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la plus rigoureuse de toutes, le Gouverneur ne veut pas. Quand, plus tard, il se refusa à laisser l'Etat se dépouiller des terres domaniales au seul profit des grands concessionnaires, le meilleur argument qu'il employa fut la menace de voir, réduites à lasituation de métayers, de fermiers ou de simples salariés, les familles européennes que ces capitalistes s'engageaient à y fixer. N’en aurait-il pas été forcément de même pour les indigènes plus imprévoyants et plus misérables ? La politique de Bugeaud consiste à améliorer la condition matérielle des indigènes par des mesures qui leur sont directement profitables, non par une sorte d'esclavage économique.
On n’a pas assez remarqué que cette colonisation individuelle et libre avait été condamnée par les événements, même avant les désastres de 1839. L'intendant Bresson dans ses rapports constate à plusieurs reprises son échec ; il remarque qu’à l'engouement des premières années a succédé chez ces colons, dès 1837, le sentiment plus précis des réalités africaines et, avec lui, le découragement. La confiance une fois ébranlée, tout devint un sujet de crainte. Les grands propriétaires avaient trop préjugé de leurs forces et de leurs capacités. On s'était avancé fort loin dans la plaine ; force fut de reculer : «Ils «sont, dit M. Bresson (1), dans la position d’une avant-garde qui a « devancé de trop loin le corps de bataille et l'attend avec inquiétude ». Ce qui augmenta cette inquiétude, ce fut qu'à un moment donné et comme sur un mot d'ordre leurs khammès les abandonnèrent ; qui plus est, les tribus du voisinage quittèrent la Métidja. Ainsi, à l'heure même où l’on affirmait que les Arabes ne demandaient qu’à profiter des avantages individuels de la paix et du commerce avec les Européens, que la collaboration des deux races était possible, —- semblables attestations remplissaient les Journaux de la métropole, — ces mêmes Arabes de la plaine et du Sahel désertaient peu à peu les fermes européennes et les terres voisines de ces fermes ; d'autres. même fuyaient Alger, Blida, Koléa ; trois cents indigènes s’éloignèrent du Sahel. En janvier 1838, 112 demandèrent aux autorités françaises des passeports pour aller se fixer à Miliana où les appelait Fémir. Dans la plaine, les tribus ne semèrent plus ; les bergers avec leurs
(1) Les rapports de cet Intendant existent dans les Archives de la Colanisation Algérienne au Gouvernement général. Ils sont fort peu connus et pourtant des plus suggestifs. Leur publication rectifierait bien des idées sur la situation de l'Algérie en 1837 et 1858, et mettrait peut-être un terme au débat qui s’est engagé à propos des premiers colons algériens sur les avantages et les inconvénients de la colonisation libre et ceux de la colonisation officielle.