projets de création de villages civils. Et c’est aussi à cette époque que lun des auteurs et des acteurs de ce conflit, le plus puissant et le plus tenace, le Maréchal Soult, quitte le Ministère de la Guerre, mais il y place celui qui l’avait aidé jusque-là dans son administration, le
lieutenant-général Moline de Saint-Yon.'Aussi ce changement de personnes n'amène point un changement de principes.
Un curieux document ne laisse aucun doute sur l'opinion que le nouveau Ministre professait au sujet du plan de Bugeaud. Dès son installation au Ministère de la Guerre, le 10 novembre, il demanda à ses bureaux un exposé très détaillé et très précis des deux systèmes de Soult et du Gouverneur, et, quand il eut pris connaissance de ce rapport, il écrivit de sa propre main : «Il est impossible (2) d’hésiter
- «entre deux projets, quand l’un exige un fonds de première mise «énorme que l’on n’obtiendra jamais des Chambres, tandis que «l’autre ne demande aucune avance et se sert seulement des hommes «encore sous les drapeaux, autrement dit des soldats comptant dans «leflectif des corps. Du reste, conclut-il, il y a lieu d’ajourner «cette question ». La consigne donnée fut donc «de ne plus en parler».
(1) Bugeaud à Guixot, 18 octobre 1845. Citée par d’Ideville, IIE, page 62. C’est dans cette lettre que Bugeaud reprenait Ja parole de Villars : « C’est bien «le cas de vous dire aujourd’hui ce que le Maréchal Villars disait à Louis XIV : «Je vais combattre vos ennemis et je vous laisse au milieu des miens ».
(2) Rapport du 30 novembre 1845. Archives de la Colonisation Algérienne. Dossier Bugeaud. A.G.G.A. L’annotation du Ministre, placée à la fin de ce rapport, porte la date du 12 décembre 1845.