SEPTIEME LEÇON
27 janvier 1902
Colonies de la Grande-Bretagne dans l'Amérioue du NonD : Puissance du Canada (Dominion of Canada), II.E PB Terre-Neuve.
Mesdames, Messieurs,
Nous allons aujourd'hui nous occupei' des colonies de la Grande-Bretagne dans rAinériqueduNord. C'est, comme ïous le voyez à la simple évocation de ce litre. Tune des coloûies les plus intcressiintcs, les plus coiisidorables, les plus importantes du monde, que nous allons étudier au cours de cette leçon.
Elle intéresse particulièrement la France, celte colonie, par les souvenirs historiques qui s'y r;ittaclieiit. II s'f^it de la puissance du Canada et deriledeTi-t-re-Neiive; ce sont les dénominations officielles de ces teiritoires qui, en somme doivent être divisés en plusieurs parties. La puissance du Canada (Dominion of Canada) comprend à elle seule sept grandes provinces qui sont British Columbia, Hudson,.Bay Company, Manitol)a. New-Brunswick, Nova Scotia, Ontario, Prince Edward-Island, Québec, et les territoires du nord-ouest, Yukon, — et enfin, en dehors de ces territoires, une foule de districts intermédiaires entre le gouvernement de demain et les terrîloires d'hier. Nons allons nous trouver dans cette partie nord en face de territoires appelés à jouer, un jour ou Vautre, je dis même d'ici peu, un rôle considérable dans le monde, au point de
vue commet cial, Oconomique, au point de vue des inoyeiis de transports. Le Canada a 8.i)87.yr»7 kilomètres carres ; il est presque aussi grand que l'Euiope, de même que les l'itats-Unis. Je sais Men que l'on iHt qu'en tra(.'ant une ligne isotherme, séparant les parties habitables et celles qui ne le soatpas, on devraitretrancher tous h's territoires ilu nurd du Canada ; c'est vrai, mais dans une cerlaine 'proportion, car ces parties non liahitai>h;s ouqui nelesont iruère, sont l'elativeinent modestes. J'ai eu l'occasion, ;'i (UvcTses reprises, d'attirer votre attention sur toutes les parties de l'Asiequi, à ce point de vue, ont ètérolninchées deréclielle diimnnde. La Sibérie du \ord, prolongement de la Russie, ne Tait pas partie, dit- on, (le cetlciigne isotherme; chilien, malgré le froid lelativement énorme qui règne dans cttte partie ilu Cana!;i, correspondant à cette même ligne, et dans la portion des LC);its-Unis qui s'y joint, en hiver, ces contrées américaines sont phts privilégiées que le continent asiatique ; constalalion intéressante sur laquelle nous reviendrons. J'insisle <iii- ce point de la température qui caractérisi; et cxiditine le Canada grandissant de jour en jour, 11 compte, en cliilIVe rond, tout prés do 6 millions l'hahitants, alors r[u'en I8CI il n'y avait que 3 million.^ d'indiviilus. Vous voyez que la progression n'a pas été .-lussi rapide qu'on la retrouve dans les manuels de cohiriisation qui rapportent que la population a doublé en ungt et un ans en Australie et au Canada. ■
Certes l'augmentandii a été des plus sensibles, mais il ne faut pas en exagérer le chilTre. En Australie, on a obtenu ' (itte ]i(ipnIalio[i par des apports considérahles de l'émigration et non pas par le libre jeu de la natalité. Comme I-;con>fatetit les statistiques, on peut dire raisonnablement que la [lOpulalion de ces deux |iays a douiilé depuis moins de quarante ans, et l'un iirévoit le jour — auxEtats-Uniset
au Canada — où il y aura de rlix à douze millions d'habitants dans cette colonie anglaise si indépendante ; ce jour-là, on se trouvera en face d'une nation nouvelKi, puissante au point (le vue économique. Cette population actuelle se décompose en 3 millions d'Anglais ; près de 2 millions de Franco- Canadien* et HtO. 000 Indiens environ. Ces chitîres sont d'autant plus intéressants à connaître et à retenir, que l'Europe, la l''rance surtout a toujours ignoré dans le siècle dernier ce qu'était réellement cette possession du Canada.
LorsdestraitésdeParisetdeVersaillesennôSet t783,qui nous ont mis à la porte en faveur des Anglais, il régnait une ignorance si protonde en France à ce sujet, que Voltaire lui-même disait que le « Canada n'était que quelques arpents de neige. » En réalité, à cette époque nous y avon.s laissé 70.000 français seulement.
De ces 70. 000 français les anglais n'ont pas pu se débarrasser ; originaires pour la plupart delà Bretagne et de la Normandie, ils ont là-bas conservé la langue, les mœurs, les traditions françaises. Mais, cependant, il ne faut pas se le dissimuler, à ces vieilles traditions qui se sont développées depuis deux siècles, ae sont mélangés, peu à peu, des éléments nouveaux, si bien que l'on peut dire qu'aujourd'hui le Canada compte 2 millions de francocanadiens, et non pas de français pui's. C'est un phénomène connu sur lequel il est intéressant d'insister, car il prouve d'abord que, dans des conditions particulières, la race française est capable de coloniser et de conserver son individualité nationale partout; néanmoins il ne faut pas e.wgérer et il convient de bien préciser ce mode de colonisation française et particulière restée au Canada.
Toujoursoncitecetexempleen France, on apourhabituds de lejetter à la tête des anti-coloniaux, mais il faut le faire
sans emballement. Oui, la race française a persisté, s'est imposée là-bas malgré les mauvais traitements des Anglais ; elle s'est augmentée avec quelques apports étrangers, c'est un fait brutal, extrêmement honorable pour notre vanité nationale. Mais il est urî second fait dont on doit tenir compte lorsque l'on parle de ces Français éloignés, c'est qu'aujourd'hui le français ancestral s'est changé en francocanadien. Se dire français estU-basun genre de snobisme de bon ton, de la part des canadiens-français, adopté surtout pour consacrer leur liberté, pour l'affirmer vis-à-vis de l'Angleterre, et par une sorte de coquetterie touchante vis- à-vis de la France.
Il n'y a pas de fête, pas de banquet, de réunion où la France ne soit rappelée. La Saint- Jean-Baptiste, qui est la fête nationale du pays, est une occasion pour exhiber le drapeau tricolore français concurremment avec le drapeau de l'Angleterre.
Dans tout discours on est fier de raconter comment, peudarit notre grande révolution, pendant la guerre de 1870, tout paysan du Canada interrompait son travail, faisait parfois un long trajet pour aller chercher des nouvelles de l'ancienne patrie, pleurant sur ses malheurs et-sa misère. C'est vrai, mais ce qui est également vrai et honorable pour eux, c'est leur loyalisme vis à vis de leur nouvelle Métropole, vis à vis de l'Angleterre.
Us prêtent celte formule de loyalisme tout en ajoutant « nous avons conservé de grandes sympathies pour la France ». C'est une sorte de patriotisme en partie double, à lleur de peau, si je puis m'exprimer ainsi ; il ne faut pas chercher autre chose ; les habitants du Canada ne sont plus des français, mais ils sont restés des franco-canadiens. Il est nécessaire de bien comprendre ce sentiment complexe, afin d'en tirer parti et ne pas en être dupes ; il serait dange-
reux de nous figurer qu'en eux nous avons encore des sujets prêts à redevenir eiclusivement Irançais.
L'élc ment européen est encore représente là-bas par des Belges, des Russes, ceux i^ui, faisant parties de sectes religienscs, se trouvent malmenés en lïussie ; tout cela ne forme (|u'un groupe de 30.COO individus environ, relative-' ment peu de chose. Il se trouve aussi des Irlandais qui se déclarent ennemis des Anglais, comme aux Etiits-Unis, et qui en réalité sont une partie de feinians, ayant conservé ta haine de la domination anglaise.
Quant aux Indiens, je crois vous en avoir donné le chiffre exact en vous disant qu'il en reste 100. OUO loiitau pins. Chose navrante que la disparition de ces pauvres Peaux- Rouges, qui auraient été en somme une population douce, tranquille et utile. Il y a quelques années, ilssenombraïent encore par 1^0.000, mais peu à peu leur race s'éttint. Il y a bien quelques blancs qui se sont alliés à eux, mais c'est chose extrêmement rare. Ou citait dernièrement un notaire peau-rouge, c'est l'exception. Fatalement, comme toute race inférieure^ dans sa manière d'être présente, car j'ai toujours soutenu qu'il n'y avait pas d'infériorité absolue dans une race quelconque, — devant rélément européen, ces peaux-rouges s'anéantissent rapidement et le jour n'est pas lointain où ils ne seront plus qu'à t'état de légende, même au Canada.
L'une des principales ressources du pays cousiste à industrialiser tous les produits de la terre. Vous allez voir comment les matières premier es, les productions du sol etl'industrie se confondent, s'unissent dans cescontrées américaines; cela devient un fait acquis qui nous réserve des surprises pour demain, et nous explique le grand mouvement ne rindustrie dans ces pays neufs.
Nous y voyons l'exploitation des immenses forêts, des
bois, des mines tiés riches, mais qui n'oiil pas encore clé coinplétvnieril mises en valenr. Ces mine- contiennent tontes If- csjiècesde mtnciMtix uonnns [unir ainsi dire ;or, cuivre, nickel, charbon, amiante, phosphate etc.. Vous snvfz (|u'il y a environ trente aus, la Nouvelle-Calédonie avait le monopole du nickel ; dans mon cours sur les colonies frati(,-aises Tannée dernière, j'ai expli(|tié comment ces ffisemenls incoinparahicj de nickel enrichissaient cette colonie, et, inallKumeu^ement pour elle, comment de dO francs .le prix en était tombé à 3 IV. 20 le kilogramme. Pourquoi'/ Parce qu'à côté de ces {gisements calédoniens vous aviez tout i'i coup ceux du Cnnada qui se posaient en concurrents. Il en est de même pour les phosphates. Nous ne pouvons pas dire au'il est ;ï craindre que les phosphates du Canada fassent tort à ceux de la Somme, du Nord et même de l'Al'jérie ; on en trouve partout et partout aussi on les utilise ; mais enlin.il est bon de constater qu'au Canada, on en trouve actuellement des gisements de première qualité.
Ce quiest la caractéristique do ce pijuple actif, qui naît, qui entre dans ces vastes exploitalions avec ardeur, c'est que, dans l'ordre économique ou agricole, tout se trouve parla force des choses, par suite du voisinage des I£tats-Unis qui est lu vie même, c'est, dis-jc, que tout se trouve industrialisé. Malgré ses allures moins audacieuses, car chez le peuple canadien il y a encore l'élément français, normand ou breton, qui le rend plus lourd, et lui donne le caractère du bon pay.san danlreloîs, malgré tout, il a néanmoins quelques qualités de ses voisins, cet esprit pratique et cette; ténacité, ce qui en fiit un des peui)!e3 les plus curieux, jo dirai plus, un peuple redoutable au point de vue de l'indusirie, et surtout de l'industrie des produits de la terre concurrençant tontes les aulres.
^sources du p;iys, ce sont les péches (lin; tpic le Canada est la première le cal")lage, carellecompte chez elle le baliMux à cet iisafço. l-^llo possède )i'ct: lie minéraux iitillsalibs iiidusà te point de vue. L'or est un méinelU-ment, taudis que le charl)nn, semblent plu-; précieux au point de 1 de riiumanilé.
nicre, arrive aussitôt la pi'oduction ent peu de temps tpi'on a commencé plaines duManitoba; il y a trente
désertes; il existait des contrées uc*' où rien n'était mis en valeur.
poète national du Canada, Louis-" luréat de l'Académie iVancaise, le ., ne pouvait faire parvenir de ses qu'après plusieurs mois de cheval anadiennes.
où je parle de ce Maniloba im-
revient en quelques jours do che- : des immenses plaiiies de blé. 'î'out il en résulte que le Canada peut se I productrice du hlé dans le monde i Crimée et la République Arj^^entine.
quelques provinces des Etats-Unis, endances sont vastes comme un de ;ais. Tout y marche à l'électricité, lire matériel agricole ; des Decautransport de ces l>lés. [.es produits ; seulement la base de i'ag'riculture, base d'une industrie colossale sous ;ii provoque une émigration impor-
tante de Belges, de Russes, d'Islandais, qui quittent leur pays parce qu'ils y mourraient de faim. Beaucoup se mettent à faire de la petite culture, d'autres s'embauchent dans ces énormes fermes industrielles.
Avec son système de concessions, le gouvernement augmentent encore cette production de la terre. Il donn'î des étendues de terrains assez con!>idérables à la condition stricte, qui est naturelle, que cette partie sera défrichée, mise en valeur. «
Il est très sage que vous n'ayez pas le droit de jouir d'un terrain, si vous n'avez pas l'intention dp l'ertiployer utilement, de le mettre en valeur. C'est très facilement que ces terres domaniales sont concédées, et c'est par tète, par membres de la famille que se conipte le nombre d'hectares, moyennant aussi un certain droit d'enregistrement qui est de peu chose, 2 fr. 50 à 3 fr. tout au plus, si j'ai bonne mémoire. De plus, il vous est imposé d'habiter un certain nombre d'années sur la terre concédée ; conditions très simples en somme pour tout homme qui désire faire de la culture et qui ainsi au bout de quelques temps, se trouve à la tête d'une petite fortune. Il y a ainsi des milliers de Belges qui ont réussi. II existe pour ces concessions des journaux de propagande, le ministre des affaires étrangères en Belgique et bien d'autres répandent ces brochures ; ce système d'émigration est organisé d'une façon merveilleuse, tout à la fois simpleetfamiliale, etdémontreceque les Canadiens savent iaire pour tirer du sol toutes les richesses, blé, avoines, orges, céréales des contrées relativement tempérées.
Dans ces dernières années, on a construit le Tranacontinental-Canadian-Pacific-Bailu-ay qui traverse intégralement le Canada pour aboutir à Montréal. Ce chemin de fer, d'après les traités signés avec les entrepreneurs, devait
d.ïGoogjc
être terminé en 1892 ; ii fut opvt.'t à la circulation en )S89, et depuis ce temps son réseau s'est couvert d'embranchements, ■ surtout dans le Nord, d'autres longeant la frontière des Etats-Unis ou la pénétrant . Aujourd'hui, cette ligne est devenue la ligne de communication du monde entier ; c'est le chemin le plus court pour un européen qui veut aller au Japon, et i[ ne s'agit pas seulement d'une voie intéressant le Canada, mais d'une voie qui transforme les moyens de communication à travers le niunde entier, en traversant directement le continent américain, d'un océan à l'autre, de l'Atlantique au Pacifique.
Suivantune méthode excellente que j'ai exposée et défendue souvent dans mes conférences coloniales, le gouver- "ônient ne pouvant ou ne voulant pas accorder desubven- «OQ aux compagnies de chemin de fer, les a cependant '"^^ favorisées, en leur doimant des bandes du territoire ^V«iappartient,surle longues lignes en construction. Ces ;fep*-^s ont augmenté de valeur au fur et à mesure que se construisait la ligne, et maintenant on les vend do 3 à 6 f/'>llai»a l'arpent, ce qui est relativement très cher, compa. ^e an jpQJt ^e 2 fr. 50 que coûte l'hectare de terre doma- Piale Après les blés et toutes les céréales, se classent là- ^*®> en première ligne, le bétail, la laine, le beurre et les '^*'^^ges. Avantd'allerplus loin, je crois qu'il est intéres- *^^ cle vous dire un mot sur la façon dont s'opère la cul- "'"^ <3u blé, des patates ou pommes de terre et en géné- *3 e toutes espèces de grandes productions du sol. Je ne P**'l^yai pas des plantes vivrières qui peuvent se renou- ^^^t*, plusieurs fois même dans l'été ; pour les autres '^''»t\ireg i]ge passe au Canada un phénomène très inlèi^^a^nt et très ingénieux, s'il était permis d appUquer ce ^^t à h nature.
Il existe au Canada, surtout dans les parties centrales, une température régulière. Québec est à la mùme latitude que Paria à peu prés. 11 est vrai qu'en remontant vers le pôle, vert; le détroit de Behring', on sa trouve dans des régions très froides ; mais à Québec, je le répète, on a généralement une température modérée en été ot parfois de fortes chaleurs comme nous pouvons en subir. La vie y est très agréable, on va aux bains do mer tout comme chez nous. v\pros cette époque, on sait fort bien que les grands froids vont survenir, qu - le tbermomêtre va descendre, et que tout l'iiiver, jusqu'au 15 mars environ, il marquera dix degrés au dessous cl souvent plus, d'une façon permanente. Cette régularité dans Icïi températures est remarqualile ; c'est à ce point qu'à partir d'une certaine époque on voit apporter le matériel, les rails, nécessaires à lii construction d'un petit chemin de fer sur le Saint- Laurent, gelé dans toute sa largeur et que ce chemin (le fer y reste tout l'hiver sans que jamais U se produise aucun accident, ("'est une mervt-illeuse température que celle qui est ainsi régulière, et l'on constate qu'il y a beaucoup moins île maladies, surtout de poitrine, car l'on sait fort bien à quel moment de l'année il faudra se couvrir. On adopte le système des doubles portes, des doubles fenêtres, on prend des précautions, on allume de grands calorifèi es, si bien que l'on en arrive à constater que ]iour avoir chaud pendant l'iiiver, il faut aller en Rassic ou au Canada !
Je reviens à ce point de vue, à la culture du pays ; lorsque le printemps arrive, lorsque la neige qui s'élevait à deux ou trois pieds suivant les contrées, ce qui, de village en village, nécessitait l'emploi des traîneaux pour toute comuiiinicatioii, ou bien l'usage des raquettes — question d'habitude pour les habitants qui trouvent cela très
- 1 'il .
commode — commence ;i Tondre, la tjrie a rtO j'ius ou moins gelée en dessous.
En ce moment, je parle toujours des [irovinct'y d'Ontario,
de Québec, cariHaît plus froid au Mnnito])at.'t eruoro plus
àii Ivlondike, où l'on atteint parfois 4.'» (Ie^:i(''S au dessous
fie zéro et même plus. Alory, cette nfij^tj étant fiuidue, ou
laboure la terre, mais pas profoudrmciil, car les culiiva-
lenrs ont là souvent deslerrainsalluvionnaiics excellents ;
si lîi tt-rre est gelée à trois pieds et si l'on a un dégel de
dix à. vingt centimètres, on commence à lubourer, puis h
eiixeiTiencer immédiatement. Alors il se produit unphéno-
int'iiti ^j[,e ]„|j -^ étudié depuis cinquante ans, et dont on
a appiis à tirer profit. La terre continue à dégeler en
de^^soiis;, et au fur et à mesure (pio s'opi-rc le dégel, il se
forme tineévaporation d'eau, dhydi'ogéue par co!isé(iuent ;
'^ Ri'ain ne se gèle pas, mais au contraire sa gernii-
iiuUon e>t activée.. Il s'en suit qu'au l)()ut de six semaines
envij.Q^ vous ave/ des champs immenses, ries lieues de
i^'ïTaîiis couverts de blé superbe. ITn un rteu di; temps ces
■"'^s sont fauchés, battus, non pas à la main mais par di's
"litcJiiiies niùes par la vapeur ou l'électricité, eiigiangés
P^ï" dos locomobiles. Eu trois mois on voit ainsi des récol-
''■'S nrnirveilleuses, semées, coupées, ventrées, et c'est
^^ la s.orfe qu'en une saison on peut faire toutes les
'■f^col tes, toutes les cultures Irs plus riches du in.nidi', même
u^ns Un pays très froid en hiver.
^t's détails sont intéressants parce qu'ils détruisent les l"''*i»'8'és des gsns qui se figurent encore i[uiiu ne peut neii ifiire dans les pays froids ; il semble, au contraire, 'I'*'! y a une grâce d'état poui- ces pays, si j'ost- dire.
'-^ beurre, le fromage ne se fabriipicnt [las au Canada '^'^fnme en J'rancc. Dans les très grandes lei'mes (m inslallo clos fromageries, des benrreries ^lui sont de véritables
usines ; los pelit:^ propriétaires qui n'ont qu'une faible (inanlité de lait vont le porter à ces usines qui produisent du fromage, du beurre absolument comme nos grandes lilatures du nord produisent des étotres de cotou et de lin. C'est l'une des formes les iihia curieuses de l'industrie du pays et ce sont no^ fruitières singulièrement agrandies. Tout s'y fait sur une très vaste échelle. On a sous la main de merveilleux et incomparables instruments de transports, en dehors des réseaux de chemin de fer. Ce sont d'abord les lacs, le lon^^ de la frontière des Etats-Unis: Lacs supérieurs, inférieurs, Iluron, Erié, Michigan, Ontario, lacs de grands portages. C'est ainsi qu'on jett^e les i)ois au fil de l'eau de ces facs, on les fait passer dans des canaux qui relient les lacs à travers les chutes d'eau. Les charpentiers — qui malheureusement ont trop prêté leurs secours, aux Anglais, poussés par leur loyalisme, dans les guerres d'Egypte et du Transvaal — comme l'on dit là-bas, font de grands trafics, arrivent à dégager et à con- ~ duire les bois qui sont amenés aux ports du t^aint-Laurent dans lesquels il s'en fait un commerce considérable. On fabrique là-bas, non pas des meubles plaqués, mais des meubles en bois plein, niassii, ce qui est confortable et solide.
Je ne dirai pas que ce soient là des meubles aussi beaux au point de vue artistique que les nôtres; sous ce rapport ils ne sont pas comparables nus. meubles du faubourg Saint-Antoine, car forcément ils sont lourds, mastocs, sans placage, tout en acajou ou autre bois massif.
Pour fai:c contraste, sans doute, les Etats-Unis font des meubles eu papier plaqué ut d'autres en bois pleins.
Le." produit sindustrielsprîncipaux comprennent donc: les
" cbar[icutes et planches, des liois sciés, tous articles de bois,
outils a-rricoles. tissus en laine et lin, meubles en bois
pleins, cuirs, fers, cuivre, quincaillerie, machines à vapeui-, papiers, savons et chaussures, toutes les transformat io us riu lait, sucres, etc. etc.
Tout cela représente un très grand commerce pour un peuple relativement pelit; c'est !e pays des manufactures, oùl'cm construit de grandes fahriques à vapeur, le pays qui. selon des chiffres récents donne G50 millions à l'exportation contre 035 millions à l'importation, ce qui représente \;n hénéfice de 15 millions en faveur du Canada. Cette situation déjà |irospcre ne peut aller qu'en augmentant dans des proportions rapides. Les importations françaises n'y sontque de vingtmillionsparan seulement, très faible chiffre, parce que nous n'avons pas su créer des lignes de navigation sérieusement organisées entre nos ports et le Canada. Vous ne voyez que quelques navires français, alors qu'on ne parle que des grands trusts de navires américains, allemands, anglais. Est-ce parce que nous n'avons pas les capitaux nécessaires pour rivaliser avec la navigation de ces états, ou parce qu'il ne se trouve pas de com- P^gïiie assez audacieuse pour entreprendre la chose? La question est extrêmement délicate à résoudre; ce qu'il y a de bien certain, c'est que nous voyons des compagnies étrangères trouver le moyen de prendre leur port d'attache au Hàvi-e, et même à Cherbourg et nous faire concurrence sur notre territoire. II e.<t incontestable que tant ^.^^ nous n'aurons pas de grandes lignes de navigation enlPe le Canada et nos poris marchands, nous ne pourions espérer augmenter ce chiflrc de 20 millons d'alïai- TGs avec ce beau et riche pays. Le Canada possède les plus grands canaux du monde ; ses lacs supérieurs ou inférieurs, Erié, Michigan, Ontario, Huron, etc., que je citais plus haut, sont de vérital)les mers intérieur'is. A Montréal le pont du chemin de fer du Grand Tronc
— li'i -
Crriiiik') ;i trois liilniiiè'rcs de loiiyueiir et ;i coûté plus de 411 iiiillkina de iVaiiCs C'i'st un niivr;if,''e merveilleux, riiez un iKHiple si jt'uni'. Le Douiiiiiiui — mot anglais î-pécial ;i et' [leuple — inissivlr n.OOOuiillcs de voies ferrées divisrscn Iriiis giandv réseaux [irincipaiix : Le Caiiadian Pacilic liaihvay qui mesure 7.500 milles ;le giand Truuk lîaiiwav a 11.800 eiivircn et riiilercoloiiial Raihvav nriive avec 1500 milles euvirou. Ils n-préseiitent. un milliard de dollars environ comme capital et dans ce cliiirre le Canada lui-même n'a contribué que pfiur 18 environ, pas plus de 300 millions do dollars.
A l'heure actuelle, sur Ions ces ré>e;iii\, il y ;i plus de 20 niillions de vOyageuis. plus lUt ItO millions de innties (rauspoi-iées, le tout représentant une recette ;itiuuellc de ()0 millions di! dollars environ. (;'est enc<u-o, comme vous le voyez, l'expression de la prospérité chez ce peuple ([ui naît d'hier ;; In vie commerci;ilé.
Le Canadian Pacific Haihvay, i|ui de Montréal va i Vancmiver, parcouit une distance de :?.9L)ij milles, dans des provinces d'une licliesse incomparable, au point de vue des in'nes, delà culture, tic l'élev.-ige. des bois, telle que hi prcivincedu Manitfdia. qui, sans lui seraient restées, suivant l'expression de lord lîeaccuislield, des d-'-seci^ .y.-ijts home. Mais ce désert a disparu depuis que cette ligne ferrée est ouverte à la tirctdation. La ligne do Montréal à Vancouver est plus iuîportanle que celle de \eu--V()rk à San-l'^rancisco et la dépasse; de fJOO miUes. La Compagnie a liue flollt! à elle, assurant les communications enire \'ancouver, '^'okohama, Sliangbaï, IIoiik-Kong-; do plus ce chemin de fer est relié avec tous les grands ports. lOrdin. le gouvernement ang-Iais à un service régulier de la malle entre Liverpool, la Chine et le Japon, à travers le Canada.
Z^-'ette voie est plus courte de pliiH de 1(H)0 milles que ^^«qui passant par Gibraltar lit le canal do Suez, aliuulit â« mênie au Japon. Passer |iar le Canada a pour lêï^ultat '3 distribution du courrier entre Londres et Yolioliinnaen w'ngt et un joui's. Par conséquent, eomme vous le voyez, ■'^ t'(ait juste de vous dire tout à l'Iieure que le Cana- ^ian l'acific Hailway, que ce ^viuid réseau de chemin de fer iwïernationaj était l'une des plus {grandes voies de communication du monde entier, avec le Canal de Huez (jui a eu et a encore une iniportancf équivalente, tant que des lignes nouvelles de chemins de fer ne viendront pas la concurrencer, comme les Anglais îont le faire à travers i'Eg'vpte.parexerapIe. Peut-étrecette voiecanadienneserat-elLe concurrencée d'ici 30 ans par le canal de Panama, c'est probable, mais cela n'arrivera jamais complètement. En voici la ra ison : la Baie de Saint-Jean, pointe extrême du jjat*ï"ador, est située juste en face de l'Ecosse, a peu de dis- ^,a,t>ce relativement. Or, on a con^u le plan d'établir une ç-^atide ligne de navigation qui aurait pourpointdo départ Ye^trênie Ecosse, pour débarquement cette baie <ie Saint- Jean à rextrémïté du Labrador. Le jour où l'on aura ainsi relié l'Europe à l'Amérique, le jour où l'on aura des navires à marche très rapide, on est bien certain de faire la traversée en moinsdetrois jours; d'ici vingt ou trente ans peut-être, on la fera en deux jours, et l'on pourra licrement dire que l'Atlantique n'est plus un obstacle, puisqu'il aura disparu, ou à peu prés ! Certes on rencontrera parfois de nombreux icebergs mouvants, au printemps ; mais, en traversant l'Angleterre en chemin de fer, et en opérant de même en Canada, on aura trouvé la voie la plus courte, la plus rapide pour aboutir à Yokohama, car cela abrégera même plus le parcour.s que le canal de Panama. Gacner du temps est maintenant une considération très
importante pour les commerçants, les industriels de tous les pays. Maintenant ce sera encore un avantage jjour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la mer ; ils seront satisfaits de n'avoir que trois jours de traversée, ils n'auront pas à s'embarquer à Saint-Nazaire et à accomplir une traversée de trente jours, comme à l'heure présente. C'est pourquoi, je le répète, nous avons à considérer ce chemin de fer canadien comme la plus grande voie d6 communication de l'avenir, surtout iii l'on arrivait jamais à percer le tunnel sous la Manche.
Alors vous comprenez combien nous avons tort de ne pas nous relier directement a vecle Canada ; si nous n'établissons pas des lignes de navigation directes avec cette partie de l'Amérique,' nous continùrons la politique d'abandon de Louis XV, et ce n'est plus Montcalm que nous laissons sous les murs de Québec, mais bien nos intérêts économiques que nous laissons péricliter.
Aujourd'huij'ai cherché à vous faire comprendre quelle était l'importance du Canada à l'heure présente, et comment aussi il serait dangereux pour nous de nous figurer que les Canadiens sont toujours des Français. Résumonsnous en disant que là nous nous trouvons en face d'un peuple qui est resté notre parent, notre ami, avec lequel nous avons de fortes attaches et qu'il est malheureux que nous ne cherchions pas à resserrer plus vivement nos relations et à augmenter ce chillre de 20 millions d'exportation ; bien loin de l'élever, nous sommes destinés à le perdre, si nous ne créons pas rapidement de nouvelles lignes de navigation entre le Canada et nos ports marchands.
BAIE d'hUDSON
La Baie d'Iludson entre dans le Canada comme un coin. Par elle arrive tous les vents du Pôle Nord, alors que chez
nous, sous la mêmeligne isotherme, nousavons les monts Scandinaves, les Alpes Dofrioes quiles arrêtent et protèfreiitainsi la Hollande, la Belgique et la France de ces mmes vents froids. Sans ces monts, il ferait aussi froid à Faris qu'à Québec. Ilreste, dans cette baie d'Hudson quelques indiens, quelques Peaux Roug'es et, lorsque remontant vers le nord, on arrive au détroit de Behring, on rencontre des Esquimaux. Ce fameux passage du détroit de Behring est connu ; tous les ans quelques navires le traversent, non seulement des navires d'exploration, mais aussi de commerce, doublant ainsi l'Amérique du Nord. Cela peut se faire pendant un mois de l'année ; mais jamais on n'aura l'\ un moyen de transport maritime régulier. Peu on point de commerce à la baie d'Hudson. en dehors des comptoirs -de pelleteries, assez nombreux, où s'établissent de grandes sociétés de chasseurs, et d'où proviennent les fourrures. C'est là que l'on trouve des Mélii qui ont formé comme une' race nouvelle, composée de quelques milliers d'individus, maltraiti-^ par les Anglais. C'est Tun d'eux le grand patriote Louis Ifiel qui aété pris, jugé et exécuté par les Anglais, qui l'aviiient condamné à 'tre pendu et qui ont, pendant longteni|is, maintenu sa grâce sur sa tête, avec un raffinement d.' cruauté tout à. fait indigne d'un grand peuple, et finaleui-nt l'ont tout de même fait mourir.
Dans ces dernières années est née la ci- ilisation dans les parties nord de l'Amérique, dans le dis > i t du Yukon, le KIondikc, la Bonanza, l'Eldorado, tribui ires du Yukon. C'est là que se trouve le fameux Klo likc ignoré des géographes il y a peu d'années, relative'. mmiI inexploré et inabordable, puisqu'il se trouvait dans hit -.-ion très froide, et qui maintenant attire les mineurs, à i use de l'or qu'il recèle.
Les Russes possédaient il ya une trentaine d'années toute la presqu'île de l'Alaska, continuation de leurs possessions asiatiques, et ils l'ont vendue aux Etats-Unis, si bien qu'aujourd'hui le Canada se trouve resserré entre les lîtats-Unis qui ont ainsi le chemin ouvert pour arrivera tes gisements d'or, où courent tous Igs mineurs, où\tout î-e paie au poids de l'or, d'où l'on ne revient pas toujours, souvent quand on n'est pas tué par le climat glacial, assast;iné.
On y subit jusqu'à 5(1 degrés de froid, cependant cotte fièvre de l'or a été si intense qu'en 1899 et 1900, il s'est constitué des compagnies pour transporter les mineurs qui en quantité prodigieuse, jusqu'à 300.000, venaient chercher fortune, arrivant surtout de San Francisco. Autrefois les routes étaient jalonnées de cadavres; il y avait un inineur qui revenait sur cent malheureux qui partaient.
Aujourd'hui la situation s'est bien amélioré ; les Etats- Unis Jiyant voulu s'empaier de c(!tte contrée lointaine, le Canada s'est empressé de faire des chemins de fer, et l'on [■eut s'y rendre assez facilement, à l'heure actuelle en (■■té.
La vie matérielle y est moins pénible, les premiers har.iquements sont remplacés par des constructions plus confortables qui permettent d'affronter la température si
I igoureuse d'un long hiver.
Cette théorie des Etats-Unis de s'emparer de tout ce '[ui peut se prendre est un héritage de la Grande-Bretagne, qui clierche à l'appliquer dans cette même légion.
Terre-Neuve est la première colonie anglaise en date. Découverle pur Je;m Cabot en 1497, elle tut perdue pour
II France au traité d'Utreckt, en 1713. Cependant tous les droits de la LVance ont été reconnus par ces trois mal-
heureux traités, y compris ceux de Paris et de Versailles, qui noos firent abandonner le Canada ; nou.s avons à Terre-Netive le droit de pêche à la morue- (French Schoor) et ces droits ne sont pas contestables. Cependant à chaque instant on voit s'élever des contesta lions entre la France et l'Angleterre au sujet de Terre- Neuve ,■ le Parlement anglais n'aime pas à nous voir dans ces parages et l'Angleterre nous fait des offres de compensation pour ces bancs de Terre-Neuve qu'elle désire posséder à elle seule. Nous aurions le plus grand désavantage à abandonner ces droits sur une pêche qui fait vivre une grande partie de nos côtes bretonnes et normandes. Je vous ai expliqué l'année dernière que nos deux îlots de Saint-Pierre et Miquelon étaient insuffisants, et si l'Angleterre, le" gouvernement de Terre-Neuve interviennent si vivement, c'est qu'ils comprennent l'importance de cette pèche.
Mais gardons nos droits là-bas, malgré tout, et cherchons à y développer cette pêche, source de tant de discussions et sur laquelle nos droits sont indiscutables.
Le temps me fait défaut pour vous parler longuement du Labrador et de l'île d'Anticosti. Cette dernière, comme TOUS le savez, appartient à M. Menier, le chocolatier, qui n'en est que le locataire. C'est pour le moment une chasse on plutôt une forêt colossale, mesurant soixante lieues de long et que l'on cherchée mettre en valeur. L'Angleterre n'estpas intervenue à propos de cette île, parce que M. Henier la loue et rien de plus et qui dit locataire ne dit pas propriétaire. Il ne viendrait donc jamais à l'idée d'affirmer que cette ile n'est plus canadienne, mais française.
Je termine en disant qu'il est nécessaire pour nous de
maintenir nos droits sur Terre-Neuve et, malgré toutes les offres, de ne pas nous laisser tenter par le parlement de Terre-Neuve, pas plus que par l'Angleterre qui, certes, auraient un immense intérêt i nous enlever ces droits. (1)
(1) I.'oM sait comment aneconvenliou ri^centc vient de nous y faire renoncer wi iiop (.'randc parUe.
HUITIEME LEÇON 3 Février 19U2.
Gkande-Bretagne dans r/AMÉniyL'E Cfa'- X Antilles : Honduius anglais, Petites
A BARBAnE, ILES DE GutNADE, DE SaINTE-
iNT- Vincent; jles Soua lh-vent, d'Anti-
riLLA, DoMrNlOUE, MrtNTSERBAT, \RVIS,
(Saint-Christoi'he), Vierges (Virgin Is-
OOE ; ILES CaiOUES iCAICOS ISLANDE) ; ILES QUES ou UE TuRlvS (TlHKS IsLAXDS) ; ILES
ï; Baham4 ou Lucayes ; ilrs Bermuiies — Amébioue du ?uu : Guyane anglaise, ij ou Malouines.
es. Messieurs,
itre arrêtés assez longtemps sur le Canada [lontré, la semaine dernière, comme la très lonie anglaise dans l'Amérique du Nord, en train de former une nation nonvelle, ourd'hui nous occuper de toutes les petilées dans les trois Amériques, s'il est périr ainsi, vis-à-vis de l'Amérique centrale et ;9 Nord et Sud. Vous allez voir, que s'il . possessions, néanmoins, elles ont toutes, vers, une importance considérable, soit s, soit par suite de la haute intellig-eiice co- !e par l'Arigleterre. Les colonies de la
d.yGooglc
GraiiJf-Bretiigno dans l'Amérique Centrale et aux Antilles — je ne vous cite que celles qui sont les plus connues — comprennen , sur la côte occidentale, le Honduras anglais, les Petite" Anlilles, la Bai-hade, les iles de Grenade, de Haint-Lucie, du Saint-Vincent ; les îles Sous-le-Vent, d'Anligoa, d'Anguilla, Dominique, Montserrat, Névis, Sainto-Kitts (Saint-Cliristophe), les iles Vierges (Virgin Islands), la Janiaï(]uu : les îles Calques, (Caieos IslandsJ ; les iles Cayman. Turques ou do Turks ,Turks Islands), les iles de la Trinité, Baliama ou Lucayes ; les iles Bermudes ou Somers.
Dans l'Amérique du Sud. nous voyons la Guyane anglaise, les iles Falkland ou Malouiues.
De cet enj^enible considérable de colonies anglaises, je n'en vais, autant que possible et par la néce.-si'é même des cboses, rpicnir que quelques titres, punsaiit qu'il est inutile de les cxaininer toutes en détail, non pas |tar manque d'intérêt, niais parce que cela nécessiterait beaucoup plus de tcmp-i qu'il ne m'est loisibles d'en consacrer à l'Angleterre coloniale.
Nous allons commencer par nous occuper des deux formes des Antilles qui se présentent à nous, les unes relativement très petites, les autres, au contraire, reialivement très grandes.
Vous savez que les Antilles — Indes Occidentales — nom qui leur vient de ce que Cliristophe Colomb et ses compagnons crurent, à leur débarquement, qu'ils avaient gagné les Indes par l'Occident, les Antilles, dis-je, forment le plus grand arcbipel du monde. Les possessions anglaises (British West Indies) ont une superficie de IS.OCK) milles carrés environ, soit un peu plus du huitième de la superficie totale des co'onies dans les deux Amériques. Elles forment huit groupes comprenant chacun une
colonie séparée, ayant un goiiveniorlien: persoiittp], ce qui vous proiivn (jiie l'Angleterre altachc une assez }>i'ande inoportance i ces possessions.
Le premier groupe compreixl : Halinma. Jainaïca ou Jamaïque, Lecwanl IslamU. Anligoa, Saint-Kills ou Saiiit-Criîitophe.IiiDomniica. Montserriil, Virgiri-Islaiids. Puis vie.Ttient Greiiada, Saitit-Vincni, Sainte-Lucie, les Grenadines, toutes comprises dan- Windward-Islands. et lormant une partie des pelites Antilles; voici la Barliade qui ^st une de ces îles ; sous le nom d'Iles Sous-le-Voiil, nous Soyons encore, à l'Angleterre, la Trinidad et Tabago.
Dans toutes ces colonie», depuis des siècles, on fait du
^ucre de canne. Dans ces derniers temps, quelques-nnes
"* ces possessions anglaises se sont mises à l'aiie du
^'^> Ce qui, malheureusement, n'avait pas été tenté i une
Pogue antérieure. La crise sucrière qui est survenue depuis
""s ia betterave est entrée en concurrence avec la canne
^ été la cause iutiale et impérieuse.
' ^st regrettable en efl'et que dans ces colonies ou n'ait
/*^^ essa^'é de faire du cacao, des épices et du café, ce
^ ' r*0 urtant, aurait là mieux que partout ailleurs pu don-
^ *^ beau résultat. On ne s'est pas rendu un compte
, ^^ ^"jact de la crise sucrière dans ces pays ; et pourtant,
., l^ raison principale de la décadence .des Antilles. Si
^^''ait su dès la première heure, tirer du sol toutes les
^^'^s qu'il peut donner, il est évident que lors de la con-
*^*»cedes sucres français, on ne se serait pas trouvé en
^ia néant et de la ruine presque absolue,
^ïlsla plupart des Antilles anglaises on a senti d'abord
"'^^^ourrence des colonies espagnoles et portugaises de-
ç\i\^ 1834^ depuis l'abolition de l'esclavage chez les anglais,
ius(\ti'ejj |ggg année où il fut aussi aboli à Cuba. Entre
c«* deux dates, Cuba qui, comme vous le savez ne fut prise
par les américains que dans ces ilernières années, avait exercé une (erribln concurrence vis à vis drs Antilles anglaises par rapport à la main-d'œuvre qui leur faisait défaut. Aujourd'hui, après cette iléchéance partielle, spéciale et latente, arrfve une autre cause de déchéance totale sov.s la forme des sucres de betterave se mettant en concurrence contre la production principale, presque unique de ces Antilles anglaises ou autres, le sucre de canne
C'est un fait brutal contre lequel il n'y a rien à faire, bien que le sucre de canne soit plus doux, plus fin, plus sucrant que fout autre espèce de sucre — je ne parle pas des sucres spéciaux et médicaux, du sucre de iait, qui coûtent trop cher, ou, bien des sucres tirés des sous-produits de la houille qui sont absolument mauvais. — Il est donc entendu que le sucre extrait de la canne est à la fois le plus sain et le plus (in, mais ce qui est certnin également, c'est que dans la dernière partie du siècle dernier, il a été battu en brèche par la betterave de telle laçon qu'il ne s'en relèvera jamais. Fuis est survenu aussi le système des primes à l'exportation ofiertes par les gouvernements, fait dont vous ont entretenu les journaux depuis la conférence de Bruxelles, et qui d'un seul coup a tué les colonies européennes aux Antilles, quellesqu'elles soient. J'attire particulièrement votre attention sur cette crise sucrière qui a eu une répercussion dans le système économique universel. Vous savez tous ce qu'est le système des primes à l'exportation, créé par tes gouvernements pour létrauger afin de vendre leurs sucres sur tous les marchés, ce qui a produit ce phénomène que, nous Français, nous vendons notre sucre aux Anglais au prix de dix-sept centimes, alors que chez nous, pour notre consommation journalière nous le payons deonze à douze sous la livre. Ce système de prime ou bien de kartel en Allemagne, a donc pour résultat, tout en donnant pour
rieo nos sucres à l'Angleterre, de faire bénéficier sa Métropole, tout eu tuant, en ruinant ses colonies. Chose plus bizarre encore, au bout de quelque temps l'Angleterre, sous forme de confitures nous revend nos sucres à des prix élevés. Voua voyez que ce système des primes à l'exportation, a produit des effets contradictoires et singuliers; autant il a été à l'avantage des Anglais et au détriment des Français, autant, aussi il a été au détriment des colonies anglaises, dont il a ruiné totalement les exportations et le commerce. Ceci a semblé très extraordinaire de la part de l'Angleterre toujours si pratique et qui; pendant ses dernières années, ^ paru abandonner ses colonies de l'Amérique Centrale. C'est que la Métropole ne trouvait pas de remèdes, c'est qu'en effet il n'y en a absolument qu'un : l'abolition imiuédiate des primes à l'exportation, quand il s'agit du sucre de betterave.
Je vous expose la situation très navrante de ces malheureux pays, sans distinction de métropole, de nationalité possédante. Les Antilles sont des pays que j'ai habité, dont je connais toutes les misères, tous les besoins pour les avoir vus, touchés du doigt pour ainsi dire. 11 faut, pour juger la question, partir de ce principe qu'avec les tendances économiques du monde moderne qui sont toujours les mêmes partout, et qu'avec les moyens de transports qui couvrent la surface du globe, les situations commerciales de chaque pays peuvent se transformer très rapidement. De telle sorte que le phénomène reconnu, expérimenté, terre à terre, dirais-je même, qui fait que dans une grande ville, les petits magasins sont tués par les grands, les petites usines par les gros producteurs, se reproduit partout, de tel sorte que l'on peut de même reconnaître que les grandes nations productrices savent anéantir les petites en quelques années. C'est ce qui s'est pro-
duit aux Antilles, aux Petites-Antilles particulièrement, et je voua prie de croire que la situation mérite de retenir l'atlciition des économistes modernes, car il s'agit lu, deplusieurs centaines diles environ. Je pense que petit à petit, par d''S. cessions, des achats, ces îles finiront par appartenir aux Etats-Unis, parce qu'elles sont pour ainsi dire toutes, dans leur sphère d'influence commerciale, et qu'elles tomberont un jourou l'autre dans leur sphère économique; c'est ce qui est arrivé à propos des Antilles espagnoles hier et demain pour les danoises, ce qui arrivera certainement à la plupart des possessions européennes.
La plupart des états européens ont intérêt i se défaire des Petites Antilles qui, en vertu de cette loi de concurrence universelle qui semble régir le commerce extérieur et intérieur, ne sont plus capables de vivre par ellesmêmes depuis cette crise des sucres qui remonte à 1834. Nous pouvons en conclure que seules les grandes Antilles pourront se suffire à elles-mêmes, lorsqu'elles auront adopté d'autres productions nationales ; telles sont Cuba, qui de l'Espagne a passé aux Etats-Unis, la Jamaïque, Saint-Domingue et Porto-Rico. Ces quatre grandes Antilles pourront seules échapper, peut-être encore quelque teojps, à la politique constante des Etats-Unis dans ces dernières années, politique merveilleuse qui explique pourquoi les Etats-Unis se sont emparés des provinces mexicaines et des grandes Antilles espagnoles. Ils ont imité en cela l'Angleterre, cherchant à avoir ainsi sons la main tous les produits intertropicaux et les produits des régions tempérées ; ils mettaient en pratique un principe économique connu, simple, patent, que les Russes ont suivi, qui consiste à se procurer la possibilité de faire entre l'intérieur et les extrémités de la Métropole, entre le nord et le midi, les échanges rapides et constants des produc-
tions manquant réciproquement à uliacuno des [iitrties d'un Etat.
Lorsque par hasard un Etat fut à mOine de suivie cette politique économiqne sans sortir di! ses frontières, grâce à sa configuration géog'.raphique et à son. étendue, il est arrîvi; à ce résultat merveilleux d'une circulation commerciale san"s l)a''i-ièri', sans droit, sans oh-itaclfî, sur son territoire. (J'est le secret de la [iiditiquc américaine à l'heure présente.
Nous venons do voir que les Antilles ont succombé sous la crise sucrière survenue d'abord à cause de la main d'œuvre supprimée au lendemain de l'aholilion de l'esclavage, et ensuite par la concurrence de la betterave. C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas tout. [I semble que ces pauvres Antilles soient sujettes, non pas aux sept plaies d'Egypte, mais aux sept plaies américaines. A côté de la disparition de la fabrication du ^ucre que l'on a essayé, mais en vain, de remplacer par le rhum, le tafia dont ia consommation n'est pas assez importante, sont survenus les tremblements de terre. On peut dire que dans ces îles il y en a presque constamment ; ce n'est pas toujours dangereux, mais c'est désagréable. Lorsque l'on va là-bas en mission scientitique, on peut chaque jour, à l'aide du sismographe, constater des oscillations du sol volcanique. Tous les vingt cinq ou cinquante ans, il y a un tremblement de terre qui rase complètement la contrée où il se produit. En 18'i2, une partie de Saint-Domingue fut anéantie.
C'est là un grand inconvénient auquel viennent s'en joindre bien d'autres. On remarque aussi de fréquents et terribles incendies détruisant des villes entières ; et, dans les rapports commerciau.v, se présentent les crises de change. .le ne vous les indique qu'en passant, car j'ai eu maintes lois l'occasion de vous en parler et je vous
ai dît que fortraremetit.iI est possible de faire des aflaires extérieures autrement qu'avec la monnaie d'or et que c'est là une condition à stipuler sur les contrats. Malheureusement la munnaie fiduciaire maii [u-; pour les achats intérieurs, les pièces d'argent deviennent rares parfois et il en résulte que les moyens d'échange font défaut, c'est-à-dire que les exportations n'étant p.is assez nombreuses pour faire rentrer le numéraire or dans le pays, le commerce' diminue chaque année en même temps que la prospérité.
Il arrive que la diminution de monnaie fiduciaire en traîne un change de 40 à 400 0/0; vous avez quelquefois des monceaux de papier, votre dépense s'élève à dix mille francs, quand en Europe vous auriez la même vie pour 4 à 5.000 francs. Les banques coloniales, françaises, anglaises ou espagnoles, indifféremment, ont presque toutes fait iaillite par suite de ce système monétaire désastreux. Ce sont naturellement les petits, les travailleurs qui en souffrent ie plus.
Ajoutez à tous ces. désavantages la main d'oeuvre défectueuse, les épidémies de fièvre jaune qui, cependant, il faut l'avouer vont en diminuant, surtout depuis que la science a reconnu que cette maladie était propagée par les moustiques etqu'elleespère la faire disparaîtra aux Antilles comme à Rio-de-Janeiro; vous voyez, dis-je, dans quelle situation quasiment désespérée se trouvent actuellement les Antilles. Voilà pourquoi leur possession par les Etats-Unis est la seule solution économique de l'avenir : l'union fait la force !
Nous allons examiner les plus importantes comme possessions anglaises.
Les Bîtliamas ou Lucaycs, au nord de Cuba, forment un long archipel composé d'à peu près 500 îles ou ilôts rocheux dont une vinc'taine seulement sont habités.
Leur superficie totale équivaut à 2. Il 8.338 acres dont 20.000 seulement sont livrés à la culture : 20 îles habitées et. 90.000 acres cultivés ! Ces chiffres sont très intéressants, parce qu'ils montrent sous une très petite et très curieuse forme les qualités des Anglais en matière coloniale et, de plus, ils vont nous démontrer ce qu'on pourrait faire aux Antilles, en dehors de la canne à sucre. De 1851 à 1895, la population a passé de 23.4 10 à 50.600 habitants. La capitale, Nassau, est à la fois une charmante et coquette petite ville et le port principal des Lucayes. On y compte 10.000 habitants. On y fait du coton ; l'exploitation des forOts va en décroissant, mais dans les derniers temps on y activait la culture du sisal, plante fibreuse de la famille des agavées.
En passant je cite les pites, les ananas, les parasites qui poussent au sommet des arbres et qui sont de cette même famille. De ces matières fibreuses on forme, non pas des étoffes pour habillements, mais des cordages à peu près imputrescibles, très solides. A ce propos, vous connaissez le yucca à feuille mince et filamenteuse dont nous n'avons ici que de faibles échantillons, car !e véritable Yucca est dix fois gros comme ceux de nos jardins et sert également à la fabrication des cordages.
Résultat merveilleux, les Anglais ne s'en sont pas tenus là dans leurs Antilles; grâce à leur esprit pratique la situation des Lucayes a changé depuis vingt ans,.
Ces îles absolument pauvres qui ne faisaient que la pêche à la tortue ou s'occupaient des salines, sont devenues plus riches à mesure qu'on s'est mis à y faire toute l'année des primeurs : oranges, bananes, ananas, tous les fruits crèmes, sur lesquels il est inutile de revenir.
On les embarque sur des navires à vapeur, faisant un service régulier et direct, énormes barges qui permettent
(le vt'ndiii ces piiriHMiis ilaiis les Carolines, sur toute la cote, aux I2t;ils-lJiiis.
Dtf |ilti»,riiiiai:tabli là îles stitioiis d'iiivernaïïe qui font coiiciirrfîfice à la [''loride.
Eli I8'.)7, les ex|»ortati(ins ont aiigmenié de iO.OOO i sur l'aunéo [iivci'ilenio, M»it 141). (lon f^ à l'exportation et 181.400 aux iin|i<irtalioiis. Bien qu'il y ait encore un j^ros excédenteiiti"e If- ini|iortalioiis ot l.'s oxportations, ct'j)endant (le pareils cliillrts indiquent un comniercn important qui va en augmentant, ce qui peut faire espérer niio situation plus favoralile dans l'avenir.
Voilà donc un exemple frappant de ce que l'on peut faire aux Antilles sur des ilôts presque stériles ; est-ce à dire que tontes les Antilles éloignées des Etat-Unis peuvent le suivre et espérer un aussi bon résultat ? C'est probable, car aujourd'hui l'usage desglacières rend possible le transport des primeurs, il n'y a pas de points assez éloignés aux Etats-Unis, où elles ne puissent parvenir en bon état. La Jamaïque est un jardin incomparable. Chaque maison semble enfouie dans des bouquets de verdure ; c'est un paradis encbanteur, puisque c'est la nature organisée, installée par un peuple, le plus pratique de la terre, et qui abénéficié des avantages matériels d'unefaçon merveilleuse. Il est très intéressant de visiter chacune de ces Antilles, car on se trouve constamment en face de races différentes, de couleurs et d'origines.
A la Jamaïque vous avez sous les yeux une installation ingénieuse de toutes les comnodités européennes et américaines à la fois ; l'eau vive coule à. travers de superbes parcs anglais, l'électricité fonctionne partout et vous avez la vision immédiate que cette colon,ie ne peut appartenir qu'à une nation aussi pratique que l'Angleterre. Au contraire dansles anciennes colonies espagnoles, voisines pour-
t&nl, vou»con8tatez un laisser-aller extraordinaire; dans les colonies françaises vous trouvezencoreunehc'Ile installation mais qui n'est cependant pas comparable' :iu confort anglais, mettant en pratique tous les progrès modernes. Aussi les noirs appartenant aux possessions anglaises ont -ils bien en eux le sentiment de leur supériorité et c'est ave.; orgu«îl qu'ils vous disent o Je suis sujet anglai^i s. C'est l'hommage le plus grand que l'on puisse rendre au sentiment colonial extrêmement développé dans la nation .-inglaise. La Jamaïque possède des chemins de for, bien compris pour les régions intertropicales.
Maintenant, par des chiffres, vous allez voir immédiatement comme a été sensible la crise des sucres de canne, là, comme dans toutes les Antilles. En 1805 la production du sucre atteignait 135.CKtO tonnes et on avait 5 millions de gallons de rhum, — le gallon représente environ 4 litres. En 1897 les chiffres sont de 16.0?5 tonnes de sucreseulement et 1.642.819 gallons de rhum. On relève également à cette époque une diminution de 21 0/0 dans les cafés et de 50 OjO dans les bois, par suite de la concurrence énorme de l'Amérique du sud. Vous voyez que d'une façon générale, c'est la ruine pour les Antilles, ruine d'autant plus grande pour les petites colonies, car je vous cite des chiffres concernant l'une des colonies les plus perfectionnées au point de vue des moyens de transports, de l'installation. En vous basant sur ces chiffres vous pouvez, les diraiiniaut à peu près de moitié, vous rendre compte de la situation des petites lies, des petites possessions européennes, et vous verrez qu'elles sont extrêmement malades au point de vue économique. On s'est entêté pendant trop longtemps à ne faire que du sucre, du tafia, du rhum ; ce n'est pas la manière à employer pour relever le commerce général. II faut l'aire autre chose, produire du
café, du cacao, du coton. Je ne parle pas du bois de campéche, seulement, mais de toutes les productions qui s'adaptent au climat.
Prenons maintenant la Trinidad ou Trinité qui a 1754 milles carrés de superficie.
Heureusement pour elle, elle possédait dana ces dernières années une industrie parti^'-ulière, spéciale, qui l'a sauvée de la ruine totale-. Je veux parler de l'exploitation d*%s dépôts bitumeux formés par un lac situé i La Bréa, qui mesure 110 acres d'étendue. Ce bitume a fourni en 1897 jusqu'à 138.801 £ à l'exportation. Ce goudron bitumeux s'appelle tanjak et depuis quelques années prend une importance énorme. Mais ce lac pourra-t-il le fournir toujours dans les mêmes proportions? On ne le sait paé, et il est à présumer que la disparition de ce bitnme causerait la ruine de la Trinité.
Quant aux primeurs, il se dresse un obstacle à leur écoulement régulier et croissant. Elles ne peuvent se trans* porter pratiquement qu'aux Etats-Unis qui, naturellement défendent leurs intérêts en défendant les productions similaires des Florides et des Carolines par des tarifa protecteurs ou prohitifs. Far conséquent, les primeurs ne pouvant pas encore parvenir en Europe, aussi rapidement qu'il le faudrait pour leur conserver leur fraîcheur, la résolution de ne faire que des primeurs dans toutes les Antilles n'est qu'une solution partielle, temporaire, transitoire du cette question si complexe, présentée par la ruine de toutes ces îles.
Quand on voit les résultats considérables obtenus par la culture de ces fruits sur quelques roches, on se dit : t Voilà le moyen certain de relever l'exportation mourante • Eh bien ! non ! ce serait iras mal conclure. Noua pouvons cependant dire : « Si aujourd'hui l'accès des Etats-
Unis est défendu aux primeurs par des tarifs prohibitifs, si d'uQ autre c6té leur transport en Europe ne peut s'effectuer sans qu'on s'expose à en jeter une grande partie à la mer, parce que les fruits se gâteront en route, il est à prévoir cependant que dans un temps plus ou moins éloigné, ce transport sera faisable. » La distance entre l'Europe et l'Amérique diminùra par les lignes de navigations plu» nombreuses, plus rapides, plus courtes aussi, par les trusts américains, anglais, allemands. Et ce sera malheureux pour la France alors, comme je vous le disais il y a huit jours, elle donnera ses ports comme points d'attache aux nations étrangères, à l'Altemagne, et ne créant pas elle-même de nouvelles lignes de navigation, il ne faut pas se le dissimuler, nous verrons notre commerce concur* rencé terriblement par tous les étrangers.
Un autre phénomène s'est produit dans ces dernières années. Lorsque les Américains ont vu se développer les primeurs, ils ont cherché ^ les cultiver sur une très grande échelle; le gouvernement lui-même s'en est vivement préoccupé, suivant en cela les doctrines de Monroti et de Mac-Kinley, doctrines mises en vigueur surtout depuis la guerre de Sécession.
Le gouvernement américain s'est dît : « Il y a dans cette culture des primeurs aux Antilles une conséquence déplorable pour la Floride et les Carolines, mettons sur elles un tarif prohibitif». Il en est résulté que ce merveilleux développement va se trouver arrêté maintenant d'une façon plus ou moins rapides.
Dans cette occurrence on a senti la supériorité de l'Amérique sur l'Europe au point de vue économique; chez nous on ne sait pas au juste si l'on est ou non protectionniste; on se bataille sur la question du libre échange, on y mêle des questions religieuses comme s'il s'agissait de discuter
tout autre chose que cette question des échanges et des tarifs à imposer.
C'est une pression de l'Europe entière qui provoque une solution. Il n'en est pas de même dans les Etats-Unis. Depuis 1861, les Américains n'ont jamais été que des opportunistes en fait de protection.
Eux qui étaient des libres-échangistes relativement, quand les Anglais se sont mis à faire des primeurs en ijrande quantité, ils se sonc déclarés protectionnistes et l'Amérique et son gouvernement ont imposé des droits •le 130 à 140 0[0 ad valorem ; ils ont entouré !a simple formalité de descendre à New-York, des mesures les plus vexatoires, de façon à empêcher les exportations des bananes, des ananas, des productions vivrières.
Cela a été fait sans esprit sectaire, ni passionnel. Ils ont ainsi compris avec leur lucidité habituelle qu'ils se trouvaient à ce tournant de l'histoire économique d'un peuple qui peut se permettre de fermer les portes aux industries même de l'Europe, et à New -York comme dans les autres capitales américaines, vous voyez non plus nos nouveaulés, nos bijoux, nos objets de luxe, mais partout des produits et des objets manufacturés américains.
C'est ainsi qu'ont diminué nos exportations de meubles, • le bijoux et parures detoutPs sortes, toute l'industrie de la toilette féminine.
Du jour au lendemain, avec leur système prohibitif, ils itnt réussi à créer chez eux une industrie nationale.
Demain, dans quelques années, quand celle-ci sera bien . :éveloppée,bien établie, ilsbraverontnos produits etnecrain- ■ Iront plus de rouvrir leurs marchés largement, au monde ';atier, puisqu'ils seront certains de ne plus être envahis [lar l'Europe, mais capables, au contraire, d'envahir l'Eulope à leur tour.
C'est ainsi, d'autre part, que demaia ils auront créé une culture nationale de primeurs' et alors ils ouvriront leurs marchés aux primeurs des Antilles qui ne seront plus prétérées. C'est le système économique de la politique américaine, suivant les besoiijs du moment et dérivant beaucoup de la politique anglaise.
Pour en revenir aux Antilles, nous dirons qu'à c6té des primeurs, d'autres cultures intéressantes seront tentées QQ jour ou Vautre avec un bon résultat.
C'est ainsi qu'on pourrait faire en grand la culture des légumes intertropicaux, ce qui paraît bizarre et pourtant il y aurait là une exportation facile à travers le monde entier. .
Culture en grand des arrow-root, tayaux, malangas, patates douces ou non, manioc, curcumai, etc., confitures de mangue, de goyaves, etc. L'on peut arriver à avoir des tubercules quatre à dix fois plus gros que nos pommes de terre, pesant plusieurs kilos.
L'exportation peut s'en faire, soit sous forme de tuberculesmêmes qui supporteraient bien la traversée, soitencore sous forme de farine excellente. Enfin on devrait s'occuper particulièrement aussi de la culture de toutes les plantes et de tout arbre fibreux qui fournissent une matière textile utilisable sous plusieurs formes.
Nous en avons des exemples frappants dans l'aloès, le - yucr^, le pite, les ananas, tous les agavées, dont on tire, je le répète, d'excellents cordages. Naturellement le tabac, qui est de première qualité dans ces îles, devra être cultivé sur une très vaste échelle. Vous savez à ce sujet que malgré sa position politique si défectueuse, malgré toutes les tribulations survenues chez elle dans ces dernières années, la Havane a dans son tabac une source de richesse énorme, UT il est reconnu supérieur à tous les autres ; on est arrivé grâce à lui à un état de prospérité étonnant pour un pays
si peu colonisateur pratiquement comme était l'Espagne. Un seul chiffve peut vous donner l'idée de ce que l'on peut espérer du tabac. Au prix de quatre à six sous pour un très bon cigare, on consomme dans la ville de la Havane pour 25 millions de tabac national, sous toutes les formes, surtout en cigarettes. Cela devrait- pousser à faire la culture du tabac dans toutes les Antilles.
De même quelques terrains ont assez d'humus avec une température assez chaude pour essayer la production do la vanille ; la culture du palmier peut être tentée aussi, mais pas celle du dattier, parce que le pays n'est pas assez chaud .
Une petite colonie anglaise, située dans l'Amérique centrale, qui est presque inconnue, bien que cependant elle joue un rôle de stratégie commerciale assez important, c' est le British-Honduras, entre le Mexique elle Guatemala. Avec une superficie de 7500 milles carrés, sous un climat malsain, il pos.sëâe cependant une importance assez grande comme point de transit commercial. Balize ou Bélize, la capitale, est en communication directe avec la Nouvelle- Orléans ; un service de bateau à vapeur les relient journellement.
Je vous ai parlé longuement, au sujet de Singapour et de Hong-Kong du bénéfice revenant à toute ville ou tout port transitaire, je n'y re\'iensdoncpas.Ilen est de même pourBèlizequiestbeaucoupmoinsimportantecert^neaieat et voit son commerce transitaire grandir chaque jour. En 1897, les importationsontété, — encommerce général et transitaire, bien entendu — de 1.423.097 £. et les exportations de 1.404.387 £. Il y a là des chiffres d'autant plu;^ importants que les Anglais ont cherché a prendre possession du commerce général en vue del'ouverture du canal dePanam».
LaGuyane Anglaise — British-Guiana — â une superficie de 109.000 milles carrés. Elle est située entre la Guyane
d.yGooglc
Hollandaise, le Brésil et le Venezuela. C'est un pays extrêmement riche, tout comme les Guyatics Française et Hollandaise, en minéraux et en végétaux de toutes sortes, en bois précieux, en or alluvionnaire ou de quartz. La capitale, Georgc-Town. ou Demerari, est un port àl'emboQcbure de l'Essequibo, comptant environ 'iô. 1)00 habitants.
Des réseaux de chemin de ter sont on exploitation ; les Anglais, sous ce rapport, ont fait plus que nous-même en Guyane Française. Cependant, on ne sait trop pourquoi, il semble que cette partie des coloniça européennes ait été comme négligée et laisséee en arrière, par les Anglais euxmêmes. On ne s'est occupé que de t'or, sous forme allurioimaire, ou en quartz que l'on ne trouve qu'après avoir cassé les roches qui les recèlent.
En 1897 les exportations étaient de i.899.*57 4 se décomposant ainsi :
Rhum
Sucre
Or
Bois
Divers
taudis que la même année, les importations n'ont été seulementquede 1.341.709Ê dont41l.267Spourraiimenta-
tiOD.
Vous voyez qu'il y avait une différence très sensible entre les exportations et les importations en faveur des premières. Je vous prie de retenir ces chiffres extrêmement intéressants, car ils prouvent que cette colonie anglaise a été mieux traitée que ses deux voisines européennes.
Ces 411.267 £ aux importations sont destinées à disparaître un jour ou l'autre, au fur et à mesure que le pays sera nais en valeur et pourra se suffire àlui-mème, l'habitant
n'allantpluschercheràrétrangerce qu'il peut facilement tirer de son propre sol. La situation de la Guyane Anglaise est dans une large voie d'amélioration. Autre chiffre àretenir: Le 31 mars 1897 lesCoolis desindeséfaientaunombre de 116.700 environ. Ils s'engagent à travailler pendant ud certain nombre d'années à condition qu'on leur assure leur retour gratuit dans leur pays Je vous ai dit souvent que nous avions des traités internationaui passés à l'ainiable avec l'Angleterre et nous permettant d'aller chercher nous même des coolis anglais aux Indes.
Ja vous ai rappelé toutes les difficultés administratives que l'on a su faire surgir entre nous et ces coolïs, leur répétant que nos traités soi-disant léoninsn'étaîentqu'uneforme cachée de l'esclavage, si bien que nous avons été ipso fscto obligés de renoncer à cette main-d'œuvre relativement bonne, mais pas toujours, car les coolis ne sont pas aussi intelligents, industrieux, et surtout sont moins résista^its que les noirs et les chinois. Cependant leur collaboration est certainement Tune des causes de la prospérité croissante de la Guyane anglaise pendant ces dernières années.
Il me reste à vous parler de deux groupes d'îles qui n'ont d'autre valeur que d'être des points commerciaux stratégiques assez bons.
Les îles Malouines situées au sud ouest de l'Amérique du Sud, — Falkland Islands ou Malouines- Falkland —forment 200 iles à 300 milles seulement du détroit de Magellan, point stratégique favorable au commerce de l'Océan Aflaiiiique passant dans l'Océan pacifique. Il y a là le môme intérêtque celui sur lequel je me suis t tendu, quand je vous ai cité nos tentatives de colonisation dans les îles Kerguelen. Ce n'est que dans ces dernières années que les Anglais se sont aperçus du parti que l'on peut tirer de cette positiongcogrnr.hiquedes Malouines au pointdc vue de l'éle-
d.yGooglc-
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yagedes moutons, qui y produit des résultats siipei-be-s. .le répète qu'il serait sage de les imiter dans noire archipel des Kerg^elen, dans l'Océan Austral.
Sans parler de la viande qui ne pourrait pas, à cause de l'éloignement, arriver fraicheen Europe, maisseraitutilisée en Amérique sous forme de conserves, la laine des moutons serait une source de §jros bénéfices pour toute personne risquant des capitaux dans une telle entreprise.
J'arrive aux Bcrnoudes, dernière possession anglaise dont Bouâ parlerons aujourd'hui. Il y a là un groupe de 300 Iles, dont 15 seulement sont habitables. Situées dans l'Océan Atlantique, à 580 milles environ du cap Hatteras-., le groupe principal couvre à peu près 19 milles carrés. Il n'y a que peu de commerce ; on commence cependant à y faire des primeurs pour l'Amérique centrale et les Etats-Unis. De plus, on y a établi quelques stations hivernales pour les riches familles Américaines qui y vont en villégiature, comme les Français vont en Algérie ou en Kabylie. C'est un point stratégique, militaire et économique pour les Anglais, si précieux, que là, comme pour Terre-Neuve, les Etats-Unis cherchent à s'en emparer, sinon d'une façon brutale et matérielle, ce qui ne serait pas facile avec les anglais, du moins économique et morale. Toujours crois» sant va la culture des primeurs et, chose qui s'explique par le raisonnement, les Etats-Unis n'ont pas cherché à l'entraver comme ailleurs.
Les Bermudes, plus au nord-ouest que les Antilles, parconséquent relativement plus loin, nepeuventpasfournir des primeurs aussi fraîche que la Floride et n'entre pas en concurrence avec elle, dans !e sud, pour les produits de choix ; d'autre part, les Etats-Unis pourront toujours trouver dans ces îles le^' primeurs qui leur manqueraient chez eux par suite d'une plus grande consommation. Voilà
le raisonnement économique de la politique américaine,
et il est sage et juste.
Vous avez à retenir de l'étude de ces colonies : 1* Que
'" ""'■•" ■'"" "ucres a tué d'une façon presqu'absolue le Antilles. 3° Que ces îles ne se relèveront un ngeant leur culture, en faisant du café, du :on, des légumes, ceci pour les Grandes le les Petites Antilles sont appelées à passer dans la grande confédération des Etatscommune, qui seule sera en état de les enri- I, en vertu du principe de la solidarité écoen fera les dépendances naturelles de la jlique. Mais pour nous, nous devons prévoir 18 le désirer, car ce sera pour la France une ice et de commerce assez considérable.