‹ La colonisation pratique et comparée: Colonies françaises, colonisationChapitre 7 sur 24 · II · texte numérisé non relu

II

Pas ou pres([ui; yn* d'exportation, quant aux importations elles comprennent les denrées alimentaires, les vins et les spiritueux, ainsi que les objets mauulacturés destinés à la consommation personnelle des fonctionnaires réitidant dans Tile.

Ij'ile de Sainte-Ilélèno à 1.835 kilomètres de la côte africaine ne mesure que 117 kilomètres carrés, soit à peu près 15 kilomètres de long sur 12 kilomètres de large. Si cette lie n'avait pas servi à renfermer un prisonnier trop célèbre, elle serait à peu près ignorée, de même que l'île de l'Ascension.

Les productions y sont rares, le commerce presque nul, surtout depuis le percement du canal de Suez qui fournit aux navires un chemin plus direct, et les empêche de passer par cette partie occidentale de l'Afrique où ils faisaient souvent escale à l'Ile de Sainte-Hélène.

Sainte-Hélène a été l'occasion d'importants travaux de défense ; nulle exportation, elle ne peut être nommée que comme dépôt de charbon. Les importations, toujours basées sur la consommation des fonctionnaires, se chiffraient en 1896 par 30.950 £ alors que les exportations atteignaient îfvec grand peine à 4.739 t-

En résumé nous pouvons dire qu'en Afrique occidentale» l'Angleterre, avec, souvent, de très petites colonies, trouve encore moyen de laire de très gros chiffres commerciaux et à écouler tous ses produits sans avoir recours à la concurrence étrangère. Elle laisse créer par ses explorateurs, de petits établissements dont elle sait se rendre maîtresse par la suite.

Vous vous souvenez comment le commandant Mattéi s'est vu disputer le Niger où il s'était établi et où il avait fondédenombreuxcomptoirs.Or.luiaintimérordred'abandonner ce territoire qui aurait pu aussi bien nous appar-

tenir qu'à tout autre pour le livrer à une compagnie anglaise en 1884, malgré notre occupation efl'ective et prospère, malgré tous nos droits acquis et incontestables. On ne nous a laissé que la boucle du haut Niger. Vous savez, que ce Niger, voie naturelle, est accaparé par les anglais qui y jouent absolument le même rôle qu'à Gibraltar, ce qui est dangereux et malheureux pour la libre circulation des nations européennes dans ces régions. Il semble que partout les anglai;^, de par la loi universelle, doivent être laissés les maitreb.

Vous voyez comment l'Angleterre avec son esprit prudent, pratique et tenace, est arrivée non seulen ent à mettre en valeur la Gambie, Lagos et toutes eus petites colonies, mais encore à établir une sorte de collectivité commerciale entre ses colonies et sa métropole, Cl- qui fait que rien n'est perdu dans les exportations ou les importations, qui toujours deviennent la source de beaux bénélicts pour la nation anglaise.

Ce sont là des exemples curieux de ce que toute nation européenne, la France en ]»articulier, peut arriver à l'aire dans cette Afrique qui est comme le tiiéàtve destiné à la colonisation moderne et surtout à celle de l'avenir.

Nous pouvons tirer de ce qui précède deux conclusions : C'est que si l'Angleterre est la première nation colonisatrice du monde, du moins, il n'est pas impossible, si on le veut bien, que la seconde soit la France.

SIXIKME LEÇON

20 janvier 19US Afrique méridionale : Colonie du Cap, colonie du Natal;

AFRICfUE ORIENTALE (EaST AfRICA PROTECTORATE), Za.N-

zïBAii ; Afrique centrale (Bristish central africa).

Mesdames, Messieurs,

Aujourd'hui, nous allons spécialement nous occuper des possessions anglaises en Afrique australe ou centrale, et aussi des mi'mes possessions orientales. Elles sont très nombreuses et très intéressantes à tous les points de vue; mais d'un autre côté le programme général de ce cours m'interdit do les examiner en détail, car alors il faudrait consacrer plusieurs leçons à chacune d'elle; c'est pourquoi je me vois dans l'obligation de me borner à une brève énumération, dans la nécessité surtout de me renfermer dans des considérations d'un ordre économique général qui me paraissent peut-être plus intéressantes qu'une nomenclature absolument détaillée de chacunede ces colonies, au point de vue géographique. Il est à remarquer que nous retrouvons toujours les mêmes produits à l'importation comme à l'exportation.

C'est donc presque uniquement au point de vue économique q-ic nous allons examiner la situation des Anglais en Afrique méridionale et orientale.

En vous parlant, il y ahuit jours, de la Croix et de l'Abeille dont les pattes couvrent le continent Africain, je crois vous avoir dit qu'en formant ce projet grandiose les

Anglais n'ont rien exagéré ; en Afrique, ils possèdent à l'heure présente un immense etppire colonial, le plus considérable des temps modernes, car au nombre de;' empires coloniaux nous ne pouvons faire entrer en ligue de compte le Canada et l'Australie qui mainteuant vivent par euxmêmes, indépendants, et ont leur autoiionne absolue.

Cène sont pas des colonies en formation que jp v.nis vous présenter aujourd'hui; mais de vieilles colonies, exploitées, défrichées pendant le siècle dernier, puisque le Cap, d'origine portugaibf, passa à la Hollande en IGô^^etlut conquis par les Anglais, en I8UG ; la possession détiiiitive leur fut accordée par les traités de 1815.

La colonie du Cap comprend plusieurs provinces régies par un ^^ouverneur général. En voici la nomenclature, qui comprend en outre presque toute l'Afrique orientale et méridionale soumise à l'Angleterre : Basutoland, Bechuaiialand, Bristish South Africa Company, lîristish Cential Africa, Chartred Company, Rhodésia, le Cap, East Africa, Est Central, le Natal, les Protectorats du centre afi'icain. Sur la côte orientale les protectorats : Est centre, East Africa proteCtorate, Uganda, Zanzibar, ile Maurice.

Dès maintenant, je vais vous donner un chill're qui n'a aucun rapport direct avec ce que je viens de dire, mais qui prouve combien nous faisons peu d'affaires avec toutes ces colonies qui ne traitent exclusivement qu'avec l'Angleterre. La France fai-t douze millions d'allaires, dont sept millions et demi d'importations en France, et quatre millions et demi pour les exportations de France dans toutes ces possessions anglaises. Ce qui prouve que l'Angleterre fournit pres{[ue intégralement ses colonies.

Liv colonie du Cap a I.1M5. 000 kilomètres carrés avec une population composée de 2. lOO.OOO habitants environ. Vous TOyez qu'il s'agit làd'uncétendue immense, mesurant plus

du double du territoire français? ; sue ces deux millions d'habitants la plus grande partie est composée d'Anglais, de Hollandais, et même de descendants de Français qui avaient émigré au lendemain de la néfaste révocation de redit de Nantes.

Cette partie de l'AIVique présente une grande prospérité minérale; on y rencontre des mines de diamants à Kimberley, Becr, Toits-Pan, Bulsfontein, etc. Des champs d'or oni été découverts en 1889 dans le district Kuysnaà 270 kilomètres à roues.t dé Port-Elisabeth. Des mines de cuivre, découvertes depuisdouze à treize ans se trouveutdans le Namaquoland, sur le fleuve Orange ; on remarque aussi des gisements de houille à l'est sur les monts Shomberg. Outre l'élevage des bestiaux mené en grand, il s'y fait un important commerce de laines qui, comme bénéfice, vient immédiatement après celui des diamants.

II y a là un ensemble de richesses minières de premier ordre. J'insiste sur ce point, car nous faisons un cours d'économie politique, et par la force des choses, par les événements qui préoccupent la diplomatie européenne à l'heure actuelle, je suis bien obligé de vous démontrer l'état de ces colonies, sans en discuter autrement les éléments.

Outre les laines nous y trouvons les vins; inutile de vous rappeler les vins de Constance. Puis viennent le tabac, les céréales, ce qui vous démontre que les produits du sol ne le cèdent en rien aux produits miniers.

Les industries, dans ces demières années, s'y sont développées d'une façon remarquable ; ce qui révèle une colonisation déjà avancée, c'est qu'on y fabrique le savon, qu'il y a une très grande fabrication de chariots, brosse rie, meubles, ferronnerie, ferblanterie, chaussures, sécherie de poissons, tonnelleries, tanneries, conserves de pois-* sons, etc

La fabrication des chariots y est très importante, toui le monde s'en sert, c'est une tradition qui s'estporpêtuée, Chassés sans cesse par les Anglais, les Bot'rs allaient de pays en pays, voyageant dans ces chariots qui pouvaient contenir leur famille, leurs mcbiliera et tous les bagages. II y a un pas''é historique fort intéressant ;"i étudier en ce moment, où ce peuple Bo^'t est le sujet de toutes les conversations et fait l 'admiration du monde entier, surtout pour nous dont la nationalité se reti-ouve encore parmi des familles descendant d'anciens émigrés franç-iis, comme je viens de vous le dire.

Le général Joubert dont le nom vous est connu, a écrit on livre merveilleux ?ur cet exode des BofTS reculant sans cesse devant les Anglais ; c'est une des pages les plus émouvante qu'il se puisse trouver sur ce peuple dont quelques noms sont d'origine française. Nous n'avons jamais su y coloniser en masse, et cependant dans toute ces parties de l'Afrique on retrouve !e type et le caractère frani,'ais, ce qui prouve que depuis Louis XIV nous avons accomplis des merveille» en colonisation individuelle, et que c't'st, certainement ce roi fanatique, avec la révocation de l'Edit de Nantes, qui a forcé quelques familles prostestantes à se réfugier dans cette contrée australe de l'Afrique. Peu à peu les races se sont mélangées, les fils au nom français ont épousé des hollandaises ; les mœurs des uns se sont assimilées aux autres coutumes, et la civilisation importée parles Européens, n'a fait q'i'accroître la pruspérilé du paya. C'est pourquoi on retrouve tous les éléments de notre civilisation dans ces contrées lointaines. On y remarque aussi un fait curieux dont j'ai eu l'occasion de parler dansdes Oongrcsspéciaux traitant des modes de lapiopriété; c'est là que bien longtemps avant que n'en parle le député Torrens en Australie, s'établit l'acte par lequel toutpro-

prit'-taire de territoire pouvait permettre rendossement très simple, la ir;insmission de ses liiens sous le contrôle de l'Etat, sjiii peut y apporter toutes les inodilicatioiis exigées par la loi. Cet acte simplifie toute succession, empêche tout Vi\igo, toute contestation. Si vous voulez vendre une propriété, vous n'avez simplementqu'àlefaireindiquer sur l'acte de cette propriété et votre acheteur entre en jouissance complète ?aiis que vous recourriez l'un et l'autre à différents intermédiaires, à des hommes de loi. Chaque terrain, chaque propriété a ainsi son j<.cte de naissance comme un individu, et c'est à un liançais que revient l'honneur de cette création géniale en Afrique australe. Des gouverneurs de colonies françaises ont cherché à établir cette coutume, comme M. Norl Pardon. \ih bien, cet acte Torrens qui cherche à rendre la propriété une simple ■valeur financière, qui passe de main en main sans aucune difficulté, une simple valeur de Bourse, ce sont les français qui l'ont donné aux Boers cent cinquante ans avant qu'il soit discuté, commenté et patronné par .M. 'l'orrens.

Revenons aux importations lI nous tiouverotis tous les produits de la Grande Bretagne, même des objets de luxe comme des cristaux, des porcelaines, de la verrerie,' etc.

Ce qui révèle la vieille colonie, c'est, je l'ai déjà dit, la présence de tanneries et de savonneries dans ces contrées; pour mon compte personnelj'ai fait cette observation dans toutes k-s colonies où j'ai passe. La fabrication des allumettes est aussi un signe certain de la civilisation avancée, d'une richesse assez développée. Capelown qui compte plus de 80.000 habitants est une superbe ville, située au fond de la baie de la Table, au pied de cette montagne qui a plus de MOO mètres d'altitude. C'est une belle capitale et une place forte ; elle a un port

fréquenté par tous les navires européens ; le commerce y est actif, même considérable, malgré le percement de Suez, parce que chaque jour, il se forme une vie propre à ces im;nenses contrées de l'Afrique australe.

Monsieur Chevillard, qui a publié un volume assez sommaire mais très exact sur ces colonies anglaises, rapporte justement cette phrase d'un discours du secrétaire d'Etat pour les colonies en Angleterre, discours prononcé dans une circonstance officielle, il n'y a pas longtemps : « Abondance d'ailaires fait un peuple satisfait ; et il n'y a pas d'autres moyens d'assurer cette abondance que de créer de nouveaux marchés et de développer les anciens. »

Cette observation est des plus sages, et si les Anglais avaient su s'en tenir à ce parti, et s'ils n'avaient pas voulu précipiter l'ouverture de ces nouveaux marchés, combien de conflits regrettables auraient été évités.

La température, torride dans les contrées proches de l'Equateur, y est là en général très agréable. Cependant beaucoup de territoires avoisinant l'Equateur y sont encore relativement malsains et sont destinés à être des colonies de commerce pour le moment, à cause des basses altitudes, et aussi parce qu'ils n'ont pas été mis en valeur, ni exploités ; mais dans un temps indéterminé il ne sera plus aussi dangereux d'y coloniser, quand des défrichements et des assainissements auront été effectués. La race européenne pourra très bien s'y acclimater, nous en avons un exemple frappant dans ces Bo(3rs qui, descendant d'une race du nord, se sont pourtant bien acclimatés dans ces régions du sud africain.

Les Anglais, se trouvant en face de ces possessions du centre, il y a vingt cinq ans à peu près, ont compris l'immense avantage qui résulterait pour eux s'ils arrivaient à s'en emparer. Ils avaient évidemment conçu ce plan depuis

de longues années. Plus ou moins retardé? dans son exécution par des circonstances et des événemenis de la politique européenne, ils ont songé sérieusement à le mettre en action lorsque tout à coup la fièvre coloniale s'est développée chez les autres nations, allemande et française surtout.

Rapidement ils ont voulu s'emparer de ces territoires qui, par l'intérieur, communiquent avec ces pattes de leur Abeille dont nousavonsîonguimentparlé la dernière fois, et cela non-seulement pour mener à bien un plan mûri, conçu depuis longues années, mais encore et surtout pour éviter toutes compétitions, de la part de la grande concurrence étrangère dont ils cvaignaient les etTets. L'AllemagnenurtoutévelUaitleurscraintes; jusqu'alors elle était restée indifférente à tout mouvement colonial et voici que tout i coup elle y prenaitune large part et semblait vouloir borner les envahissements des Anglais^, en leur disant « Vous n'irez pas pins loin ». Pour quelques possessions nous voyons ces deux puissances européennes aux prises, et l'Allemagne semble avoir posé deux, bornes : Le Sud-Ouest africain (Siid V/estlich Deutsches Afrika) et l'Afrique orientale allemande {Ostlich-Deutsches Afrika) devant l'envahissement de l'Angleterre !

L'Afrique orientale était un élément préparé depuis longtemps pour la colonisation moderne, le plan des Anglais devait donc être exécuté, activé dans ces dernières années, sous peine pour eux d'arriver en retard et de voir la place prise. C'est pourquoi ils ont constitué des protectorats immenses sur la côte Est, et qu'ils ont consolidé et agrandi leurs possessions de la côte ouest. Nous les voyons aller très vite et suivre leur ligne commerciale du Cap au Caire, s'installant de préférence à l'embouchure des rivières, communication naturelle, points stratégiques admira-

blement ehoifis, leur permettant de pénétrer toujours plus avant clans l'intérieur des terres. C'est ce qu'ils font en s'emparant de l'hînterland, tout en ne négligeant jamais les côtes. Pour que la Croix et l'Abeille fussent atteiutes, pour que la fusion des possessions africaines anglaises s'oDérât, il y avait deux états un peu gênants. D'abord le Congo Belge qui, sur une longue bande de terre longeait les grands lacs intérieurs, et ensuite les deux républiques du Tri^nsvaal et d'Orange. Le premier obstacle disparut bienlôt grâce à une convention passée à l'amiable avec le roi Léopold à qui le Congo belge appartient comme propriété privée ; le Parlement anglais l'a persuadé qu'une bande de Si) kilomètres de large était nécessaire à la Grande-Bretagne pour la création d'un chemin de fer, lequel chemin de fer permet aux Anglais de pénétrer jusqu'à l'intérieur, d'arriver aux grands lacs ot de traverser tout le continent noir.

Quand au sud de l'Afrique, il présenta de plus grandes difficultés. Cette colonie du Cap, bornée d'un côté par le Mozambique, aux Portugais et par ce Zanzibar que nous avons abandonné si légèrement, de l'autre, par ces deux nouvelles colonies allemandes qui tout à coup se sont formées, tout cela formait une situation qui préoccupait et préoccupe encore le gouvernement anglais. Deux concurrences immédiates, voisines, se présentent et sont à craindre: celle de Lourenço-Marques sur l'Océan Indien qui, port déjà important, est mis en communication directe par un chemin de fer aboutissant à Pretoria, capitale du Transvaal, et en second lieu celle de demain, concurrence qu'on attend, qu'on voudrait pouvoir atténuer sans l'anéantir, je veux parler de la construction du railway, chez les Portugais, dans le Mozambique, qui s'impose et qui nuira certainement aux Anglais et à Itur commerce général.

.l'in-iiste particulièrement sur cette partie îles chemins ' àe for au Gap et an Natal parce que par là j'entre dans le vif de la question économique de toutes les colonies australes anglaises, ainsi d'ailleurs que de leurs possessions centrales. Par la conquête des territoires qui sont derrière l'Abyssinie. par cette bande de 25 kilomètres de largeur concédée par le roi Lcopold, par les lacs intérieurs, l'Angleterre est arrivée à tracer cette route magnifique qu'elle avait conçue, reliant le Cap au Caire.

pans ces dernières années on a beaucoup répété que l'Angleterre, insatiable, ne se contentait plus de cette ligne directe de possession, que les mines d'or -ît de diamants du Transvaal et de l'Orange la séduisaient et qu'elle cherchait, par tous les moyens, à s'emparer de ces deux républiques. Je ne dis pas que l'Angleterre dédaigne la possession des mines les plus riches du monde, mais je dis qu'à côté de cette question des mines il y en avait une antre si considérable, que le gouvernement n'a pas hésité à dépensé des milliards et à faire couler le sang de milliers d'hommes.

Les vues générales de l'Europe se portent sur la partie des mines qui n'est pourtant que la moitié de la question, et si elle a exercé une forte pression sur les décisions du Foreign Oflice, je pense qu'elle n'a pas été le point de départ de la politique coloniale à outrance et que ce point de départ a dû être d'un tout autre ordre d'idée. Je dis cela sans l'ombre de critique et sans manifester aucune opinion personnelle ; je le répète mon rôle n'est pas de discuter ici de la politique pure, mais de l'économie coloniale seulement. Les Anglais avant tout autre chose sont des commerçants, et je professe la plus vive admiration pour cet esprit pratique et tenace qui les caractérise. C'est cet esprit de commerce qui avant tout leur a suggéré l'idée de possé-

répnbli(jues. U iallait poiii" eux, au point de ■pôle plus ou moins durable des -traii-^port, )n si'tilemeiit sauver Capelown, Port-Elisait port sur là baie d'Alj,'oa, cenlrc d'un cornant, d'un commerce (lui surpasse même ce- \vn, il fallait conserver rimportatico éconorban, et surtout, en premier lieu, leur conlopule des transports pour Piétermaritzburg, jet Pretoria.

T les transport à leur profit, voilii ce qui explii la politique anglaise de conquête à laquelle a litique de résistance de ces vaillantes républis. Quand on voit la situation sous ce jour on de mêmeque l'Angleterre ait désiré s'emparer industries, ces trafics, ces transports, de IX petites Républiques aient tenu a garder monopole du commerce du sud africain ; nliait leur échapper les uns et les autres se ont résisté et de là sont venues ces luttes, sanglantes qui attirent et retiennent l'attenie entier à l'heure actuelle. ( 1) is rappeler des chifl'res qui mieux que tout ircir cette question qu'on n'a pas envisagée ce double point de vue : « Monopole du comnoyens de transports et possession des mines

rions des chemina de fer des deux vieilles i verrons que pour celle du Cap et celle du ifices ont sensiblement diminué.

ssède un chemin de 1er de 460 milles dont

lient, depuis ta force bi'utali.' à li'ioiii|>lit> du droi t plus iBiitilc que l'on serait, arnvi' au iiiriLic ivsii iqiie irassimilation sa).'''iiienl libi'raK Ci-it>> fois. ai<l"OLl>'niPnt rio lioui; et île sanj; !

les bén.'îfices nets de 1896 à 1897 ont brusquement passé lie II î[2 0[0 à 7.100|0. Il s'est produit le même pliénomèiiç qui survient apri's une révolution ou une terrible éi.i(li':mie."I:^t cela est la conséquence de la concurrencede Lo'irenço- Marques, de l'établissement d'un chemin de fer porlugiiis qui.partantdela côte, arrive directement à Pretoria Autrefois le chemin de fer de Natal était le seul par ren1rt'mi<e duquel les deux Képubliquès pouvaient faire du commerce, par cette voie tout le bénéiice revenait aux Anf^lai;; qui fixaient aussi les tarifs de transports des denrées de tonte nature )(ui passaient par leurs maius ; transports des ouvriers, transports des moutons et des laines, de la dynamite, tout élait source de revenus énormes.

La création d'u.i chemin de fer portugais au Mozambique présentait un réel danger pour eux ; tout commerce întérieurallait leur échapper. Ils voulurent surl'heure poser des conditions avantageuses pour- lui cependant, à ce petit peuple portugais qui ne consentit pas à les accepter et refusa les prtsents d'Artaxercès sous forme de rachat de la ligne de la haie de Oelagoa. Enfin il,^ tournèrent leurs visées sur ces deux Républiques qui sedéfendent depuis longtemps déjàcontre cette usurpation du commerce général.

On perd trop souvent de vue, lorsqu'il s'agit de cette question t^ud-africain, let? négociations diplomatiques qui eurent Heu entre l'Angleterre et le Portugal, qui est une colonie anglaise au point de vue commercial depuis le traité de Metuen en 1804.

Par sa situation européenne, le Portugal est un tout petit Etat, mais il a toujours gardé sa dignité, et il semble reprendre une forte tendauce à ne point mourir au point de vue historique. Autrefois il a montré une volonté et une fermeté merve'lleuses, et àTheureprésente il se produit comme un grand réveil dans ses colonies, et l'Angleterre

s'est même vu obligée de tenter des négociations auprès de

C(! modeste Portugal pour lui taire abandonner à son profit

cettL- ligne du chemin de fer de Mozambique, qu'il ne veut

cédera aucune condition, car cette^ voie de pénétration,

allantdeLoureiiço-Marques àPrétoria, capitale du Trans-

vaal sera urTdébouché commercial des plus importants.

L'Angleterre a si bien compris que le monde entier pour- '

rait Jéverserdans cette baie de Delagoatout le commerce

qui, parle Transvaal, par l'Orange pénétrera jusque dans

l'intérieur de l'Afrique, que, après tous les moyens diplo-

ïûatiqnes épuisés, elle a offert 300 millions aux Portugais.

Ceux-ci, ne voulant pas vendre cette ligne ferrée, ne cédant

^aucune raison, -malgré leur état de vaiîsalité commer-

^'ale vis à vis de la Grande-Bretagne, — ce qui est très

^^■Qie et très courageux de la part de ce petit' peuple

** J'oni éconduite par une fin de non-recevoir définitive.

■s/' ue sous cette face, vous voyez que la lutte contre les

devix petites Républiques du Sud africain n'a plus les

mènaes causes que c elles que l'Europe entière semble lui

attribuer.

Exx effet, il semble que l'Angleterre ne vise que les mines '''^^» alors qu'en réalité, prise entre deux feux, elle soutient une Xiatte acharnée contre la concurrence étrangère, cherche â. réduire à l'impuissance le Transvaal, afin de se gar- "^^ t:<:3ut au moins une partie de cette ligue, le point ter- ™^v»s, puisqu'il lui est impossible de posséder le point '1 . ^'■^' Lonrenço-M arques. Les Anglais veulent briser toute ""f^^^tance parce qu'ils ont peur que toute la monopolisauon. ,3gg transports du sud africain et, par suite, ceux de *^ rieur, ne leur échappe au profit de cette voiedepéné trat:ion.(l)

liofa^ "*"'""' P'"* <iu'ils oni à crainilr-! Beira coiiinie Wh- rio lieni- do pciiiôira-

Ce qui est liitii cerl.iin, c'est que là seulement nous trouverons la source de tous les événements qui se déroulent actuellement dans celle partie de l'Afrique.

La colonie du Cap a consatrô sur ses emprunts 18.014.088 £ à ses chemins de for de 1896 à 1897, et vous voyez que la question des chemins de fer devient critique là-bas, puisque le rendement est |»assé de 1 1 0/0 à G 0^0 dans ces dernières années. Déjàse fait sentircette concurrence du chemin de fer de Lourehço-Marques ; Salisbury n'est qu'à 38'2 milles de Beira, tandis que la route qui va 4 Capetown par 13ula\vayo et Vryburg est cinq fois plus lonfxnc'; c'est pourquoi il était chimérique de garder l'espoir de monopoliser au profit du gouvernement anglais tout le commerce de la Rhodésia.

Le réseau du Centre est aussi important, puisqu'il met Port- Elisabeth en communication directe avec l'Orange et le Transvaal, Johannesburg étant à 1014 mille et Pretoria à 1040- C'est cependant toujours trop loin puisque le chemin de fer de Lourenço-Marques peut réduire les distances à quelques milles seulement. La concurrence était donc inévitable et comme elle tourne au prolitdu Mozambique, les Anglais veulent l'empêcher à tout prix.

Cette colonie du Cap, relativement modeste comme surface territoriale, bien qu'elle égale plusieurs fois la France, alourni en 1897, 14 millions de moutons pour 43 millions • de £.

En 18%le commerce d'importation étaitdc 17.935 039$ tandis qu'en 1897 il avait bais!f.c sensiblement et n'était plus. que de 17.931.878 ï, soit à partager comme il suit: 12.839.571 ï l'on r ni s par l'Angleterre, 883.333 ^ par les colonies anglaises et nnchillre de 4.209.379 t seulement l'Oprésentant le commerce inléricur avec les autres pîiys.

Comme .'ous le voyez, l'Angleterre à la grande majorité

des importations et des exportations ctiiiime dan.s presque toutes ses colonies. Tout est liénélico poiii' cette énorme confédération commercialeque forme laGraride-Brelagno, ainsi cj ne je vous l'ai expliqiiék semaine deriii(re. Mainleiiaiit sinoïisconslatonsdans une année cet aliais^iement du chit'frecles afiaires de 1897 sur 1890, il explique qne craignant une chute plus grande encore dans l'avenii' les anglais aient senti la nécessité d'arriver à une autre politique coloniale pour ses possessions sud-africaines.

l-.es exportations ont été, en 189(1, de 1(19.71.838 i, et en \897 elles ont passé à 19 436.304 f qui se partagent ama\ :

Or 10.991. 9-2(i£

Diamants 4.454.376 îê

Laines 1.496.779 g

Angora Mohair 676.644 £

Plumes d'Autruche. . . . 605.058 £ Par ces chifires, vous jugez quel commerce colossal se fait dans cette colonie du Cap, quels bénéfices en réaulient pour la Métropole anglaisé, et quelle nécessité la Grande- Bretagne avait de garder pour elle seule le monopole d'un commerce si important, et surtout le monopole des moyens de transports, au point de vue des importations, point capital, non-seulement au Cap, mais aussi dans les Etats qui l'environnent et qui le mettent en communication directe avec les Grands Lacs intérieurs, avec les autres possessions anglaises de l'Est et de l'Ouest tout à la fois.

La Rhodésia est déjà couverte de chemins de fer'qu^ viennent aboutir en général à la ligne principale reliant la côte à l'intérieur. Nous voyons ceux du Béchuanaland- Railwaj, venant de la colonie du Cap par Kimberley et Mokefing pour aboutir à Bulawayo : puis la ligne de la

côte comprenant la Beini-Jonction, la Beira-Eïailway, et le Moshonaland-Railway, qui mettent Salisbury en communication directe avec la cô(e, à travers les établissements portugais. On clierclie à s'entendre avec les Portugais puii^que malheureusement pour elle l'ADgleterre ne peut les éviter.

Je vous conseille vivement d'étudier sur une carte précise de l'Afrique du Sud ces différents réseaux de chemins de fer, de considérer surtout l'importance que peut prendre un point initial comme Lourenço-Marques, où peut aboutir le commerce généra! de l'Océan Indien, des Indes li:iii-p-nngétiques, du sud de l'Afrique, en même temps que de Icit, l'importance de ce point initial dis-je , surtout quand pour point termipus il aura l'rétoria, capitale du Transvaal, quand, librement, il pourra pénétrer jusque dans l'intérieur de cette Afrique, terre de l'avenir, espoir de la colonisation européenne de demain.

Si je me suis fait bien comprendre, vous verre.cque: 1° tous les événements tragiques, toute la résistance faisant face à la prise de possession, tout ce drame qui se déroule dans le sud africain n'a pas pour cause primordiale l'idée de s'enrichir par la conquête de ces mines d'or qui cependant présentent une fortune inestimable ; 2° qiie si ces mines d'or ont tant soit peu influencé les déci:iions du gouvernement anglais, il a été surtout poussé par le besoin de conserver toute la monopolisation des moyens de transports.

Cette question envisagée sous cet aspect, il se présente cependantàcôté plusieurs considérationsd'un ordre général. Quelque soit la politique suivie par les Anglais, vont-ils arriver par leurs forces énormes, par les sacrifices considérables effectués, soit en hommes, soit en argent, àpouvoir contrebalancer un fait désastreux pour eux et avanta*

geux pour les deux petites Hépubliijucs ile l'Oranyï: cl du Traiisvaal, vont-ils, même victorieux, fuiéaiitir celtu eoiicurrenco portugaise qui les menace quand, d'iiutru part, lu concurrence alleinandii soml)le mcltre une borne naturelle à leurs empiétements sur cette ten-e africaine oii ils veulent être les m;iitrcs absolus? D'un côté l'Angleterre se trouve réduite à négocioi- avec le Portugal, et elle partagera lorcément, dans l'avenir, si l'avantage lui reste dans cette lutte achainée, les bénéfices de cette voie aboutissant à Pretoria. Si elle peut raclielcrà des compagnies la par'tie du chemin de fer construite sur le Transvaal, du moins, jamais, elle nVn sera maîtresse, il lui sera seulement jtennis de cirjuler sur cl's lignes sans qu'elle puits-^e imposer SCS droits et ses perceptions au sujet :Ios Irarispui-is commerciaux.

L'Angleterre, victoi-icnse dans culte guci-i'e, -;era cependant viiincuc par la réalité des faits écononiiipu-, obligée de so servir d'une ligue ne lui nppartenaiif p;i-; entièrement. Autrement dit le beau ti.'mps de l'e\i:|niiaii(ui à' otilrance par des tiii-ifs de Iran^putt i;.\oiliil,iii;-^ M'inble bien passé pour elle.

On ot arrivé' à se domaiidor. en voyant un peut peuple et nue peiiie ligne de clieniiu de fer uit'ttre un anét aux coiii]uêtes. (le l'Anglelei-re en .\fri(pie, eiî constatant qn'env S'^nls. on fptol'pie xu'te, ont vaincu ce p^innd plan de l'ïiln-ille et de la croix, ou en empêchent du moins la réalis-iii()u immédiate, on en est arrivé, dis-je, à se deiiiander s il n'c^t pas regrettable de voir tant de milliards, surtout tant d'hommes sacrifiés, tant d'horreurs commises par ce grand peuple, tant de ravages, d'entraves à la liberlc, de la part de cette nation si pratique jusqu'à cejour et qui s'est embarqué dans une lutfc pareille pour arriver, sans doute, ;'i un résultat presque négatif. On se ilem;iiide

pourquoi TAngleterre lutta si opiniâtrement contre ces petits dtats qui, a» point àc vue territorial, ne sont rien ou prc>quii rien, alors que de sa part il aurait été si simple de réunir ces éléments divers, d'assembler ces petitfs Répul)Ii(iues, d'eu former une sorte dé coiilédération, tous ces pfU|ilt'S Ile demand.uit pas mieux que de «çrandir, de prospc'itT sous un même drapeau, pourvu qu'ils conserva^<>;ciit leur liberté individuelle, leur nominale autonomie. Il ne fallait pas les dominer; il fallait simplement les réunir, mêler leur commerce, fîiire profit de leurs avantaj^s géographiques, étendre leur mise en valeur déjà si grande, si importante, et cela, non pas par une guerre à outrance, mais par une politique prudente, ayant pour hase la liberté et la justice.

L'Angleterre qui avait agi ainsi avec le Canada, avec l'Australie, états absolument libres bien qu'ils subissent ta domination officielle de la Grande Bretagne, aurait dû adopter la même règle de conduite vis-à-vis du Sud Africain, où se présentait le même degré de civilisation et d'organisation, et il est fâcheux et regrettable qu'elle n'ait pas su comprendre quels avantages pour les deux Républiques, le Transvaal et l'Orange, et pour sa métropole, auraient découlé d'une noble, large et généreuse politique coloniale ainsi cOn(,ue !

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