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ITALIE

L'ÉMlGBiTJON DANS LES PBOVJN'CBS MÉRIDIONALES DE l'ItALIE

Rome, le 18 avril 1902. — Le Messaggero consacre «ne étude à la partie du rapport adressé par le professeur Colleti à, la « Società degrî Agricoltori italiani > sur les conditions économiques de l'Italie méridionale, qui concerne l'émigration dans cette partie du royaume.

Ce rapport constate que \a nombre des émigrants qui abandonnent les province du Midi est actuellement très élevé. Depuis la mise en vigueur de la nouvelle loi (septembre 1901) jusqu'au 22 mars dernier inclus, il s'est élevé k 68.726, et on donne comme certain pour la fin de mars et d'avril le chiffre de5U.0O0 autres partants, sans parler de ceux qu'on prévoit pour l'automne lorsque, selon la la coutume, beaucoup des émigrants actuels feront venir auprès d'eux leur famille.

Les émigrants proviennent pour la plus grande partie de la campagne, mais parmi eux se trouventnéanmoins beaucoup d'artisans exerçant des métiers locaux : maçons, serruriers, cb&rrons, etc. Les hommss dans la force de l'âge sont en majorité, mais on compte beaucoup de femmes et d'enfants. Ltis régions, qui, jusqu'à présent, semblent doiuier les plus forts contingents sont les Calabres, la Basilicate et la Campanie, taniia que les Abruzzes, le Molise, les Fouilles et la Sicile en donnent de moins élevés.

Les causes principales d'émigration peuvent, suivant le professeur Coletti, se diviser en causes occasionnelles et en causes permanentes.

Parmi les premières, la plus grave est l'appel que les émigrants adressent à leurs parents et amis restés dans leur patrie, spécialement en considération des grands travaux bien rétribués qu'on exécute dans certaines régions

des Etats-Unis, qui sont le pays de destination de beaucoup d'entre eux. Les facilités accordées pour la délïvran cèdes passeports parle décret du 31 janvier 1901 auraient aussi quelque influence sur le nombre croissant des expatriations, bien que ce décret ait surtout eu pour effet de limiter rémigration clandestine.

Parmi les causes permanentes et générales, M. Colleti signale les salaires modiques, les journées de travail longues et fatigantes, l'usure, la pauvreté des propriétaires eux-mêmes, qui n'ont guère le moyen de faire travailler et déclarent ne pouvoir rémunérer davantage la main-d'œuvre, la succession dft plusieurs mauvaises récoltes des principaux produits, le mauvais état de la viabilité et le coût excessif des transports.

La misère paraît plus grande encore dans les Fouilles qu'ailleurs. Leurs habitants émigrentsurfoutau Brésil, le seul Etat qui accorde le voyage gratuit ; et comme actuellement le gouvernement italien empêche l'émigration vers ce pays, c'est à ce fait qu'il faut attribuer sans doute la diminution des départs dans cette région. Là se trouverait, aussi l'origine du mécontentemi;nt qui y règne parmi les paysans et les perturbations agraires qui s'y produisent de plus en plus.

Cette émigration considérable a des effets désai'treux sur l'état économique de ces provinces. Le premier est ae renchérir le prix de la main-d'œuvre. Etant donnée la rareté des capitaux et le manque de capa.cité technique chez les paysans et chez beaucoup de propriétaires, dont un grand nombre sont d'ailleurs des « absentéistes », on peut craindre que la situation agraire ne devienne encore plus mauvaise qu'elle n'est actuellement.

Le Messagyero termine cette copieuse citation du rapport de M. Coletti, dont je viens de résumer les lignoe princi-

pales, en attirant l'attention du gouvernement sur la crise « vraiment intense et pleine de périls » que traverse l'Italie méridionale. Il exprime l'avis que l'adopiion du projet de loi »ur la réforme agraire présenté par M. Mag^orino Ferraris constitùrait le remède le plus efficace à cette situation, et il demande au Parlement de le sanctionner sans retard.

Camille Bareère, Ambasêftdeur de France.

Je me permets de faire quelques remarques au sujet de ce rapport.

Je vous ferai constater d'abord que la Sicile, qui est un pays extrêmement pauvre, fournit cependant nue très faible proportion dans l'émigration italienne. A quoi cela tient-il ? Non pasà saconfigurution, les Apenuiniétant une région oîi l'on émigré davantage. Ensuite vous voyez qu'on divise les causes do l'émigration en plusieurs parties, parmi lesquelles l'une nous rappelle exactement la manière dont les Basques émigrent, appelés par des parents ou des amis qui, établis en pays étrangers, s'y trouvent bien.

En passant, je dis que, pour mon compte personnel, je ne saurais admettre la tbéorie sociale qui s'opposerait à délivrer des passeports à qui en demande. J'ai toujours pensé qu'en pays civilisés, tout homme devait circuler librement à travers le monde, et j'affirme que rien sur terre n'est plus vexatoire que ce mode de passeport. Au sujet du travail salarié, il y a dans la main-d'œuvre italienne chez elle-même tout un enseignement frappant pour ceux qui connaissent bien l'Ilalie, et dont la France devrait bien aussi faire son profit. A propos des journées longues, il me semble que les français et les italiens devraient imiter les Anglais et les Américains du nord qui, «vec une journée de huit heures, arrivent à faire du bon

travail, surtout quand ils se réservent un jour de repos par semame. L'ouvrier est une machine, dit-on ; oui, mais c'est une machine vivante qu'on doit respt'Cter, d'abord parce qu'elle est une partie de l'humanité, et ensuite parce que l'ouvrier est un capital. Une autre constafation à tirer du rapport de M. Rarrère, c'est que l'Italie a un tarif de transport excessivement élevé. Rien n'est déplorable comme la cherté des chemins de fer en Italie ; en France nous sommes dans une situation plus prospère, mais il est bon cependant de répéter que plus les tarifs de transport baisseront, plus nombreux seront le:î voyageurs et les produits en circulation.

Ce rapport nous donne une idée bien précise de la situation économique de l'Italie, et nous explique la contre partie qui est l'énorme émigration du peuple italien dans l'Amérique du sud etailleurs. Ce n'est pas tout ; vous allez voir que cette question italienne intéresse la France au plus haut point. Depuis quelques années déjà te gouvernement italien se montrait sopcieux de l'émigration clandestine. Avant d'entrer dans une explication nécessaire des rapports français et italiens, je crois devoir dire que nul parti pris ne dictera mes paroles, car j'ai eu le très gran.^i honneur d'être Ué au mouvement italien, d'être l'un des premiers qui ont poussé au rapprochement de l'Italie et de la France et, comme homme, j'ai de grandes sympathies pour les Italiens que je connais bien. Bien souvent j'ai pris la parole en faveur des intérêts italiens et français, et si, comme économiste, je suis parfois obligé de donner mon avis sur les transformations du mouvement italien, je le fais avec bienveillance, je ne voudrais pas, qu'aujourd'hui, onpûtvoir.dansmesparoles autre chose qu'uneconstatation défaits qui se sontproduitsau sujet de l'émigration. Donc, lorsque le gouvernement italien, se préoccupant de l'érai-

gration croissante de ses citoyens, chercha à l'empêcher, il constata qu'une grande partie des départs clandestins se faisait par rembarquement dans les ports français ; mais combien de ces malheureux ouvriers que l'on voyait couchés sur un banc de la gare Saint-Lazare, traversaient la France et s'embarquaient au Havre, sans autorisation de leur gouvernement? C'était alors l'émigration clandestine. Eh bien ! cela a l'air d"un paradoxe, mais au point de vue économique, ce passage d'émigrants italiens à travers nos départements du midi, du centre et de l'ouest était encore un bénéfice pour la France, et le monopole de l'émigration n'était plus exclusivement italien, mais partagé avec la France. Quelque pauvre que soit un homme, il repréiente toujours un capital — les l^itats Unis le savent bien — ; il faut qu'il achète pour se vêtir et il active ainsi le commerce. 11 est encore un client laissant un peu de son argent dans les endroits où il passe. Depuis quelques années l'Italie s'est beaucoup relevée ; ce pays qui est si pauvre dans le sud, tend à sortir de sa misère, et le gouvernement fait des efforts incessants pour échappera la domination française, aupointde vue des transports, et ce mouvement tout superficiel paraissait-il, va s'accentuant tous les jours. Ces jour.'^-ci un entrefilet de journal me montrait comment les Italiens cherchent à nous faire perdre cette clientèle des émigrants dont nous avions gagné les trois quarts, l'autre quart seulement appartenant à l'émigration officielle. Il s'agit, comme vou^ alle^ l'entendre, de la création d'un port franc & Maples. Voici ce que dit lejounial en question :

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