‹ La colonisation pratique et comparée: Colonies françaises, colonisationChapitre 15 sur 24 · DIX-SEPTIEME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIEME LEÇON

12 mai t902

Colonisation officiedse de la. Belgique en Afrique : l'état 1NDÉPBNU11.NT DU Congo.

Mesdames, Messieurs,

Avant de commencer mon cours aujourd'hui, je croi» ^'il est de mon devoir, après vous avoir informés de U terrible catastrophe survenue à la Martinique, d'envoyer en mon nom et au vôtre un salut ému aux victimes de Saint-Pierre. Dans notre monde colonial nous y comptions tous des parents ou des amis, et c'est le cœur profondément serré que nous avons lu les dépêches terrifiantes relatées par les journaux et ne laissant aucun espoir, malgré leur laconisme ; ou assiège en vain le ministère des colonies pour apprendre le nombre exact des victimes ou le nom des survivants ; noua ne pouvons en somme que tout craindre et nous associer pour atténuer autant que possible les désastres, conséquence naturelle de la disparation de cette ville entière. La catastrophe aura une répercussion économique dans toutes ces Antilles déjà si éproiivées maintes fois ; nous devons tous nous unir au deuil vraiment nation&l qui survient et regretter ceux de nos frères que nous venons de perdre là-bas.

La dix-septième leçon porte sur la colonisation officieuse de la Belgique en Afrique ou sur l'Etatindépendant du Congo. Je vds tâcherde vous exposer clairement ce qu'est cette colonisation officieuse. Nous avons vu plusieurs dénomi-

Dations de la colonisation européenne : les ctolonies spontanées et impériales de l'Allemagne ; la colunisaticn directe, 1« prolongement de la Métropole, comme en Russie, et nous voici maintenant devant un autre mode de colonisation unique au monde, que nous appelons colonisation offideusedela Belgique. Je tous dirai tout d'abord que ce titre correspond plutôt a une nuance' politique, car, réellement, c'est toujours bien la Belgique qui, en Afrique, possède une colonie ; mais vous savez qu'il existe des formules diplomatiques particulières dont on ne peut se défaire. Celle-ci est pour ainsi dire la base de la colonisation belge. De parti pris, j'ai toujours dit que je ne voulais pas m'occuper des lois, des sénatus-consultesqui régissaient nos colonies, parce que j'ai pensé que cela n'avait pour vous aucun intérêt patrique. Dana ce Congo Belge, il n'en est pas de même. L'Etat indépendant du Congo, reconnu par les puiss.'i,nces européennes en 1884 et 1885, a été admis! adhérer au même titre qu'elles à l'acte général de Berlin, le 26 février 1885, sous la souveraineté du roi des Belges, sur la base de l'union personnelle perpétuellement neutre. Ce qui revient à dire que le roi des belges n'est pas le roi du Congo, mais que cet état est placé souâ la souveraineté de ce roi ; vous le voyez, il y a là des nuances qui sont autant de cbinoiseries diplomatiques. Autre clause : après sa mort, le roi souverain lègue, par testament du deux août 1889, à la Belgique tous ses droits souverains siir l'Etat indépendant du Congo.

Enfin, par une convention du 3 juillet 1890, interrenue entre l'état du Congo et la Belgique, cp-Ue-cialedroît de s-annexer l'état après une période de 10 ans, avec tous les biens, droits, avantages et obligations attribués & sa souveraineté. En vertu d'un codicille du 3t juillet 1890, ajouté par le roi k son testament, les territoires de l'Etat

sont déclarés iaaliénabios, et la convention mentii entre la Belgique et l'Etat a été ratifiée par les deux C bres de Belgique le 35 juillet 1890. Je pensais qu'il y un autre codicille qui, dans ce testameut, nous donai droit de préemption sur l'état du Congo, en cas de rt oiatioD de la part du gouTernement belge ; voua save: qu'il y eut des traités secrets passés entre l'AUem l'Angleterre et le Portugal qui cédaient, en cas de r< oiation, les colonies portugaises. Je n'ai pas pu me pra l'acte concernant te Congo belge et le gouvermeat çais ; mais cela, je crois, n'a aucune espèce d'import La France possède des colonies assez considérables pas besoin de chercher ailleurs, dans des testaments pi moins secrets, pour agrandir son domaine colonial.

Lasuperfîcie du Congo belge est de 3.29 1 .90U kilon carrés ; sa population est évaluée à 15 millions d'hah d'après certains géographes, mais comme je vous l'ai estsidifficiled'étabiirdesstatistiques, que d'autres voi qu'à donnerlechiffrede40millions,'cequi est certaine exagéré. Ce territoire si vaste constitue une des plusgr colonies del'Afrique ; mais ilyaun grand désavantag suite de lasituation géographique quine procure que tr( de débouchés sur la mer ; je crois vous avoir dit à ce que pour mettre à profit les quelques ports du littoi était question de faire nn chemin de fer qui servirait fois au Congo belgeetau Congo portugais, et dont le terminus étant situé sur le littoral, activerait le dével ment de l'intérieur. Ce qui manque donc au Congo 1 c'est une grande étendue de côtes sur l'Atlantique, cette partie de l'Afrique Occidentale le climat est hi et malsain au bord de la mer, mais souvent sain e( sur le plateau central, suivant la théorie des altitude

Les exportations principaled se font en ivoire, noi

misfes, huile de palme, caoutchouc, café, copal. arachides, fibres, orseille, sésame dont l'huile excellente sert toujours ii ta consommation, ou aux fabriques de savon' et de parfumerie.

Sons le Dom de fibres, ont entend les produits les plus divers qui ne sont pas toujours de la famille des teitiles. C'est ainsi qu'on dénomme fibres, celles fournies par le yucca, lepite, les aloès, tes ananas, toute la famille des agaves, la plupart des palmiers soit dans leur écorce, soit dans leurs fruits. Il y a ainsi des arbres énormes, atteignant une hauteurde vingt mètres ; leur tronc est enveloppé d'une matière fibreuse avec laquelle on fabrique des cordages de qualité supérieure comme solidité, imputrescibles et servant dans la marine.

Les importations principales se font çn tissus de coton et de laine, verroterie, fil de laiion, armes et munitions, spiritueux, quincaillerie, construction en fer, matériel de navigation, etc.

A propos de ces statistiques commerciales de l'Etat indépendant du Congo, j'ai sous les yeux un rapport qui a été adressé, en août 1901 au roi souverain, au nom do secrétaire d'Etat. Il conclut en faveur du développement de l'année 1900. Je vous en lit, quelques lignes intéressantes, indiquant les résultats obtenus.

Les voici : « Ces documents — des statistiques commerciales de l'Etat indépendant du Congo concernant l'année l90D~accusent des résultats notablement supérieursÀceux de l'année précédente. Le commerce général s'élève & un total de 83.&79,I92 franc» 05 dont 51.775.978 francs (.19 pour les exportations ' et 31.803.213 francs 96 pour les importations.

«Ce total dépasse de 17.338.397 francs 90 celui de l'année 1899. Le commerce spécial, c'est à dire les produits expor-

tes qQÏ sont originaires de l'Etat indépendant, et les i chandises importées pour la consommation intérie représente une valeur globale d6 72.101.510 francs S décomposant comme suit : 47.377.401 fr. .33 exportati et 24.724.108 fr. 91. importation.

« Le chiffre de nos exportations est en auginentî de 11.309.442 fr. 08 comparé à celui de l'année 1899.

« Cet accroissement porte sur le café, le copal, l'hui palme, les noix palmistes, mais principalement sur le Ci chouc, dont il a été déclarée la sortie 5.316.534 kilogi mes en i900, soit 1.569.745 kilogrammes de plus que née précédente. En ce qui concerne le commerce sp d'importation, les tissus de coton ont apporté le plus appoint à l'augmentation accusée par les statistiques figurent pour 6. 173.184 fr. 44.

« Dans ce commerce la Belgique se maintient au pre rang avec un chiffre de 17.270.483 fr. 72 de marchant sur le chiffre total de 24.724.108 fr. 91 précité. »

Vous voyez que dans ce rapport le caoutchouc € pour un chiffre très important ; ce qui prouve une de plus que toutes ces lianes constituent une richesse i relie du sol gui conlribùra à la prospérité future de ' colonie européenne interfropicale qui en possédera.

Nous avons une autre remarque à faire, c'est que population coloniale, qui ne dépasse pas 25 millions, m; l'avi;'. émis par certains géographes, fait un commerce < millions et plus pour les importations provenant en gci de la Belgique ; nous voyons que cette dernière se main au premier rang avec 17 millions 1 12, ce qui s'expliqu la distance pour ainsi dire peu importante qui existe la métropole et sa colonie. Il n'y a pas là de concur: à redouter de la part d'un grand état voisin, comme se produit pour nos colonies qui, voisines des Etats-

ou de l'empire chinois, ne viennent pas jusqu'en Europe chercher leurs denrées d'importations. Nous ne pouvons rien contre. cet état de choses, nous n'avons qu'A multiplier et accélérer nos moyens de transport, ce qui en quelque sorte .rapprochera, unira les points les plus éloignés.

Je lis aussi que le Congo belge a à son usage des navires qui font un service régniier; le six de chaque mnis ces navires vont et viennent; réciproquement, du Congo à Anvers et en France c'ost-i-dire à Bordeaux, et à Marseille. Outre cela, ce pays est desservi par des compagnies françaises, la compagpiie maritime des Chargeurs Réunis, Fraissinet, par une compagnie portugaise de Lisbonne — Empresa-nacional — et par la compagnie Wœrman de Hambourg, etc.

Maintenant voyons comment les Belges se sont montrés des gens pratiques, dès la première heure, et ont su de leur Congo faire avant tout une colonie de rapport, une affaire aussi bien financière que commerciale. Ils se sont révélés aux yeux de l'Europe bomme un peuple colonisateur, eux qui, dans le passé, n'avaient jamais mérité ce titre ; ce peuple, relativement petit, à su prouver qu'il était une nation industrielle au premier chef, et cela surtout parce que les Belges ont eu des ingénieurs non seulement habiles, mais avant tout pratiques, qui avaient l'esprit des grandes entreprises . Ils ont commencé par soumissionner, sur le pied de l'égalité avec la France etl'Angleterre, une ligne de chemin de fer et bientôt, ils ont fini avec leur sens pratique, par l'emporter sur les deux antres nations. 11 est vrai que la Belgique était préparée, dans une certaine mesure à devenir un peuple colonisateur. Outre qu'elle possède le très beau port d'Anvers qui lui

permet ries relations maritimes frtJquentes, elle a sur les antres nations l'avantage d'une population très dense ; et cependant si, suivant la loi générale, on devrait trouver la vie plus difficile et plus coûteuse, en raison de cette densité même on remarque quecontrairementàlaPraHce. tavie y esta meilleur marché. Les ouvriers y sont heureux, ce sontpour la plupart des hommes travailleurs etintelligHnts; ils ont eu le talent de faire partout de très grandes choses avec presque rien et ortt été en cela plus pratiques que nous-mêmes Français, dans notre Congo. Arrivés au Congo, ils se sont trouvés en face d'un pays neuf, assez peuplé, mais n'ayant pas de très grandes villes ; ce territoire plus de soiiante-dix-sept fois grand comme leur Métropole, possédait une population de 15à30 millions de noirs dont ils ont fait des collaborateurs indispensables.

Aujourd'hui nous voyons ce Congo belge complètement transformé déjà ; des villes se présentent à nous, telle que : Borna, capitale de l'Etat, port sur la rive droite du Congo, à 74 kilomètres de son embouchure, qui compte 4.000 habitants, dont 200 Européens environ. Cette ville, dans une situation plus saine que nos villes françaises situées sur cette partie de la côte, possède un hôtel, des tramways à vapeur, un warff en fer où accostent les navires venant d'Europe et qui se trouvent ainsi à l'abri des coups de vent, avec un bon port et mouillage à quelques mètres de la rive. Il s'y fait un commerce en huile de palmes, noix palmistes, mais, arachides et caoutchouc. Vous voyez que la Belgique a su profiter de la situation exceptionnelle de ce port, en relativement peu de temps. Il existe aussi des paquebots-poste belges, français, anglais et allemands qui séjournent où relâchent dans cette ville. Ce n'est pas la seule qui présente une, importance réelle ; nous voyons en second rang Banana, à l'embouchure du Congo, ayant

un port pour les plu3gros navires, auxquels il offre uq excellent mouillage et un abri très sûr. Fabriques de savon, station de pilotage. La justice y est représentée par un tribunal de première instance ; toute la ville y est entourée de factoreries importantes qui sont constamment en relations commerciales avec l'Europe, grâce à des services réguliers avec la France, Anvers, Hambourg et Liverpool. Cette ville, moins importante comme cbitTre de population que la capitale possùde 2.009 habitants liabitants environ, dont cinquante européens.

Je m'arrête un instant pour vous faire remarquer quelle similitude existe dans la manière dont colonisent les trois petits peuples — Portugais, Hollandais et Beiges qui malgré leur peu d'importance européenne, ont su faire de la colonisation très pratique, sans envoyer au loin beaucoup de colons, — ce que les deux premiers surtout ne pouvaient pas faire, attendu qu'eux-mêmes, dans la Métropole, n'avaient pas une très forte population. Binons comparons les résultat? merveilleux qui ont été obtenus par ces peuples avec ceux que la France et l'Angleterre, même l'Allemagne qui naît au monde colonial, ont su provoquer, nous serons tentés de prendre ces petits états pour plus habiles colonisateurs que les autres ; ils ont su montrer des qualités supérieures, puisque sans argent, sans troupe, surtout sans hommes, ils ont formé des colonies prospères et qui offrent des bénéfices appréciables, ce qui est un avantage et pour la Métropole et pour la colonie. Nous avons vu comment les Hollandais et les Portugais avaient tiré un si beau parti de leurs territoires coloniaux ; nous verrons que la Belgique a su employer leur meilleur procédé colonial qui est, je le répète et je l'ai redit bien des fois, la construction immédiite et à bon marché d'un chemin de fer reliant la côte à l'intérieur.

Quelques autres cités méritent d'être nommées, 1 sont : Equateurvîlle et LéopoUville, sur la rive ga du Congo, en face de Brazzaville dans le Congo fran Léopoldville est te point terminus du chemin de fei cataractes ; il faut noter en passant que l'Etat possède vingtaines de steamers sur le haut fleuve. En parlan ce fleuve, de ce chemin qui marche comme l'appellen noirs, je .tiens à vous répéter que, sur cette côte occi taie d'Afrique, si les fleuves sont de bons et veilleux moyens de transport au premier pas fait un état européen dans ces contrées, ils ne devront ja par^tre arrêter et n'empêcheront pas la construction <i voie ferrée pénétrant àrintérieur de la colonie ;car pre toujours, les rivières et les fleuves de ces contrées coupés par des sauts, par des chutes et traversent forêts embrousaillées, ce qui empêchent à la circulatio s'effectuer librement et promptement.

Matadi, sur la rive gauche du Congo, à 130 kilomt de son embouchure, est le point de départ d'un cbemi fer pour le Stanley Pool ; quoiqu'à peu de distance des mières chutes, les grandes vapeursy remontent facilen Il s'y fait un commerce important d'ivoire, de caoutch d'huiles etd'amandes de palme. On trouve dans ces conti de nombreux négociants europ'èens et des compagnit tons les pays colonisateurs, non seulement de la Belgi mais encore de la France, du Portugal, de l'Anglel et de l'Allemagne ; c'est précisément là que réside la ( pagnie française du haut Congo, la compagnie du Kata la compagnie portugaise du Zaïre, la compagnie des gasins généraux, la compagnie d«s produits du Cong comptoir commercial congolais, etc.

Vous voyez par renumération de ces villes et de commerce que le Congo belge, voisin do notre Congo 1

ç&is, présente dea résultats soiiTent supérieurs à ceux que nous avons obtenus. Notre Congo voit, à l'heure actuelle, la failUte ou plutôt l'engloutissement du capital initial de 65 millions fourni par quarante compagnies à chartes, quand, au contraire, le Congo belge se développe et prospère de jour en jour. Comment et pourquoi ce phénomène s'est-il accompli ? Ce sont les questions que nous devons nous poser, car il y va de l'avenir d'une de nos colonies de sajoir les résoudre.

Comment, la Belgique qui n'avait qu'une poignée de colons, a-t-elle su se montrer supérieure à nous ? Est-ce parce qu'elle possédait cette partie du fleuve du Congo qui lui réservait un Lon mouillage ? Ce n'est pas la principale raison de la réussite des Belges ; au début, je ne dis pa^i, cela leur a beaucoup servi pour assurer les premiers transports que réclamait l'exécution de leurplan ingénieux, basé sur ce principe de vigoureuse logique : qu'avant tout ii fallait trouver un écoulement rapide et à bon marché de tous les produits naturels que leur donnerait cette immense étendue coloniale.

Avant tout, et, avec très peu d'argent, les Belges ont ouvert une ligne de chemin de fer de pénétration; ils ne possédaient pas les mêmes avantages que le Portugal et la France qui ont eu, dans le partage de ces contrées,, quelques cents kilomètres de bonne côte, et cependant, ils ont, iivcc rapidité, procédé à l'exploitation de leurs territoires, et ils ont, en peu de temps, su développer cet état du Congo qui n'ét.iit que placé sous la souveraineté intelligente du roi LéopoM.

Je l'ai dit très souvent, sans parti-pris, sans exagération de louange, ni de blâme, ce roi est tiç roi très moderne, très démocrate, relativfrmcnt et autant qu'un souverain peut l'C'tre, très audacieux quand il s'agit d'une affaire

importante concernant soit la Belgique,, soit même ses intérêts personnels. Quand il s'est trouvé en face de ce Congo qui lui n'asservait de vastes territoires, il a fait comme un brave et habile commerçant qui veut faire une grande et belle affaire ; il a mis dans cette exploitation toute sa fortune personnelle qui, par le fait, pouvait lui " échapper, par suite de mauvaise gérance de cette colonie. C'était ta ruine ou la fortune qu'il risquait ; sans hésiter il a donné l'exemple en faveur de ces travaux coûteux, bien que faits au meilleur marché possible, que nécessitait la construction d'un chemin de fer de pénétration.

Ayant donné l'élan, le roi entraîna à sa suite les gros capitalistes belges et pour quelque temps, le chemin de fer du Congo fut avant tout une affaire de bourse ; il se produisit sur la place de Bruxelles des hausses et des baisses provoquées par tous les agioteurs.

Pendant que ce mouvement financier se produisait dans la Métropole, les ingénieurs belges, hommes intelligents et pratiques, cherchaient è, faire une ligne ferrée à voie étroite, dans les conditions les plus économiques et les plus rapides possibles ; ils divisaient ou plutôt le gouvernement divisait cet immense Congo en plusieurs parties, non pas au hasard comme nous le faisions dans notre Congo, mais d'après les conseils des prospecteurs et après de longues études sur la nature du terrain et les chances de réussir que l'on pouvait avoir.

Outre que la construction de ce chemin de fer a été l'un des premiers et des meilleurs actes de la mise en valeur du Congo belge, on peut dire qu'elle a été la source de beaucoup de fortunes nationales ; que de gens à Bruxelles ont un jour acheté des actions qui, le lendemain, étaient vendues le double, le triple ou même quinze et vingt fois leur valeur.

Le roi lui-même est non seulement rentré dans l'argent que, siaitdacieusement, il aVait exposé dans c^tte entreprise, mais il l'a, par ce fait même, augmenté dans une belle proportion., Je n'ai pas à m'attarder sur les conséquences ôconomiques qui ont pu, en Belgique, découler de ce mouvement financier ; "vous savez tous comme moi que, si |)Our nn état comme pour un particulier, il n'est jamais l)on da perdre de l'argent, pour l'un comme pour l'autre, :iu contraire il y a un grand avantage, non seulement jîénéral, mais pour chaque citoyen, à ce que le gouvernement en gagne beaucoup.

Je vous l'ai dit, les Belges ont été pratiques et économes dans l*exécutiou de ces travaux.

Ja serais même tentédedirequ'ilsontmontrétropd'écouomie, leur chemin de fer leur a coûté relativement très peu, c'est vrai, parce qu'ils ontsuleftdrepresQuecommeun simple Decauville, à voie étroite, sans travaux d'art si coûteux loujours. C'est bien ainsi que l'on comprend le cheminde 1er colonial, mais comme les rails ont été pour ainsi dire, jetés sur le terrain sans être bien consolidés, il arrive qu'à chaque instant la compagnie qui en a l'entretien doit dépenser I icaucoup pour effectuer des travaux de réfection , ce qui diminue un peules bénéfices, lesquels cependant restent encore dans une belle proportion. Cependant il faut bien dire que malgré ctb dépenses provoquées par l'usage et qui viennent comme un supplément s'adjoindre aux capitaux dépensés, cette ligne ne coûte de construction que 45 à 50.000 francs lu kilomètre, ce qui n'est rien, ou peu de chose comparé aux '!cux cents ou trois cents mille francs dépensés par kilomètre dans nos chemins de fereuropéens.

En face de ces résultats nous devons non seulement r;ndre un juste hommage au petit peuple belge pour l'iniL-lligence et le sens pratique dont il a lait preuve, mais

nous devonsftussi chercher à l'imiter. Je vous l'ai toujours dit : en scienoe colouiale il faut avant tout compter et, après étude faite, savoir hénéfîcierde l'expôrience des autres , nations. Nous allons voir ce que pensent les nations étrangères de ce chemin de fer du Congo indépendant. Je vais vous lire un passage du Voltaire, qui parût à propos d'un article remarqué dans ta Kolonial Zeitung de Berlin ;

« Les divers journaux spéciaux d'Europe qui ont rendu compte des conditions générales de cette entreprise sont d'acuord pour vanter l'initiative hardie du roi des Belges.

■ Dans son iiuméro du 16 de ce mois, la Kolonial Zeitung de Berlin, émei au sujet des nouveaux chemina de fer rintéressante appréciation que voici :

< La nouvelle entreprise est une des plus colossales de la politique coloniale moderne. La ligne du lac Albert est' particulièrement remu'quable, parce qu'elle, doit traverser l'énorme forêt vierge de l'Aruvrimi, découverte par Stanley, forêt que l'on dépeint comme le plus riche district à caoutchouc de toute l'Afrique. Il y a douze ans déji. après son retour de l'expédition de recherche d'Emin-Pacha, Stanley appelait l'attention sur la nécessité de construire des chemins de fer dans cette partie de l'Afrique équatoriale.

« La ligne belge atteindra au lac Albert les pays des sources du Nil, et vraisemblablement avant que l'Empire Allemand ne parte de l'Océan Indien, l'Etat du Congo atteindra la ligne sud>nord de Rhodes, la ligne du Cap au Caire ; et en tous cas, il réalisera rapidement et facilement sa jonction avec la navigation sur le Nil. »

J'arrête votre attention sur ce passage du journal qui me semble de la part des Allemands une exagération. La presse allemande parle ainsi dans le but de stimuler le sentiment patriotique de l'Allemagne, parce que la ligne

du Cap au. Caire étant reliée au Congo réellement, il n'eo sera peut-être pas de même de la ligne allemande au point où l'on veut.-nous la faire espérer-; celle-<ïi, à l'est africain, i sera beaucoup plus courte, comme je l'ai démontré, si TOUS -vous en souvenez, k propos des possessions alleraan des en Afrique. Il est bon cependant d'ajouter que les allemands ont des ressources beaucoup plus grandes que le Congo belge et c'est pourquoi je trouve encore exagéré la modestie qui souligne la fin de l'article.

t La Gazette Coloniale allemande rend donc hommage à la grandeur de l'œuvre et émet l'avis que les ^B^'g^s auront fini ce chemin de fer avant que l'Empire allemand ait commencé cslui de l'Océan Indien.

« Si les Belges prennent ainsi l'avance dans le centre africain, c'est que leurinitiatîve est hautement encouragée par l'Etat ; que le fonctionnarisme est annihilé par une ToIoBté plus haute qui veut s'assurer le concours patriotique de toutes les bonnes volontés ; c'est aussi parce que l'esprit et la lettre des contrats entre l'Etat et les Compagnies procèdent d'idées simples, pratiques et équitables pour les deux parties.

« Le cahier des charges des nouveaux chemins de fer vient d'être publié au « Journal Officiel » ainsi que les statuts de la Compagnie ; ces documents ne sont pas longs à Mre, l'étude n'en est pas bien compliquée, et la synthèse qui s'en dégage peut se résumer ainsi :

a !• Association complète dïntéréts entre la colonie et la compagnie du chemin de fer.

« 2" Le capital ne doit courir aucun risque.

« 3* Minimum de prix de revient, pas de contrat d'entreprises, pas de bénéfices de construction.

« Ces desiderata ont été résolus aussi simplement que nous venons de les énoncer, et il apparaît presque que

l'Etat aurait pu dire à la compagnie : « J'ai de va: territoires trèa riches^ mais pour les mettre en valei faut y construire des chemins de fer dont je poori i'étiide depuis cinq ans. Voici mes conditions :

« Comme c'est avec votre arg;e»t que vous a construire ces chemins de fer et permettre a de tirer de gros revenus de ces territoires qui ne rapj tent rien aujourd'hui, il est légitime que vous ayez part de ces revenus, et que je vous gitrantisse un minin: d'intérêt de 4 0/0; mais, par contre, vous me donnere moitié de ces bénéfices au-delà des 4 0/0 garantis.

a C'est effectivement la solidarité pratique qui gira aux deux parties engagées dans ur'e affaire up bcné proportionnel à leur apport. Afin que ce chemin de coûte le moins cher possible, je construirai la plate-foi et les voies avec mes soldats, et vous ne me rembourse que la dépense réelle de ces travaux. D'autre part, coi vos actions sont signées par moi € Etat b, pour valoir ■ rente minimum de 4 0/0, vous l'econnaitrez que j'ai lég mement le droit de contrôler toutes les dépenses d* Compagnie, laquelle devra notamment procéder par ad dications publiques pour tous marchés et fournitures.

a Telle est, sous forme de monologue, la syntbèsf! contrat entre l'Etat dn Congo et la Compagnie du. cher de fer. Nous trouvons que cette combinaison d'une sini] cité patriarcale est en même temps très habile, et nous recommandons aux méditations des nations coloniales

Il est impossible de rendre un hommage plus mérîtéi . celui qui;- venant en ligne droite de Berlin, s'adresse è petit peuple des Belges. Nous voyons dans cet articlt question sous toutes ses formes, it comme conclut « Gazette Coloniale » : le plan, tout en restant d'une t grande simplicité, est cependant merveilleux, pouv;

avoir uue énorme répercussion économique dans le monde entleret méritant d'attirernotre attention. Enwinstrnisant une ligne dont le kilomètre ne revient qu'à 45 ou 48.000 francs, on est arrivé à provoquer un mouvement commercial important à l'intérieur et cette ligne a produit d<^ beauK intérêts, non seulement aux actionnaires, aux boursiers belges, ce qui serait peu intéressant, mais aux colons et k la Compagnie. C'est donc absolument parfait puisque b mise en valeur du pays est le premier des résultats en vue. parfait autant qu'une œuvre matérielle peut l'être.

Ce fin'il ne fnut pas perdre de vue, ce sont les const'quericcs iramédiales et coloniales qui en découlent. La prcriiiiîi-o rie cl'S conséquences est, je le répète, la mise eu valeur du pays traversé par une voie ferrée. La ricbesse àa l'intérieur nfricaîu est grande ; par le lac Albert, on peut relativement pénétrer dans un rayon de 300 à 400 kilomètres; maispouravancerà 1500 ou ?O0O kilomètres, pour traverser et exploiter les magnifiques forêts décrites pir Stanley, le chemin de fer est absolument indispensable. .\v. vous ai expliqué comment les bois devraient toujours être le fretde retourdes bateaux marchands. Eh bien, dans l'inlérieur de l'Afrique, vous pouvez, en quantité, trouver de ci-a bois superbes, mais que vous ne pourrez transportera lacôlo que par voie ferrée. Hier au salon, je voyais des meubh's fait avec un bois rosé superbe, pas tendre ni cassant comme l'acajou, dont le nom noir est assez difficiles retenir, mais dont l'arbre est gigantesque, avec un tronc de plusieurs mètres de diamètre (1). Les forêts africaines en possèdent

(I) L'o>»>ssoii. au Gabon, par exemple, qui a un ^raiii di.r L-omnie l'ivoire, est (l'un rouge admirable et d'un poli merveilleux : puis le M'Bhna ov M'biiingo. espèce de bois de Ter que l'on trouve également dans nos possessions de la ci'Ie occidentale d'Afrique, etc.

Consulter à ce propos mon ouvi'oge intitiil<' . Les /ii</usliies A'.'/ionod-ï,

beaucoup, mais il est cependant rare de le rencontrer dans les industries françaises. Pourquoi ? Toutes Je» fois que j'ai po»é cette question à des industriels du faubourg Saint- Antoine, auprès desquels je me documentais ea, vue d'un livre sur les « Industries grandissantes et naissantes eii France » ils me répondirent : « Comment voulez-vous que nous en fassions venir de ce bois admirable, si nous n'avons aucun moyen de transport à notre disposition dans le centre africain où il croit ».

Eh bien I la réponse des industriels qui, généralement sont des hommes se tenant au courant des principnbs questions économiques qui les intéressent directement, prouve encore une fois de plus l'utilité de construire des chemins de fer de pénétration. Cet exemple que je vous donne à propos d'un ïioi^, peut se répéter à propos de cent autres productions de - l'intérieur, aussi bien pour la culture de touts la flore que pour l'exploitation des mines. Il a semblé à quelques-uns que pour cette dernière partie de la mise en valeur d'une colonie, la voie ferrée n'était pas une condition première. CY'j^t une très grosse erreur ; ce raisonnement est faux, car les moyens d'exploitation minière actuellement employés in'ccsaitent le transport de lourdes pièces de fer destinées à ciitaines machines, et puis aujourd'hui, comme je l'ai déjà indiqué, il faut transforme.- la matière première sur plice, surtout lorsqu'il s'agit de minerais, pour éviter des frais considérables de transports. Et, autre erreur à dissi- ■ per, c'est que le centre africain renferme bien des mines d'or comme le prouvent les échantillons rapportés par certains explorateurs et qui sont venus démentir les doutes émis à ce propos.

Je résume une fois pour toute cette question des chemins de fer coloniaux en disant: On a toujours besoin de chemins de fer ■

1» Pour activer la mise en valeur d'une colonie, quelle quelle soit ;

2* Pour arriver à peupler les conlrées de l'intérieur, qui, en vertu des lois de l'altitude, sont tes parties les plus saines ;

3' l'our transporter le matériel, nécessit-^ par l'exploitation des mines d'or et autres ;

4' Pour tirer un parti avantageux des immenses forêts renfermant des bois précieux ;

5* Pour remplacer les routes qui, générale nient, sous les tropiques coûtent trop cher à tracer et à entretenir et qui n'existent pas encore d'ailleurs.

Ce sont là les théories que de tout temps j'ai exposées, sur lesquelles j'ai insisté particulièrement. Sur ce terrain .économique, je me suis rencontré avec Lcopold, qui a su montré qu'on pouvait très bien être un commerçant habile, un bon spéculateur, même sur le trône. II a sans doute pensé, quand ce Congo a été mis sous sa suzeraineté, qu'il faudrait fonder des villes, creuser des ports ; mais avant tout il a eu la sagesse de faire construire une ligne (le pénétration et c'est cette ligne, il faut le reconnaître, qui a fait du Congo belge ce qu'il est à l'heure présente. Rpndons, avec Berlin , un juste hommage à ce peuple belge et à son roi, pour avoir fait du Congo indépendant une colonie appelée à un bel avenir ; pour avoir su, par leur esprit praiique, leur initiative spontanée et le savoir faire de leurs ingénieurs, préparer une trouée à la civilisation, un débouché à l'industrie et au comraerne européens, une source de bénéfices pour le Congo et i la fois pour la Métropole, a condition, bien entendu, qu'ils restent toujours, justes et loyaux envers les noirs, leurs bons et indispensables collaborateurs.

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