‹ La colonisation pratique et comparée: Colonies françaises, colonisationChapitre 11 sur 24 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

7 avril 1002 Ex&MEN DES NEUF PROVINCES RUSSES DE l'AsiE CBNTnA.LE.

Mesdames, Messieurs,

Après avoir examioé les neu^ grandes provinces sibériennes, nous allons poursuivre l'étude de la colonisation russe en examinant les neuf grandes provinces russes de l'Asie centrale. Je vous ai dit, di'jk que ces colonies qui n'étaient que la prolongation de la Russie, de la mère patrie, présentaient une superficie de 17 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire 32 fois environla surface de la France. Je vous priede ne pas perdre de vue, une fois encore, qu'une grande partie de ce territoire est inhabitable, soit à cause de^ déserts ou des hautes altitudes du Pamir, soit à cause des grands froids sibériens ; tout cela restreint singulièrement l'étendue de ce domaine colonial. Dans le sud, au contraire il existe d'immenses vallées excessivement fertiles, et l'on peut dire que l'on setrouve en face d'une colonie colossale, qui deviendra de plus en plus importante quand on sera parvenu, dans l'avenir, à tirer du sol tout ce qu'il peut donner. Je vous ai dit aussi que cet avenir de la Russie asiatique nous réservait de très grandes surprises, parce que nous ne trouvons pas là une très forte population autochthone, et que les populations débordantes de la vieille Europe s'y installeront d'autant mieux que cette colonie tient à la Russie et que le Russe, ou l'Européen ne se sentira pas absorbé par les habitants. Laques-

tion claire et précise, est, je le répète du plus haut iotérét. puisqu'elle porte sur la grande transformation du monde dans le siècle qui commence.

Je vais aujourd'hui, continuer à vous donner une vue d'ensemble sur la deuxième partie des colonies russes, celle qui comprend une forte portion de l'Asie centrale.

L'Asie centrale comprend aussi neuf grandes provinces qui commencent seulement à entrer dans les préoccupations économiques des européens qui suivent la colonisation internitionile. Ces provinces se divisent, aiosi :1a province d'Âkmolinsk dans les steppes, de Ferghanadans le Turkestan, de l'Oural au nord-est de la mer Caspienne, de Samarcande, àl'estdelaBoukharie, de Sémipalatinsk, près ^e la frontière chinoise de la Mongolie, de Sémiretschensk, à l'ouest du Turkestan chinois, de Syr-Daria, dans le Turkestan fusse, de Tourgaî, au nord de la mer d'Aral et la province transcaspienne, située à l'est de la mer Caspienne. Cette dernière a son administration rattachée au gouvernement du Caucase, Quand nous voyons la dénomination de Turkestan russe, nous avons la révélation d'une situation peu ordinaire de cette contrée qui est autant européenne qu'asiatique. La Russie est-elle destinée à devenir purement orientale ou cette portion de l'Asie est-elle appelée à être exclusivement russe, c'est l'avenir seul qui répondra à ces questions ; en ce moment il est très difficile d'énon-^er ur- pronostic certain, mais nous pouvons augurer que ces parties resteront presque toujours orientales, surtout celles qui avcisinent l'empire Chinois.

A l'heure présente, étant donné ce qui vient de se passer en Finlande, il est évident que l'indépendance quasirelative de ces états caspiens n'est qu'une lorme transitoire dans l'esprit du gouvernement russe. On se trouve, dans ces

possessions asiatiques, en facQ de peuples à moitié nomades ■qui ont une manière de vivre et d'être, totalement éloignée de nos coutumes européennes ; c'est pour cela qu'il était •difficile pour le gouvernement russe de procéder à une assimilation directe et immédiate. Nous arrivons en face ■d'états et de royaumes riches tels que le Khanat de Bokhara et le Khanat de Khïva qui sont également comp.'is <laDS la Russie d'Asie.

ïl y a quelques trente ans s'est passé un'événement resté historique et légendaire, qui est le pendant de ce que je TOUS racontais la semaine dernière au sujet d'Yvan Yvanowistch. Là, il s'agissait du Khan deKiva. Les russes voulant l'assiéger, avaient envoyé une armée avec un général en chef qui commandait plusde 10. OOOhommes, avec ordre de s'emparer du pays pour le soumettre à la domination russe. Or, il n'y avait pas de chemin de fer, on ne supposait pas encore possihle l'établissementdesdeux lignes trans* Caspienne et transsibérienne. C'était pour toute cette armée «ntrainant avec elle son artillerie, son matériel et ses chevaux, un très long voyage, durant des mois. De longs retards se produisirent, et quand cette troupe arriva devant la ville dont elle voulait faire le siège, elle se trouva en face d'un ennemi sur lequel on n'avait pas compté : l'hiv^T arrivant plus tôt qu'à l'ordinaire. Les assiégés se rendaient compte qu'ils ne pouvaient lutter contre les forces moscovites ; ils s'enfermèrent dans leur cité, et pendant les mois que tomba la neige ils n'eurent aucune nouvelle de l'armée russe. Lorsqu'au printemps les neiges se mirent à fondre, un spectacle horrible attendait ceux qui n'avaient pas quitté l'abri de leurs demeures. Les 10.000 hommes et les chevaux avaient péri pendant la rude saison, l'hiver s'était chargé de sauver la ville. Il faut ajouter que ce n'était reculer que pour mieux sauter, car plus tard les

Russes envoyèrent uoe autre armée qui ne subit pas le même sort.

La Boukharie est située au sud de la Russie d'Asie, entre la province de Syr-Daria et le Turkestan au nord, le Kbanat de Kiva et la province transcasplcnne à l'ouest, l'Afghanistan au sud et le Pamir à l'est.

Par sa situation, la Boukharie sert tout naturellement d'entrepôt aux marchandises russes de la Sibérie et du Turkestan pour les Indes et la Perse.

Le Pamir, qui l'avoisine, est cet énorme plateau central de l'Asie qui forme un vaste tiiangle égal à la moitié de l'Europe ; la plus gramme partie en est inhabitable et surles hauteurs on ne voit que quelques bergers allant faire paître leurs troupeaux et qui n'y restent que quelques semaines, le climat de très haute altitude, de 5.000 métros en moyenne, ne pouvant convenir à la vie humaine. Il serait sansintérétde cherchera coloniser cette région, où les routes et les cheminsdefern'auraientaucune raison d'être, car la main de l'homme ne peut songer à violenter la nature que dans une très courte limite.

C'est par la Boukharie qu'on arrive sur l'Afghanistan ; à propos de cet état indépendant, je vous ai démontré comment il est appelé un jour ou l'autre à tomber sous la domination russe qui éprouve le besoin d'avoir un débouché sur l'Océan Indien, de même qu'elle l'a cherché vers Port- .Arthur pour le Pacifique.

Le Kkanat de Khiva est situé au sud de la mer d'Aral, entre les provinces russes du Turkestan, la Boukharie et la province transcaspienne. Nous nous trouvons là en face d'une contrée dont le commerce est plus considérable, plus développé qu'on ne se le figure généralement. La Russie y a des relations journalières économiques poussée, qu'elle est par l'intérêt, bien plus que par la religion ou le désir

de s'éteudre. Comme productions générales, je n'ai rien &. ajouter à celles de la Sibérie ; nous remarquons surtout des minerais de plomb ei de cuirre dans la province d'Akmolinsk.

Toutle reste représente k peu près des cultures sibériennes^ qui sont restreintes. Nous arrivons aux villes principales et nous constatons avant tout qu'il y a beaucoup plus d& grandes villes dans le centre de l'Asie qu'on ne se le figure en Europe. Depuis vingt ans, depuis que sont plus rare» les caravanes qui alimentaient leurs marchés et leurs foires, ces villes semblent chercher le moyen d'acquérir une impor'ance nouvelle, et leur espérance se réalise souvent, grâce à la construction du chemin de fer transcaspien. Prenons les villes, non pas par capitales, ce qui serait de la géographie pure, mais au hasard de leur importance économique, et de l'avenir qui est réservé à leur situation.

Nous voici à Tachkent, capitale du Turkestan aussi, et chef-lieu de la province de Syr-Daria à 26S kilomètres de Samarcande, ce qui lui donne un point d'appui colossal. Cette ville inconnue des européens il y a trente ans, possède actuellement 160.000 habitants, et est l'une des plus belles et la plus grande ville de la Russie d'Asie. Je ne dis pas que ce soit la plus intéressante au point de vue commercial. Les productions de la contrée avoisinante comportent du chanvre, coton, mûriers, vignes, etc., il s'y trouve des fabriques de tabac ; cuirs, produits chimiques. Comme vous le voyez, c'est là un centre d'industries diverses et multiples.

Samarcande, chef-lieu de la province de ce nom, à 7.000 kilomètres de Paris, est le centre d'un important commerce entre le Turkestan et la Russie d'Asie, La population est de 45. 000 habitants.

Moins importante sans doute que Tachkent, cette villfr

a cependant le grand avantage d'être la tête de ligne du chemin de fer tt-anscasptf>ndont le point terminus est Ouzoun-Ada, à 1443 kilomètres. Si nous examinons Samarcande, non plus au point de vue colonial ou économique, mais au point de vue pittoresque, nous verrons cette cité divisée en deux parties, la vieille ville tartare et la ville russe qui sont reliées par de magnifiques avenues de sycomores ; on aura aussitôt une idée de cette puissance russe alliée à tout ce passé asiatique. Nous verrons que la vie moderne ne s'est pas renfermée dans ce passé, qu'elle est au contraire, très vivante, chacun cherchant à faire des affaires ; là le voyageur, le touriste est exploité tout aussi bien qu'en Europe ! 11 y a là comme am exposition ethnographique du passé, du présent, de tout un monde qui s'en va, de tout un autre monde qui naît. Il est du plus haut intérêt d'étudier ce mouvement qui brusquement a changé de direction au lendemain même de la construction du chemin de fer transcaspien. Nous voyons d'après l'aspect de cette ville, ce que deviendrons ces contrée?, lorsqu'elles seront peuplées de millions de russes, colonisation militaire, de fonctionnaires ou d» commerçants. 11 est incontestable alors que l'on se trouvera en présence de domaines coloniaux qui ne ressembleront en rien à toutes nos colonies. En elFet, en Afrique on se trouve en présen- C3 de la race noire que petit à petit on cherche à détruire, qu'on laiss*!, tout au moins, vivre très ditficilement ; en Asie Russe, au contraire, c'est autre chose, c'est le flot de la race slave qui s'avance, et qui ne fait qu'un avec cette population, couvrant ces immenses territoires. Il n'y a pas de raison qui empêchent que dans un siècle on ne se trouve en face d'une nouvelle race slave asiatique, de 100 à 200 millions d'hommes européens par le fait de leur origine, qui pourront contrebalancer les 400 millions de

chinois voisins. Vous voyez que nous touchona ici à l'undes plus graves problèmes de l'avenir, (t)

Sur la mêoie ligne de Samarcande à Ouzoun-Ada qui est à 1.442 kilomètres, nous voyons la cité de Merr, principale ville de la province transcaspieune, n'ayant cependant que 25.000 habitants, chiffre encore respectable. Il s'y fait un gros commerce avec la Perse et TAfghanistan . Nous nous trouvons toujours sur cette ligne stratégique allant vers l'Océan Indien. Voici maintenant Sémipalatinsk, chef-lieu de la province du même nom, qui compte environ 30.000 habitants. Commerce considérable avec la Chine ; ce commerce s'opère par caravanes qui, du Turkestan, vont en Chine. Dans cette ville nous remarquons des collèges ou des gymnases de garçons et de filles, plus seize écoles primaires. Vous pouvez par cette constatation remarquer quel réveil se produit dans toutes ces villes de l'Asie Basse qui nous présentent des coutumes européennes déjà bien enracinées et qui sont plus avancées que la mère patrie elle-même, étant plus loin de l'influence déprimante du despotisme clérical et militaire.

Vierny, chef-lieu de la province de Sémirietohé, ou Se* miretchensk, comprend également ces mêmes gymnases de garçons et de filles et se chiffre par une population de 27.000 habitants.

Namangan, chef-lieude district dans la province de Ferghaoa, compte 23.000 habitants ; c'est également une ville très commerçante.

Kara-Koul, dans la Boukharie, sur le chemin de fer de Samarcande h Ouzoun-Ada, aune population de 26.000 habitants. On trouve dans cette ville des entrepôts de pre-

(1) DqiiiU 1902 la } que trop raison.

-mière irnoortance, contenant des marchandises pour TAfghanîstan etU Per&e.

Oural ou Ouralsk, chef-lieu de la province de ce nom a 38.000 habitants qui font un échange des prodotta du pays habité par des Cosaques et des Kirghizes ; ces produits sont surtout du poisson, bétail et grains. Le poisson est eiporté •dans la Russie centrale pour près de 3 millions de pouds. Le poisson le plus fin et le plus demaudé est l'esturgeon^ et l'exportation du caviar, œufs d'estiii^eon salés, dépasse S.OOO poud3. Les Kirghizes se livrent à l'élevage des bestiaux et dans la province il y a plus de 500.000 chevaux, qui sont de petite taille, sobres, à la marche rapide ; ils sont comparables ii nos chevaux arabes, moins l'élégance. f 1 y a aussi 200.000 chameaux, près de un million de bêtes à cornes. En culture on voit l'abondance des céréales ; on fait pour 2.300.000 pouds de froment, un million de pouds de millet. II n'y a encore que peu et même pas d'industries, seulement des briqueteries et moulins à vapeur. On remarque des mines riches et nombreuses de sel, de soufre, de pétrole, de fer ; il y a aussi en grande quantité des pierres à construction dont les carrières sont encore peu exploitées. Les mines de sel otfrent seules une assez grande activité, les autres attendant des capitaux qui, je le présume, ne tarderont pas à les mettre en exploitation. Tout ce qu'on a dit depuis des siècles sur les Kirghizes est resté légendaire et peut-être un peu exagéré. Ils passaient pour être un peuple un peu sauvage, ayant des mœurs bizarres ; mais on revient des préjugés primitivement conçus, quand on voit que les Russes ont réussi à faire de ces hommes grands et solides, indomptables comme leurs chevaux, de très bons cultivateurs, des éleveurs de premier ordre : le sentiment du bien-être à acquérir les a rapidement transformés.

Ourguendj, ville principale du Khanat de Kiva, compte

31.000 habitants. Le sol de cette contrée est très fertile, produisant aussi beaucoup de froment, de seigle, de sésame, d'orge, de chanrre. II se fait un grand commerce •d'exportation dans toute la Boukharie russe, même avec la Russie. Comme importations nous voyons celles de tissus, velours, soîries, coton imprimé, châles, fil, porcelaines de Chine, café, thé, etc. Cette énumération suffît pour vous prouver que depuis l'ouverture des réseaui de chemins de fer, des relations constantes se sont établies avec la mère patrie, avec cette Russie qui se trouve réellement prolongée et doublée. Ces exportations sont appelées à faire grandir le développement des usines de la Métropole. Lorsque vous voyez les mêmes exportations se faire aux Indes, colonie anglaise, ou dans notre Indo-Chine, vous pouvez craindre qu'elles ne proviennent de ce vaste empire Chinois ou de ce Japon qui se dressent comme deux con- -currents redoutables ; et cela se comprend puisque, quelque soit l'importance des manufactures anglaises et françaises, elles ont contre elles la distance. C'est là ce qui a inspiré aux Indes l'idée de créer des usines concurrentes, bien qu'anglaises, des maisons de Manchester. Il en est de même pour toutes les colonies voisines des Etats-Unis ; il est bien certain que de préférence elles iront chez eux pour acheter des objets manufacturés qui, venant d'Europe leur coûteraient deux fois plus cher, à cause des frais de transports. Mais il n'en est pas de même pour l'Asie Russe, quelque soit la distance du centre de cette Asie à la Métropole, elle disparait presque grâce aux deux chemins de fer qui rehent assez rapidement toutes les villes commerçantes ■et permet l'échange des marchandises européennes et asiatiques.

Quand nous lisons l'énumcrationdes livres des douanes russes mentionnant les importations et les exportations.

nous voyons qu'elles s'opèrent d'une façon presqae toujoursmathématique entre la mère patria et la colonie, et nous pouvons constater que des deux côtés, il y a depuis quelques années un accroissement très sensible et très intéressant à suivre de près.

Cela devait s'opérer fatalement par suite du rapprochement des deux continents. Mais la Russie constate aussi que les deux peuples colonisateurs voisins, l'Angleterre aux Indes et la France en lodo-Chine, pourraient rivaliser en quelque sorte avec elle dans certaines parties du continent ; c'est pourquoi elle a cherché un débouché à. Port-Arthur, c'est pourquoi elle tend k travers la Perse et. l'Afghanistan, à en trouver un autre sur l'Océan Indien. Se trouvant en partie encaissée par le Pamir, l'empire- Chinois, l'Inde, elle ne pouvait avoir de communications directes qu'avec eux ou, de l'autre côté, avec la Métropole européenne. D'un mal, il résulte un bien pour elle, de cette sorte d'emprisonnement découle l'idée de liberté qui pousse la colonisation russe vers le sud, vers l'Océan Indien.

Je n'aurais fait que vous exposer la situation de cette double colonisation de la Sibérie et do l'Asie Centrale, en. attirant le plus qu'il était en mon pouvoir, votre attention sur les grandes lignes, en vous disant comment cette colonisation russe est appelée à prospérer à cause de ces deux grandes voies qui déjà ont transformé ces contrées, donné une activité commerciale à toutes les villes, si j'en restais ïd. Cependant nous n'avons plus qu'à étudier les grandes déductions économiques qui par la marche des événements s'imposent à nos esprits, et c'est ce que nous allons faire.

Je vous l'ai déjà dit : nous nous trouvons en face d'un pays

relativement peu ppuplé, étant donné la position ethnographique et géologique de ces 17 millions de kilomètres carrés. Cet élément nisso, assez faible encore, qui va coloniser, est le point du départ d'une grande transformation. Je ne vous aurais pas parlé de ces choses, je ne vous aurais pas exposé l'ensi-mblc de cûproblôme colonial, si je n'avais pas eu à vous faire connaître la façon singulière, unique au monde dont se groupe la majeure partie de cette population. C'est là un instrument plein de force et de puissance sociale dont se sert la grande race slave qui nous est fermée et encore inconnue par tant décotes. Je veux maintenant vous entretenir des artels, association simple, merveilleuse, dont on parle assez maintenant en France et c(ui forme l'instrument avec lequel les Russes vont colonisant de plus en plus. Je ne veux pas dire que ces artels soient une invention revenant de droit et uniquement aux Russes ; non, mais ce qui chez nous est si connu, revêt chez eux un caractère, un aspect particulier, il s'agit en somme de société de participation. Vous me direz avec raison que toutes ces sociétés se ressemblent depuis U commencement du monde ; qu'il y en avait bien, agissant toutes en vue d'un intérêt commun, chez les Grecs, chez les Romains et au Moyen-Age. A cette époque, en effet, nous voyons les maîtrises, les jurandes. Ce n'était là qu'une forme imparfaitesans doute, maisl'homme.dujour où il a cessé de vivre dans des cavernes, a sentj le besoin de la solidarité et a compris la force de l'union ; c'est aussi bien peut-être une grande part d'altruisme que d'égoïsme raisonné qui est arrivé à l'inciter à la création des œuvres de participation.

C'est à peu près ce qui caractérise les artels. Il y a des artels purement agricoles, ou des artels qui se rattachent à toutes les industries. Ils ont un caractère spécial

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