ILE DE HONG-KONG
Nous allons taire un saut, et nous voyons, toujours en Asie, une colonie anglaise aussi intéressante au point de vue de la statistique commerciale à travers le monde.
J'ai nommé l'île de Hong-Kong.
Cédée à la Grande Bretagne en 1841, elle est la plus orientale de ses colonies, puisqu'elle est située au sud de la province de Canton en Chine, et près de l'embouchure de la rivière de ce nom. Elle se trouve aussi à 40 milles anglais de la colonie portugaise de Macao, tandis qu'elle est à 90 milles de Canton.
Vous voyez par là que cette ile de Hong-Kong est dans une situation centrale exceptionnelle, pour le commerce de l'Extrême-Orient.
La population y est d'environ 340.000 habitants, se composant de 326.710 chinois contre 7.870 blancs et
divers, 2.100 marins et 2.730 soldats et des habitants de passage. Je ne sais jusqu'où va l'exactitude de ces chiffres, il est bizarre qu'on n'ait pu étabhr de statistique chaque fois que Ton se Irouve dans cet Extrême-Orient, rempli d'une population mouvante, échappant à tout contrôle. Le nombre des hommes de troupe pour un territoire aussi restreint que cette île vous indique l'importance de stratégie mihtairo que cette partie prend aux yenx de l'Angleterre. Et cela est non seulement au point de vue anglais, mais je dirai que Hong-Kong est aussi important au point de vue européen. La superficie en est de 83 kilomètres carrés ; le climat n'est pas très sain, il s'y produit des fièvres paludéennes résultant des exhalaisons du so\ et de la chaleur et qui éprouvent vivement la population. Les Anglais depuis une vingtaine d'années, ont entrepris de grands travaux d'assainissement ; ils ont phnté en grande quantité des pins et des eucalyptus. Je pense que s'ils avaient augmenté le nombre des eucalyptus, ils seraient arrivés à un résultat supérieur à celui obtenu, bien qu'ils soient parvenus à assainir l'ile en grande partie.
11 se fait à Hong-Kong une importation considérable d'opium consommé par les chinois et produisant de funestes eifets sur cette population. Puis viennent les cotons de l'Inde, les cotonnades indiennes, le sucre, le sel, les farines, l'ambre, l'ivoire, enfin les marbres et articles de Chine.
A Hong-Kong, le commerce est exclusivement transitaire entre toutes les nations. Il n'y a pas échange de produits indigènes, en dehors de ce commerce intérieur de l'opium qui atteint un chiffre d'affaires très important, ce qui n'est peut être pas très honnête de la part de l'Angleterre qui sait fort bien que cet opium abrutit cette race chinoise qui en abuse. Mais les marchands ne voient que'
les bénéfices resueillis. lermant les yeux volontairement sur les effets produits.
Par convention du 9 juin 18vl8, la Chine à cédé à l'Angleterre le littoral faisant face à l'ile de Victoria, sons le nom de San-ou, district de la provincf* de Canton.
C'est sur ce point de la côte, une situation stratégique très imporlante ; il me semble qu'elle n'a pas besoîad'étre mise vivement en lumière pour que vous en saisissiez l'importance. Cette partie renferme UIO.OOO habitants, dissiménés diins 4?3 villages indigènes ayant les qualités de la race chinoise, très travailleurs et économes. Le sol est très fertile, et la superficie du territoire acquis est de 376 milles "carrés.
La Capital de Hong-Kong est Victoria-Town, ville très jolie, bâtie en amphithéâtre sur le penchant nord-est de la montagne qui s'élèvs au centre de l'île. Cette capitale est le l'iremier port de l'Extrême-Orient comme position stratégique et comme mouvement commercial. On y fait plus d'affaires encore qu'à Singapour et cela absolument et seulement en commerce transitaire général. Je vous ai dit comment les droits d'entrée, plus la consommation faîte par les marins et tout l'équipage des vaisseaux donnaità tout port transitaire de gros bénéfices. Je n'insiste donc pas sur la position avantageuse des Anglais à Victoria, mais j'attire votre attention sur la situation faite à tous les Européens en cette partie de l'Extrême-Orient. La Chine n'a pas thoisj exclusivement l'Angleterre pour concéder des points et des ports de son territoire ; elle a procédé de même avec la France, l'Allemagne, avec les grandes nations européennes qui sont donc placées là en face de l'Angleterre et lui font naturellement concurrence.
Les faveurs obtenues du gouvernement chinois leur permet de rester tout à la fois stationnaires et privilégiés
dans le pays, d'occuper ces concessions territoriales. A côté de cette concurrence immédiate pour Hong-Kong qui est un souci pour TADgleterre et pour sa marine, s'en trouve une autre peut-être plus redoutable pour l'avenir.
En â9et, d'abord si la marine marchande anglaise s'est augmentée en 1898 de 5 1/2 0/0, nous avons vu celle de l'Allemagne augmenter brusquement de 23 OjO.ce qui est déjà un danger pour l'Angleterre, mais pas le plus a redouter, puisque, à côté, dans l'Extrème-Oiient, nous voyons tout à coup une nation, le Japon, se révéler, s'étendre, et augmrnter sa marine dans la proportion colossale de 195 0|U. C'est donc la deuxième fois que, dans les possessions anglaises, nous arrivons à, parler de la nation japonaise qui semble toute disposée à concurrencer l'Angleterre à Hong-Kong comme elle fait aux Indes, où, vous vousle rappelez, je vous citais ce faitdesAnglaisétablis dans cette colonie, entrant en concurrence avec Manchester et la Métropole et qui, à la même heure avait déjà à se préoccuper sérieusement de la concurrence du Japon.
II est certain que celui-ci, avec la main-d'œuvre active ■et peu rétribuée, avec ses salaires dedix àdouze sous parjoiir pour chaque travailleur, aura le dessus sur les industries qui en Europe, et même aux Indes, nécessitent une maind'œuvre assez chi're. De plus le japonais a une très grande facilité pour s'assimiler toutes les industries européennes, tous les arts dont nous sommes si fiers. Je ne parle pas de la civilisation qui est aussi, sinon plus avancée que la nôtre chez ce peuple intelligent, artiste, endurant, économe.
Il est certain que le jour où le Japon sera couvert de chemins de fer, oii les moyens de locomotion intérieure ■ seront doublés, il pourra rivaliser avec plein succès contre foute nation européenne. Il aura toujours pour lui l'avan-
tage de la main-d'œuvre et de son charbon, et peut-être -d'après ces progrès incessants, celui de sa marine marchande.
Voilà exactement la situation actuelle de l'Angleterre à Hong-Kong. Il y a vingt ans elle était *.rès florissante, mais alors l'Allemagne commençait à n'avoir qu'un pied en Chine et sa marine marchande, ainsi que celle du Japon, n'avait pas considérablement augmentée comme elles l'ont fait depuis.
Je suis de ceux ^ui croient à la prospérité future de ce peuple japonais que l'on a appelé les Français de l'Extrême- Orient. Cet épithète, à mon point de vue personnel était un éloge pour les deux peuples k la fois, car si les Japonais ressemblent aux Français pour l'esprit, la culture des arts, les Français devraient ressembler aux Japonais qui vont pouvoir rivaliser avec l'Angleterre, sous le point de vue de la ténacité, de l'esprit pratique, tant et si bien, que cela commence à inquiéter les Anglais. Ils avaient à Hong-Kong un port très important, quejeviengde vous décrire sommairement, encore très florissant à l'heure actuelle, mais dont l'aspect, dans quinze ou vingt ans sera peut-être un peu assombri, si ce peuple oriental est arrivé à battre la colonisation anglaise, du moins partiellement en Extrême- Orient. (1)
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