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dies. Tant de services, tant de dévouement ne peuvent pas rester sans réconipense.
Peu de temps après, le Gouverneur sollicitait de Soult, en faveur de Marengo, une allocation annuelle de 4.000 franes et il insistait avec d'autant plus d’ardeur pour l’obtenir que les autrès officiers en recevaient une mensuelle depuis plusieurs mois.
Causes de l'échec
Quel jugement porter sur l’œuvre du colonel ? L'idée d'employer la main-d'œuvre pénitentiaire aux travaux préparatoires de la colonisation était heureuse et elle eût sans aucun doute été utile à l’Algérie, si Son exécution avait été confiée à un autre officier que Marengo et à un autre gouverneur que Bugeaud.
Le colonel Marengo possédait, sans nul doute, de grandes qualités, une activité peu commune, un esprit de décision remarquable, le don de commander et de se faire obéir. Les condamnés n’attendaient de lui qu'un geste ou plutôt un coup de sifflet pour exécuter docilement l’ordre qui leur était transmis. D’après certain correspondant du T'oulonnais, tous travaillaient avec une ardeur incroyable, « pio- «chant (1), construisant, et surtout redoublant de zèle lorsqu'ils «entendaient le terrible sifflet qui annonçait la présence du chef «redoutable, placé sur un monticule, d’où son regard d’aigle plon- «geait dans les endroits les plus fourrés ». Ce conducteur d'hommes avait fait confectionner des instruments puissants, sortes de porte-voix énormes, afin d'imposer sa volonté au loin, et personne ne croyait échapper à sa surveillance, Il était craint, mais aussi respecté, car il savait récompenser le travail et la bonne conduite : au mois d’octobre 1844 (2), il supplie Bugeaud d'appuyer tout particulièrement les propositions qu'il a faites en faveur de 59 condamnés. Les dernières qu'il avait envoyées ont été en grande partie écartées et c’est ainsi que «l'atelier au boulet n° 2, occupé aux travaux agricoles, n’a obte- «nu que la grâce de 10 condamnés, tandis que l'atelier n° 7, employé
(1) Cette correspondance particulière du Toulonnais, datée du 5 avril 1843, est annexée en copie au dossier de Saint-K Ferdinand. A.G.G.A.
(2) Marengo au Gouverneur général, 1°: octobre 1844. Archives de la Colonisation Algérienne. Dossier de Saint-Ferdinand. A.G.G.A,
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«aux travaux du môle, en a reçu 50 ; cependant, ces deux ateliers «sont d’égale force». Une différence aussi grande dans le nombre des grâces accordées ne peut provenir, dit-il, que de «l’animadversion «que lui portent certains bureaucrates ». Il préférerait se retirer plutôt que de voir ces hommes frustrés, à cause de lui, du bénéfice que devrait leur rapporter un labeur opiniâtre. Très réel est donc chez lui le désir de rendre justice à des soldats que souvent un simple mouvement de colère ou un moment d’égarement à fait condamner au boulet, et ce sentiment honore l’homme.
Mais, si cet officier, redouté et respecté, avait une volonté de fer, il montrait aussi une trop grande confiance en lui-même. Très autoritaire, il n’admettait pas qu'on lui dictât une ligne de conduite. Il poussa si loin cet esprit d'indépendance qu’il se livra parfois à des manifestations déplacées ; il crut pouvoir ne pas tenir compte des injonctions ministérielles. À vrai dire, celui-là même qui aurait pu mettre un frein à tant d’audace, l’encourageait à la résistance. Dans la lutte qui se poursuivit et s’aviva entre les éléments civils et milijtair es durant tout le gouvernement de Bugeaud, Marengo personnifia ‘le militarisme ardent, dédaigneux de toute règle autre que celle de la discipline immédiate, détracteur impitoyable des œuvres que n'avait pas accomplies l’armée. Etant donné un pareil état d'esprit, comment ce colonel, malgré son activité, son initiative, son habileté à commander les hommes, aurait-il pu partager avec le comte-Guyot, administrateur froid, pondéré et-un peu formaliste, la direction de Ta colonisation ? Utopie que cet accord auquel personne ne crut et qui paralysa pendant quelque temps les progrès de la colonie.
Il faut avouer que le grand coupable fut ici le général Bugeaud. Il flatta les manies de son subordonné et les aggrava, couvrant de son autorité de Gouverneur les pires incartades et, par cette indulgence excessive, en provoquant de plus blâmables encore. Et surtout il interprêta, généralisa, glorifia l’œuvre des condamnés jusqu’à la dénaturer, puis à la confondre avec la colonisation militaire. Pourtant, Soult dans ses instructions avait écrit en 1841 : « L'emploi des con- €damnés se lie à la colonisation civile. en ce sens qu'ils la préparent «et la facilitent par le défrichement des terres et la construction des «fermes ». Limitée à cet objet précis et enfermée dans d’étroites barrières, la main-d'œuvre pénitentiaire eût été PROS d’aucuns s’étonnent qu ‘aujourd’ hui, à l’intérieur de la colonie, on n’y fasse pas plus souvent appel sans courir le risque de concurrencer l’industrie privée. En 1843 et 1844, rien ne s’opposait à ce qu’elle fût employée
Op res
sur de nombreux points ; car, à cette époque, l’on manquait de bras et les campagnes étaient peu sûres ; il suffisait de savoir l'utiliser au mieux des intérêts civils. Mais voilà, ne fallait-il pas, sous un gouverneur comme Bugeaud, montrer que des condamnés militaires, commandés par un officier, bâtissaient un village plus vite et à moins de frais que des ouvriers ou des colons civils ? L’ ARNO posée au: co'onel Marengo, ne comportait par ses données qu'une solution, et ce n'était pas l'utilité de cette main-d'œuvre, c'était bien plutôt la supériorité des militaires sur les civils en matière de colonisation.
Quand le fait fut acquis ou qu’au premier examen du chiffre des dépenses et du nombre des journées, il sembla l'être, Bugeaud affirma hautement que le problème de la colonisation était résolu et que la solution trouvée était la plus simple, la plus rapide, la moins coûteuse; le bon séns exigeait que désormais on s’y tint à l'exclusion de toute autre. Le Gouverneur ne s’arrêta pas encore là ; son esprit généralisateur le poussa plus loin. Dans les villages de Saint-Ferdinand, de Sainte-Amélie, de Mahelma, qui a travaillé ? Des condamnés militaires ; qui a commandé ? Un officier ; qui a fourni les vivres et la plupart des outils ? L'armée, toujours l’armée. C’est donc l’armée qui a réussi, l’armée qui peut coloniser avec le plus de chances de succès, l’armée que l’on doit charger de ce grand œuvre. Le Gouverneur s'inquiète peu de l’objection qu’on était en droit de lui adresser : si les condamnés avaient été des civils, si leurs chefs avaient été des ingénieurs, si leurs travaux avaient été aussi vite et aussi bien exécutés que ceux des condamnés militaires — la supposition est au moins permise —, quelle conclusion tirer ? Enfin, par une nouvelle interprétation de la méthode, it prétend que les travaux des soldats leur profitent directement à eux-mêmes ; à peine les maisons de Mahelma sont-elles terminées qu'il y installe des colons militaires non encore libérés du service. Et l’on revient ainsi à sa pensée directrice, à ses légions colonisatrices formées de troupiers, les seules à son jugement
capables d’implanter en Afrique une vigoureuse population fran- çaise. Or, de cette colonisation militaire, le Ministre ne voulait pas ; les Chambres et le pays ne voulaient pas davantage. En confondant l’œuvre du colonel Marengo avec son système, Bugeaud la vouait donc à l’insuccès.