‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 7 sur 77 · L'AMOUR DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE L'AGRICULTURE

L’agriculteur et le militaire chez Bugeaud.

1. — Emploi de l’armée aux travaux publics. — Les discussions sur la ques

tion de prineipe. — Les routes, les ponts ; la construction des villages : la Stidia et Sainte Léonie. - |

II. — Emploi de l’armée aux cultures. — Les cultures régimentaires : les jardins et les fermes. — Les pépinières. — [exploitation des forêts.

III. — Assistance prêtée par l’armée à la colonisation. — Les défrichements de terres pour les colons. — Les distributions de bestiaux.

Résultats atteints par Bugeaud.

«Agriculture et colonisation, c’est tout un», dit Bugeaud. Voilà son principe, celui dont il ne s’écartera jamais. Ce Maréchal de France avait l’âme d’un agriculteur, le goût inné du paysan pour la terre et les belles cultures. Issu d’une famille de gentilshommes campagnards, livré à lui-même dès son bas âge (1), puis élevé par deux sœurs dont l’une surtout, Phillis, l’entoura de la plus affectueuse tendresse, il avait passé sa Jeunesse dans le vieux château de la Durantie où il partageait son temps entre l'étude et les grandes courses dans les” champs. Il chassait, il pêchait et s’amusait avec les fils des métayers. Cependant l’existence était rude, faute de revenus suffisants. Il fallut songer à l’avenir ; à dix-huit ans, il s’engagea dans les vélites de la Garde. Le métier de soldat ne lui plut guère et il songea souvent à le quitter. Mais les longues campagnes auxquelles il prit part, les pays nouveaux qu'il parcourut, le lui firent aimer ; puis vinrent les grades. Quand il fut nommé sous-lieutenant, il écrivait :

x . . … (1) Voir sur la jeunesse de Bugeaud l'ouvrage de d’Ideville qui contient de

très nombreuses lettres adressées par Bugeaud à sa sœur Phillis de la Piconnerie.

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Lorsque je considère (1), qu’enfin je suis sorti des dégoûts de l’état militaire, il me semble que c’est un songe bien agréable.

Même à cette heure, les velléités d’abandonner le service persistent . chez lui. Le 6 août 1806, il les confie à sa sœur : «Oui, ma chère (2), je «quitterai le militaire aussitôt que nous aurons la paix continentale. «Tous les jours je me raffermis de plus en plus dans cette inten- «tion. Il faut penser à l’avenir ; car je vois clairement que ce n’est «point un état pour toute la vie». Entre les nécessités du métier et les espérances d’un avenir meilleur comme d’une position plus conforme à ses goûts, la lutte commence. Des camps auxquels l’enchafnent les obligations de la vie militaire, et des champs vers lesquels l’attirent ses goûts personnels, qui l’emportera ? En 1808, au retour de la campagne de Pologne où il est blessé grièvement à Pultusk, il n’a pas reçu l’avancement qu’il méritait ; il est furieux, se dit victime d’une injustice, obtient un congé de six mois et vale passer en Périgord. Là, le pays natal, la vie de famille et la vie des champs le reprennent tout entier, et il écrit pour se démettre de ses fonctions. Sa résolution bien arrêtée aurait été définitive, si par une utile précaution ses sœurs n’avaient retenu la lettre de démission. Bugeaud fut envoyé en Espagne et, pendant plusieurs années, y mena l’existence la plus rude, s’habituant aux dangers de cette guerre infernale, de ces guerillas qu’il devait bientôt recommencer en Afrique ; il y gagna presque tous ses grades. A la veille de Waterloo, il était colonel ; mais la chute de l’Empire brisa pour un moment sa carrière. Le 16 septembre 1815, on le licencia.

Il avait été militaire pendant douze années, de 1804 à 1815, moins par goût que par nécessité ; il redevint agriculteur, contraint sans doute par les événements, mais enchanté d’avoir repris sa liberté et heureux de revoir sa ferme de la Durantie. Le laboureur se réveillait en lui. Aussi, dans sa retraite, durant quinze années, se replongerat-il avec bonheur dans cette vie des champs. Ilse maria avec Mademoiselle Lafaye et, dans la paix du foyer familial, se consacra avec -ardeur et avec amour à l'exploitation de son domaine qu'il agrandit, ! qu’il améliora, dont il fit une propriété modèle. Dès l’aube du jour (3), il était dans lés champs, à la tête de ses ouvriers, leur montrant lui-même la manière dont les travaux devaient être exécutés. Pour

(1) Bugeaud à Phillis, 6 avril 1806 ; d’'Ideville t. I, page 83. (2) Bugeaud à Phillis, 6 août 1806 ; d’Ideville t. I, page 89. (3) Monographie de Bugeaud, écrite par lui-même. D’Ideville, t. 1, page 175,

LE 99 = être professeur avec plus d'autorité, il s’était formé au plus vite à manier la charrue, la faux et tous les instruments agricoles. avee autant de dextérité que l’ouvrier le plus exercé. Mais c'était surtout par ses enseignements qu’il ouvrait l'esprit des cultivateurs et qu’il excitait chez ses voisins bourgeois le goût pour l agriculture.

Par son intelligente initiative, par la ferme direction qu'il sut imprimer, par l'introduction des prairies artificielles et l’usage des engrais, il avait doublé la valeur et la production de ses terres ; par l'institution des comices agricoles, dont le premier fut organisé en Dordogne, et qui se multiplièrent si bien qu’en 1840 il y en avait 600 en France, il agit sur les cultivateurs de son département, que sur ceux du pays tout entier. :

Avec la monarchie de juillet, l’agronome reprit son grade de colonel et bientôt fut nommé général. Envoyé à la Chambre des Députés, 1l y traita à peu près exclusivement les quèstions militaires et agricoles. A deux reprises, on lui confia des commandements en Afrique. Cette double expérience africaine et l'orientation de son esprit à la fois vers les problèmes militaires et les réalités agricoles le prédisposaient à concevoir la politique habile et hardie qui assura simultanément la conquête et la pacification de l’Algérie. Il n’était, sans doute, donné qu’à un militaire de battre les Arabes par la mobilité de nos colonnes ; mais il était donné au militaire, doublé du laboureur, de savoir frapper les indigènes dans les biens de la terre, seuls saisissables chez ces nomades, puis d'amener ces mêmes indigènes à la soumission et de les y maintenir par l’association de leurs intérêts agricoles avec ceux des Français; 1l était enfin donné à un Maréchal, agriculteur et colonisateur, de savoir employer son armée aux travaux publies comme aux cultures et de fonder ainsi en Algérie quelque chose de grand. de fécond et de vivant.

Emploi de l’Armée aux Travaux publics

L'emploi de l’armée aux grands travaux publics n’était pas chose absolument nouvelle en Afrique. Plusieurs gouverneurs s'étaient servis de la main-d'œuvre militaire pour ouvrir des rues à Alger, tracer des routes aux environs de la ville, consolider la jetée du port, construire des baraquements. Ce sont ces mêmes gouverneurs qui, ayant ainsi laissé une trace durable de leur passage au gouvernement

de nos établissements d’ Afrique, sont aujourd’hui les plus connus : les Clauzel, les Rovigo, les Voirol, les Valée. Les autres sont oubliés, n'ayant rien produit de définitif. Clauzel fait élever les premiers Casernements ; Rovigo tracer la route qui monte vers El-Biar ; Voirol ouvrir celle qui gagne la Métidja par le Sahel ; Valée doubler la rampe par laquelle on s'élève à la Casbah du côté du Nord. Œuvres de ces gouverneurs militaires, ou plutôt œuvres de leurs soldats ! Eux seuls, sous la conduite de leurs officiers, accomplissaient ces rudes et utiles travaux.

En France, maints écrivains militaires avaient déjà élevé des doutes sur la légalité de cet emploi de l’armée. Le Lieutenant-Général, le marquis Oudinot, avait, dès 1839, c’est-A*dire au moment où le Maréchal Valée projetait d'occuper ses troupes au travail des routes, fait paraître un mémoire intitulé : Des considérations sur l'emploi des troupes aux grands travaux d'utilité publique. Il se prononçait énergiquement contre de telles mesures militaires ; elles détournaient, selon lui, le soldat de son métier propre ; toutefois, étant donné la situation très spéciale de l’armée d'Afrique et le manque de bras, il concédait que ces circonstances locales étaient des raisons suffisantes pour faire fléchir la rigueur du principe admis pour la France. Plus tard; quand Bugeaud se fut engagé hardiment dans cette voie de l’utilisation de l’armée en dehors des opérations de guerre, les protestations se firent de plus en plus vives ; les Pairs et les Députés s’émurent ; à plusieurs reprises les commissions parlementaires critiquèrent et condamnèrent ces errements. Le Ministre de la Guerre essayait de calmer les plus ardents et promettait de donner des ordres pour qu'il n’en fût plus ainsi. En 1844, le rapporteur (1) avait écrit : «Nous ne pen- «sons pas que les maisons des colons, le défrichement et surtout les « desséchements, si dangereux pour la santé des travailleurs, puissent «être demandés aux soldats. Nous avons été heureux de récevoir de «M. le Maréchal Soult, président du Conseil, dont la constante solli- «citude pour le bien-être de l’armée est si grande, l’assurance qu’il «adoptait cemplètement cette opinion ». En 1845, même affirmation ; toutefois, il n’est parlé que des travaux de défrichement exécutés dans l’intérêt des colons : « M. le Maréchal (2) a formellement déclaré «que les condamnés seuls pourraient y être contraints ; nous devons

(1) Moniteur Universel : Rapport de la commission parlementaire, chargée de l'étude des crédits supplémentaires d'Afrique, 1844.

(2) Moniteur Universel : Rapport de 1845.

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«consigner ici cette déclaration». Mais ces promesses n'étaient faites que pour sauver la face ; nul n’ignorait que l’armée d'Afrique, lorsqu’elle n’était point occupée à la guerre, l'était aux travaux publics, et Bugeaud le proclame hautement à la tribune, dans son discours du 24 janvier 1845 :

Non seulement l’armée protège (1), non seulement elle donne la sécurité, mais encore elle exécute les grands travaux d'utilité publique, sans lesquels notre conquête ne pourrait pas prospérer. Pour ces grands travaux d'utilité publique, c’est l’armée qui vous a fourni des bras nombreux et à bon marché, et sans elle vous ne les exécuteriez pas. C’est ainsi que l’armée a ouvert, depuis deux ans, 500 lieues de routes, qu’elle a fait seize ponts, une multitude d’édifices militaires sur plusieurs points, qu’elle a fondé plusieurs villages, qu’elle a fait en un mot tous les grands travaux d'utilité.

Etait-ce là le ton d’un aveu, celui d’une excuse ? Si Bugéaud ne se faisait pas une gloire personnelle de l’œuvre accomplie, il en reportait tout le mérite à ses soldats et les en félieitait publiquement. A cela que pouvaient opposer les polémistes ?

Il s’en trouva pour essayer non seulement de combattre les idées de Bugeaud, mais d’ameuter contre lui toutes les familles qui avaient. en Afrique un de leurs enfants. M. Desjobert, député de la Seine-Inférieure, l'adversaire acharné de l’expédition d’Alger et de l'aventure algérienne, publia, le 17 mars 1845, sous forme d’une lettre d’un vieux soldat, une vigoureuse philippique contre le gouverneur. «Lorsque naguère, lui rappelait-il, vous incliniez pour l'évacuation «de l'Afrique, vous disiez que les pères de famille, qui y voient périr «leurs enfants, pourraient partager votre opinion ; mais, ajoutiez- «vous, ils ne parlent pas, ils n’écrivent pas, ils travaillent et ne sont «pas consultés ». Il imagine qu'aujourd'hui un de ces pères de famille, qui l’a entendu, un vieux soldat, lui écrit parce qu’il a un fils en Afrique et qu’il en a reçu des nouvelles auxquelles, il lui est difficile de croire : « Une chose nous inquiète (sa femme et lui) : c’est le travail «qu’on fait faire au soldat en Afrique. Vous dites dans votre discours «qu'aucune armée n’a éprouvé autant de fatigues ; que, si elle n’a «pas versé autant de sang que sous l’Empire, elle a versé beaucoup «plus de sueur ; que, lorsque nos soldats rentrent de campagne, on «ne leur donne que trois jours pour réparer leurs effets en débris et «qu'immédiatement on les mène dans les ateliers ; qu’ainsi, ils tra- (vaillent toujours quand ils ne combattent pas». C’est done pour

(1) Moniteur Universel : 25 janvier 1845.

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«cela que notre enfant à été si souvent à l'hôpital et pourtant c’était «l’un des plus forts du canton ; on en avait rejeté quatre pour l'avoir. «Si, encote, on ne l’employait qu’à des travaux militaires, Je le com- «prendrai, c'est ce que nous faisions de notre temps. Mais vous lui «faites défricher des terres, construire des maisons pour les colons, « faire des canaux d'irrigation, arracher des broussailles, piocher la «terre et la si bien travailler que le colon peut semer immédiatement : «si les bœufs et les charrues ne sont pas en nombre suffisant, nos sol- «dats y suppléent en recouvrant le grain à la pioche ; «les colons, «dit votre journal, en témoignent hautement leur reconnaissance ». «Un général avait bien dit que le soldat était le serf du colon, mais «il n'avait pas dit qu’il fut sa bête de travail. Faire du soldat le serf «du colon ou sa bête de travail, n’est-ce pas ce-qu’entendent nos «députés et le Maréchal Soult, puisqu'ils ont déclaré que les travaux «civils, tels que la construction des maisons de colons, les défriche- «ments et desséchements ne pouvaient être demandés au soldat. Il «cest vrai que cela ne vous a pas empêché de continuer à employer «les . à ces travaux. Dites-moi, mon général, qui est-ce qui «gouverne ? Est-ce vous ou le gouvernement ? Ma femme prétend «que ce doit être le gouvernement ». | La lettre de M. Desjobert était pleine de malice et d’ esprit, amusante aussi par la contradiction qu'elle relevait entre les paroles anciennes et les actes récents du gouverneur. Sous sa forme familière, elle devait produire infiniment plus d'effet que celle que, dans le «Spectateur Militaire» de juillet 1845, M. le général Duvivier publia sur le même sujet. Cette dernière est, en effet, dogmatique et prétentieuse. Déjà, en 1843, ce général avait écrit un ouvrage haineux (1) où semblables idées étaient exprimées. L'armée française, affirmait-l, telle qu’elle est recrutée, au moyen de citoyens libres désignés par le sort, ne saurait être employée à l’exécution de travaux d'utilité publique. Rien dans la loi ne lui en fait une-obligation. Que le soldat soit un homme toujours prêt à donner, par les armes, force à l'Etat, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, e’est son devoir ; mais lui imposer une chose que l’on peut obtenir pour de l'argent, en faire un être çorvéable à merci, est une illégalité : « Le soldat (2) ne saurait être ni le «serf, ni l’homme-lige, ni le bœuf de charrue du colon». Ne sait-on pas aussi que certains travaux en Afrique sont mortels, qu'y çon-

(1) Général Duvivier : Quatorze Observations sur le dernier Mémoire de Bugeaud.

(2) Général Duvivier : Spectateur Militaire : juillet 1845.

traindre nos soldats, c’est les exposer aux maladies les plus dangereuses ? Et, comme cet officier ne peut pas raisonner froidement, qu'il s’échauffe et se laisse entraîner par la passion, qu'il veut produire grand effet, le voilà reprenant l'inscription funéraire des Lacédémoniens et l’adaptant aux Français morts en exécutant ces travaux. «Passant, va dire à la France que nous sommes enterrés ici parce «qu’on a violé ses saintes lois». Le voilà aussi faisant parler les soldats, et leur prêtant des sentiments qui, à beaucoup, étaient mconnus. «Savez-vous pourquoi le vrai soldat répugne tant à vos pelletages de «terres, à vos brouettages de pierres ? C’est qu’il comprend que ces «travaux l’abrutissent, et, dès qu’on a touché l’habit militaire, on «sent quelque chose de spirituel, de divin, naître dans le cœur».

Bugeaud se soucia peu de ces libelles ; il n’en continua pas moins à faire travailler ses troupes à l’ouverture des routes, à la construction des ponts, à l’établissement de fermes et de villages, au défrichement des terres, aux cultures surtout. Programme très vaste qui s’élabore peu à peu dans son esprit suivant les besoins du temps et du milieu, et qu’en quittant ses fonctions de gouverneur il se flattait d’avoir accompli.

L'ouverture des routes fut une des œuvres les plus utiles et aussi les plus pénibles effectuées par les soldats. En Algérie, il n'existait, en 1830, que des sentiers ou des chemins muletiers ; à peu de distance de chaque ville, le sol était recouvert d’épaisses broussailles ; aucune route tracée, pas d'ouvrage d’art sur les rivières. À peine quelques vestiges de voies romaines que le temps avait épargnées. Or, pour les armées françaises, pour leurs convois très lourds et leurs pièces d’artillerie, il fallait tracer de bonnes voies praticables, et c’est dans un but presque exclusivement militaire que les premières furent ouvertes. Comme notre autorité ne s’étendit d’abord que sur la banlieue de quelques villes, surtout autour d'Alger, dans le Sahel et la Métidja. ces premières routes ne dépassèrent pas le pied de l'Atlas. Elles avaient été bien.construites et furent livrées, de bonne heure, au service des Ponts et Chaussées, chargé de les entretenir. :

Mais, avec Bugeaud, quand l’oceupation française s’étendit dans l’intérieur, que nos troupes s’établirent d’une façon permanente dans les villes de la zone montagneuse, qu’elles atteignirent même les postes établis par l'émir à la limite du Tell, il devint indispensable de relier ces nouvelles garnisons aux villes de la côte par des routes per-

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pendiculaires au littoral, puis de les réunir les unes aux autres par des voies transversales. Ce fut la grande entreprise, celle qui incomba tout entière au Génie militaire. En deux années, 1843 et 1844, années de la grande conquête et des grands terrassements (1), l’armée française ouvrit près de 400 lieues de routes. Voici les principales au début de 1844 :

D'Oran à Sebdou par Tlemcen............. etes 44 lieues De Tlemcen à Lalla-Marnia sur la rive gauche de la Tafna dans la direction d'Oujda......... RU COLE A EU Lee D'Oran à Saïda par Mascara... OR PA TENTE À me De Mostaranenes Mascara sine Len. de 0 25 De Mascara à Tiaret. .:......... NT EN EEE es: 82 — De Mostaganem à Miliana par Orléansville...... v.... 60 — D'Orléansville à Ténès, en partie dans le rocher. .:.... 10 — De Cherchell à Teniet-el-Haâd par Miliana........... 37 — DATI An ea 2 Blida ae statue et 20 — Hé DlidaraMédéa. here, cts: tu PR caiie 11 — D’Alger au pont de Beni-Hini sur l nee (route de Constantine) ...... RS Pare VE de are ANR RER HA De Philippeville à Constantine (route macadamisée et qui sera finie cette année). ,.............. TT PRE LE EE De Bône dans les forêts de l’'Edough...... SV MS CEE see De Bône à La Calle (route en très grande partie faite)... 12 — T'OtAIS RAT PT tu BDt liens

D’autres voies de moindre importance étaient amorcées, ainsi que des embranchements pour l'exploitation des forêts et des carrières.

Evidemment, la plus grande partie de ces routes n’était pas empierrée ; on s’était contenté de simples terrassements. Pourtant, pendant la belle saison, toutes étaient à peu près praticables et. cela, . au début, suffisait. Selon le gouverneur, il valait bien mieux avoir de grandes longueurs de routes Doro qu'un petit nombre de chemins définitifs. Le commerce n’y trouvait-il pas son compte comme les convois de l’armée ?

Certaines de ces routes furent ouvertes en quelques semaines, voire en quelques jours. À la suite de quels efforts, les lettres du gouverneur nous le diront. En 1843, El-Esnam est fondée ; un grand convoi doit se rendre sur ce point et de là à Ténès, dirigé par Bugeaud lui-

(1) Moniteur Algérien : 24 mars, 1844.

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même. Mais il ut franchir le Gontas ; les soldats travaillent avec acharnement à en faciliter l'accès. Les Beni-Menasser se révoltent : force est au général Changarnier de retirer les troupes des travaux de terrassement. De suite on les remplace par des condamnés militaires, pris parmi les travailleurs du port :

Car, écrit le Gouverneur au Ministre, (1) la route est la chose la plus importante et la plus urgente, celle à laquelle toutes les autres doivent céder le pas, si nous ne voulons pas perdre un temps précieux pour les opérations qui doivent com mencer dans le mois d'avril. $

Autre lettre, le 5 avril :

J'espère que la route de Blida au Chélif sera praticable le 20 et que mon convoi de voitures pour El-Esnam (2) sera sous Miliana le 21.11 y séjournera le 22, et je me mettrai en route pour El-Esnam et Ténès le 23. La privation d’une partie des travailleurs pour les employer contre les Beni-Menasser à causé ce retard dont j'ai informé la colonne de Mostaganem. L’embranchement de Miliana à la route du Chéliff (2 lieues 1/4) sera, aussi, terminé à la même époque. Aünsi, nous aurons combattu l'insurrection des montagnes et fait les routes.

La route est praticable avant la date fixée. Le gouverneur est arrivé à Miliana avec son grand convoi, le 20 avril :

Mes 130 voitures (3) ont franchi le Gontas sans aucune difficulté par des rampes au vingtième parfaitement tracées, et aujourd’hui le convoi est campé dans la vallée du Chéliff sous Miliana. Le travail de la route de Blida au Chéliff fait beaucoup d’honneur au génie et à l’armée qui l’ont exécuté malgré les opérations de guerre incessantes qui ont obligé d’enlever la presque totalité des ouvriers. Les travaux de terrassement, y compris l’embranchement de Miliana, n’ont pas moins de 80.000 mètres ; j’ai été surpris moi-même que ce travail ait été aussi avancé avec les dérangements continuels que nous avons éprouvés. Il a fallu pour obtenir ce résultat beaucoup de zèle et d'activité ; mais l’armée sentait l’importance de cette route et, comme elle est pleine de dévouement, elle exécute avec ardeur tout ce qui lui paraît utile.

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Autre exemple de route rapidement ouverte : il importe de relier El-Esnam et Ténès. Le gouverneur est arrivé à El-Esnam le 26 avec le plus énorme convoi (4) qui ait été encore fait en Afrique : 70 voitures et 1800 bêtes de somme louées aux Arabes. Le 28, il part pour Ténès avec cinq bataillons, une compagnie de sapeurs, une compa-

… (1) Bugeaud à Soult : 24 mars 1843. Archives de la colonisation algérienne. A. G. G. A. :

(2) Bugeaud à Soult :5 avril 1843. Archives de la colonisation algérienne. A.G.G.A.

(3) Bugeaud à Soult : 20 avril 1843. A,G.G.A.

(4) Bugeaud à Soult : 29 avril 1843, A.G,G.A,

gnie.de discipline, une section d'artillerie de montagne et 500 chevaux. La première journée de marche n’exigea pas de gros efforts dans la vallée de l’oued Ouaran ; il fallut ensuite franchir une suite de collines assez raides pour passer dans la vallée des Beni-Madoun. « Heureusement, observe Bugeaud, ces. montagnes sont terreuses, «mais cependant les troupes ont dû beaucoup travailler». Pendant qu'elles étaient occupées à ces travaux sur une très longue ligne, elles furent attaquées par Ben-Khosbili, le nouveau chef du Dahra, récemment nommé par Abdelkader. Le goum indigène contint pendant quelque temps les assaillants, puis, lorsque les troupes françaises furent ralliées, elles repoussèrent Ben-Khosbili et ses partisans en leur infligeant de grosses pertes. Le lendemain, elles reprenaient le pie et la pioche et gagnaient le bout de la vallée à une lieue de Ténès. Là, elles se heurtent à un massif montagneux fort difficile à franchir. Le gouverneur, avec une escorte, s’avance, le 30, de grand matin, en reconnaissance ; il découvre l’emplacement de l’ancienne ville romaine qu'il juge beaucoup plus favorable pour là nouvelle ville française que le vieux Ténès musulman ; il constate aussi que le meilleur tracé de la route est celui qu’à travers un défilé emprunte le sentier indigène. De cet endroit, il rapproche aussitôt son camp pour que les travailleurs soient plus à portée de leur ouvrage. Il divise ses troupes en deux parties, l’une qui sera employée à l'établissement de la ville, l’autre à la route. Ses bataillons, il les laisse là au travail, obligé qu’il est de rentrer pour quelques jours à Alger. Mais bientôt, il est de retour ; tout a changé en ces trois semaines : dans la nouvelle ville la population européenne a afflué ; il y a déjà 243 marchands, industriels ou artisans de toute nature et beaucoup d’autres sont annoncés. De plus, la route est praticable de Ténès à El-Esnam ; assurément, | Pour être un peu roulante, il y faudrait quatre ou cinq bataillons encore pendant quinze jours ou trois semaines (1). Malheureusement, c’est impossible en ce moment. Nous avons besoin d'agir ; il faut.courir au plus urgent. On y travaillera un peu cet été et beaucoup l'hiver prochain.

Par ce double exemple, on peut se faire une idée de la fiévreuse activité avec laquelle étaient souvent poussés les terrassements et dans quelles conditions travaillaient les soldats; maniant aujourd’hui le fusil, demain le pic et la pioche.

Les années 1843 et 1844 furent les années de grands terrassements,

(1) Bugeaud à Soult : 20 mai 1843, A.G,G.A,

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Presque toutes les routes, entreprises à la fois, furent frayées de telle sorte que les passages des convois militaires étaient possibles. Bugeaud les eût voulues meilleures ; il a bien assez de bras, mais 1l ne possède pas les ressources suffisantes.

Il écrit le 4 mars 1844 à Gustave de Beaumont :

Je regrette (1) de ne pas avoir demandé un crédit supplémentaire pour les routes de l’intérieur qui sont d’une si grande urgence. Ce sont les routes perpendiculaires à la mer, pénétrant au loin dans le pays, qui donnent la puissance militaire et ouvrent le pays au commerce. Je voudrais bien vous voir demander par amendement 500.000 frs pour cet objet. Ne serait-il pas déplorable de laisser inactifs les bras nombreux et si bien disposés que nous offre l’armée *

L'année 1845 fut consacrée à la répression de la révolte du Dahra et surtout à celle de la grande insurrection fomentée par Abdelkader. On ne reprit les travaux de terrassement que lorsqu'il s’agit de continuer la route de Constantine jusqu’à Hamza (Bouïra) et d’y relier Sour-el-Gozlan (Aumale), le siège de l’une des grandes colonies militaires projetées. C’est aussi dans les dernières années du gouvernement de Bugeaud que le long de ces voies l’armée créa les lignes télégraphiques et éleva les postes nécessaires. Encore une entreprise pénible ! Les postes, en raison des nécessités de la défense et de l’isolement complet de toute population, demandaient un travail plus long et une installation plus résistante. On opérait sur des points éloignés des centres d'occupation ; souvent, on devait transporter sur le sommet des montagnes les divers matériaux et l’eau nécessaire pour faire le mortier. Les travailleurs militaires s’y employèrent avec succès ; au printemps de 1847, la ligne Alger-Oran par Miliana, Orléansville et Mostaganem, était sur le point d’être achevée.

Ces travaux incessants, ces grands remuements de terre, dont on redoutait les conséquences sur la santé des soldats, n’eurent cependant aucun effet fâcheux. En Algérie, la vie au plein air est meilleure que la vie enfermée de la caserne, la vie active que la vie sédentaire. Et puis, on était sorti des zones marécageuses de la côte ; l'air plus salubre des montagnes convenait mieux aux Européens. Les statistiques témoignent d’une décroissance sensible des décès dans l’armée. On comptait pour les troupes, d’après M. Lingay, en 1840, 1 décès pour 7 hommes de l'effectif total ; en 1841, 1 sur 10 hommes 6/10 ; en 1842, 1 sur 17 6/10 ; en 1843, 1 sur 23 3/10 ; en 1844, on n’en compte plus que 1 sur 30 7/10. « Cette amélioration, ajoute M. Lin-

(1) Bugeaud à Gustave de Beaumont : 4 mars 1844 ; À, G. G. A.

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gay (1), — et elle n’est pas arrivée à son dernier terme — résulte de la € bonne tenue des services hospitaliers quia réduit la mortalité des € troupes à peu près à ce qu’elle est en France pour toute la population € en tenant compte d’ailleurs des fatigues, du climat et de la guerre». Nous croyons aussi que ces mêmes fatigues, cette vie au plein air et

dans des régions salubres furent les meilleurs facteurs de la santé des troupes.

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Quant à l’état des routes ainsi tracées, il demeura à peu près le même durant tout le gouvernement du Maréchal. On vécut sur le provisoire. Chaque fois que les opérations de guerre le permirent, on détacha des bataillons aux travaux d’entretien les plus urgents. Les grosses pluies de l'hiver les ravinaient fréquemment ; des éboulements les obstruaient. La réfection annuelle de la plupart de ces chenuns fut done confiée à l’armée. Double avantage aux yeux de Bugeaud ! Le travail était fait plus rapidement et à moins de frais. Ne fallait-il pas aussi écarter le service civil des Ponts et Chaussées et, dans les territoires mixtes, tout confier à des officiers ? Or, ceux-ci ne voyaient guère que l’intérêt de l’armée. Pourvu que, sur ces voies, pussent passer les charrettes militaires, ou mieux encore les mulets des indigènes dont l’intendance se servait de plus en plus pour ravitailler les villes et les postes de l’intérieur, lé Génie était satisfait, mais non pas les colons. Ils se plaignaient de ne pouvoir porter leurs denrées à la cité voisine, tant les chemins étaient mal entretenus. Leurs doléances devinrent si vives que la Chambre des Députés eut à s’en occupér en 1847. Dans son rapport sur les crédits extraordinaires de l’Afrique, M. de Tocqueville se plaît à rappeler les dépenses que nécessitaient les transports de la côte à l’intérieur et les bénéfices que réalisaient de ce fait les Arabes avec leurs bêtes ; il en signale les causes d’après un autre document parlementaire : «La Chambre, «dit-il (2), a pu voir dans le rapport dernièrement présenté par l’ho- «norable M. Allard, au nom de la commission des crédits supplémen- «taires et extraordinaires, que, dans l’année 1846, la dépense qui est «résultée de l’état des routes et de l'obligation où on a été d’y faire «presque toujours les convois à dos de mulet n’a pas élevé le prix des «transports à moins de 43 pour cent de la valeur des objets transpor- «tés. Cette dépense ne peut être représentée par un chiffre moindre

(1) Lingay : La France en Afrique, page 187.

(2) Voir ce rapport de de Tocqueville dans le Moniteur Universel ou dans les Œuvres de cet écrivain : Etudes Economiques, Politiques et Littéraires, Tome vx, Paris, Lévy, 1876,

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