‹ La colonisation pratique et comparée: Colonies françaises, colonisationChapitre 6 sur 24 · CINQUIEME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIEME LEÇON

i:i janvier 1902

Colonies DE i.A Grande Bretaoneen AfitiouE. — ^Afrique Occidentale ; Sierra Léune, Cote d'Or (GoldCoast), Gambie anglaise, Lagos, cote du Niger, île de l'Ascension, ILE DE Sainte-Hélène.

Mesdames, Messieurs,

Après avoir examiné les colonies anglaises en Asie, aujourd'hui, nous allons aborder les colonies anglaises en Afrique ; nous allons être obligé d'en faire un examen beaucoup trop rapide, car il mériterait de nous arrêter longuement et pourtant le temps ne me sera pas donné de le faire.

Commençons par les colonies anglaises situées sur la côte occidentale, et nous verrons les noms de Sîerra- Léone, Côte d'Or (Gold Coast), Gambie anglaise, Lagos, côte du Niger, l'île de l'Ascension et l'ile Sainte-Hélène. De ces deux dernières nous ne parlerons que pour mémoire, car leur importance est relativement médiocre.

Les colonies occidentales paraissent être de second ordre au premier coup d'œil ; cependant je crois qu'en les examinant d'un peu plus près, nous n'allons pas tarder à nous rendre compte que chacune, avec une physionomie spéciale, répond parfaitement à un besoin particulier au point de vue du commerce anglais, et que pour la Métropole chaque possession a parconséquent une très grande importance.

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Je ne sais pas si l'année dernière j'ai eu l'occasion de TOUS exposer la théorie de la colonisation anglaise en Afrique. D'un mot je vais vous l'indiquer. C'est d'autant plus intéressant à connaître, à cause des grands efibrts accomplis par l'Angleterre à l'heure présente et auxquels tout le monde prête attention, et aussi parce que le continent africain, par suite de son rapprochement immédiat de l'Europe, est appelé à devenir le continent de lavenir colonial, pour ainsi dire.

On a cru longtemps qu'il était ^ peine peuplé ; c'est une erreur qui tend à disparaître nu fur et à mesure qu'on pénètre plus avant dans le cœur de l'Afrique, etla population est évaluée à 200 millions de noirs environ. La race noire est digne du plus haut intérêt, malgré tous les préjugés conçus par la race européenne A son sujet ; il faut hien reconnaître qu'elle a un grand avantage sur les races jaunes asiatiques ou américaines, qui tendent à disparaître au contact des blancs. Les noirs, si nous savons le comprendre, seront nos grands auxiliaires de demain.

Les Anglais s'en sont rendu comj.te, je ne dirai pas depuis de longues années, car depuis cinquante ans seulement, ils semblent avoir compris l'importance de coloniser l'Afrique, et selon la parole du colonel Binger, ils se sont dit qu'il était prudent de prendre le plus de territoires possible. C'est ce qui est arrivé avec le traité de Berlin qui marque bien le partage déHnitif de l'Afrique entre les nations européennes et, depuis, sans se lasser, l'Angleterre prend possession de points importants en Afrique ; elle envoie de nombreux explorateurs qui, en son nom, cherchent à s'emparer des terres disponibles. U est un très vaste et très audacieux projet conçu par cette nation qui, tous les jours, fait un pas vers sa réalisation ; l'Angleterre veut arriver à réunir le Cap au Caire, et chacune des

exiiloralioiis de ses citoyens la rapproche du but qui est encore celui-ci : « Posséder en A/rique la. Croix et l'Abeille x, c'est-à-dire joindre l'Océan Atlantique avec lOcOaii Indien et à la fois lu Cap et le Caire. Ce serait posséder la suprême puissance coloniale sur le continent africain, chaque patte de lAheille reposant sur tous les points opposés et lesiéunissaiit.

Cette grande formule du gouvcrniMnent anglais peut reiitniincr iK-aucoup trop loin, mais cependant nous ne pf.uvoiis que constater une chose, c'est que son plati, si Viislo ïcmb!e-t-il, est eu bonne voiftrexOcution, etque son accuniplissemeut total se poui'snit avec une grande tenacitt. Je n'insiste pas sur cette théorie de la colonisation anglaise en Afrique, j'aurai d'ailleurs l'occasion d'}' revenir à propos de ses possessions sur l'Océan Indien, partie la plus brillante de la colonisation d'aujourd'hui.

Coniuieuçons par Sierra Leone qui, sur la côte occidentale de l'Afrique, c'est-à-dire baignée par l'Atlaritique. mesure 75.UU0 kilomètres carrés et a une population composée de 500.000 habitants. Le territoire anglais proprement dit comprend 75.000 habitants répandus sur une surface de de S.GOO kilomètres carrés. Les pays protégés dans l'intérieur sont très étendus et très peuplés ; ils forment ce qu'on appelle 1 hinterlaiid, c'est-à-dire le droit d'occupalion accordé aux Européens en Afrique. J'ai déjà expliqué cette théorie à propos des colonies française en Afrique. J'y reviens en passant et je précise : Toute puissance européenne qui, sur ce continent noir, possède une colonie, a le droit d'occuper un certain territoire jusqu'à son point de jonction avec une possession européenne autre, au centre du Continent.

C'est un point qui, vous le pensez, soulève à chaque instant des difliciiltés avec les Métropoles voisines.

mais nous ne nous occuperons pas de ce côté de la question, attendu que je suis ici, non pas pour faire de la politique pure, mais seulement de la politique coloniale ; c'est pourtant parcs qu'on avait dépassé notre liinterland que nous en sommes arrivés juix complications de la mission Marrliand. Nous avons le droit d'occuper jusqu'au centre idéal de l'Afrique ; toutes les conditions ont cependant été iijen prériste dans le Irailé, et ces clauses je hs trouve justes, puisqu'elles tendent à éviter toutes les contestations à venir, à condition que l'occupation d'un territoire soit eiTectivi*, sous n'importe quelle forme, commerçante, militaire ou comme simple embryon d'exploitation et de mise en valeur, construciîon de chemins de fer ou autres. Ce sont là des clauses du Traité de Berlin qu'il ne faut pas oublier, car elles sont le nœiul même de la politique européenne en Afrique.

Sierra-Léone est une colonie qui fut d'abord fondée comme comptoii' [louvant servir à la traite des esclaves. A partir de I7^?, des sociétés se formèrent pour aidrrà la la libération dos noirs, et en faire des colons d'un nouveau genre, dans la colonie même. En 1787, des missit.nn.iires anglais et américains, achetèrent la iiéiiinsulr do Sierra- Léone pour 3U £ et le premier établissement y lui cuiveit l'année suivante. En 1807, la traite des noirs fut aludie ilans toutes les colonies anglaises, du moins ofïiciellement, à la suite de l'expédition restée célèbre du naviie anuhiis, Je dis officiellement, car nous savons comment ce commerce humain a continué à s'effectuer d'une manière cachée et hypocrite. Ce trafic du o bois d'ébène », comme on l'appelait, éliùt bien trop rémunérateur puuj- i[u un y renonçât tout à fait d'un seul coup.

L'établissement fut cédé au Gouvornemeni .-inglais qui en fit une cidonie de la Couronne avec la Gambie, entre

les établissements français de Guinée et la République de Libéria. Le protectorat sur Thinterland ne fut proclamé qu'en 1896, ce qui prouve que par rapport à toutes ces colonies, le développement logique de la pensée anglaise n'est arrivé en quelque sorte à son exécution qu'en ces dernière» années. C'est donc en suivant sa politique pendant plu? d'un siècle, sans déviation, qu'elle est arrivée k l'autonomie ou plutôt à l'unité de direction dans toutes ses possessions.

La capitale de Sierra Leone est Freetown, qui compte 35.000 habitants. C'est le port principal de la côte occidentale d'Afrique, et il est fortement fortifié, défendu par une forteresse. C'est en même temps un dépôtde charbon pour la marine marchande anglaise qui y relâche.

Les exportations se composent surtout d'huites de palme, d'arachides, de caoutchouc qui de jour en jour voit son commerce prendre une grande extension, de la gomme copal,du kola. Au fur et à mesure que nous allons examiner les colonies anglaises voisines de Sierra Léonc^ nous retrouverons les mêmes denrées d'exportation, je n'ai pas besoin d'insister sur leur valeur, tous ces produits ayant une importance énormede nos jours, surtout le caoutchouc qui entre pour une grande proportion dans nos industries modernes. A Sierra Leone, les exportations se chiffrent par 450.000 t environ et les importations sont de 500.000 £ ■ environ.

A ce sujet, j'ai deux choses à vous faire observer. La première c'est que tout d'abord vous constate/ une différence de 50.000 1 entre les importations et les exportations, et cela contrairement à l'habitude anglaise, au délicit de la colonie. Eh bien de cette première constatation découle ma deuxième observation, qui est celle-ci : C'est que le déficit peut souvent être plus apparent que réel, si la

Métropole seule le fait supporter à la colonie. Ainsi, ici, à Sierra-Léone, les produits importés se chiflrent par 500.000 % ; or, comme les 4/5 de ces produits arrivent directement de l'Angleterre, celle-ci bénéficie donc de cw commerce. Au contraire la colonie n'envoie à la Métropole qu'un peu plus de 45 0/0 de ces produits, il y a donc en somme double profit pour elle. L'Angleterre forme, passez-moi le mot qui exprime bien ma pensée, une sorte de confédération marchande à travers le monde, ce qui fait que toute matière, vendue à la colonie, vins, liqueurs, fers, etc., est une source de bénéfice pour la Métropole et empêche la concurrence étrangère qui ne peut pénétrer dans une possession anglaise alors, qu'au contraire, 55 0/0 des produits de la colonie se répandent à l'extérieur. Double profit pour la Confédération anglaise, c'est là un exemple que nous oublions trop facilement.

L'Angleterre n'a rien négligé pour la mise en valeur de Sierra-Léone. Fidèle à sa ligne de conduite pratique, elle a activé la construction du chemin de fer entre Freetown et Songotown qui, commencé en 1896, a fortement contribué au développement de la colonie. Là, comme dans tout le littoral africain, ce sont des lignes dé pénétration construites à voies étroites et relativement à bon marché, comme le Congo belge nous en offre un exemple. Les anglais, pratiquement, font à l'heure présente des chemins de fer de pénétration avec le minimum de dépense possible.

La Côte d'Or (Gold Coast), est un territoire compris entre les établissements français de la Côte d'Ivoire et la colonie allemande du Togoland.

C'est la réunion d'anciens forts et comptoirs fondés sur la côte par les Anglais, les Hollandais et les Danois, dans le but, autrefois, de faire le commerce des esclaves, et par

d'anciens royaumes indigènes dans l'hinterland, tel, par exemple, que le royaume des Acliantis à propos duquel, si vous avez bonne mémoire, on se rappelle la guerre extrêmement longue et difficile que les anglais ont eu i soutenir et qui ne s'est terminée qu'en 1895, ou plutôt 1896.

La superficie de ia Côte d'Or est de 48.650 kilomètres carrés, et sa population se chïtîrc par 700.000 habitants. Dès 1672, la Royal African Company était établie solidement dans le pays.

En 1750, l'Airican Company of Merchants était constitué par un acte du Parlement anglais, avec une charte libérale, et mieux encore, avec une subvention annuelle de 15000 g-

Tout à l'heure je reviendrai sur cette compagnie à charte, secourue directement par unesubventiongouvernementale ; j'en ai parlé d'ailleurs assez longuement dans notre dernière leçon et je vous ai dit qu'elle était la dernière forme perfectionnée de la colonisation moderne pour certains territoires conquis depuis peu de temps. Sous une forme quelconque cette méthodeatoujoursétaifcsuivie par l'Angleterre dans ses possessions, car elle a trouvé en elle le seul moyen de les mettre en valeur sans courir aucun risque, sans endosser aucune responsabilité. Tantôt ce fut des Sociétés libres qui préparaient la voie, comme la Compagnie des Indes françaises ou anglaises qui est la plus célèbre et la plus historique, tantôt cette Briticsh North Bornéo qui fit le fonds de notre dernier cours. D'ailleurs, avec plus ou moins de succès, nous voyons, après le partage du continent africain par les nations européennes, plusieurs de celles-ci suivre cette exemple. La France a plus de quarante Sociétés dans son Congo, et c'est encore par ce régime qu'est exploité le Congo belge. La Compagnie à charte semble être le mode qréféré de la colonisation moderne et il réussit toujours puand on voit des hommes énergiques, bons colonisateurs.

avoir le litre et le pouvoir clFrclir <lc Ditectcui' (.'i st uni; constatation qui mnrquc uriu nouvelle évolution, (|iii a pour Imt la :Iomiiiation dell-Uat par la .Sociclû inlermédiairc, nouvelle tonne pratique et l'ort ingénieuse du collectivisme appliqué.

En I8'2i tous les établisscmt'nts de la Côte d'Or furent repris par la couronne et placés sous l'administration de la colonie de t^ierra-Léone. Les comptoirs danois furent racliclés en lf-\'»0 pour 10. Ont") \^ ; quant à tous les forts alors aux mains des Hollandais, ils ne furent remis aux Anglais ([«e de 18b8 à 1870. Enlin, en tSVî, laGold Coast et Lagos foimèrent une colonie de la Couronne, et en 1886 elle prirent bv forme actuelle, c'est-à-dire scsépaièrchl en deux colonies distinctes. Accra, Caiif-Coast, Cnsih tt Coumassi vont s'accroissant tous les jours et deviennent peu à peu florissantes. Petit à petit se lève une popul.iiion commerçanle et industrielle, et ce sont déjà des centres d'nne grande importance.

L'exportation comprend surtout du calé, cacao, pondre d'or, bois, peaux de :iingos ; la plus grande ij;iilie ot basée sur l'Iuiile de palme, le caoulchouc. Ujie icniarque à faire c'est que les peaux de singes qui étaient la source d'un assez fort commerce, tendent ^ disparaître. Ltepuis qu'on détruit ces animaux dans ces régions, ou a v;* cette exportation descendre de 40.000 £ â moins de 10.000 g. Quant à la poudre d'or elle est représentée par un chiiïie de 85 à 100.000 i environ. Les exploralions récentes ont activé le commerce du caoutchouc qui est une richesse de l'avenir colonial ; de nouvelles liaties se découvrent sans cesse dans les immenses forêts dont des parties restent encore inconnues, et les colonies françaises, allemandes, anglaises ou portugaises situées dan» ces régions, lorsqu'elles seront mises en valeur d'nne manière active,

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sont destinées à produire une exportation colossale de caoutchouc qui est rélément principal, p-esquc la base de nombreuses industries modernes. Les importations, comme dans toutes ces contrées, comprennent surtout des spiritueux, vins, riz, farines, tabacs, cotonnades, quincaillerie, etc., et s'élève à un million de £ environ.

a Les routes qui marchent > ainsi que disent les noirs en désignant les fleuves, sont encore les principales voies de locomotion. Les chemins de fer apporteront une activile énorme et en même temps des bénéfices commerciaux considt'rables dans ces contrées. Je ne veux pas tomber dans des redites et il me semble inutile de vous faire remarquer quelle différence existe dans les prix de transports par hommes Ou par voie ferrée; imc tonne de marchandises pourra dans le deuxième cas être transportée moyennant quelques sous, alors que dans le premiir elle reviendrait à plusieurs eentainîs de francs. Tout c4iangera avec la construction de chemins dr; f r dansées régions, c'est la question sine (jua non de la mi?c oti valeur de l'Afiiquc coloniale. 11 y a dans l'intérieur dis parties du Soudan qui, lorsque les chemins de fer de pénétration e.xisteronl, réservent aux colons des richesses semblables à celles extraites de l'Australie ou de la Californie. Il est vrai de dire que ces derniers temps ont vu s'élever deux lignes de chemins de fer, dontune traverse les districts miniers et -aurifères et de riches foti'is; ces lignes sont à peu près terminées et les résultats seront des plus inlcressaiits.

Maintenant, quittant la Cote d'or, non» arrivons à la troisième palle de l'alieillo anglaise, à cell", je puis dire, qui est la plus curieuse à tous les poinis de vue, colonie peut-être uriiquo en son genre dans l'univers. Je nomme la (jambie anglaise ou Gambia, qui ne lonnc qu'une longue bande de territoire sur les deux rives d..- la Rivière

Gambie, mais qui a cet extrême avantage de monopoliser aiosi à mm profit une des voieâ de commiinicalion les plus importaotes de la côte ouest d'Afrit^ue et qui est en même temps une voie de pénétration dans l'intérieur.

Ceci me direz-vous est déjà du plus hau!; intérêt pour l'Angleterre. Oui, sans doute, mais ce n'est pas tout, cette bande de territoire doit arrêter notre attention, surtout parce qu'elle est enserrée entre les possessions françaises du Sénégal et du Soudan, .le ne sais si je vais bien vous rendre ma pensée en vous disant qu'il y a dans cette situation de. la rivière Gambie un intérêt peut-être réci-* proque pour la Fnince et pour l'Angleterre à ce qu'il en soit ainsi. Dans cette salle, nous ne sommes pas, malheureusement, munis de cartes; mais je vous prie, en retitrant chez voua, de bien examiner cette curieuse position de la Gambie, et vous recounaîtrez que c'est une colonie absolument spéciale, qui \a\ase cette question sans réponse : « H y a-t-il avantage pour l'Angleterre ou pour la France à ce que cette rivière soit encaissée dans cette possession anglaise resserrée entre les possessions françaises ? Les Anglais sont-ils seulement nos commissionnaires-exportateurs en marchandises ou nos exploitateurs ? Cruelle énigme ! La Gambie aune superficie de 179 kilomètres carrés avec une population de 14. IfiOhabitantset cette superfi oie enlongLieur est semblable, je ne peux pas prendre de point de .comparaison plus sensible, à ce que serait une bande de territoire sur laquelle serait installée une ligne de navigation ou de communication reliant .directement Paris \ Marseille.

Celte bande de territoire appartenant à l'Angleterre, située en pleine France, serait-elle un désavantage pour celle-ci? Il y aurait certainement un écoulement de produits anglais aux dépensde nos produits nationaux, et le

tort fait ainsi ne serait pas com[iensr; p.ir le fait (k'S^ échang:es qui forcément s'eUectiirait-Mt ctitie I';s deux nations voisines.

Voilà la vraie situatioii de la Uainliie art-^laiso par rapport à nos colonies (pii l'environnent, fl n'y a pas à récriminer contre un élat de elinses qui est lo fait d'un vieux partage rennoiitant à |)Iiis de deux siècles. Nous n'avons qu'à le constater.

Sainte- ^^a^ie du [latluirst compte environ 5,000 lialdtants; escale importante pour tous les naviies anglais, français ou allemand-; qui généralemeiil y si'jouriieiil uiipt.u de temps. C'eî-t une colonie de la coni'onne depuis iSS8 seulement. Vous allez voir immédiatement ! iulluenco de cette voie de pénéiration, en vous trouvant en lace d'une pins- value importante sur le budget deeliaque aritiéc et en constatant qu'il n'y a pas de dette coloniale. Supposez qiio cette colonie soit un otat, et vous comprendrez ce qu'a d'important cette conclusion : a pas de dette d'Etat, augmentaliori régulière chaque année sur le budget », c'est-àdire pi'ospérité et commerce, le tout du à cette voie de pénétration naturt-dle qui active la circulation des produits, fj'exportatiou porte encore sur le caoutchouc, les arachides, riz, maïs, coton, indigo, et bois précieux; elle atteint près de deux cent mille £. qui, d'une façon relative, c'est-à-dire pour le quart tournent en béuéfices pour la colonie, puisque les produits importés se chiffrent par 150 000 t seulement. Ils comprennent : les spiritueux, sucres, cotonnades; tous sontengénérald'orîgine anglaise, tandis que la grande majorité des aracliides sont exportées en l'Yance.

Une remarque à faire, c'est que nos sucres français, à cause de nos primes, sont vendus, avec bénéfice, par l'Angleterre à. ses colonies. Je suis liien obligé, au point

de vue économique, d'entrer dans certaîiie-i e.'iiilicnlums. Eh bien, à l'Iieiire où les anglais nous acIiètL'iit tiolro sucre n.itional au prix de 30 centimes le kilog., nous-mûino, en France, nous le payons jusqu'à 1 IV. 10.

Dans les possessions anglaises il est revendu par l'Angleterre avec un bénéfice énorme pour notre voîisine dontre-Manche. C'est là nn phénomène financier qui n'est pas à l'honneur de nos raffineries nationales. (I)

J'arrive à une autre colonie non moins iiitén ssante, dont les commencements cependant ont été peu de chose : je veux parler de Lagos, située entre les établissements français du golfe de Guinée et de Bénin, le Dahomey à l'Ouest et les territoires de la Royal Niger Company ; ancienne colonie d'esclaves qui, longtemps, a spéculé sur la traite des noirs comine tous les établissements de la Côte occidentale d'Afrique, cette traite y continua plus ou moins ostenaiblemeutjusqu'en 1850.

Ce n'est que depuis 18S6 que Lagos est devenue colonie de la couronne. Comme toujours, très pratiques, les Anglais ont en 1895-96 commencé par faire un chemin (\e fer de pénétration vers la capïlalc des l£gbas, Abéokouta sur la rivière et au Nord de Lagos. C'est un centre commerçant qui renferme près de 100.000 habitants.

Il y a là un fait historique que je dois vous raconter, sans toutefois en déplorer la conclusion, puisque cela n'avancerait à rien, mais qui peut-être fera éviter les mêmes fautes dans l'avenir. lin vous parlant de la Gambie anglaise, je vous ai montré la rivière comme un instrument commercial qui s'avancerait dans l'intérieur des colonies françaises de plusieurs centaines de kilomètres; je TOUS ai aussi démontré qu'on peut iaïre un chitTre d'expor-

tatioii très important avec les produits coloniaux, maintenant je vous dit qu'en" pénétrant plus avant dans l'hinterland, on se trouve en face de produits riches, de forêts immenses aux bois précieux, en face de la poudre d'or, produits qui peuvent, grâce aux chemins de fer, contribuer à la fortune de la colonie et de sa métropole.

Mais avant de pénétrer dans l'intérieur, il faut qu'une nation, prudemment, se réserve une partie de la côte. Or, il est arrivé ceci, c'est qu'après le tt aité de Berlin spécifiant l'hinterland de chaque nation européenne, nous n'avions plus, au fond de ce golfe da Bénin, sur la portion ouest et la plus profonde, nous n'avions plus, dis-je, aucun point d'attache, c'est-à-dire aucun débouché pour une voie de pénétration dans l'intérieur de l'Afrique. Nous pospédions bien le grand et le petit Popo, le royaume de Porto-Novo. Je ne sais pour quelle raison — car je n'ai pu obtenir d'éclaircissement à ce sujet — on a cédé une partie de ces points, à l'Allemagne, si bien que nous étions à ta veille de n'avoir aucune porte pour pénétrer dans l'intérieur. La situation devenait grave.

C'est alors qu'un explorateur brave et courageux, un de mes vieux camarades d'enfance, Edouard Viard, eut l'idée de signer un traité de protectorat avec le peuple très intéressant de Lagos, qui s'appelle tes Egbas ou Eybas. C'était conquérir un pays sans guerre, sans massacre, sans dépense excessive ; c'était fonder une colonie prospère, ayant une capitale Abéokouta, ville très commerçante et peuplée.

Nous n'avons pas su tirer profit de cette conquête pacifique ; sur les réclamations de l'Angleterre, nous l'avons complètement abandonnée et c'est alors que nous avons résolu la conquête du Dahomey afin d'avoir cette voie de pénétration qui nous faisait défaut. Avec le

Dahomey, nous avons acquis vingt lieues de côte ; il était temps que nous possédions cette partie suffisante pour que nous puissions arriver sans encombre au Soudan, au lac Tchad. Mais cette conquête nous a coûté fort cher, nous afait perdre des milliers d'hommes, alors que le protectorat des Egbas ne nous demandait aucun sacrifice.

Les exportations de Lagos sont représentées par les mêmes produits que ceux de la Gold Coast ; l'huile de palme tient la tète, Le commerce général est assez important depuis surtout que les Anglais possèdent derrière Lagos, Abéokoutà qui est la plus grande capitale noire de l'Afriqueà l'heure présente ; nousnous trouvons en face d'un commerce général aussi productif qu'à Sierra Leone. lise chiffrait par 880.941 £ en 1887 ; il augmentait jusqu'à 1.856.959 Ê eu 1896, pour atteindre le chiffre de 2.500.000 i| aujourd'hui.

En 1896, voici comment était formé ce chiffre d'exportation à Lagos :

Graine de palme 343.206 t

Huijedepalme 159.150 £

Caoutchouc 347.721 t

Ce dernier produit, le caoutchouc, est exploité depuis très peu de temps, il est appelé à donner de plus beaux résultats.

Porto-Novo, sur la frontière Jes Etablissements français et le warf de Kotonou, sont sur la frontière de Lagos. Là, nous avons des rois que nous pensionnons, moyennant une rente de 2 à 400 francs par an, l.OOti tout au plus, et avec lesquelsnous sommes en très bons termes et qui ne dédaignent pas déboire quelques bouteilles de Champagne en compagnie de n'importe quel commerçant duquel les ministres de Sa Majesté recevront bien quelque menue pièce blanche. Je n'ai pas le temps de m'arrêter longue-

mont au port de Kotonou, port qui n'est qu'un waff, possédant du commerce en transi!, mais qui jamais ne compensera la perte du pays des l-.glias, même s'il s'établit au plus vite un chemin de fer de pénétration. (I) Ce warf de Kùtonou, au fond du golfe de Bénin, nous remet en mémoire cette dénivellation des eaux de l'Océan, dont je vous ai entretenue l'année dernière. Vous savez que les vagues forment comme la répercussion des trois marches escarpées sous-marines, difficiles à franchir, et infestées de re [uins, ce qui eri rend le passade dangereux. C'est là un gros inconvénient pour le commerce que le warf (i-K'itonou tend à faire disparaître.

,\ I Oahomey, on peut dire qu'à riieuceprésenfe on jouit d'une tranquillité presque complète, ce qui non* permet de pénétrer sans tncombre dans l'hinterland, au cœur de l'Afrique, les légendes guerrières et les amazones ayant disparu peu à peu du Dahomey. Il y a pour nous un très grand intérêt à ce que notre conquête rivalise et se rende égale ou supérieure à Lagos dont nous avons laissé écliappcr l'hinterland qui nous appartenait.

Après Lagos, nous nous trouvons en lace d'un mode de colonisation qui, là du moins, va disparaître. Je cite Tcnscmble du protectorat du Niger, qui comprend la côte du Niger, à l'Est jusqu'à la colonie allemande de Cameroun et à l'Ouest jusqu'aux territoires de la Royal Niger Company. Croupe de Compagnies à chartes qui n'a plus de raison d'être, qui liquide, pour ainsi dire, et qui, d'un jour à l'autre, peut être remplace par la domination directe de la couronne.

Telles sont les contrées connues sous les noms de Niger Coast protectorate, ou autrefois, avant 1885, Oil River

(I) Coiiiiill.'r mou iin-ii.i '■: loliiim' ili' roiir.i. r(iiis:i']v iiiiv colohii^ françaises.

protector.ite, et enfin de Royal Nig'T Company, nom le plus connu. Cette ilcrnicre Société possède un territoire évalué à plus de 500,000 mille carrés avec une population de 20 à 35 millions (riiabilants. Ces chillres de 20 à 35 millions, onicicllcmcnt admis huivjiiitlos évaluations de chiicnn, montrent bien que réellement on peut croire à la dcns^ito (le la population africaine t'i longtemps discutée.

Il y a beaucitup de villes imporiiuitcs sur ce torriloire de la Coin|Kigi!ie du Niger, le commerce y e.'^t assez actif, ainsi que lii prouvent Us comptes delà Société. En J897, toutes réserves [tour amoitissenients, toutes dépenses et ^'ains d'employés déduits, les liénéfices se sont élevés à 22.770 £ et à :i0.439 ï en tenant compte du report de l'année précédente.

Ce résultat est beau. Il promet un assez bel avenir colonial pour l'Angleterre dans ces contrées qui peu a peu lui reviendront sous la domination directe, car le gouvernement semble avoir résolu de faire disparaître cette compagnie maîtresse d'un si vaste territoire, en lui envoyant un gouverneur officiel et relevant du Parlement.

C'est pour mémoire que je vais vous parler de deux ilea qui dans cette partie occidentale de l'Alriquc appartiennent à l'Angleterre : l'île de Sainte-Hélène et l'ilo de l'Ascension.

L'île de l'Ascension se trouve ■ éloii^nêe de la côte d'Afrique d'environ 500 lieues ; c'est vou:* dire que toute relation est presque exclue. La superficie ne surpasse pas MS kilomètres carrés ; quant à la population c'est à peine si ou peut l'évaluer à 500 habitants. Encore sur ceu.\-ci faut-il compter les hommes de Iroupi', les marins, les fonctionnaires et leurs familles. Celte lie ne peut être considérée que comme un lieu de ravitaillement et un dépôt de charbon. -

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