SEIZIÈME LEÇON
Colonies du boyaume des Pavs-Bas en Ahériqds : Surinam 00 GUYAKS HOLLANDAISE, ILE DE CuRAÇAO, LES ILES d'ARUBA, BONAIRE, SaBA, SAlNT-EnSTACHE ET
Saiht-Mabtin. En Ocëanie : Indes orientales néer-
LAKOAISES, ILES DE JaVA ET MaDDRA OU MaDOERA, DE SUIUTHA, BaU et LoUBOK, DE BoRNEO, LES ILES CÉLÈBES. LES MOLUQUES, LA RÉSIDENCE DE TlHOR, LA NoUVBLLB- GOINBE.
Mesdunes, Meutenrs,
Nous allons aujourd'hui nous occuper des colonies appartenant au royaume des Pays-Bas ou Hollande. J« coaunence par regretter de ne pouvoir faire qu'un voyage circulaire à travers ces possessions hollandaises — le petit nombre de cours qui nous restent m'y forçant, — car vraiment il y atirût dans cette colouisation matière à deux longues leçons au moins. Ce sont les plus intéressantes entre \fs colonies européenneset il vous sera utile et nécessaire de compléter par une étude particulière, ce que je n'ai pas le k-mps d'examineravecvous. L'ensemble de ces pos&essions comprend : en Amérique : Surinam ou Guyane Hollandaise, ile de Curaçao, les ilesd'Aruba. Bonaîre, Saba, Saint- Eustache et Saint-Martin. EnOcéanie — et ce sontlesplus importantes, — leslndes orientales Néerlandaises, soit les ilt-^j de Java et Madura ou Madœra, de Sumatra, Bali et Lombok, l'île de Bornéo en partie, les îles Célèbes, les Moluques, la Résidence de Timor et la Nouvelle-Guinée.
Le tout représente une superficie de 2.068.500 kilomètres carrés et une population de 35 mîllons d'habitants en chiffres ronds. Ce sont, comme je le disus dans mes deu\ derniers cours, des possessions très importantes, qui présentent une certaine analogie avec (»lles du Portugal, parco que comme elles, elles appartiennent à un très petit peuple qui a su faire de la colonisation de premier ordre. Â touf égards, et proportion de territoires gardée, nous pouvons affirmer que la colonisation hollandaise et portugaise sont équivalentes à celle des Anglais et j'oserai dire, souvent supérieures à l'heure présente comme résultats obtenus. Suivant une vieille tradition, les hollandais ont divise leurs colonies en Indes Orientales et en Indes Occidentales, comme cela se faisut aux XVII et XVIIl siècles. Nouii allons leur conserver leurs appellations et commencer par le groupe des Indes Occidentales. Ce sont là des possessions très florissantes, mais infiniment moins intéressantes que les Indes Orientales ou Transgangétiques.
La Guyane hollandaise, qu'aux Pays-Bas on appelle Surinam, est située entre les Guyanes françaises et anglaises, qui lui forment ses deux frontières ouest et est ; elle a pour autres bornes au sud le Brésil, au nord l'Océan Atlantique. Vous savez qu'il y a eu de grandes discussions et de fortes contestations entre les puissances européennes à propos des déliminations de ces trois Guyanes ; lorsque nous nous sommes occupés des colonies françaises, je TOUS ai dit comment nous avions été assez maladroits pour nous laisser dépouiller d'une partie des territoires contestés, au détriment de la France. Ces discussions diplomatiques ont été, au contraire, profitables à la Hotlande. Cette Guyane hollandaise est arrosée par trois grandes rivières : le Surinam, le Marom, qui la sépare de la Guyane française, et le Carentyn, qui la séparé de lu
Guyane anglaise. Cette colonie s'est trouvée ainsi tout naturellement bien divisée et, de plus, avec ces rivières, elle possède des moyens de transport relattyement bons ; je dis relativement, parce que ces cours d'eau américains sont coupés de sauta et de chutes qu'il est difficile de passer. Il y a une population do 65.000 habitants ; chose à noter, dans ce total, on compte près de 9.000 immigrants anglais qui ont franchi la frontière des deux Guyanes ; on compte aussi près de 1300 Javanais des Indes Orientales. Je vous ferai remarquer en passant qu'il n'est pas question ici des coolis chinois que l'on rencontre à travers le monde ni même de coolis Indiens, comme on en trouve dans toutes les colonies anglaises ; ici il s'agit d'individus que les Hollandais, font venir de Java ou de Sumatra et qui, par conséquent, sont des sujets à eux, ce qui àl'heure présente leur évite toute contestation diplomatique, comme nous en avons eu souvent avec l'Angleterre, au sujet des coolîs que nous employions, ce qui nous faisait accuser par elle bien à tort, de vouloir rétablir l'esclavage dans nos colonies.
La Guyane Hollandaise fait des exportations de cacao, sucres de canne, café, de l'or, et de balata qui est une espèce de caoutchouc très cher, très recherché. Les importations comprennent des conserves, vins et spiritueux, armes, poudre, outils en fer et en acier, vêtements confectionnés, articles de Paris etc. II nous faut constater que cette possession hollandaise fait très peu d'affaires avec la France, ce qui est un peu la faute de cette dernière. Nous ne voulons pas nous décider à envoyer des représentants de commerce en pays étranger et comme les autres nations le font, par suite peu de relations s'établissent entre nos ceQ< très commerciaux et les pays éloignes, ce dont bénéBuie la concurrence étrangère.
Surinam n'exporte en France qu'un peu de cacao et de bois d'ébénisterie, pas même pour un million de franrs.
La France n'y envoie que pour 200.000 francs de vips, lingeries, huiles, fruit3, papiers, tissus de coton, etc. C'est très peu, vous le voyez, alors que chez noua, nous avons tant de fabricant!*, tant de commerçants, de capitalistes qui auraient besoin de trouver des débouchés à l'étranger pour I'écoule,ment de leurs produits ; nous ne savons pas les chercher etles trouver avec l'esprit pratique qui caractérise d'autre nations européennes, commej'aurai l'occasion de vous le démontrer à propos du Congo belge que nous examinerons la semaine prochaine. Paramaribo • — Ville des Fleurs — est la capitale de la colonie ; elle possède une population de 30.000 habitants qui se< livrent h un commerce et à une industrie assez actifs.
Maintenant, quittons la Guyane pour examiner les Iles que la Hollande possède dans les petit'3s Antilles. Je vous ai déjà dit et je vous répète que ces Antilles ne peuvent pas être appelées à jouer un rôle quelconque dans la colonisation de l'avenir ; nous nous trouvons en face d'une crise générale avec elles, d'où elles ne sortiront que pour passer aux Etats-Unis. Au point de vue économique, ces Antilles ne sont destinées qu'à rester avec leur activité propre, afférente à leurs productions, qui en général sont relativement bien peu de chose, surtout depuis que le sucre de betterave a tué ou presque complètement ruiné l'exploitation des cannes à sucre. Chaque ilc fait là, partie d'un tout dont elle subit les fluctuations qui se marquent aujourd'hui par la ruine partielle des petites Antilles. ^
Pourla partdes Hollandais, nous voyons l'ile de Curaçao, dans les petites Antilles, avec une superficie de 550 kilomètres carrés, ayant une population de 30.000 habitants.
Il s'y fait une exportation de sel, de phosphates de chaux, de bois de teinture, ignames, aloès, de diri-divi, plante légumineuse qui sert de teinture. Enfin, et j'attire ici votre attention, une exportation ttnez forte d'écorces d'oranges amères. Une remarque s'impose quand on parle de Curaçao, où se fabrique la fameuse liqueur qni porte son nom, c'est que toute production intertropicale, si i&ntile puiase-t-elle pdraitre, est souvent la sourœ d'assez jolis bénéfices. C'est ainsi qu'à Curaçao on récolte des oranges, non pas dorées et appétissantes, mais vertes, pas belles, pas mûres, qui n'ont aucun rapport avec les oranges exquises, sucrées, que nous donnent les pays chauds quand on laisse le fruit arriver à maturité ; à Curaçao on possède de ces délicieuses oranges, mais on en cueille d'autres, comme je vous le disais, vertes, non sucrées, amères, sauvages, des pamplemousses, des chadccs, etc., qui ne sont mangeables que cuits, conBts, préparés. On ne s'en était servi jusqu'à présent que pour laver et conserver la viande, car ces fruits sont, pour ainsi dire , une espèce d'antiseptique, mais c'était liiun usage insignifiant pour une production si vivace. Depuis quelques années les producteurs hollandais de Curaçao ont trouvé un débouché considérable en Angleterre, où l'on s'est mis à fabriquer des confitures avec ces oranges amères, et Dundee en a le monopole. Cette fabrication est la source d'une exportation profitable àcette possession de la Hollande, et il est bon de remarquer quels phénomènes se manifestent parfois dans le monde colonial ; autant souvent un produit a eu du mal à trouver un écoulement avantageux, autant aussi cet écoutementpeut solaire avec une progression rapide. Quand le premierpas est fait, il peut arriver que le produit se répande dans lafobrication du monde entier comme une traînée de poudre. C'est ce qui estsurvcnu à propos de cette fabnca!:îon de marmelade qui a
. fourni & Curaçao l'occasion d'une exportation activé et de bon rapport, de ces ccorces d'oranges amères ; dans quelques années les chiffres peuvent atteindre quelque centaine de millions annuellement, et ce sera le relèvement et la fortune d'une des petites Antilles.
Willemstad, la capitale, possède environ IS.OOO habitants. Il y a là un port sûr, un centre de commerce très actif avec le Venezuela ; il y a un lazaret, une chambre de commerce, ce qui dénote que cette capitale profite avantageusement de son rapprochement avec l'Amérique.
Aruba a une superficie de 165 kilomètres carrés, y compris ses dépendances, avec près de 10.000 habitants ; elle fait une grande exportation de phosphates de chaux.
Bonaire n'a que 335 kilomèires carrés de superficie avec 5.000 habitants environ et se livre à une culture intertropicale assez active.
Saba compte 13 kilomètres carrés, et un peu plus de 3.000 habitants et Saint-Eustache 31 kilomètres carrés avec moins de 3.000 habitants. Nous voyons aussi à la Hollande la partie sud de Saint-Martin dont la partie nurd appartient à la France. Les Hollandais y ont 47 kilomètres carrés avec près de 4.000 habitants. Ces Antilles, je le répète, ne sont pas appelées à grandir et à tenir un rôle quelconque dans le mouvement universel ; elles sont plutôt destinées, avant un siècle, à faire partie des Etats- Unis.
Nous arrivons à présent à la partie la plus intéressante de la colonisation hollandaise et, je n'exagère pas, k l'une des colonisations tes plus curieuses qui existent au monde ; je veux parler desIndes Orientales Néerlandaises, qui comprennent l'ensemble des colonies des Pays-Bas dans les archipels océaniens. La richesse et lafertilité si extraordinaire du sol, aussi bien qu'aux Philippines, tont de cette partie
coloniale hullanilaise un centre de commerce de premier ordre. Les industries minières y de viennenttouslesjoursde plus en plus importantes. On y remarque de vastes plantations de figuiei-s, de caféiers et de canne à sucre ; les exploitations des mines d'or et d'argent, de diamants, de platine, de houille, d'étain, de pétrole, sont à l'heure présente en pleine prospérité à Java, à Sumatra, à Bornéo et dans les Célèbes : Java et Sumatra contiennent surtout d'immenses puits de pétrole. Les mines de houille de Omhilien, à Sumatra, sont exploitées directement par le gouvernement ainsi que les mines d'étain de File de Banka. Je veux vous donner très rapidement une idée de l'importance de l'Ile de Java qui est couverte en grande partie par la culture du café et de la canne à sucre. Puis viennent celles du thé, du tabac, de l'indigo, du riz, du quinquina, du cacao et du c-ocotier fournissant le coprah.
Les produits exportés sur une plus vaste échelle sont : le sucre, le café, l'ipdigo, le tatac, le thé, l'étain, le quinquina, les cuirs, le poivre, les gommes damar. qui sont produites par un arbre de la famille des conifères qui fournit également le kouri, le kapok, espèce particulière d'une des variétés de cotonniei' dont j'aurai sans doute l'occasion de vous parler ; les rotins, le cacao et le coprah, beaucoup de cuirs tels que : peaux de vaches, de veaux, de chèvres ; pour la Chine on exporte assez des nids d'hirondelles. Tous ces produits, nombreux et d'un bon rapport, sont tirés d'une superficie de 1.873.000 kilomètres carrés et l'on compte, une population de 35 millions d'habitants : d'après les dénombrements plus ou moins approximatifs qui ont été faits, le nombre des européens ou des assimilés serait tout à fait insuffisant, puisqu'il ne représente par plus de 65.000 individus environ.
Comme vous le voyez, ces îles groupées uniformément
et qui forment, comme à Bornéo, une sorte de petit continent, si l'on 096 dire, possèdent deux éléments de fortune : le premier est la fertilité extraordinaire d'un sol où prospèrent toutes les cultures, le second est cette richesse souterraine représentée par des mines d'or, d'argent, de houille et de pétrole.
Dans les 64 ou 55 000 européens ou assimilés, il faut compter environ une bonne moitié d'assimilés qui sont pour ainsi dire des étrangers de toutes les races, unis ou associés aux hollandais du pays.
Dans cette colonie hollandaise, nous nous trouvons en face de l'organisation la plus merveilleuse au point de vue du travail et de la vente des produits, organisation qui a su s'étendre à la main-d'œuvre ; dans ces 35 millions d'habitants les hollandais ont su trouver des collaborateurs intelligents, dévoués, bons comme main-d'œuvre. C'est un exemple très intéressant que la Hollande nous donne, car elle a su relever ces naturels en les associant à ses travaux et en faisant ainsi prospérer son propre commerce.
II est vrai de dire que ces naturels ne sont pas au même degré do barbarie, où nous voyons les noirs dans le cœur de l'Afrique ; il n'en est pas moins vrai que ai les hollandais ne les avaient pas traités avec des idées très grandes de justice et de loyauté, s'ils n'avaient pas eu pour liut le développement industriel et commercial du pays, ils n'auraient pu obtenir d'ausst beaux résultats. Il faut rendre hommage à ce petit peuple européen pour sa science coloniale, mais je crois qu'il est bon aussi de montrer comment il a procédé et de mettre en lumière les deux méthodes qu'il a sagement employées pour arriver à des résultats si avantageux.
La première, — j'en parlais dans maderniere leçon sur les trois Congos, — est qu'il a su tirer du sol tous les
produits qu'il pouvait donner, en le soumettant à la fois k toutes espèces de culture et en ne se livrant pas exclusivement qu'à une seule exploitation agricole. Non contents de se livrer à la production du café pourtant très rémunératrice, puisque dans les plantations du gouveroement, ou dans celles des particuliers, c'est-à-dire dans l'ensemble des îles, elle a atteint près de 60 millions de kilogrammes et que le cafi^ de Java est l'un des meilleurs du monde entier, efa bien, dis-je, non contents de cette culture, les hotlandûs ont su mener de front celle de la canne à sucre, du cacao, du thé, du tabac, etc., comme vous l'a prouvé tout à l'heure la nomenclature des productions. Cela a été le premier mode de la mise en videur de leurs colonies.
Le second mode, nous avons eu l'occasion do nous en entretenir à propos de l'Algérie; les hollandais ont fait dans les Indes Orientales ce que depuis longtemps déj à nous aurions dû faire sur toute notre côte barbaresque. Ils ont créé des écoles mixtes, des écoles bilingues, c^esti-dire qu'ils ont forcé leurs propres enfants à connaltie et à pratiquer la langue des naturels, et également ils ont forcé ces 35 millions de naturels ou tout au moins leurs enfants, de savoir parler hollandais, c'est ainsi qu'ils ont pu s'assimiler si complètement à la race ; cela a été le meilleur moyen à trouver pour s'installer d'une manière durable et paci6que dans le pays, pour confondre peu à peu les divers éléments, s'assimiler complètenient et s'attacher d'une façon stable la main-d'œuvre locale. Eh bien ! je l'ai dit : eii matière coloniale il faut toujours faire des comparaisons quant aux résultats obtenus pour apprendre qu'elle est la meilleure façon de pratiquer. Après avoir vu la remarquable assimiliation produite entre les Hollandus et les naturels de ces fies aux Indes Orientales, venons voir ce qui se passe en Algérie. Nous serons forcés d'avouer
qu'après plus de soiiante-doaze ans d'occupation,. il y a toujours entre TArabe et nous comme un épais mur d'airain qu^on semble ne pouvoirjamais renverser. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas un français qui sache vraiment l'arabe ; ce n'est que grosso-modo que nos fonctionnaires peuvent le parler, et encore, et il n'y a que très peu de nos compatriotes qui se livrenL à l'étude de cette langue. Nous n'avons pas su ou pas voulu depuis le temps déjà reculé de la conquête, créer les écoles bilingues qui sont le plus rapide et le plus pacifique moyen de communication entre les races différentes. Ce que nous n'avons pas essayé de faire a cependant très bien réussi aux hollandais, et pour moi, c'est là, en grande partie le secret des succès de la nation hollandaise qui, en même temps que cette sage mesure, a su apporter dans sa colonisation toutes ces qualités de justice, de ténacité, de probité et de loyauté, sans lesquelles on ne peut rien faire en pays neuf.
C'est grâce à toutes ces mesures que nous voyons les îles de Java et de Sumatra si prospères. De grandes et riches sucreries y sont en pleine activité, couvrent Java, et exportent leurs sucres de première qualité dans toute l'Europe. Je vous ai cité les 60 millions de kilos que représentent le café de Java ; c'est une des meilleures marques du monde ; le Brésil qui a une production dix fois supérieure à celte de Java, ne peut pourtant pas comparer son café, — le Santos, mauvais en somme et dont les 3[4 sont consomméspar les Etats-Unis, — àcettegrainedeJavaqui est de qualité supérieure. Ce sont là des chiffres d'exportation déjà beaux, mais ils ne sont pas les seuls. Nous voyons que l'exportation du thé de Java est de près de six millions de kilogrammes par an. Le tabac, cultivé à Deli — Sumatra — esttrèsrecherché en Europe pour lafab rication des cigares de prix ; on en exporte environ 350.000
balles par ao, ce qui représente une valeur totale de 70 millions de francs. Java en produit une autre spécialité, bomie aiissi, et dont on exporte à peu près 130.000 balles ; quant à Bornéo la production de ce même tabac y est moindre et n'est évaluée qu'à 15.000 balles.
Nous pourrons constater que cette lie de Bornéo semble être la seule qui n'a pas été mise en valeur d'une façon rapide, maïs tout fait cependant prévoir qu'elle le sera bientôt.
Je vous ai dit que l'exportation des cuirs nous donnerait de lorts beaux chiffres. En effet, on compte 200.000 peaux de vache?, IGO-OOC de buffles, 4'i0.000 de clicvres.. 10.000 de moutons, 35000 de léguaiio, 15.000 de cerfs, 4.500 d'oiseaux de paradis et 1 .000 de clievrcanx, etc.
Le riz deïndramajoc, le meilleur et dont la production est dé 600.000 balles, est expédié en grande partie sur l'Europe.
On fait aussi une énorme exportation de bois deteak uu djati — et non de teck, car ce dernier que nous voyons en grande quantité dans notre Indo-Chine n'a aucun rapport avec celui que je vous nomme en co moment. — Ce bois de teak est envoyé en Europe où il est employé comme traverses de chemins de fer ou pour la construction des navirea, desvagons, etc. Cela représente un commerce considérable, puisque les maisons hollandaises qui s'en occupent] dans la colonie même, ont des aguncesà Paris, Marseille, Gènes, Amsterdam et Rotterdam, etc.
Nous nous trouvons là, en face d'un phéiiomène relativement très intéressant dans le monde économique et colonial ; il a fallu que le développement des colonies hollandaises corresponde au déboisement plus ou moins complet de nos forêts du nord de l'Europe, pour que l'importation de ce bois de teak prit une proportion commerciale
énorme, à cause de la consommation fréquente que notre continent fait en bots de charpente. Dans mes cours j'ai toujours considéré, comme dans mes études sur les moyens de transport, le bois comme l'une des matière» premières à ranger au nombre de celle que l'on classe sous lenom de* fret de retour». Tous nos navires de commerce qui partent avec des chargements considérables à destination d'une colonie éloignée, ne savent pas toujours quelle sera leur cargaison de retour. Je vous ai expliqué cela tout au long dans la première partie de mnn c^iir.-', rnnnée dernière, quand nous avons examiné les moyens pratiques de transport ; je vous ai dit aussi comment un navire ne peut être frété rien que pour aller chercher du bois, mais qu'au conl raire, ce bois sera uns très bonne matière à rapporter comme fret de retour, quand le navire a débarqué les exportations européennes qu'il avait emportées. Donc, concluons : on ne doit pas aller, chercher du bois, mais il est avantageux d'en rapporter.
Nous avons encore à noter comme exportation la quinquine, dont on expédie plus de 5 millions de kilogrammes. Il y en a une grande fabrique à Bandoeng et il a été très sage de la fabriquer sur place, ce qui rend son transport moins encombrant et par conséquent moins cher. Du reste c'e?t la gvande loi économique de demain : on arrivera partout à translormer la matière première sur place et les Ktats-Unis sont en train de chercher à en donner une démonstration imposante et inquiétante tout à la fois pour noii:?, avec le coton.
Le cacao est représenté par 15.000 picols, — le picol équi,v3lant à GO kilogrammes, la gomme copal par 35.000 picols ; la gomme Damar par l!j.00<> picols, les rotins par 2r).('00 picol;', le cassia iistula par 35.000 picols. Ces chilHes a't'xpoilation nous démontrent mieux que tout,
quelle est la richesse de ces lies et quels »oot les résulats obtenus par les Hollandais. Mais il est encore une chose & constater, seul point qui parait intéressant pour le commerce français, c'est le chiffre des affaires faites entre nous et les colonies liollandaises.
Nous voyons qu'avec la France il se fait un peuplas de 10 millions de franes d'échange, dont 7 millions pour les importations en France, et 3 raillons pour les exportations de France.
En France, on irapurte du- ancre de canne en poudre, de l'étain brut, des amandes de coco, du café en fèves, de l'indigo résineux et ordinaire, des chapeaux d'écorce ou de sparte, des gommes et du poivre, etc.
La France exporte des tissus de coton ou de soie, des fils, des vins et des eaux-de-vie. En passant, je tiens i vous faire à nouveau une remarque qu'il serait bon de ne jamais oublier. Il y a, au sujet du commerce français avec l'étranger, un énorme tableau des douanes, en deux gros volumes, publié chaque année par le Ministère des finances, qui est très intéressant à consulter quand on s'occupe de colonisation. Les chifires sont la meilleure démonstration, nous en avons convenu ensemble, mus encore faut-il juger et comprendre les chiffres.
Il ne faut d'abord pas. dans ces questions d'importation et d'exportation, comme on serait tenté de le (aiee, apporter des idées préconçues. Je crois que la plus simple et la meilleure façon de juger est encore d'établir ce qu'on appelle la balance commerciale ; et pourtant, il y a tout une série d'économistes qui prétendent que la balance du commerce en matière de colonisation ne signifie absolument rien. Eh bien ! moi je pense qu'une nation qui fait 20 à 25 millions d'exportations avec un pays, alors qu'elle n'achète que pour 10 millions h ce même pays, touche un
bénéfice sensible et no doit dËmander qu'à garder ces relations commerciales. Ceci me paraît vrai malgré toutes les théories nouvelles. Il y a bien uue restriction qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que rien n'est absolu dans ces questions coloniales, et il faut non seulement examiner le cbiSredes exportations et des importations pour conclure pour ou contre, mais encore la nature des objets échangés. Il ne faut pas trancher toutes as questions d'un seul coup d'œil, sans quoi on s'expose à tomber dans l'erreur ; il y a bien des statistiques de douane, mais comment sontelles établies ? II faut tenir compte de toutes les marchandises transitaiics, ne séjournant pas dans le paya et qui cependant figurent sur les livres d'entrée et de sortie ; il y a aussi les marchandises non déclarées ou mal déclarées ; enfin, au résumé, ilya à considérer tout une comptabilité économique très difficile à dresser. Comme vous le voyez on ne peut pas toujours conclure favorablement en présence d'un chiffre de douanes, quand il est égal au point de vue de l'exportation et de l'importation. Ici, avec la Hollande, les 7 millions que celle-ci faitavecnous sont représentés en grande partie par des matières premières, sur lesquelles il faudra prélever le prix de fabrication et l'honnête commission ; et les importations au contraire sont pour la plupart des objets manufacturés, travaillés, ce qui établit entre eux une différence à notre profit, car nous avons toujours besoin de matières premières que l'on donnera plus cher une fois transformées, et c'est li ce qui ne nous permet pas d'établir un juste parallèle.
Examinons quelques villes, nous voyons : Batavia, capitale de Java et des Indes néerlandaises, séparée de Paris par la distance de V'2.24S kilomètres. C'est une grande et superbe ville, possédant 120.000 habitants dont 10.000 européens. C'est un des principaux centres d'exportation
du pays. Je vous fait remarquer que même, dans cette capitale, que tout le monde connaît de réputation et qui est habitéâ par 10.000 européens, pour la plupart riches commerçants, il y a aussi beaucoup de chinois, et la tactique des Hollandais, toujours ta même, est de s'assimiler complètement, &i possible, les races qu'ils coudoient. II ya, outre Batavia, des quantités de villes importantes bien que, très souvent, leurs noms nous soient inconnus en France. Telles sont les villes de : Soerabaja, Sémarang, Cbéribon, Pekalowgan, Rembang, renommé pour le» bois, Pasoercean, Probolingo, Panarockau et Tjilatjap.
Quittons Java pour voir Sumatra, la plus grandes des iles de la Sonde, qui me!>ure 450.000 kilomètres de superficie avec les petites Iles voisines, et renferme près de 6 millionsd'habitants. Padang.la capitale, compte 50.000 habitants dont 2.000 européens environ. Dans ces deux îlea de Java et de Sumatra, il y a des chemins de ter qui font la fortune du pays et dont je parlerai tout à l'heure. Nous remarquons encore Bail et Lombok parmi les fies degrande importance.
Bornéo, la plus grande île du monde après l'Australie, a une superficie de'840.000 kilomètres carrés ; la population y est de 2 millions d'habitants. Vous voyez tout de suite l'ensemble économique, que ces chiffres représentent pour la colonisation hollandaise. Nous avons vu tout à l'heure que toutes ces fies avaient une population totale de 35 millions d'habitants ; maintenant Bornéo qui a 840.000 kilomètres carrés, c'est-i-dire presque la moitié de l'ensemble, ne renferme que deux millions d'habitants, ce qui est très peu de chose. Pouquoi cette immense île de Bornéo est-elle moins peuplée ? Est-ce parce qu'elle est moins riche que Sumatra et Java? Pas du tout ! un avenir aussi remarquable, j'en suis convaincu, est réservé à Bornéo.
Cela tient-il au climat? Non, car Bornéo possède des altitudes élevées qui lui procure un climat sain. D'autre partnousroyonsque son intérieurest encore peu connu, bien que cette ils recèle des mines de diamants, d'or, de fer, de cuivre, d'étain, d'antimoine. Il y aussi beaucoup de bois d'ébénisterie, des bois de fer, de teck, d'ébène, de teinture, comme le catu ; puis le muscadier, sagou, camphrier, cannellier, citronnier, rotin, bambou. Onyremarque aussi une culture de canne à sucre ; on y produit da bétel, poivre, gingembre, etc.
Vous voyez que le sol est très productif. J'insiste particulièrement sur ce point ; nous venons de voir une population très dense A Java et à Sumatra ; à Bornéo, nous nous trouvons avec une population faible, en face d'un pays riche, encore presqu'à l'état vierge. C'est la grande réserve des Hollandais de demain. Mais il f»ut toujours des explications nettes et précises pour mettre en lumière certains points. Je vous ai fait un tableau enchanteur de ces colonies hollandaises et, m'arrêtant k cette île, je sais bien que des esprits superficiels se poseront cette question : « Si le pays est très riche, si d'autre part les Hollandais ont le génie colonisateur poussé à un haut degré, s'ils savent s'attsimi- 1er les indigènes, comment se fait-il que Bornéo ne soit pas rais en valeur? » Par la bonne raison que les Hollandais, très petit peuple en somme, n'ont pas de colons à envoyer pour se mêler à ces deux millions d'indigènes. J'en tire une conclusion : c'est que les Européens, particulièment les Français, qui sont en très bons termes d'amitié avec les Hollandais, devraient aller s'établir à Bornéo, je ne dis pas pour y faire de la petite culture, mai? pour y utiliser de gros capitaux dans de vastes exploitations agricoles, comprenant l'ensemble des produits ; ce serait un pays neuf incomparable pour l'emploi de certaines fortunes
françaises. Les Hollandais se sont trouvés \h en face de la vraie terre promise de l'avenir, mais ils n'ont pu l'exploifer, ni l'habiter, faute de population métropolitaine. Et puis, enfin il ne faut pas oublier non plus, que les Anglais occupent le nord et le nord-ouest de l'île, ce qui laisse l'os Hollandais moins libres de leurs mouvements.
Bandjermassin, chef-lieu du sud, est un port franc dont la population de 50.000 habitants ne compte que 550 européens.
Les Hollandais possèdent encore les îles Célèbps, dont la surface est de 130.9n kilomètres carrés ; les Moluqueï', la moitié de l'île de Timor, soit 44.406 kilomètres carrés pour cette dernière seulement — l'autre moitié, nous l'avons vu la semaine dernière, appartient au Portugal.
La Hollande possède encore la partie nord et aud-ouest lie la Nouvelle- Guinée, l'Allemagne possédant la partie nord-est et l'Angleterre la partie sud-est.
Avant de terminer, je veux vous donner une idée des chemins de fer dans ces colonies hollandaises, parce que je vous l'ai toujours dit, ils sont les facteurs de Ir prospérité d'une possession coloniale.
Je lis, à ce propos, quelques passages d'un rapport de M. Auguste Moreau, vice-président de la Société des Ingénieurs civils de France :
« Le réseau de Sumatra a été construit et exploité par l'Etat néerlandais. Le gouvernement des Indes néerlandaise a facilité la construction de la manière suivante :
« 1" En procédant par expropriation d'utilité publique pour l'acquisition de tous les terrains nécessaires à 1 hssiette de la ligne ;
« 2" En chargeant le département de la Justice de mettre à la disposition de l'ingénieur en chef, 500 forçats,
nourris et loges aux frais de ce département, contre une indemnité de fr. 36 par homme et par jour.
< 3° En autorisaut l'émigration contractuelle dans la proviuce, de coolis chinois.
< 4° En décrétant que le chemin de Sumatra serait de caractère industriel, c'est-à-dire établi avec la plus grande simplicité, et que l'exploitation en aérait régie par le règlement des chemins de fer secondaires aux Indes néerlandaises. »
Plusieurs points de ce rapport nous arrêtent déjà et attirent vivement notre attention. D'abord en ce qui concerne l'acquisition des terrains, il ne iant pas oublier que le pius souvent, dans ces pays, on se trouve en face de terres domaniales et que, dans ce cas, les frais d'expropriation disparaissent.
En second lieu nous voyons une chose très intéressante et dont je vous ai déjà entretenus l'année dernière, en exprimant le vœu qu'elle soit pratiquée en Nouvelle- Calédonie. Je veux parler de l'emploi des forçats dans la construction des chemins de fer. Depuis longtemps je déplore que la France n'ait pas su les utiliser dans la même mesure.
Et, en voulant faire travailler les français à nos lignes ferréea coloniales, je crois être très humanitaire et né demander que le bien de ces «hors la loi ».
Lajustice est à tout le monde, même à ceux qu'elle est obligée de condamner et ce n'est pas un travail de forçat, mais un travail d'homme, d'ouvrier que je réclame ; souvent nous avons été à côté de la question. Nous voyons nos marins, nos soldats qui, en pleine chaleur, travaillent au terrassement pour ces chemins de fer coloniaux, et au même moment nous exposons des récidivistes qui, leur temps écoulé, sortent du bagne, à retomber dans le crime"
i nouveau, parce qu'ils seront chassés de la société qu'ils ont attaquée, parce qu'ils ne pourront plus gagner leur vie dans le pays qui, justement, les condamna autrefois et qui maintenant referme ses portes devant les < retours du bagne >. Pour vivre il ne leur reste le plus souvent que le vol, le crime. Je le sais, c'est le comble de la folie ou de la démence ; cela revient presqu'à dire que pour le forçat le moyen de vivre, c'est de tuer ou de voter les autres. Eh bien ! non ! ce forçat a droit comme les autres à une place dans la société, et puisque le pays où il a violé la loi, lui est fermé, eh bien ! donnez-lui les moyens de gagner sa vie dans le pays où il a eipié, laissez-le aux colonies où, . par le travail, il lui sera permis de se relever. Qu'il fasse des routes, des chemins de fer, mais qu'il soit traité, non pas comme un paria, mais comme un ^utre homme, avec tous les égards et tous les soins qu'on doit donner à son semblable surtout lorsqu'il a payé sa dette & la société.
Donnez des terres & ces forçats, ils se relèveront par le senliment de la propriété. Eh bien, ce que par un faux sentiment d'humanité nous n'avons pas su faire, les Hollandais n'ont pas hésité h l'expérimenter, et ils ont démontré par là qu'on arrive & de bons résultats avec beaucoup de justice et de sens pratique.
Nous voyons encore que les ingénieurs sont invités 1 éviter tous les travaux d'art qui pourraient, inutilement, augmenter le prix de la ligne. Voilà qui justifie la théorie des chemins de fer à très bon marché aux colonies, que j'û si souvent traitée et exposé dans mes leçons.
« Continuons la lecture de ce rapport sur les sections à adhérence ordinaire, il ne peut y avoir plus d'un train à la fois entre deux haltes, ce qui simplifie noiablement les choses sur les sections mixtes à adhérence et à cré-
maillère, la vitesse ne dépassant jamais 'ib kilomètres à l'heure, on tolère plusieurs trains >.
Comme vous le voyez ce chemin de fer à crémaillère a pu empêcher le percement des tunnels, ce qui, ordinairement, est des plus avantageux, les tunnels élevant les frais dans d'énormes proportions. '
Arrivons au chapitre « rendement. >
K Le rendement du capital de construction de la ligne a été, pour l'année 1899, d'environ 3 OiO.
> La comptabilité des charbonnages est séparée de celle du chemin de fer, et en 1899, le rendement du capital de ces derniers seuls a été de 45 0|0. (1)
1 Le rendement de l'ensemble -^ chemin de fer, charbonnages et port d'embarquement — a été de 5.53 OiOpour 1899. II aijgmentera certainement avec le développement de l'extraction du charbon, comme le prouvent déjà les chiffres de 1899. Le rendement des capitaux engagés pour cette année a été de 3.2 0^0, celui des charbonnages 5.S 0^0, enfin pour l'ensemble 6.3 0(0.
> Les résultats obtenus sont donc très satisfaisants.
» Nous voyons qu'en 1896, le chiQre des voyageurs, pour les 210 kilomètres, était de 790.886 et, en 1898, il avait monté k 867.473, ce qui est déjà un beau chiffre; quant au charbon, il a passé de 126.281 à 142.850 tonnes ; les marchandises diverses de 63.736 à 83.948 tonnes ».
Ces chifires sont encore destinés à augmenter certainement. .
Vous voyez que dans ces colonies hollandaises nous . pouvons trouver des exemples : construction des chemins de fer à bon marché ; emploi de la main-d'œuvre pénale;
(I) Il «'agit là évidemment de la proportion de reodcmeot, comparée à celui Art chemin de fer et du port d'embarqucmeD'. et cVîst ainsi que Ion doit le com prendre.
création des écoles bilingues qui nous permettront de nous assimiler les races colonisées ; très petit -corps d'occupation militaire, à peine quelques centaines d'hommes en face d'une population de 35 mUlîons d'habitants; cultures diverses.
Je regrette de ne pouvoir compléter plus amplement ces quelques explications ; mais je ne veux pas teraîner sans rendre hommage à ce petit peuple hollandais qui a su déployer une science coloniale approfondie et montrer l'exemple de toutes les vertus de ténacité, de justice et de bon sens qui sont les bases d'une bonne colonisation.
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