‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 45 sur 77 · EMPLOI DES CONDAMNÉS MILITAIRES A LA COLONISATION · texte numérisé non relu

EMPLOI DES CONDAMNÉS MILITAIRES A LA COLONISATION

Origines du système du colonel Marengo sur emploi des condamnés militaires. Opinions de Soult et de Bugeaud.

I. — Les rapports du colonel Marengo et le travail des condamnés ; la fondation de Saint-Ferdinand. — Ius lettres de Bugeaud qui approuvent et élargissent ce système. — Réserves prudentes de Soult.

IE. — Guyot et Marengo.— Leur duel administratif. — Les confidences du comte Guyot à Fellmann.

: IN. — La direction de la colonisation passerait ‘entre les mains du colonel

Marengo ; refus formel du Ministre. —- Tentative d’une répartition du travail entre les services civils et les services militaires. — Déformation du projet du

colonel Marengo par Bugeaud. — Les «galops » du Ministre : affaire de l’haouch Skaladji et affaire de Mahelma.

IV. — Causes de l'échec : l'emploi des condamnés militaires aurait pu avoir des résultats avec un autre homme que Marengo et un autre gouverneur que Bugeaud. — Les villages Marengo et les villages civils en 1846. — Comparaison de leurs populations et de leurs productions. — Rapport de M. Darru, inspecteur de la colonisation, sur la situation très précaire du village de Sainte-Amélie

à la fin de 1846.

Complexité de la colonisation : ses conditions de succès.

Le colonel Marengo était, à la manière de Bugeaud, un ardent partisan des colonies militaires : « Plusieurs écrivains, dit-il, dans un « Mémoire (1) adressé au Ministre en 1839, ont déjà traité cette ma- «tière ; mais, suivant moi, l'ouvrage consciencieux de M. le lieute- «nant-général Bugeaud est le seul qui prouve non seulement des vues « profondes, mais encore une connaissance exacte du pays, des diffi-

«cultés à vaincre et de la persévérance qu'il faut avoir pour parvenir

(1) Archives de la Colonisation Algérienne. Voir les dossiers de Saint-Ferdinand et de Suinte- Amélie. Là se trouvé ce premier projet du colonel Marengo. LA

«à un résultat indispensable, celui de mettre la colonie en état de sé «suffire à elle-même en cas de guerre, et assez forte pour refouler «dans les sables ces nuées d’Arabes qui pourraient l’inquiéter une «fois livrée à ses propres forces». À l'exemple d’un général aussi illustre, il s’était essayé à ébaucher l’image d’une légion colonisatrice qui ne différait de celle esquissée par Bugeaud que par ses lignes moins accusées, ses proportions plus modestes et aussi par quelques détails d'organisation assez inattendus. L'un d'eux mérite surtout d’être cité, car il montre combien le problème de l'introduction de la. femme dans les villages militaires préoecupait les officiers et à quelles solutions étranges leur esprit s’arrêtait.

Le colonel Marengo voulait que ses soldats, avant de se marier, fissent longuement la connaissancede celles qu’ils allaient épouser ; il leur ménageait des entrevues, des parties de plaisir, des flirts, dirionsnous aujourd'hui : « Un plan de colonisation militaire (1) présente «une partie délicate à traiter : c’est celle où il est question de l’intro- «duction des femmes. Je pense que le meilleur moyen à prendre pour «qu’elle ait lieu sans désordre serait de les faire arriver, les camps «étant terminés, comme moyens auxiliaires et comme ayant des «fonctions à remplir, par exemple à soigner les malades, à laver et «soigner le linge, à confectionner les vêtements, à faire le pain, à «soigner le bétail. Ces femmes de 15 à 25 ans, qui seraient prises dans «les hospices ou autres lieux, arriveraient là et seraient placées dans «un local à part, sous la surveillance de femmes âgées, sœurs de la «Charité ou autres. Après les travaux de la journée, des réunions «auraient lieu dans un local disposé à cet effet. La danse et les plai- «sirs qui peuvent divertir les hommes sans entraîner le désordre «seraient permis ; pour animer ces réunions, un tiers ou la moitié des «femmes, à tour de rôle, y assisteraient. Une espèce de parloir leur «permettrait de converser les uns avec les autres sous la surveillance «des sœurs. Aussitôt qu’un militaire demanderait une de ces filles «en mariage, le Conseil d'administration, après le consentement des «deux parties, les unirait d’après les formes prescrites par le code et «lon pourvoirait aussitôt à leur logement particulier». Tout se passerait donc le mieux du monde ; les mariages des soldats du colonel Marengo n'auraient plus rien de cette rapidité et de cette brusquerie militaires que l’on reprocha si fort à ceux des libérés du général Bugeaud ; ils seraient précédés de danses et de causeries sous l’œil indul-

(1) Marengo : Même rapport. A.G.G.A,

Page 1