‹ La colonisation pratique et comparée: Colonies françaises, colonisationChapitre 12 sur 24 · ST.S · texte numérisé non relu

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emprunté à !a race slave et qui les distingue de toutes les sociétés coopératives, des syndicats, de toutes les combinaisons delà mutualité, sous quelque loi-me que vous puissiez les concevoir en Europe. C'est ce qui fait la force particulière des arteh, force indestructible, et les rendant le meilleur instrument qu'un peuple colonisateur puisse avoir à sa disposition.

Trois formules vous montreront mieux que n'importe quelles explications ce que sont vérifablement ces artels :

1° Les associés s'obligent à travailler de leurs propres mains;

2* Ils ont tous des droits égaux, quelles que soient leur fortune, leur position sociale, leurs capacités, leur rang.

3' Chaque membre répond des obligations contractées par l'artel.

Je ne vous ai pas parlé des conditions d'honorabilité qui, comme vous le savez, sont réclamées par toute société sérieuse.

La f remière condition qui impose à tous le travail manuel supprime la distance qui, généralement, se fait sentir entre les patrons et les ouvriers. Avant tout, je tiens .à affirmer que je discute sur ces sociétés d'une manière générale et sans parti pris ; je suis un économiste exposant une situation mais ne se reconnaissant pas le dro't de la juger. Ici,' en public, je constate des faits, sans vouloir conclure qu'il est intéressant de défendre ou de combattre telle ou (elle autre forme sociale, et je ne voudrais pas qu'on eût à interpréter aijtremc'nt des paroles qui ne sortent pas du terraiii colonial. Je reviens donc à mon explication : lorsque vous fiiîtes partie des artels, vous n'êtes ni patron, ni capitaliste, vous êtes tous et chacun un ouvrier manuel apportant à l'ouvrage commun le concours de vos forces physiques.

Le second point dérive fatalement de cette première for- Tnule, puisqu'il prescrit l'égaiité des droits. C'est encore la négation du capital, du rang tel qu'on les comprend en France. J'insiste sur ce point qui pourrait paraître (Hrange «D Russie, car il est la négation de l'autocratie, qui est la base du gouvernement russe. Eh bien pourtant le gnnvernement respecte ces artels et ne les détruit pas, est-ce bien ■ou mal ? n'approfondissons pas, mais constatons en passant que la classe dirigeante ne cherche pas à resir-'indre ■ce mouvement national. Pourquoi? Parce qu'elif! se .«ent impuissante à le faire et parce qu'elle sent '.[w c'est l'instrument, qui plus que tout autre moyen, va pouvoir changer la situation des colonies russes en Asie.

Après cette formule de l'égalité des droits en vient une troisième aussi importante et q'ji découle des deux autres ; ■chaque membre, puisque tous les droits sont semlilables. répond des obligations contractées par l'artel. Ceci rappelle une évolution remontant trop loin pour que la génération présente s'en souvienne, et cependant quelques-uns d'entre nous penseront peut-être à faire un rapprochement entre ces artcls et les doctrines de Fourier qui, tenté par le pseudo mouvement social de 1830, les émit avec une volonté tenc-,ce, très arrêtée, désirant traiter chacun comme un égal de tous ou pouvant le devenir. A chacun selon son droit et son œuvre, et la responsal>ililé incombiint à chacun dans la masse suivant ses capacités ; tels éiaiont les préceptes fouriéristes.

C'est absolument la même cbo^e que dans lus arlels ; < vous toucherez chacun une somme se battant sur la somme de travail donné » et non pas une yonimc allérenle à votre titre de directeur, de patron, de capil;ili^te, puisque tous ces noms disparaissent et qu'il n'y a iihsolument que des frères et non des inférieurs et des supérieurs.

S'il y a des hommes qui ne traTaillent que sept heures par jour, alors que d'autres travaillant quatorze ou quinze heures, cela sera compté, et ils toucheront à la répartilion finale des bénéfices réalisés par la masse, une part proportionnée à la somme de travail fourni par eux et qu'on aura reconnu être livré.

Enfin, chacun répond des obligations des artels. A c& propos il est arrivé que petit à petit il s'est introduit destiuances dans tous les artels de l'empire russe. On a., trouvé que la formule primitive de l'artel engageant cha~ fun dans la responsabilité de l'ensemble était un peu i!xces3ive et que cela était dangereux pour les paysans, les^ fermiers, qui pouvaient, après avoir eu une vie de privalions pour se mettre quelque argent de côté, se trouver ruinés du jour au lendemain par le fait que l'artel se rainait, sans qu'ils aient concouru en rien à cette débâcle. * )n a trouvé aussi que la mesure était illusoire pour la l'Iupart des membres travailleurs sans capitaux et, dansl'i plus grande partie des artels fondés en Sibérie où ilsgrandissent, on a convenu que les obligations sont rameiiéee à la part proportionnelle prise dans la société par i individu et à sa fortune personnelle.

Vous voyez qu'il y a là toute une organisation spéciale ; mais dans la main d'un peuple qui veut s'en aller, pur des uioyens plutôt pacifiques, à la conquête d'un continent, il. y alàune force qu'on ne peut comparer qu'à la puissance de l;i forme monacale où, petit à petit, par la force des choses,, les biens de main morte ne rentreront pas dans la circulation.

Il y a, dans cette dernière forme, une œuvre néfaste,, jiarce que des milliards s'en vont dans des institutions monacales et religieuses qui ne meurent pas, tandis que cette organisationde l'artel estpuissante, parce que toutes lesfor-

■ces physiques, tous les travaux profilent à lamasseet que lest -capitaux que fouroisseitt les braves paysans russes aussi bien que les industriels, doivent, un jour ou l'autre, profiter à chacun ou à leurs enfants. Tout rentre complètement dans la circulation. Je voudrais vous donner des idées nettes et précises sur ces sociétés dont les bases sont vraiment curieuses et du plus haut intérêt à étudier de près, surtout à l'heure présente, où chaque nation sent Ip besoin d'avoir en elle des groupes, des associations, âet> syndicats.

Vous voyez en France cette lutte entre les grands magasins et les petits commerces ; ces derniers sont les victimes du capital. Nous remplaçons partout les bras par la machine, nous employons tous les moyens pour la production poussée à outrance. Vite et à bon marché ce sont là des conditions que nous faisons plus impérieuses tous les jours.

A cet état de choses, où rarg:ent arrive seul à triompher, nous ne pouvons pas apporter de remèdes. L'artel a;i contraire a permis à, tous les petits industriels, à tous les cultivateurs de lutter contre les grandes et importantes -cultures et industries à travers les dix-huit provinces de l'Asie. Est-ce à dire qu'il en a été ainsi parce que la Russie n'a pas possédé de gros capitaux comme nous pou* TOns nous en procurer dans la vieille Europe. Non, si cette raison existe, ce n'est pas elle qui adéterminé et fait naître l'artel. Il n'en est pas moins vrai que chez ce peuple mi- -européen, mi-asiatique, qui est vaguement dans l'enfance, puisqu'il naît ou plutôt renût de l'union de deux peuples, l'artel a été le salut, surtQ.ut pour les petits et les humbles qui forment la majorité de la population.

Nous voyons que l'artel fonctionne sous toutes les formes, quelles qu'elles soient. Il y a des arteli» de com-

merçants et d'agriculteurs en Sibérie, il y en a aussi pour tous les corps de métier et les plus inattendus même.

Dans une de ces villes dont je viens de vous énuraérer La nomenclature plus haut, à Samarcande, à Ouralks, n'importe, dans ces capitales situées à plus de 7.000 kilomètres de Paris, vous voyez des artels de banquiers à côté doa artels de portefaix, d'ouvriers des ports, d'ouvriers des douanes. Et ces gens sous cette forme, avec cette trilogie morale qui leur donne une force invincible, se rencontrent, se considèrent et s'abordent comme des égaux. Et chacun travaille courageusement aBn défaire fructifier l'artel, se disant a si notre œuvre ne prospère pas, c'est sur notre bien qu'on prendra pour la relever >. On est arrivé à réaliser ainsi des choses merveilleuses car, il faut bien le dire et l'affirmer, on arrive toujoui s à réaliser des choses merveilleuses quand l'on croit à cette solidarité humaine qui est supérieure à tous les capitaux.

Vous voyez des gens qui se chargent dt porter toutes les marchandises pour toutes les usines, — artels de transport — dont les bénéfices doivent revenir à tous et à chacun , et quand la plupart des artels sont prospères, quand chaque individu a été payé selon son travail, vous assistez à ce coup d'œil consolant représenté par une société vivant en paix à l'intérieur et cherchant, par tous les. moyens à sa disposition, à agrandir te domaine de ses opérations. La mère patrie trouve son compte dans cet état de choses, la fortune de chaque citoyen, le bien-être des individus fait le bien-être national.

Vous voyez ces artels à la tête d'entreprises gigantesques et si le gouvernement russe n'a pas élevé la voix depuis quinze ans, s'il n'a pas aboli ces sortes de sociétés coopératives, c'est qu'il en a compris l'importance et la.

puissance, c'est qu'il a su apprécier l'avantage énorme qu'il en ressortirait, non-seulement dans sa métropole, mais sncore 3t surtout dans ses colonies de l'Asie Centrale et de la Sibérie. Ace point de vue les colonies russes sont infiniment plus avancées et civilisée que la Métropole et supérieures à la colonisation anglaise dans l'Inde, en ce sens qu'elles sont des colonies de peuplement.

Que devons-nous faire à notru tour ?

Dans une certaînemesure, nous pouvons, tout en ne mettant pas le pied sur ce terrain délicat de manière à l'engager trop fortement, nous devons chercher à approfondir cette question des artels. Je ne dis pas que cela soit pour l'introduire chez nous, parce qu'il y a dans notre société française des éléments et' des mœurs tout à fait différents de ceux de la Russie, et puis, parce que vous le savez bien, on ne change pas ainsi, du jour au letidemain, toute une société, à moins que ce changement subit ne soit produit par une tourmente intérieure, par une violente crise révolutionnaire. Etsuivantunautreralsonu'im ;nt, nousnepou- ' vons pas pousser à rintrO'iuctinn de ces sociétés chez nous, parce qu'elles peuvent réussir en Russie et en Asie, et qu'elles peuvent échouer dans nos colonies si éloignées. Dans un siècle et même dans cinquante ans, nous sommes à . peu près sûrs de ne voir dans l'Asie Centrale que l'extension de l'empire russe ; nous nous trouverons, dans l'ordre des fluctuations mondiales, en face d'une nouvelle race slave immense qui pourra jouer un très grand rôle dans l'histoire économique, puisque cette colonie russe ne comptera sans doute pas moins de ICKl millions d'individus ayant tous une force et un appui dans l'artel. Vous le voyez, c'est l'étude de toutes ces questions sociales et économiques qui nous fait entrevoir sous son véritable jour celte immense colonisation russe.

QUAT0RZIÈM15 LEÇON

14 avril 1902

Le9 CoLOXIES PORTtJGMSES EN AFRIQUE : PROVINCE ET ARCHI- PEL DU C4P Vert, ii.es de Sao-Thiaoo ou Saint-Jacques,

DE BOA-ViSTA OU BoffKS VUE ; DE BrAVA, DE FOGO, DE

Mayo, de San-An'Tao, de Sainte-Lucie, de SAl^r^- Nicolas, de Saint- Vincent, de Sal ou do Sel ; Goinke PORTUGAISE : San-Thomé et Principe ; Congo portugais : Angola, protectoratdes Etats de Mouata-v'amvo.

Mesdames, Messieurs,

La quatorzième leçon de notre colonisation européenne comparée appelle aujourd'hui une;cainen forcément rapide des colonies portugaises de la Côte occidentale d'Afrique. Nous allons commencer par dire un mot des colonies portugaises qui furment la province et l'arcliipel du Cap Vert. Il y a là toute une série d'iles ; ce sont :

Les lies de Sao-Thiago ou Saint-Jacques, de Boa Vista ou Bonne Vue, de Brava, de Fogo, de Mayo, de San- Antao, de Sainte- Lucie, de Saint-Nicolas, de Saint- Vincent, île de Sal ou de Sel ; nous verron? ensuite ta Guinée portugaise : San-Thomé et Principe ; enfin, le Congo portugais avec Angola et le protectorat des Etats de Mouata-Yamvo.

En examinant l'archipel du Cap-Vert, nous voyons qu'il se compose de neuf iles et de deux îlots, avec une superficie de 2.9'20 kilomètres carrés et une popiilaiion de 112.000 habitants.

Une superfice de moins de 3.000 kilomètres carrés ■c'est, me direz-voas, dans l'enaemble des possessions coloniales d'un peuple, quel qu'il soit, bien peu de cl -J'espère arriver à vous d»5montrer qu'il n'en est rien ; bien le cas de dire que la qualité remplace souvent avj geusement la quantité, ou que plutôt, en colonisa avant tout, il faut considérer les conditions de posi' géographiques ou stratégiques, au point devuecom ■cial qui, seules, donnent de l'importance et de la Vi à des lambeaux de terrain qui, dans d'autres circon: «es n'auraient aucun prix. C'est le cas. très spécial, particulier de cet archipel du Cap-Vert.

Il y a neuf iles qui, en temps ordinaire, c'est-à-dire ^îne ne survient aujune grande sécheresse, sont d'une tilité surprenante ; nous nous trouvons dans l'un des beaux climats du monde ; ces iles sont couvertes de c tiers, de dattiers, de pignons d'Inde, de dragonnier; tamariniers. On y récolte des bananes, des ananas, des Ions d'eau, le manioc, le café, le tabac, le coton, des o ges, des citrons ; enfin, les vins y sont renommés à j titre. Les principales exportations se font naturellemi l'aide des produits dont je viens de vous parler ; on y, du sel, provenant de la petite ile de Selou Sal, du si des cafés, des graines oléagineuses, des pignons d'I du corail, eaux-de-vie, opseille — matière colorante n ■ext'.*aite de certains lichens — enfin du maïs.

.le reviens sur la nomenclature de ces exportation •quand j'aurai nommé les importations vous verrez souvent on exporte et importe les mêmes produits poi même pays. Tels sont les vins et les sucres ; prenon «omme exemples et nous verrons qu'on exporte des de prix, des vins cuits, alors qu'on importe des vins ^68, très ordinaires, venant de France ; on export

môme du sucre de canne qui est, comme vous le savez, le • meilleur et le plu3 cher à la fois, et Ton importe du sucre de betterave inférieur comme prix et comme qualité. C'est ainsi qu'on opère des échanges entre des produits similaires qui, cependant, ne sont pas exactement de même nature ni de même prix. Ce phénomène, lorsque l'on consulte les tableaux des douanes, parait surprendre. Il y a, en outre, dans .cette nomenclature rapide des exportations que je voua ai faite tout à l'heure, deux ou trois points encore intéressants à mettre en lumîèie. Le corail constitue une branche commerciale qui a presque dispar^ dans la dernière partie du siècle passé; cependant c'est encore aux îles du Gap- Vert que l'on retrouve les portugais se Hvrant à la pèche du corail, aussi bien que les italiens sur les côtes barbaresques de France. Le corail a passé de mode, à part les coraux très pâles et relativement très chers. Ensuite nous arrivons à un commerce singulier : celui de l'orseille, matière retirée du lichen. Pourquoi, me direz-vous, se sert-on encore de l'orseille comme matière colorante, alors qu'il y a tant de sons-produits de la houille qui tendent i remplacer avantageusement tous les produits naturels ; c'est une erreur au point de vue économique comme une vérité au point de vue réel, que l'on a de croire que cesproduits colorants ont disparu presque complètement. On revientparfois aux produits naturels, .par cette bonne raison que l'on trouve dans cette coloration naturelle des couleurs de premier ordre, qui ne brûlent pas les étoffes, qui sont solides, qui résistent mieux à l'action du soleil et ont toutes espèces de vertus que n'ont pas les sous-produits de la houille coûtant, il est vrai, infiniment moins cher. Tout à l'heureen poursuivant l'étudedesproductionscoloniales portugaises, nous allons avoir encore êousIcs yeux un exemple sensible de ce que j'avance, à propos du roucou dontle

commerce renaît de ses cendres, car on lui trouve de" lités particulières que les sous-produits de la houi peuvent donner.

Les importations portent sur : les tissus de toutes ces, les chaussures, les chapeaux, comme dans tout colonies occidentales africaines. Ensuite sur de la far blé, des vins, riz, pâtes alimentaires, pétroles, sucres tuiles et briques.

L'île Saint-Jacques est la plus grande et la plus f avec environ 50.000 habitants, ce qui représente dé population respectable. Comme produits, nous y v le riz, des haricots, du maïs, des ignames, . des baj des oranges, du sucre, purgueira, etc. ; enfin, il se fa grande exportation de pel qui provient de la petite Sel.

La Guinée portugaise, située sur la Sénégambie dionale, est divisée en sept arrondissements. Maî^t d'y arriver, j'éprouve le besoin d'attirer encore votre tion à un point de vue très particulier, au sujet de tit archipel du Cap-Vert. En lui, au point de vue m, et moral, le Portugal a la bonne fortune de pos toute espèce de fertilité à part, comme une étape d science colonisatrice.

L'idée est très'complexe et pour me faire comprem prendscommeexempleles anciens Etat? barbaresqueï nus françaisdepuis 1830, l'Algérie et maintenant la Ti On voit, dansces possessions comme uneprolongatio; mère patrie qui devrait être moins fictive et qui serait tement telle, si nous savions mieux coloniser.

11 y a là une étape matérielle, qui engage à aller c ser plus tard dans l'intérieur del'Afrique; c'est corni échelon, un jalon, un point de jonction. Eh bie même que nous possédons ce jalon en Algérie, de

le Portugal le possède aux îles du Cap- Vert. Je ne dirai pas que nous avons ici des colonies de même tenant, sans rupture, sans solution de continuité, comme la Russie que nous avons vu prolongée réellement, doublée poar ainsi dire par ses colonies asiatiques.

Maie jusqu'à une certaine limite, on peut dire que la France et le Portugal, après la Russie bien entendu, sont les seuls Eltats à travers le monde qui peuvent offrir ce phénomène très particulier d'une prolongation immédiate, ce qui e^t, pour l'état grand ou petit, un atout merveilleux dans la main d'un peuple colonisateur ; car, si je puis m'exprimer ainsi, ce peuple possède dans la banlieue de sa métropole ces grandes lignes ces premières étapes, qui lui permettront plus tard de se lancer à la conquête de nouveaux horizons. Et le Portugal a cette étape, non pas tout à fait voisine, mais assez proche pourtant dans ces îles du Cap- Vert.

Revenons maintenant à la Guinée portugaise, qui se trouve située sur la Sénégambie méridionale. Elle est divisée en sept arrondissements et possède 820.000 habitants. Je vous donne toujours des chiffres approximatifs, «ar il est assez difficile d'établir des statistiques très exactes de la population noire dans ces pays.

Dans le petit archipel de Bijagoz, on fait un grand commerce^'fauile palmiste, employée maintenant dans une foule degrandesindustriesdeluxe. Dansla capitale à Bolama, on trouve un bon portde mer, avec un climat sain. Il y a là un service régulier pour les îles du Cap- Vert, les ports du Sénégal et de Sierra-Leone.

A Bissagos, petit village de 545 habitants, sur lequel j'attire votre attention, on fait relativement une assez grande exportation de l'ivoire, de l'huile, des peaux, du riz. Tous ces petits établissements de la Côte Occidentale d' A-

frique, quels qu'ils soient, portugais, français ou allemaods de demain — vous vous souvenez que je vous ai parlé de la colonisation allemande qui commence à, grandir, — ont en eux une importance que i'onne soupçonne pas. Eh bien t dis-je, il serait absolument mauvais déjuger de l'importance d'un pays par sa faible population ; un petit morceau de terrain avec quelques habitants pour le peupler peut avoirune importance de premier ordre. C'est le fait de ce village, où il se fait aussi une importation d'armes, de poudre, de quincaillerie et deaux-de-vie, etc.

Je suis bien obligé, là aussi, de répéter ce que j'ai dit toutes les fois que j'ai parlé des colonies européennes sur les côtes d'Afrique. Cette importation d'armes et de poudre soulève les plus graves problèmes. Doit-on envoyer des armes et de la poudre, ou doit-on les exclure? C'est une question bien difficile à résoudre. Il est bon de dire qu'en général autrefois, cotaient des armes très mauvaises, des fusils à pierre on à piston et maintenant d'autres fusils qui ne valent pas mieux ; delà poudre en mauvais état qui fait éclater les armes dans la main des noirs, mais qu'ils continuent à acheter.

II serait donc mal venu de notre part de vouloir interdire ce trafic sans danger qui fait le bénéfice de gros industriels, car aussitôt il se ferait une très grande contrebande partout, sur des frontières mal gardées. Il paraît donc bien impossible d'interdire rexportation de ces armes démodées. Vous voyez dans quelle situation particulièrement grave se trouve le Congo français aujourd'hui. Si la situation était la même dans le Congo belge ou portugais, je suis convaincu que et; n'est pas l'exportation des armes qui aurait amené cet état ; la faute en serait simplement imputable aux états européens qui n'ont pas su comprendre et diriger cette race noire. La question de Teau-de-vie

est aussi difficile à résoudre que celle des armes et de la poudre. Doit-on, ou ne doit-on pas exporter de l'eau-devie si justement dénommée parfois de l'eau de mort ou de feu ? C'est très difficile d'arrûter toute vente de ces alcools, car là, encore ii.ic fois, nous nous trouverons en face d'une contrebande étrangère qui existe en grande partie déjà, telle du moins que le prouve certain mot rer,lé célèbre et que je vous ai déjà cité. Elle est tvpique cette réponse de Ui.-marck à un député de l'opposition du Reicbstag : « Ces eaux-de-vie coloniales sont mauvaises », disait celui-ci. a Je le sais si parfaitement, répondit le cliancelier, que nous n'en exportons que dans ïes colonies françaises ». Ce sont pour la plupart, des alcools de bois, de l)etteraves, de pommes de terre, qui ne sont pas rectifiés, et deviennent un ipoi?on très violent que l'on est arrivé à exporter, comme le vin, pour des prix très modiques. On peut avoir, pour 3 fr. 75. un panier de de douze bouteilles de ces alcools, bouteilles garnies, cachetées, fermées de cire, recouvertes de belles images. Il .est évident qu'il est dangereux et criminel d'empoisonner ainsi de parti pris toute la race noire ; au point de vue bamanitaire, c'est un crime. Au point dp vue pratique, c'est un danger, car nous avons dans cette raceune couche profonde de collaborateurs qu'il faut soigner, une main d'œuvre locale qu'il faut préserver : il faut que nous songions non seulement aux besoins actuels, mais aussi à uoux des siècles futurs. Cela est bien plus facile à comprendre qu'à résoudre, on ne peut empêcher l'abus de l'alcool que dans une faible mesure.

A nissïui, premier centre commercial de la colonie, on fait tin grand commerce de riz, cire, peaux, ivoire, huile palmiste, crioutcliouc, etc. Le commerce des ivoires est appelé à disparaître, puisque sans merci, sans répit, on mas-

sacre les éléphants. Au contraire, le commerce du ca( cliouc va de jour en jour grandissant; la consomma européenne n'est jamais assez approvisionnée, cette' tière entrant, à l'heure présente, dans la plupart des dustries. D'autre part, on trouve des lîines différente! fur et à mesure que l'on pénètre plus avant dans les inm ses forêts africaines. C'est là une grande culture de l'ave la fortune de l'Afrique de demain, et les européens beaucoup plus de chances de réussir ^ans la culturt caoutchouc que dans les mines d'or.

Comme importation, nous voyous toujours les mè produits: tabac, eaux-de-vie, tissus, poudre. Nous ti vous un bon port à Bissau, dans l'île du même nom. N voyons le même genre de commerce se faire à Cad à Cassine, à Farim, à Géha, à Buba même, dans t( cette région.

Maintenant, nous airivons à San-Thomé et Priuc composée des îles du même nom et de l'étahlissomen Saint-Jean-Baptiste d'Ajuda, surlacôte de Mina. J'ai s les yeux une excellente monographie de l'île deSan-Tlio par M. Alma'laNegreiros, quie.\pose et développe cette dontjevousai parlé tout àriieurc, àsavoirque surla( Occidentale d'Afrique, il n'y a pas de petits établissem. d'abord, parce ([uc tous ces comptoirs de la Côte sont ces sur la graud'ronte commerciale de nos navires e péens qui ne passent pas tous par Suez et, qu'ensnite, a un trafic toujours constant avec cette côte jusqu'au t grâce à son voisinage relatif de notre vieille Europe.

L'ile de San-Thomé est située dans le golfe de Gui

. à 285 kilomètres de la cote d'Afi-ique, un peu au-dc

de la ligne équatoriale. Sa population est évaluée à 38

habitants, sur lesquelson compte près de (i. 000 Europe

Ses928]dIomôtr3s contiennent des hauts plateaux iutéri

où le climat se rapproche de celui tle notre midi européen. La théorie des altitudes que j'ai t-i longuement traitée avec vouSi trouve unefois encore son application dans cette île. Un peu au-dessus de la ligne éijuatoriale, baignée par TOcéau, ayant des montagnesà l'intérieur, cette ilejouitd'un climat très sain, avec deux saisons, la saison des pluies et la. saisonscche.Ilexistc dessanatoriasurles liante plateaux. La végétalion y est des plus belles et des plus luxuriantes ; les produits se composent de calé, cacao, bois divers, arbres de toutes sortes; là encore, nous retrouvons l'huile de palmes et de coco, des piia;nons d'Inde, des arachides, de la laine végétale.

Enfin, je veux attirer tout particulièrement votre attention sur le roucou qui donne une belle couleur rouge orangée, onctueuse et grasse. Si vous vous en souvenez, l'année dernière, je vous ai déjà noté ce fait que le roucou était en train de sauver certaines Antilles — je ne veux pas citer les quatre grandes Antilles, mais les petites — qui, peu h peu, perdaient de leur importance. Eh bien ! cette culture est appelée à reprendre son rang, comme l'orseille d'ailleurs; la première, le roucou, est supérieure, car elle produit une couleur excellente, que n'égaleront jamais les sous-produits de la houille.

Autre point à noter en passant. La récolte des bois divers vous prouve une chose, c'est que les Portugais sont revenus avec beaucoup de raison, de leur malheureuse idée d'abattre leurs forêts. Les premiers colons, les paysans les moins instruits eurent un moment l'idée de détruire peu à peu les forêts de l'île. Sous ce rapport, la France était logée à la même enseigne ; on se figurait qu'un beau terrain plat, uni, non boisé, pourrait donner des bénélices énormes quand, outre la vente des bois de chauffage ou autres, il produirait d^s céréales. Aux colonies, c'était encore plus

dangereux, car la vie coloniale rend plus indolent^ pi paresseux. Si l'on n'avait ni le temps ni le courage de ve dre son bois, de le faire transporter, ou si l'on se trouva trop éloigné des ports, on mettait le feu à des coins de f rets, ou l'on jetait ce bois, ces arbres entiers ù la rivièr Etronnes'apercevaitpasquerontransformaitainsilecou des fleuves, qu'on détrxiisait, en même temps que l'on graphie, toute l'hydrographie d'un pays, en supprima souvent un âeuveà sa source, alors qu'il n'est qu'un fil d'eau; Toutes les pierres, les terres et les sablts de montagne pouvaient rouler, s'amonceler dans les plaine puisque aucun moyen de les retenir n'existait plus.

Il arrivait ce que nous présente l'embouchure de Gironde, ce que nous auraient réservé les Land sans la plantation^ des pins. Ce n'est que dans c dernières années queroncst ariivé àfaire respecterles s bres qui, au point "de vue sanitaire et économique, so choses sacrées. II faut inventer, par n'importe quelle m thode, même la plus coûteuse, la plus rare, le moyen rendre à la montagne sa chevelure et ses forêts, car la d parition totale des arbres amènerait sûrement la rui d'un pays.

Voilà ce que les Portugais ont compris, et dans la de xièrae moitié du dix-niuviéme siècle, noua voyons les ht divers renaître. Les arachides sont cultivées sur u échelle considérable ; on en fait autant que l'on veut, et puis dire que généralement on n'en fait jamais trop en pa inte rtropicaux. Je le répète, toute culture intcrtropicalen't jamais une culture deluxe.c'estune culture toujours néct saire qui possède des déboHchés assurés & travers monde.

Nous voyons donc qu'à tous les poinis de vue cette de San-Thomé présente une situation prospère et avani

geuse pour le petit peuple portugais. Rien que le chiffre de près de 6.0(>0 Européens, sur un total de 38.001) habitants prouve que là ils sont attirés par la beauté et la fertilité de l'île, par l'assurance qu'il est po ^sibled'y faire beaucoup. Nous irions dans les plus belles colonies du monde qne bien souvent nous ne pourrions y retrouver cette p^opo^ tion de COCO Européens qui démontre la constatation matérielle d'un edort pratique très remarquable de la part du peuple portugais.

Toute la vie commerciale est à peu près concentrée dans la capitale. Saoto- Antonio, la capitale de Principe, a une moins grande activité. A propos de cette possession portugaise, je me souviens avoir lu dans une revue allemande ou dans une revue belge, il y a environ trois ans, i'bistoire d'un docteur portugais qui partit précisément pour San-Thomé avec l'intention bien arrêtée de s'y installer, lui, sa femme et ses enfants. Les détails de celte histoire ont fait le tour du monde colonial ; elle était typique et renfermait toutes les étapes nécessaires pour devenir un bon colon, et pour réussir. On donnait ce docteur comme exemple aux Français qui ont peur de coloniser. Ce docteur, jeutie, marié, père de famille, désireux et susceptible de faire tortune, non par parti bien arrêté mais par le milieu ambiant, fut poussé à faire autre chose que de la médecine. Intelligent, actif, travailleur, il se mit, avec quelques noirs, à faire du café parallèlement à la médecine. Son exploitation, d'abord insignifiante, grandit petit h petit, et il devint un très grand colon ; il reçut les encouragements du gouvernement et parvint à faire fortune non pas modestement, mais à devenir plusieur.'î fois millionnaire. Cola semble presque fabuleux, mais c'est un exemple vrai qui prouve que petit à petit, morceau par morceau, on peut arracher au terrain colonial la fortune,

qu'il recèle. Il faut procéder lentement à moins d'être une grande compagnie qui, elle-même bien souvent, avec de gros capitaux trouve moyen d'engloutir, comme nos compagnies du Congo, près de t)5 millions. Lorsque l'on se trouve en face d'une grande colonisation, il faut toujours -marcber avec de la circonspection, ce qui n'est pas de la pusillanimité, mais simplementle sentiment, la connaissance des dif6cultés coloniales.

Poursuivant notre marche, nous arrivons aux possessions portugaises du Congo. Elles comprennent l'immense province d'Angola, divisée elle-même eu deux provinces, comprenant plus de trente arrondissements et le protectorat de Mouata-Yamvo. Sa population est de plus de deux millions d'habitants d'après certains géographes, de 3 millions 1|3 d'après d'autres ; la superBcie est de 1'^ à 1 .300.000 kilomètres carrés, toujours suivants les géographes c'est-à-dire quatorze fois la superficie du Portugal et deux fois et demie celle de la France.

Dans d'autres statistiques vous verrez la superficie évaluée à 810.000 kilomètres carrés seulement. Mais n'importe, à quelques centaines de mille de kilomètres près, nous pouvons dire que l'on se trouve là en face d'une très belle colonie d'avenir, où nous retrouvons de nombreuses villes déjà en pleine activité ■commerciale, qui semblent très prospères comparativement aux colonies voisines. La capitale, Saint-Paul de Loanda, se trouve à la modeste distance de 10.650 kilomètres de Paris. Elle possède un port sûr et bien abrité, ce qui est la fortune dans ce pays où, pour la plupart du temps, les ports no sont que de mauvaises rades foraines, dans lesquelles il est souvent impossible aux vaisseaux do pénétrer, à cause des trois vagues superposées qui rendent dange-reux l'accès delà côte. Ces vagues ont de 18 à 22

mètresdehauteuretlorsqu'ils'agitâelesfraDchir.onnepeut le faire que sur de mauvaises barques, ce qui read touttransport presque impraticable : Saint- Paul de Loanda avec sod port abrité, ofire donc une situation exceptiounelle. De pIuSi il possède un chemin de fer qui, péaétrant jusqu'à Ambaca, permet la récolte et le transport de tous les produits d'une grande partie de la colonie. Cette capitale n'est pas encore très peuplée ; elle compte cependant près de 20.000 habitants.

Les exportations portentgénéralement sur le coton, huile de palmes, caoutchouc, café, gomme copale. ivoire, gin^ba, noix de coco, coprah, gingembre sauvage, crseille, lubac en feuille, etc. Quant aux importations, elles comprennent tous les objets manufacturés d'Europe, ainsi que los instruments et machines, fer et charbons, etc., ce qui indique déjàunc industrie locale assez avancée.

Je vous demande pardon de voua redire & chaque ius- • tant des nomenclatures sur les entrées et sorties des douanes ; cela semble aride et pourtant c'est indispensable, quand on fait autre chose que du tourisme pur. A Ambaca, sur la ligne de chemin de fer qui relie cette ville à Loanda, il se fait dans cette contrée une grande culture de café, tabac, arachides, etc. A Ambriz qui est un port franc, à San Felipe de Benguella, à Cabinda où l'on voit une énorme exportation de bananes, dans les ports auprès de la cùte, à Cazengo, à Dondo, à Mossamédës, partout en un mot, on est surpris de l'activité commerciale qui règne dans ces ports et dans ces villes. Les ports, il est vrai, olfrent, en général, une certaine sécurité qui permet aux marchandises une circulation relativement facile. A l'intérieur les réseaux de chemin de fer vont activer encore le commerce ; toutes les villes commencent à grandir par cette r -ison très simple que le pays est desservi par une voie ferrée

d.yGooglc

qui, loiijours, fait, du jour an lendemain, la fortune d'un pars. Mais pour assurer ces bénéfices acquis par le chemin de fer il est une condition sur laquelle j'ai souvent insiste'* l'année dernière, quand nous nous sommes posé la question des transports coloniaux, surtout à propos du Congo français.

Cette condition est la même pour tous les pays européens de la Côte Occidentale d'Afrique ; cependant, beaucoup de colonisateurs ne peuvent pas arriver à se convaincre que lorsque ce moyen de communication manque, tout manque. La condition première est donc, quand on fai( un chemin de fer colonial, de le construire àvoie étroite, épousant le talweg des vallées, avec des matériaux aussi bon marché que possible.

C'est ainsi que le chemin de fer du Congo belge, n'étant pour ainsi dire qu'un modeste Deçauville, ensom me a puréaliserdebeaux bénéfices, par labonne raison qu'il ne coûte que 40.000 francs le kilomètre, alors qu'une ligne européenne revient en moyenne à près de 300.000 francs le kilomètre également. Je ne dis pas qu'il faille complètementimiter le Congo belge, car >1 a exagéré les économies de la première heure, ce qui fait que des sommes importantes passent dans des réfections journalières, la ligne ne pouvant pas résister à l'usage.

Si vous n'avez pas cette voie de pénétration à l'intérieur, vous n'avez rien en main, par la seule raison qu'il vous est impossible de transporter les produits à. dos d'hommes ou de bêtes de somme. Cela n'est point permis d'ailleurs par la plus simple humanité qui nous défend de faire périr cette pauvre race noire et aussi parce qu'il est matériellement impraticable d'aller chercher des marchandises à 2.0(K) kilomètres d'un port et de n'avoir que des moyens primitifs de portage, suivant le terme consacré

pour les transporter ; le prix de revient de chaque produit, gomme, coprah ou autre, s'élèrerait h, un taux phénoménal, s'il fallait agjjr ainsi. Il ne faut pas cesser de redire que dans tout pays neuf la première façon de procéder pour la mise en valeur immédiate, c'est l'établissement d'une voie ferrée quelle qu'elle soit. Sans cette méthode, voua êtes comme ces rajahs qui possèdent des millions de pierres précieuses et qui n'en savent tirer un sou ; c'est l'histoire du shah de Perse possédant des trésori qui n'ont jamais été livrés à la circulation et qui, par conséquent, ne servent à rien. Ceci a été si bien compris par les Portugais qu'ils ont tout de suite ouvert une voie ferrée dans cette vaste province d'Angola.

Il est intéressant d'assister au réveil de ce petit peuple portugais sur le terrain colonial. Si je me fus bien comprendre, nous allons arriver à cette conclusion que nouiï nous trouvons en face do l'un des piemiers peuples colonisateurs qui, dans sa métropole, est cependant petit comme territoire, comme population; ce qui étonne chez lui ne serait que normal si nous parlions des grands états comme l'Angleterre, la France, la Russie. La Hollande, comme nous aurons l'occasion de le constater dans une prochaine leçon, et le Portugal sont vraiment étonnants ea tant que nations colonisatrices, surtout si l'on compare les résultats obtenus à la modeste importance de ces peuples, à la médiocrité de leurs ressources budgétaires ; il en ressort que leurs efforts sont deux fois plus louables, plus . grands, plus glorieux et que les autres états n'ont souvent qu'à les imiter en les approuvant.

Pour vous donner une idée plus précise sur Angola, je reviens à M. Almada Negreiros qui en parle avec une grande compétence dans une brochure intitulée par lui-même « Brève notice ».

« Les immensea territoires de cette province, quatorze iois plus grands que ceux de la métropole, dit-il, sont complètement occupés, et ses habitants sont maintenus sous notre domination uniquement par des moyens pacifiques ».

C'est là un point sur lequel il faudrait insister en rendant hommage au Portugal de cette paciBcation dont l'exemple n'est pas toujours suivi.

Il continue ;

, « Notre domination est effective et réelle, depuis les rives du Zaïre jusqu'au 6euve Kounène, et embrasse dans l'intérieur un territoire immense qui s'étend jusqu'au source du Zambèze et aux riches pays du Easotze. En partant de Loanda, tête de ligne, une voie ferrée de plus de 360 kilomètres, parcourt de riches régions jusqu'au delà de Amb&ca. Plus nu sud, et déjà en ejiploitatiou, existe une autre voie ferrée, qui relie le grand entrepôt commercial de Benguella à Catumbella.

> Aujourd'hui, le gouvernement commence à construire le chemin de fer de Cabinda — au Congo — etla Compagnie de Mossamédès étudie une autre voie ferrée, destinée à relier au littoral les plateaux fertiles d'Huilla et Humbe. Enfin la grande voie de pénétration de Benguella au coeur de l'Afrique, d'une étendue plus considérable encore, est déjà mise en voie de construction, conformément à un réeiïnt décret ministériel. Comme on voit, un pays où l'on apporte de si grands soins aux voies de communications rapides, n'est pas un pays mort, c'est au contraire un pays actif et bien vivant qui marche vers un avenir de pros • périté.

> La fièvre colonisatrice qui a envahi l'Europe gagne à son tour le peuple lusitanien. et, dans ces dix dernières années, aucune autre nation, disjiosaut d? ressources aussi

faibk-s, ii'u travailla en Afrî(]ue avec uno volonté plus acharnée. Nous pouvons dire qu'aujourd'hui la provinci* d'Angola a des revenus budgétaires de plus de deux millions de francs et que son mouvement commercial, en ne tenant compte que de quelques centres commerciaux, s'élève à un chifTre de 90 millions francs a.

Voilà, comme vous le voyez, une série de constatations des plus intéressantes à retenir. Plus loin nous voyons que cette province d'Angola dont la superficie est de plus de deux fois et demie celle de la France, a, dans l'intérieur, des cha!nt!S do montagnes appelées Cheila et Huilla, où se trouvent de grands plateaux salubrcs. Si nous voulons étudier l'iiydrograpliie de ce pays, nous voyons que < le système fluvial de la province d Angola constituent encore une de ses grandes richesses, non-seulement parce que ses fleuves, ses rivières et ses milliers de ruisseaux, coupant la province en tous les sens, la f>:rtiltsent et lui donnent uq caractère spécial à ses terrains de culture, mais encore parce que ses artères hydrographiques constituent autant de moyens de communication précieux »•

En effet, duns tous pays, surtout dans ceux où les chemins de fer ne sont pas encore installés, < la route qui marche », comme les noirs nomment les fleuves, sont d'cicellents auxiliaires. Mais souvent il est à craindre que ces fleuves et ces rivières ne soient coupés par des chutes, des rapides qui les rendent impraticables.

« Le Zaïre arrose et féconde les districts du Coi.go, Loanda et Lounda. Le Kouanxa, navigable jusqu'à 180 kilomètres au de'à de son embouchure, est un des plus important cours d'eau du continent africain ; il ne sort jamais du continent porfug.iis. Le Kounène arrose et fertilise, au sud de la province, les riches plaieait.x où peut s'acclimater !a race euiopcetine. Le Koubango est un

grand ileuve provincial, et fiDalement le Zambèze, le grand fleuve de notre Afrique orientale, coule aussi dans toute la zone sud-est de la province d'Angola, jusqu'aux rapides de Katuna. ■

J'ai cherché à vous donner une idée générale de ce qu'est l'ensemble économique actuel de la colonie, déjà très florissante comme nous avons pu nous en rendre compte. A Sao t-'alvador, à 300 kilomètres nord-est de Loanda, nous trouvons une population de 3.500 habitants. Cette ville se trouve sur une haute montagne, ce qui lui donne une situation très salubre et ce qui fait que les Européens, lorâqu'iU sont atteints par l'anémie ou les fièvres particulièreauclimatarricain,nesontplasobligés de revenir se soigner en Europe ; ils peuvent se remettre rapidement dans cette contrée, au faîte de la montagne. II existe lA des mines de fer.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à -vous dire un mot de la très grande compagnie à charte, coimu: dans le monde colonial sous le nom de Compagnie de Mbâsamédés. La colonisation moderne du Portugal offre cet exemple curieux à étudier de près et qui peut tenter les hommes désireux de faire de la colonisation autrement que par la petite culture; ja veux parler dî ceux qui peuvent disposer de leurs million* — oudeceuxdesautros — pour faire de la colonisation sur une vaste échelle.

Pour réussir, je l'ai toujours dit, il faudrait savoir faire de la colonisation comparée, ne jamais s'en rapporter à ses propres lumières.

J'ai donné un exemple très frappant de ce que pourrait faire une compagnie bien dirigée, quand je vous ai parlé longuement de la « North Britisch Bornéo ». Eh bien ! relativement sans doute, le Portugal avec sa Compagnie do Mossamédés est arrivée à obtenir d'aussi beaux résul-

tats, toute proportion gardée. Il est du plus haut intérêt de rechercher, sans l'ombre de passion, quelles sont les causes, les sources, les origines de cette fortune, de cette prospérité. Il faut bien se le dire, il y a là un des plu» grands problèmes coloniaux de demain , qui soulève déjà les questions les plus compliquées.

Si le Portugal arrive à de si beaux résultats, c'est que les grandes compagnies, auxquelles il a confié la mise en valeur de ses possessions africaines, ont su conserver la plus grande loyauté, le plus grand calme et une justice journalière dans leurs rapports avec les indigènes. Je suis bien forcé, à propos de cela, de rappeler nos compagnies françaises du Congo, car la question et la situation sont identiques ; ce n'est pas seulement parce que les pays sont voisins, mais surtout parce que, à tous les points de vue, il y a identité dans le commerce, les importations, les exportations, le climat et la population.

Au Congo français, les 40 compagnies qui avaient obtenu des concessions un peu au hasard, ne savaient pas exactement quelles étaient les richesses plus ou moins problématiques qu'on leur concédait ; n'importe I elles y engagèrent 65 millions, et la plus grande partie de ce capital initial se trouve englouti depuis longtemps. De plus, À l'heure présente, nous nous trouvons en face de soulèvements inquiétants pourlaprospéritéd'uaecolonie.

Certes, les Européens auront toujours facilement raison de ces malheureux noirs, mais outre que cela coûte cher de réprimer une insurrection, il y aura toujours dii sang répandu, ce qui vaut plus cher encore que l'argent dépensé. Les compagnies doivent toujours se souvenir qu'on ne peut obtenir de la main-d'œuvre régulière qu'avec une très grande justice, de la lermeté et en respectant la : parole donnée. Il faut aussi savoir comprendre le tempé-

rament de ces peuples qui ne peuvent fournir de travail effectif que quatre mois sur douze, et encore cette somme de travail est déjà un beau résultat ; il faut toujours l'obtenir, non par le fouet, par la terreur, par les mœurs esclavagistes des missionoaires, mais par des voies licites, honnêtes, des moyens de douceur ; il y a une loi, celle de la justice, qui est inscrite au cœur de tout homme, blanc ou noir, et cette loi il nous est interdit àjamais de la violer, si nou? ne voulons pas perdre nos colonies. Les compagnies ont peut-être dans notre Congo trop oublié ces choses. Mais, si tes anglais et les portugais ont réussi, il nous est possible aussi de le faire, bien que nous n'ayons pas le même esprit pratique. Il convient aux directeurs de compagnies de savoir quelles sont tes cultures que les noirs peuvent entreprendre ; ils ne pourront pas ffùretravaillertoujours au caoutchouc, par exemple l'homme à peine capable de cultiver ses malheureuses patates.

Avant tout il est nécessaire de placer à la tête des compagnies à charte des hommes intelligents, justes, loyaux, bons colonisateurs non-seulement en théorie, mais surtout pratiquement. II est possible de trouver un modus vivendt^ dans cet ordre d'idée pacifique et il ne faut pas songer toujours à triompher les armes à la main, à incendier les Tillages, ce que les noirs craignent le plus, malgré qu'ils n'aient à conserver aucun objet de valeur ; mais leur modeste cahute leur tient au cœur, car c'est leur propriété.

Le souvenir de leurs ancélres qui s'y rattache la rend sacrée et vous n'avez pas le droit de violer des sentiments aussi légitimes. Si le Portugal a trouvé le moyen de résoudre ce terrible problème, c'est qu'il a agi avec des moyens dejustice, pacifiques, et non pas & coups de fusils.

ou dti chicotte comme disent les brutes blanches qui frappent et martyrisent les noirs.

Sur la Côte Occidentale d'Afrique, la question des compagnies & charte s'impose, car nous n'avons pas la prétention de dire que quelques simples colons pourraient mener à bien la mise en valeur de ces possessions ; la compagnie seule peut possédtr les gros capitaux qui représentent la mise en uain, le premier échelon de toute grande exploitation.

Je n'insiste donc point sur l'utilité des compagnies à charte ; mais il est bon de savoir quels seront leurs droits et leurs fonctions. Peuvent-elles exercer des droits régaliens? Les compagnies à vrai dire, s'en soucient fort peu et n'y tiennent pas, parce que ces droits entraînent avec eux les frais d'une armée, de juges, de fonctionnaires à leur compte, et il leur parait bien assez lourd d'être chargés de l'édilité, qui les oblige a construire des routes et des chemins de fer.

Ces droits régalions sont un présent d' Artaxercès qui peut leur coûter plusieurs millions par an. Et cependant elles sont bien obligées de les exercer dans une certaine limite, car nous n'avons pas encore le uoyen d'envoyer des procureurs et des commissaires de police que remplace inévitablement le chef de district ou le directeur, imitant saint Louis en rendant la justice non sous un chêne, mais sous un palmier ou un baobah, écoutant les longs palabres dont les noirs sont prodigues. Ces grands enfants sont, en eBet, aussi bavards que les femmes en Europe.

Vous voyez à quels détails entraînent ces droits et ces ' s des compagnies à chartes, qui doivent avec justice neté k la fois, en conservant des relations pacifiques as indigènes, mettre en valeur ces immenses terri-

C'est ce que les Portugais semblent avoir admîn ment compris et résolu, dans l'Angola, avec leurs coi gnies du Massamédès et au Mozambi<{ue, sur la côte oi taie d'Afrique, comme nous le verrons dans notre chaîne leçon.

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