NEUVIEME LEÇON
iO février 1902
Colonies de la Grande-Bretagne en Océanie ; Austra- LASiK: Australie, Tasmanie, Nouvelle-Zélande, Nou-
TELLE-GUINÉB (BsiTiaH NEW GuINEA), ARCHIPEL DES ILES SaLOMON, ILES VlTI OU FlJI. ARCHIPEL DE COOK OU HaR- TET.
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes arrivés aujourd'hui à la neuvième leçon des cours de la présente année, qui sera \& dernière consacrée aux colonies anglaises. La semaine prochaine nous commencerons à examiner les colonies des autres nations européennes, exception faite pour celles delà France que nous avons étudiées ici-même l'année dernière.
Après et même plutôt avant le Canada que je vous ai cité comme l'une des colonies les plus importantes à tous les points de vue, nous aurons aujourd'hui sous les yeux ta colonie anglaise la plus considérable, appelée au plus grand avenir: je veux parler de l'Australie et des possessions anglaises en Océanie. Ce sont : l'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, la Nonvelle-Guiiiée (Biiiish new G uinea), l'archipel des îles Salomon, les iles Viliou Fiji, l'archipel de Cook ou Harvey. De tous ces archipels qui sont d'une importance plus ou moins considérable, BOUS ne dirons qu'un mot, pournous arrêter plus longuement au groupe appelé à un grand avenir au point de vue économique et du peuplement, peut-être au point de vue
"historique, ce que nous n'avons ni ]a volonté, ni le pouvoir de prévoir : c'est l'Australie qui va surtout noua occuper pendant cette leçon.
L'Australie proprement dite comprend : la Nouvelle- Oalles du Sud, Victoria, le Queensland, l'Australie Méridionale, l'Australie Occidentale, et enfin l'île de Tasfnanie, au Sud.
La plupart d' s groupes d'îles sont rattachés comme administration à lune des colonies de l'Australie ou de la Nouvelle-Zélande. La Confédération embrasse un territoire de plus de trois millions de milles — 7.626.275 kil. carrés avec unu population qui n'atteint pas six millions d'habitants. Je commence par une observation préjudicielle. Ce vaste territoire australien, d'après sa dénomination officielle, n'était pas une possession éloignée de la Métropole, mais il était plutôt connu comme un groupe ■de colonies indépendantes. Ce système qui divi-^ait le continent australien provisoirement a cessé d'exister et l'ensemble, le groupe de ces colonies indépendantes et voisines a iormé une confédération australienne qui, de même que le Canada, n'est plus unie & la Mère Patrie que par leur lien de loyalisme, et par leurs intérêts commerciaux. Je vous ai expliqué comment le Canada était libre de toute domination de la part de la Métropole, puisqu'il va même jusqu'à voter des impôts prohibitifs sur les marchandises anglaises. 11 semble, lorsqu'il s'agit de ces vastes colonies anglaises, qu'il ne soit question que d'une association d'immenses maisons de commerce ayant à défendre les mêmes intérêts. Il est curieux de juger combien cette politique sait réunir les éléments économiques, pratiques, et non pas sentimentaux, à l'avantage des colonies et de l'Angleterre.
La superficie de l'Australie égale à peu près trois millions de mille carrés. Il y a un livre sur l'Australie qui
vient de paraître, que vous voyez en ce moment atx vitrioes des librairies et qui vous montre l'Europe, moins la Riisaie, encaJrée dans le continent australien. C'est une façon exagérée de montrer la superficie de cette colonie ; nous pouvons cependant dire qu'elle est presqu'aussi grande que l'Europe, moins une partie de la Russie. Nous Sommes là en présence d'une colonisation libre, dès le début et sous toutes les formes. Il n'y a jamais eu d'armée, pas ou très peu de fonctionnaires. La colonie reçoit des terres de- 'a couronne à sa majorité. Je parle d'un point de cette métïïode de colonisaiion qui remonte à liier. Au fur et à mesure qu'une de ces grandes provinces connues sous le nom ^ Colonies indépendantes arrivait à ce que l'on considère ^OitQe sa majorité, elle était émancipée, elle recevait pOli^ son installation des terres de la couronne qui devenaient sa propriété, son territoire. Et là, il n'y a pas eu de compagnies à chartes. Je vous prie de bien suivre attôiilivement ces explications, parce qu'elles sont intéressantes au point de vue de l'histoire générale de la politl- 1^« coloniale. Il n'y a pas eu de compagnie à charte en ADstralie. Immédiatement-, si vous avez l'habitude des î^^stîons coloniales, si vous avez suivi ces cours, vous de- ^ii eu ^j^gj. comme conséquence que l'Angleterre a comffis cna'elle était en face d'un pays asse.; riche d'avenir pour a'-'oij. pas besoin de recourir à ce moyen transitoire dans ^i>is^ en valeur d'un si vaste territoire.
, ^ "Vous ai parlé maintes fois de ces compagnies à charte ^^Hées en Afrique, des résultats précaires qu'elles nous . '^Onnés, alors que la North British Bornéo faisait merveille . \}^iis l'Australie, on se trouve en face de territoiïft* Xmmenses, à l'état inculte relativement, qu'il s'agit ttft'VeCi-j(.]^g[.^ de mettre en valeur, dans lesquels l'Etat, le goiive r>nement sont impuissants à risquer de gros capi-
taux. Seules des compagnies à charte semblent pouvoir constituer ces capitaux considérables, et de ce pays qui sèche et qui meurt, faire naître une contrée prospère de même que l'a fait d'une manière si remarquable la North sh Bornéo. Eh ! bien non, l'Angleterre n'a pas voulu ioyer ce moyen en Australie ; elle a cru et à raison, le se trouvait en face d'un continent suffisamment ri- 3our n'avoir point recours à ce procédé. C'est pournous constatons la colonisation absolument libre, armées, sans fonctionnaires, sans compagnies à charnais seulement avec des colons, obligés d'habiter la qu'ils ont achetée, qu'ils paient à de très longues inces. Moyennant une redevance de deux francs cinte l'hectare environ, vous pouvez posséder une cer- partie de ces terres de la couronne, capital initial de lonie, la quantité variant suivant le nombre des memâ'une même famille ; de plus tous avez plusieurs anpour payer ce terrain.
\u8tralie est, après l'Inde, le pays qui consomme le le produits anglais. C'est encore un phénomène merux qui prouve combien est puissant ce sentiment Dciation, de solidarité existant entre les colonies et itropole anglaise. On arrive à des résultats surpre- I dans la production des objets manufacturés en Anrre et qui :iont exportés dans toutes les possessions lines.
nnons quelques chiffres qui vous montreront mieux out, quelles sont les ressources étonnantes de ce pays, ouvelle Galles du Sud est considérée comme la colo* ère. Sa population a passé de 1831 à 1896 de 51.000 iuts à 1.297.640. Je ne veux pas remonter dans le , mais vous savez tous que si, du temps de la Pé- , nous avions eu un peu plus de flair, permettez-moi
de m'exprimer ainsi, nous aurions possédé cette contrée dont la découverte fait honneur à des marins français, dieppois et provençaux. Les Anglais y fondèrent en 1788 une colonie pénitentiaire qui cessa de recevoir des contncfs vers 1840, époque à laquelle remonte la formation de ces colonies florissantes, qui, au début, n'étaient que de vastes contrées couvertes d'arbres énormes, d'eucalyptus qui fcst l'arbre national ; on y voyait des montagnes semblant incultes et pendant longtemps on s'est figuré que le pays n'était pas riche. Depuis on est revenu de ces idées et il suffit de voir le chiffre de productions de chacune de ces provinces à l'heure présente pour voir à quel état de prospérité elles peuvent atteindre. Nous avons vu l'accroissement sensible de la population ; nous voyons d'autre part que, toujours dans cette Nouvelle Galles du Sud, en 18991adette était de 61.571.798 1 représentant 2.256.922 1 d'intérêt annuel. Le budget annuel s'élève à dix millions de 4 en chiffres ronds. De plus, aujourd'hui il y a plus de 3.000 milles de chemins de fer appartenant à' trois réseaux principaux. Le réseau Nord dessert Newcastle et lea districts miniers, le réseau Ouest est alimenté par les produits agricoles, et le réseau Sud, le plus important de tous, réunit trois colonies, trois états de la Confédération, à l'heure présente, et relie les trois grands centres de Sydney, Melbourne et Adélaïde, ce qui donne une grande extension aux transports intérieurs et extérieurs. Le capital engagé dans les chemins de fer rapporte 3. 44 0,0, ce qui est très beau dans un pays neuf. J'insiste sur ce point des chemins de fer, où les frais de premier établissement sont réduits au minimum, dans un pays qui, aussi grand que notre Europe, moins une partie de la Russie, possédant une population infime, offre au regard le spectacle d'une richesse énorme, d'une culture relativement très
bonne. C'est que dans ce pays neuf l'on trouve toujours des terres domaniales pour rien et c'est ce qui en fait le pajs de l'avenir pour la colonisation.
Les Banquesd'AustralasieétabliesàSydney, Melbourne, Brisbane, Wellington et Londres représentent un capital de 22 millions de %.
Je me trouve dans la nécessité de m'arréter pour vous faire cette remarque que j'ai en l'occasion de vous exprimer bien souvent. Quant on lit ces quelques cbilfres, concernant une seule province coloniale anglaise, on est surpris de voir que la Mère Patrie a engagé des capitaux si considérables dans ses colonies. Cela revient tous les jours dans la conversation des homines qui s'occupent de politique économique et qui discutent sur les capitaux que la Métropole a engagés pour l'exploitation des mines et autres richesses naturelles et représentant une somme de plus de 30 milliards, destinés à la mise en valeur, à raugmenlatioD de l'exportation. On est étonné d'une telle générosité de la part d'un pays si pratique, quand chez nous il n'en est pas de même. Ce n'est, en etfet, seulement que dans ces dernières années que nous nous sommes décidés h envoyer de modestes capitaux dans nos colonies pour l'établissement de chemins de fer ; c'est à peine si nous nous préoccupons de la prospérité de nos banques coloniales. Ce sont là des grandes lignes de démarcatioii entre la politiqne coloniale anglaise et la politique coloniale française. Il faut bien l'avouer, cette constatation tourne tout i l'honneur et au prolit des anglais.
La Nouvelle Galles du Sud possédait en 1899 un domaine de 190 millions d'acres, en chiffres ronds, propre à l'exploitation, avec une superficie cultivable de lf)9 millions d'acres sur lesquels on comptait 44 millions d'acres aliéntis, et 115 millions qui appartenaient encore à la
colonie. C'est-à-dire que dans cette partie de l'OcéaDie, la plus anciennement connue, la plus apte à être colonisée, il resteencore 11 5 mill'onsd'acres, disponibles pour lescolons qui voudront y aller ; c'est bien la terre de l'avenir, c'est le continent où la prospérité est assurée pendant plus de deux siècle, c'est-à-dire pour nous, d'une- manière presque indéfinie.
Eu culture, il y avait pendant cette même année 1899, environ I 400 000 acres; en prairies artificielles -iOO.OOO acres, soit UN lolal de près de deux millions d'acres propres à l'exploitation agricole. Sur ce chiffre on a reconnu que 75 0/0 étaient cultivés par les propriétaires du sol et le reste, soit 25 0/0, par des locataires ayant passé un bail,' soit avec la colonie, soit avec les particuliers. Nous l'avons dit : il n'y a pas de compagnie à charte ; alors on arrive à se trouver en face de cette situation curieuse de la relativement petite culture particulière, i{m n'a pourtant rien de commun avec notre petite culture européenne, mais qui nous est représentée par un propriétaire ou par un locataire ayant '"entracte un bail.
Ses résultats en sont excellents, car tous ces gens restent attachés au sol qui leur donne le bien-être et souvent la fortujae.
Ed 1896, la valeur des pâturages représentait déjà 1 16.405.000 i soit 44 .000.000 £ pour les terres, 48. 1 35.000 tpour les améliorations apportées et ^4.270 000 Je pour les troupeaux. Je vous parle là des chiffres recueillis en 1896, depuis lors ils ont subi une sensible augmentation. A cette époque les moutons étaient au nombre de 50 millions en chiffre ronds, soit 43 OiO du total pour l'Autralie. Ua appartenaient à 13.653 propriétaires dont 67 en possédaient plus de 100.000 chacun. Encore faut-il ajouter que 1.500.000 de ces moutons étaient morts pendant la saison
sèche. Depuis, pour éviter cette mortalité, pour fournir à ces troupeaux la nourriture nécesssaire, on s'est mis i, faire des irrigations très pratiques.. Quand aux autres espèces, on comptait 2.226.163 bêtes à cornes, 510.636 chevaux et 214.581 porcs. Toujours la même année, nous voyons l'exportation des viandes congelées ; on a compté ainsi 1.372.373 carcasses de moutons, et 16.286 quartiers de bœufs représentant environ 600.000 £. En 189fi aussi, on a exporté- 272.033.262 livres de laines, soit plus de 71 0(0 delà production de l'Au^tralit, et représentant une valeur de 8.776.529 %. Par suite de la hausse, il y a une plus-value tellement considérable, que chaque année, en dehors de ces 50 millions de moutons qui sont dépassés k rheure présente, il y a eu une plus-value de plus de 1 million de £ sur ces chiffres qui appellent immédiatement des réflexions générales. Vous n'avez qu'à comparer le chiffre des exportations des moutons et des autres animaux, bêtes à cornes, consigné dans les tarifs douaniers de Londres etremarquer ce total de 9 millions de 4 en faveur des laines. Ayant en plus à compter les viandes et les cuirs, vous en déduirez naturellement qu'avec la science actuelle, avec des bateaux réfrigérants, avec des moyens de transports perfectionnés, on pourra un jour où l'autre employer utilement et avec des bénéfices énormes toutes ces viandes. Vous pourrez en conclure aussi, en voyant les résultats superbes produits en Australie, que l'élevage des moutons est la grande, l'unique, la capitale afl'aire de ces contrées. Vous avez dans la laine un objet d'exportation facile, et si vous ne pouvez transporter les bœufs, du moins il vous reste leurs cuirs. En parlant de l'élevage, je cite un fut qui est la constatation économique de l'agriculture industrialisée, dont je vous parlais à propos du Canada et qui tend à s'introduire dans toutes les colonies riches.
C'est rinsfallation de grandes usines destinées à laire du lait concentré, du beurre, du fromage que l'on continue àexporter à. travers le monde entier. L'An-lralic petit le faire aussi bien que le Canada, la Suède, la Norvège. C'est parliculièrement intéressant pour la I-'rance, parçfj que nous sommes à mêmB d'élever de vastes usines, d immenses fruitières comme on les nomme, si nous apportons le principe fondamental degrands>-apitaux,lapiirt bienfaisante de l'association dans nos colonies et chez nous mêmes sur nos propres montagnes. Nous pourrons arriver à lutter contre cette industrie étrangère qui même à vingttrois mille kilomètres de l'ICuropc trouve le moyen de concurrencer nos marchés français.
On a aussi parlé et c'est devenu légendaire, de l'exportation des peaux de lapins; au point de vue commercial cela ne compte presque pas. A Mancliester, à Londres, à Birmingham ces peaux étaient utilisées pour la labrication des chapeaux de feutre, de tous ces chapeaux melons que tout le monde porte ; il s'agit là d'un commerce intéressant surtout pour celui qui le fait et non pas, à proprement parler, pour l'Angleterre, car il produit à peine pour 25 millions d'alTaires par an. Les Australiens auraient été bien heureux de donner un peu d'extension à cette exportation, si elle pouvait les débarrasser des lapins qui ravagent et mangent tout ; les lapins, acclimatés par les Européens, sont en Australie, ce que sont les rats à Paris, plus néfastes encore !
Dans l'intérieur, dans les plaines, on commence à faire du blé. Pour vous indiquer les proportions, j'ai conservé leschifires anglais, les mesures anglaises. La production est donc de 8,7 bushels par acre, tandis quelle est de 10,9 en France, et de 29,3 en Angleterre. Cette faible proportion en Australie ne tient pas à ce que les terres soient
•ilisolinneut [laiivre;?, ni au climat, mais dépend seulement du manque àt; bras, de l'absence d'une bonne main d'œuvre àffricole-
U semble que les Anglais aient peur d'introduire la maind'a^nve cliinoise dans cette possession ; ils redoutent ces gens économes, ù la vie paisible et sobre, qui toujours parviennent à s'établir maraieliers ou jardiniers, qui font de la culture vivrière. Ils ont Irop de qualités, et souvent font h Sjdncy, à Melbourne une concurrence redoutable aux Européens qui se plaignent do ce qu'ils n'ont plus de place. C'est pourquoi on ne les demande pas en grande quantité et coLime mairi-d'a'uvre l'on a préféré en prendre une très mauvaise, ce qui fait que l'on manque souvent de bras. On a commencé à faire des pommes de terre, ce que l'on ne fait ordinairement que dans une colonie neuve. On cultive aussi du tabac, de la canne à sucre, des fruits et des produits maraîchers. Vous voyez par cette énumération que l'Australie à l'avantage de jouir de tous les climats, de toutes les températures, et par conséquent, de pouvoir échanger les produits intertropicaux contre ceux des régions tempérées.
Des français, il y a environ vingt-cinq ans, se sont mis à planter de la vigne, le vin étant généralement le produit le plus intéressant que l'on puisse trouver. Les résultats ont été satisfaisant, puisque l'on a obtenu un vin très fort en alcool, ressemblant à nos vins d'Orange et de Vaucluse, un peu raide, un peu sauvage comme tout nouveau cm, la vigne demandant un pee de temps pour son acclimatation. On attendait un prompt écoulement de ce nouveau produit. Eh ! bien c'est une profoilide erreur, pour le moment du moins, que d'attendre une ressource tirée du vin en Australie, où les habitants d'origine anglo-saxonne ne consomment que du thé ou de la bière, comme boisson
journalière, et des liqueurs fortes comme le wisky et le gin comme extra. Ce fait s'e^t remartiué non seulement en AuPtralief mais aussi en Califoniic, liarisla République Argentine. Pour les ouvriers anglais le vin est trop âpre ou trOp doux, et il est très diflicile de leur l'aire entendre qu'il est cependant sain, fortiOaut et bon de boire du \in. Les mallienreux viticulteurs quiavaioni placé leurs e^^pérances sur la culture de leurs planlp, sont contraints à exporter leurs vins tn Europe, et comme le voyage leur Ôte do leur.^ qualiié«, nous pouvons aisément conclure que ce n'est pas là une culture appelée à grandir, jusqu'à nouvel ordre.
Au contraire les métaux etlcs minéraux sont d'une richesse considérable. Maintenant on commence à exploiter avec les derniers progrès modernes le charbon, l'or, l'argent l'étain et le cuivre. En 1896, la valeur totale s'élevait déjà à 106.017.300 %.; en 1897, la production du charbon s'est élevée à 4.4 17.600 tonnes.
J'arrive àl'un des phénomènes coloniaux les plus intéressants ; c'est un fait curieux en politique coloniale, fait que j'ai pour la première fois l'occasion de vous faire constater, et qui ne s'est pa? présenté encore à moi depuis deux ans que je vous entretiens d'économie coloniale. Si je l'ai noté en passant, cela n'a jamais été d'une manièie aussi nette, aussi précise qu'aujourd'hui.
L'Australie et la Nouvelle-Zélande deviennent un des pays de culture les plus riches du monde et, ce que nous n'avons pas encore constaté, c'est qu'en même temps, il est, dans ces vastes contrées, où nous nous trouvons en face d'un petit peuple, facile de remarquer un développement considérable de l'industrie locale ou anglaise, qui peut ainsi se passer de notre importation. Les villes y sont devenues de vastes capitales, ou se trouvent tous les objets
manuJactiin-s de notre commfcr"'î moderne ; c'est ainsi qu'on y voit à l'inténeui' ùe grandes inaiisir^e» ù'ameublement.d'imprimeru', de coni^fruction.de lumière électrique, de textiles, etc, qui représentent un capital de plus de ?5 millions de £.
Le mouvement général du commerce de la Nouvelle Galles du Sud se fait un quart par terre et trois quarts pat' mer; mais comme une partie de ce mouvement est en transit pour les colonies voisines, il est difficile d'évaluer exactement la part de la colonie elle-mt-me. En 1896, il y avait •20,5()I,510 t à l'importation et 23.010.349 à l'exportation, soit un commerce général de 43.571.859 ê; aujourd'hui ce chifire s'élève à plus de 50 millions de £. Pour les importations, on peut compter environ les deux tiers pour la colonie, et le reste pour les colonies voisines. Les lingots d'or et d'argent, ayant passé par la Monnaie de Sydney, forment une importante partie de la production du Qufcnsland.
En chifires ronds, les importations d'. Angleterre. Itières, spiritueu.v, vêtements, chapelleries et chaussures, étoiles, draps, lainages, librairies, papeteries, poteries, quincailleries, fer et acier, machines, etc., représentent environ huit millions do it
Quintaux exiiortations A destination d'Angleterre, minorais, lingotsd'oretd'argent, métaux, laines, viandes congfh'cs, cuirs et penux — lapins d'Australie — suifs, etc, elles s'élèvent de neuf à dix millions de £. II y a une curieuse constatation à faire à propos des métiers neufs que l'on pourrait aller exercer dans les grandes \illes de Sydney, de Mrlbourno, de Brisbane, etc. Je ne vous ai pas tenu le même raisonnemint, lorsqu'il s'agissait de Québec, Montréal et autres centres canadiens, parce que nous nous trouvions en face d'une population liop près de la mère
pairie, l'Angleterre et surtout trop près des Etats-Unis dont elle n'est séparée que par une barrière idéale ; les grandes villes sont pour ainsi aire mitoyennes, si bien que ronvadeBuffalo, àlafrontière américaine, à New- York en quelques heures. Donc je n'ai pas à comparer l'Australie et le Canada ; mais il est intéressant, lorsqu'on se trouve en face de cette possession anglaise de l'Australie, situé au bout du monde semble-t-il, au milieu de l'Océan Pacifique, à 22.000 kilomètres de l'Europe; de constater que c'est le seul point oùpuissent se diriger ceux qui veulent s'expatrier et faire absolument autre chose que de l'agriculture, parce qu'il n'a pas dans son voisinage une république parfaitement outillée, comme les Etats-Unis.
Si ils allaient s'y installer avec de gros capitaux, poury lancer de nouvelles industries ou y perfectionner celles quîy sontdéjàrépanduès, il est certain que nos commerçants nos ouvriers, avec le goût, le génie français, la sûreté dans la création, qu'ils possèdent mieux que quiconque, pourraient arriver à faire une grosse concurrence aux anglais.
C'est le seul point du monde qui, à l'heure présente, puisse tenter l'industriel français, ou le commerçant possédant des capitaux suffisants. Vous n'avez qu'à reprendre la liste des productions, des importations qui viennent d'Angleterre, et vous verrez qu'il y a là des industries à faire fructifier sur place, telles que celles des bières, machines agricoles, ameublements, chaussures, modes, etc., et vous pourrez, vous autres français, faire de très belles affaires à Melbourne, Brisbane, Perth, Sydney, etc.
Depuis que les Messageries maritimes ont assuré un service régulier, les transactions avec la France ont beaucoup augmeuté ; mais c'est malheureusement encore peu de chose. Il faudrait aller vendre là-bas nos objets d'art appliijués à l'industrie, tels que les céramiques, bronzes,
meubles de luxe, etc. Il ne faut pas que nos industriels cherchent à faire placer leurs produits français par quelques commis voyageurs ; sur ce point nous serons battus par l'Angleterre qui possède le monopole de ce genre de commerce. Non, mais il est plus pratique d'aller créer, établir, faire prospérer ces industries sur plaoe même. L'affaire serait très intéressante ; ce ne serait pas de la colonisation pure, dans le sens colonial du mot, qui consiste plutôt à faire do la culture, mais nous aurions là un champ très vaste, unique au monde, dont vous ne trouverez pas deux exemples sur la carte du globe.
I/industrie minière estconsidérabledans ces régions; elle est de plus en plus importante par cette bonne raison que là, suivant leurs idées larges et libérales, les anglais ont donné des droits à leurs colons qui les rendent absolument libres de rechercher les matières minérales par euxmêmes, de se les approprier, moyennant une patente de 5 schellings pendant un an, ou de 3 schellings 6 pences pour 6 mois. C'est ce que l'on appelle le droit des prospecteu rs ; on peut prospecter les terres du domaine pour rechercher l'or et tout autre minéral, tout en résidant sur un terrain de un quart d'acre, et en usant pour ses besoins des bois non réservés. C'est ainsi que des forêts domaniales il est permis de tirer sa provision de bois de chauffage, de la terre on peut tirer sa consommation de pommes de terre ou patates, et cela pendant un an ou six mois, à un prix dérisoire qui équivaut environ à 3 fr. 10 pour 6 mois.
Vous voyez que l'action coloniale est favorisée par un gouvernement libéral, et que l'on a établi dans ces pays de l'avenir un mode administratif très intelligent, très large, qui se prête k toutes les combinaisons.
Adélaïde, capitale de l'Australie méridionale est un port actif sur le golfe de Saint- Vincent possédant 135.000 habi-
tants et qui, il y a vingt-cinq ans était pour ainsi dire à peine connu : aujourd'hui ce port est le centre de l'exploitation des mines d'argent de Brokenhill, des mines de cuivre de la province, etc.
Brisbane, capitale du Queensland, est au&si un port excellent situé à l'embouchure de la rivière qui porte son nom ; elle compte aujourd'hui 102 000 habitants.
Hobart, ancienne Hnbart-Town, est la capitale de la Tasmanie, cette île située au sud de l'Australie, possédant aussi des mines de fer, de houille, d'ctain, d'or, ; Hobart est un port à l'embouchure de la rivière Derwent, comptant plus de SO.OO&.habitants.
Melbourne, capitale de Victoria, est situé au fond d'une baie; inconnu, il y a vingt ans, c'est aujourd'hui la ville la plus belld, la plus commerçante de l'Océanie, qui fait d'énormes affaires avec toute la région et les colonies voisines, qjii a su adopter toutes les industries modernes et les installer chez elle. On compte à Melbourne 492.000 habitants.
Sydney, la capitale de la Nouvelle-Galles du Sud, est aussi une très belle ville, avec 420.000 habitants, faisant un commerce important avec l'Europe et la Chine.
Perth, sur la rivière des Cygnes, capitale de l'Australie occidentale, avec 25.000 habitants.
Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande, port surle détroit de Cook, compte 42.000 habitants.
Quand vous constatez ces chiffres, quand vous songez surtout que Melbourne, ainsi que la plupart de jes capitales océauienoes, possède un des plus beaux ports du monde^ TOUS êtes immédiatement convaincus, que vous vous trouvez en face d'un pays de première richesse et de grand avenir. Nous avons examiné la Nouvelle-Galles du sud comme colonie type et modèle ; mais nous pouvons avec
cerlituile dire que les résultats et les bénéfices sont identi- (|iRs d;iiis toutts les provinces ou Etats de l'Australie. Maintenant il est l>on de se rappeller que là comme au Canada et aux Ktat-Unis, se produit luié progression mathématique, je serais presque tenté de dire géométrique.
Aufuret àraesureque ces contrées océaniennes sont plus connues, les émigrations européennes s'y portent en masse et la population augmente considérablement en l'espace de trois ou quatre ans, finissant presque par doubler au bout de vingt à vingt-cinq ans.
Au fur ef à mesure que grandit la population, il se produit des besoins nouveaux qui, par conséquent, nécessitent la création de nouvelles industries, ou l'accroissement de celles existant déjà. Peu à peu il y a moins de places vacantes, les vides étant comblés par les nouveaux arrivants.
C'est-ainsi que dans le siècle dernier, en moins de vingt ans la populaiion de l'Australie s'est trouvée doublée ; au commencement, cette multiplication était à peine sensible, quand on passait par exemple de deux millions à quatre millions d'habitants ; mais autre sera le résultat quand de douze millions on arrivera progressivement à vingtquatre millions, si bitn que dans cinquante ans au plus, nous verrons dans l'Australie et les îles avoisinantes une vaste confédération qui très rapidement, marchera sur la trace des Etats-Unis comme population, et qui, suivant la manière dont seront installées nosindustrieseuropéennes.saura rivaliser et concurrencer cesmémes Etats-Unis. Tout se prête à ce développement grandiose. Le pa^'S est riche au point de vue minéral ; le sol est apte à toutes les cultures, les températures les plus différentes s'observent sur des points distincts, c'est ainsi que si vous avez une température tropicale dans leQueensland, vous pouvez jouir d'une tempéra-
tiire et d'un climat (cinpérés dans lii Ncnivellc-Giilii-s d» sud.
Il en résulte qu'avec une grande population, vous Otes appelés à faire une culture variée et siirunegrandeêclielle, d'autant plus que vous y êtes favorisés au point de vue de toutes les libertés. -
Je regrette toujours que lo temps ne me soit pas donné de m'étendre sur ces colonies, en dehors de leur système purement colonial. Je ne puis m'arrêter sur le point de vue moral qui est pourtant très intéressant. Il est certain cependant qu'il n'y a point de pays, pas de contrées qui offrent ainsi que l'Australasie, l'image de !a grande culture, de fermes aussi riches, aussi importantes. C'est au point de vue de la culture scientifique, si je puis m'exprimer ainsi le modèle du monde entier, surtout en Nouvelle-Zélande.
Tous ces propriétaires, possesseurs de fermes immenses, ont conscience de leur valeur, sont fiers de leur titre de citoyen anglais et conservent une liberté absolue vis-à-vis de l'Angleterre, vis-à-vis de leurs voisins et d'eux-mêmes. Ce sentiment se reflète jusque dans l'organisation intérieure de leurs provinces, qui sont gouvernées chacune par un parlement, une chambre haute et une chambre basse, un ministère.
Il y a bien un gouverneur général anglais, mais son rôle principal est de donner des iêtes, des bals ; ce n'est qu'un homme de parade, qui touche d'énormes appointements. Dans cette immense confédération australienne, — Australasie, comme disent les Anglais — l'idée démocratique est appliquée d'une façon complète, absolue, sans restriction aucune.
Les Européens qui se sont établis dans le pays, n'ont pas à y craindre les naturels qui étaient peu nombreux lors de l'arrivée des premiers colons et qui. peu à ptu, ont disparu
à ce point qu'ily a quarante ans, l'on montrait avec curiosité les derniers naturels qui se mourraient de leur belle mort. Les Anglais n'avaient rien fait contre eux. On se trouvait pour ainsfdire en face d'un pays vierge, absolument libre, dans lequel on a fait de la colonisation excellente, sans fonctionjiaires, sans armée.. Ceci est encore à l'honneur do cette race saxonne qui est maintenant indépendante dans ce nouveau monde. Cette population est belle, plus rigoureuse qu'au Canada ; elle marche de l'avant avec énergie ; chez elle on ne connaît pas la question de caste. Le désir de gagner de l'argent fait que tout le monde travaille, ceux qui ont lOO.OOO moutons comme ceux qui n'en ont que 20.
Silesavoir, la science ne sontpasencore répandus comme dans la vieille Europe, il est facile à prévoir que dans quelques années, TAustiMlic pourra nous imiter, grâce à la création d'universités et de collèges, dont le nombre va toujours en augmentant, il faut, pour entrevoir Tavenir, se souvenir qu'il y a vingt à trente ans, la plupart des grands centres actuels no comptaient que quelques milliers d'habitants, faisant l'élevage des bestiaux, n'étant pour la plupart que des gens sans culture intellectuelle aucune, sans instruction, même vague.
En terminant, je vous demande, pour vous convaincre de cette ignorance australienne, la permission de vous citerune anecdote véridique. Il n'y a pas vingt ans, dans une grosse bourgade de li-bas, on avait élevé un hôtel de ville ; pour cel-^ l'on avait fait do gros sacrilices, et avec la largeur de vue qui caractérise ces peuples jeunes, on avait placé cet hôtel de ville au milieu d'un superbe parc dans lequel était un lac, une vaste pièce d'eau. Un des conseillers municipaux était, sur ces entrefaites, venu faire un voyage en Europe.
C'était, commelapUipiirtdo eus élovetirs, unliomiuîpoasédaut une certaine intelligence naturelle, instrument vigoureux, nécessaire a toute industrie et qui ne se donne pas, car je prétends que l'on peut posséder une certaine instruction sans être naturellement intelligent. Ce conseiller municipal était donc venu en Europe, avait visite les igraudes capitales, Londres, Paris, et de retouren Australie, aimait à relater les merveilles qu'il avait vues.
Or, il arrive un jour, une grande discussion au sein du conseil municipal au sujet de la décoration de ce lac qui avoisine Ihôtol de ville et l'un des membres propose : — Si nous faisions venir plusieurs gondoles, comme il y en a, à Venise, en Europe, je crois que cela ferait un effet vraiment charmant sur notre lac. Là-dessus notre conseiller qui avait oublié de visiter Venise, se lève et dit. — C'est très intéressant ce que vous nous proposez-là, mais je crois qu'il est inutile de faire une aussi forte dépense. 11 serait suffisant à mon avis, étant donné la fertilité bien connue de notre pays, de faire venir le mâle et la femelle !
Ce petit fait n'empêche pas que nous nous trouvons en face d'un peuple qui, un jour prochain peut-être, pourra rivaliser victorieusement avec la vieille Europe et les Etats- Unis.
DIXlKMi: LEIJON i7 février 1902
Colonies de i.'KMPmEuAi.i.E-MAONE — i:eijle i.'onaappe- LÉ : les colonies impéiiatcs et ipontanées — en Afrique : Cameroun (Kamérin). ToGoi.ANn(TEBRiTomE de Togo), Sud-OuestAfricain(Suii\Vestlich DeutschesAfrika) Afrique Orientai.]; allemande (Ostlich Deutsches Afbika).
Mesdames, Messieurs,
Nous allons, après avoir fait dans les neuf premières leçons le résumé rapide des colonies anglaises, nous allons, aujourd'hui, commencer l'sxamen des colonies allemandes. Je pense que dans un ordre d'idée.* différent, avec des méthodes tout autres que les méthodes anglaises, nous verrons là également des choses intéressantes à retenir.
D'abord contrairement à ta plupart des possessions anglaises, ces colonies allemandes sont toutes jeunes, foutes récentes ; elles ne remontent guère qu'à dix-huit ou vingt ans. Je me souviens, dans ces dernières années, avoir entendu dire souvent dans des milieux scientifiques, géographiques et coloniaux très compétents, par des hommes de grande valeur, que la colonisation allemande n'existait pas ou très peu, qu'elle n'était en somme qu'une mauvaise plaisanterie des pessimistes. Eh I bien, Messieurs, je me suis toujours élevé avec énergie contre cette' affirmation et, pour mon compte personnel, j'ai la ferme conviction que rien n'est plus faux d'un côté que cette théo-
d.ïGoogk
rie négativeret, que de l'autre côté, rie» n'est plus grave pour les autres nations que la colonisation allemande.
'Je regrotte de ne pouvoir vous convaincre par une démonstration complète de ce que je viens dénoncer, mais de vous-même il vous sera facile de compléter, de comprendre tout ce que je ne pourrai pas dire sur ce sujet, faute de temps, faute aussi de la liberté nécessaire pour traiter un sujet si singulier et si intéressant à tous les points de vue. Les colonies allemandes sont do deux sortes * on les classe en colonies impériales et en colonies spontanées. Aujourd'hui, nous allons nous occuper des premières, remettant à huit jours le soin de parler des colonies spontanées ; j'aurai aussi l'occasion plus tard d'en parler d'une façon plus développée, à propos des colonies italiennes qui, pour la pluplart, appartiennent à cette dernière catégorie de colonies spontanées.
Par ces mots de colonies impériales on entend, non pas comme leur appellation matérielle pourrait nous le laisser supposer, des colonies de n'importe quel empire ; non, laissant le sens géographique attaché à ce mot, on entend désigner ainsi les colonies qui depuis une vingtaine d'années ont été réalisées par la volonté jjersonnelle de l'empereur d'Allemagne. Les colonies impériales ne remontent donc qu'àquelques années, on ne sait pas encore très exactement ce qu'elles produiront dans l'avenir, on ne sait pas à quoi aboutira l'Allemagne, selon la mesure de ses aptitu:des coloniales. Dix-huit ou vingt ans d'expériences sont peu en pareille occurrence ; cependant j'insiste sur ce fait particulier, parce qu'on ne comprendrait pas la marche générale de ces colonies allemandes si l'on perdait deux points de , vue : c'est que au furet à mesure que la marche de la civilisation se fait sentir dans l'humanité tout entière, elle présente à l'observation des points acquis antérieurement, et
lorsqu'une nation se lance dans un genre (i'opérations nouvelles, quelque s{)it ce genre d'opt^ratioiis, elle profite des progrès acquis antérieurement par de3 mitions rivales. C'est ce qui s'est produit on faveur du monveinent cplonialallemand.
Le deuxième point à considérer c'est que l'Allemagne, peu colonisatrice prétend-on, du jour où elle a commencé à le devenir, a su profiter des attaches qu'elle avait au loin et s'estaidée de l'expérience des nations rivales, augmeiilée de sa propre expérience. Les allemands demeurent toujours des conimcrçaii ;s à travers le monde et ils se reconnaissent par cette qualité spéciale ; quicontiuo a parcouru l'Amérique, l'Océanie, l'Australasie, a vu la façon dont les Allemands 3' font le commerce. On comprend de suite comment ces gens, alors qu'ils n'avaient pas de colonies, étaient déji par leurs façous, leurs mœurs, leur activité, leur désir du gain, leur travail, un peuple colonisateur remarquable, ou du moins préparé à devenir tel. Je l'ai constaté plus d'une lois dans mes leçons de l'année dernière, et je le répète maintenant ; il suffit d'aller aux Antilles, dans toutes les capitales américaines pour voir comment presque partout ils savent dépasserl'élément français et lutter victorieusement contre l'élément anglais ; comment ils ont l'instinct des affaires inné en eux, et savent s'ac-climater dans un pays mieux que les Anglais mêmes qui le iont souvent avec un trop grand esprit d'indépendance et d'égoîsme, visant surtout au bien être personnel, ce qui est la résultante de leur égoîsme national. Ijes Allemands, moins emballés que nous dans leurs sympathies, savent pourtant mieux que nous devenir les camarades, les amis des peuples chez lesquels ils demeurent, et ils restent en . rapports constants avec eux par les améliorations intéressantes, les facilités qu'ils apportent dans leurs rela-
tiens commerciales. Si la navigation française retarde son arrivée dans un port, grâoeà des formalités de toutes sortes que l'on fait subir à tout navire subventionné, par exemple, les Allemands laissent une plus grande liberté et ont ainsi des navires qui arrivent deux jours avant les nôli-es, font le commerce, ramassent le campèche, le café, etc., accordent un crédit plus large. Les Allemands sont très aimés en qualité de commerçants dans les contrées où ils font des alfaires, ils le sont plus que les Anglais dans tous les pays coloniaux où se brassent les affaires, dans tous les grands ports et les premières places du monde. Il y a des choses dont on ne se rend compte que de vUu. Ainsi comme colonisateurs les Allemands représentent un peuple tenace, tranquille, travailleur, s'occupant avant tout d'affaiics commerciales. A leur sujet, ne voulant pas les admettre comme colonisateurs, on a encore dit, — et la constatation était toute naturelle : — Tous les points du globe sont pris parle» autres nations, les grandes colonies de peuplement sont occupées par les Anglais, les Français et les Russes ; les Allemands ne trouveront donc plus de place sur la surface du globe, où pourraient-ils coloniser?
C'était un peu exagérer la situation, et la meilleure preuve est qu'ils ont su trouver d'immenses territoires, moins bons ilest vrai, que ceux déjà occupés, maïs encore excellents ; enfin, il interviendra dans les échanges inévitables entre grandes nations européennes des combinaisons telles qu'il est probable que l'Allemagne, fidèle aux doctrines de Bismarck sur l'honnête commission que Ion touche et encaisse toutes les lois que l'on en trouve l'occasion,- trouvera le moyen de se créer de nouvelles colonies dans l'avenir, et essaîra de rivaliser avec l'Angleterre et la France. Je vous laisse le soin de compléter ma pensée.
Passons à l'examen de.'^ culoniiiS impériales allemandes
en Afrique. Ce sont Cameroun (Kamerun), Togoland (territoire de Togo), Sud-Ouest Africain (Sild Westlich Deutsches Afrika), Afrique orientale allemande (Ostlïch Deutsches Afrika). Les deux dernières sont comme deux ('■normes bornes qui sont venues se planter de chaque ct>té de la colonisation anglaise en Afrique australe et semblent vouloir la limiter, comme je vous Tai expliqué à propos des deux républiques d'Orange et du-Transvaal, à propos de la colonie du Cap. Cela a été comme la menace, le point d'interrogation très curieux que l'Allemagne a posé en face des envahissements conquérants de l'Angleterre sur cette terre africaine.
Je suis obligé de suivre la nomenclature ofiicielle dans laquelle je vois une fantaisie des géographes, et de dire qu'en Europe on considère comme colonie allemande l'île d'Héligoland, formée de rochers rouges d'un aspect très pittoresque. Cette ile a été cédée à l'Allemagne par l'Angleterre en 1890. Cela a toujours été un commencement, lin premier pas fait en faveur de cette théorie des justes commissions chaque fois qu'on peut les obtenir. C'est un établisiiement militaire de prenier ordre ; on en a fait aussi un établissement de bains de mer superbe. La population do pêcheurs s'élève à peine à 2.565 habitants. On y remarque un haut plateau central, l'Oberland; quant à l'Unter- Imd, pays d'aval, fréquenté par le monde fashionable en ('■té, on en a fait un rendez-vous mondain assez recherché. L'Allemagne était heureuse de rentrer en possession de cotte ile qui est comme le Jersey ou le Guernesey' de son empire.
Revenons aux colonies d'Afrique : Cameroun (Kamerun) dont le nom vient du portugais Camarâo (crabe). C'est en effet un phénomène zoologique connu de tous les v.iyageurs que les crabes abondent dans ces "contrées. Etil
ne s'agit pas de urabes de mer, mais de crat)es de terre, de toutes les couleurs de larc-en-cipl, qui sont couverts de poils, dont les pattes, que les liabitaiU-- appellent des dents, sont énormes et dont quelques variétés recherchées sont excellentes à manger. Il y a des contrées entières dans le Cameroun qui ne sont couvertes que do ces animaux ; en France nous avons souvent des champs dévastés par des mulots etdes taupes, là-bas ils sont remplacés par des crabes qui vivent en terre. Au lendemain d'une pUiio légère on les voit sortir rombreux et faisant un certain bruit en marchant ; on en peut compter ainsi jusqu'à deux ou trois cents, autour de soi, en un instant; on peut, la nuit, armé d'une lanterne et d'un bâton, en remplir des sacs. C'est une des singularités de Cameroun. Cette colonie qui se trouve sur la côte de Guinée, au nord du Congo français, a une superficie approximative de 493.600 kilomètres carrés. C'est déjà, bien que ce soit relativement une petite colonie, un territoire suTisant pour faire de la bonne colonisation. Vous allez même être relativement étonné de voir qu'au bout de quelques années d'occupation seulement, le commerce d'importation est déjà considérable, comme d'ailleurs celui d'exportation. Pour une population de 3.500.000 habitants environ, on y fait une importation de spiritueux, vins, bière, conserves et autres produits alimentaires, rïz, sel de cuisine, tabac, cigares et cigarettes, armes à feu, poudre de chasse, produits explosifs, savons et parfumeries.
On commence aussi à. y faire des importations minières telles que celles du goudron, du brai ou poix. C'est une matière qui devient de plus en plus employée et qui, avec la houille, produit un mélange de premier ordre. On mélange du brai avec du mauvais charbon, on lui donne ainsi un pouvoir comburant qui permet Ile l'utiliser pour les ma-
machines à vapeur, pour les navires mêmes. Il est appelé à
jouer à Cameroun un rôle de plus en plus grand, et en
bien des endroits encore ; je crois vous avoir déjà dit que
c'est grâce à ce mélange qu'on est arrivé à utiliser et à
écouler les cliarbons du Tonkin mélangés à ceux du Japon.
core à Cameroun l'importation de bonneterie,
hapeaux, papeterie, parapluies, meubles, ce qui
médiatement un certain degré de prospérité
lys ; puis, des fournitures de navires, de la-
le, ciment, chaux, porcelaine, ensuite des bois
te et d'ébénisterie.
liste des I importations à Cameroun, ressortent ions. L'une est la constatation d'un fait qui est l'objet d'unediscussionrostéelégendaireethistoission qui s'est développée au sein du Reischtad cément de la colonisation allemande en Afrique, il y a une vingtaine d'années. A cette époque, de l'opposition, à propos des vins et surtout i-vie et alcools envoyés aux colonies, avaient gouvernement une interpellation véhémente, Vous envoyez des eaux -de- vie, des alcools dauluvais, nuisibles, qui se fabriquent avec des pommes de terre, des topinambours, quelque- ;B cuirs, des ordures que l'on traite, que l'on ne sont pas rectifiés et deviennent absolument 'ec cette eau-de-feu vous allez uréantir ta race ?os colonies naissantes, et cela est très dangeous, car cette race représente la main d'œuvre > Et alors, le gouvernement allemand, avec la irticulière et caractéristique de M. de Bismarck, ii était surtout un moyen de se débarasser de , répondit : — o Mais ne vous tourmentez donc si bien ce que valent nos eaux-de-vie que nous
n'en exporlons absolument que dans les colonies françaises! D
Depuis, on a cherché dans toutL-s les colonies, à envoyer des spiritueux et des alcools iin pou moins mauvais, de manière à ne pas fiier ces malheurciises races par l'eau-devie quideveiiiiil i^'it tout l'eau de mort. Y a-t-on réussi? Je n'oserais lafliimer.
Voilà la première réflexion à faire au sujet des importalions. La seconde c'est que mallieureusement, soit pour l'Allemagne, soit pour les auti'cs contrées européennes, mais plus particulièrementpourrAIIemagne — etcelaaélé une des constatations, un des arguments des personnes incrédules vis-à-vis de la colonisation allemande, — c'est diaje que tous ces produits d'exportation européenne qui représentent un certain luxe comme les porcelaines, verreries, parfumerie?, modes, ameublement, etc. , ne pourront jamais prendre un grand développement dans ces colonies qui sont mauvaises ou qui paraissent l'être. Mais je fais toujours cette réflexion qu'il est important de ne pas perdre de vue, c'est que lorsqu'on s'établit dans des territoires aussi vastes, il n'est pas permis d'avancer si la colonie est bonne ou mauvaise, si dans l'avenir elle produira des résultats merveilleux ou nuls. Je vous ai donné un exemple de ce phénomène avec l'Australie qui, au commencement, paraissait complètement stérile, dont on n'espérait rien ou peu de chose et qui, à l'heure présente, est devenue si fertile et si productive.
Il peut en être de même de ces colonies naissantes, elles peuvent à une heure donnée devenir fertiles, plus même qu'on se le figure, par des procédés de culture nouveaux, qui les mettront en opération, comme disent les américains. D'ailleurs, les Portugais voisins nous donnent un exemple merveilleux de ce que l'on peut faire dans ces con-
trées dont ils tirent avaningeusemi'iit paiti depuis quelques années'. Ce sont toujours dos colonies iiilertropicales. Jusqu'à un certain point, ces colonies impériales — et c'est là un sujet de désespoir pour la colonisation officielle en Allemagne —, n'absorbent pas de colons allemands, tl est vrai que jusqu'à nouvel ordre, on peut affirmer que les colons allemands ne vont pas coloniser leurs colonies. Pourquoi? Pour une foule déraisons extrêmement complexes, qui ne sont pas les mômes qu'en France. II est intéressant de bien préciser les deux situations respectives, intéressant de constaterlesditîérencesexistantes entre lespeuples colonisateurs de l'Europe. Si le Français ne colonise pas, alors qu'il possède de superbes et d'admirables colonies, comme le plateau central de Madagascar pour vous citer un point entre tous, c'est que le Français n'a pas d'enfants, c'est que la population n'est pas excessive dans la nation même. Notre caractère expansif se plaît cependant à ret'ter tranquillement enfermé dans nos foyers ; nous ne sortons pas de chez nous, des frontières. Ce ne sont pas ces motifs qui poussent les allemands à rester cbez eux ; ils sont des commerçants, aimant les affaires ; ils ont des enfants, on peut môme dire que c'est une nation prolifique, dont la population monte dans des proportions énormes, et qui peut dire hardiment. « Si nous avions la chance de posséder des colonies de peuplement comme la Russie, l'Angleterre et la France, nous serions dans quelques années le premier peuple colonisateur du monde. >
D'oÙTÏent donc que le mouvement colonisateur allemand ait si peu d'activité? C'est que quels que soient l'intelligence, la valeur d'un peuple, son activiré intérieure et son commerce, à tort ou h raison ce peuple a des préjuges, cède à des idées courantes, à une impulsion donnée. I^'opinion publique allemande ne conclue pas en faveur de In coloni-
sation ; à Berlio le courant de rimmigration n'est pas en faveur et l'on se figure qu'on ne peut pas coloniser dans ces possessions nouvelles. Surtout, de cet état de choses, gardons-nous bien de généraliser et d'arriver à des conclusions pessimistes à leur égard, car nous pourrions nous tromper étrangement. C'est de l'état actuel que nous par- Ions, mais d'ici vingt à cinquante ans, il peut se faire une révolution totale en Allemagne au point de vue de la colonisation. D'ailleurs le courant existe déjà dans les colonies spontanées ; il est clair et net que si le mouvement colonial n'existe pas au même degré dans les colonies impériales, du moins il y a déjà un embryon d'émigration, puisque en chiffres ronds on comptait déjà une totalité de 5.000 allemands s'en allant dans ces possessions, et cela en 1890.
Je passe aux exportations, et ce que je dis sur la colonie allemande de Cameroun se rapporte en général à toutes les autres colonies allemandes en Afrique. On exporte du café, du caoutchouc, huile de palme, ivoire, cacao, bois d'ébène, vanille que l'on commence à, cultiver, noix de kola, copal (gomme pour vernis), etc. Il y a là les deux premiers produits d'exportation qui sont destinées à prendre une extension énorme ; ce sont le café et le caoutchouc, surtout ce dernier produit, lequel, je ne saurais trop le redire est d'une consommation courante, i tel point que l'on n'en a jamais assez en Europe où il trouve toujours un débouché assuré. Au fur et à mesure qu'on péuètre en Afrique, on trouve des forêts immenses, plantées de ces lianes, qui sont faciles à mettre en valeur et réalisent de beaux bénéfices, bien qu'elles soient inférieures au caoutchouc de Para.
Un peu plus loin se trouve le territoiie de Togoland, mesurant 60.000 kilomètres carrés, et comptant 2,250.000 habitants. L& une chose particulière se présente dans le
commerce, c'est que depuis 1887, la monnaie de l'empire d'AlIemî^ne est adoptée sur tout le territoire. Uyalàune mesure impériale très intéressante et qui mérite d'attirer notre attention ; elle a donné de l'importance à un petit pays qui voit tous les changes et toutes les difficultés de transactiouB commerciales supprimées par cette monnaie nationale. Comme exportations nous voyons en tête, l'huile de palme, les graines de palme, le caoutchouc brut, etc., quant aux importations, elles sont les mêmes qu'à Cameroun. On y envoie de plus la dynamite, les imitations de perles, la monnaie frappée, résultat delaloi de 1887. C'est dans cette colonie que se trouve Petit-Popo (Klein-Popoj, sur la Côte d'Or, au nord de Kotonou et au sud d'Acra, à 200 kilomètres à l'ouest de Lagos, avec une population de 3.000 habitants. Nous avons cédé ce centre important à l'Allemagne, par la convention du 24 décembre 1885, sans que les chambres aient été consultées, ce qui est un fait plutôt bizarre et étrange dans un pays où il y a un Parlement, de même que nous avons refusé tout l'hinterland de Lagos et Abéocouta, que nous possédions à la suite des trîùtés signés par Edouard Viard.
Cette double convention diplomatique a été malheureuse pour BOUS, en ce sens qu'elle nous a contraints à faire l'ex* péditiou du Dahomey, puisque c'était le dernier point de pénétration qui nous restait dans cette partie africaine et qu'il était nécessaire que nous possédions U 80 kilomètres de rivage pour arriver au Soudan ; dernier point de pénétration après le Sénégal, s'entend, mais le plus direct.
Examinons maintenant le Sud-Ouest Africain (Sild Westlich Deustcbes Afrika). Nous nous trouvons en face d'un vaste territoire et je vous arrête pour redire ce que j'ai déjà soutenu bien des fois, c'est-à-dire qu'il ne fallait pas dédaigner cette politique coloniale étrangère mais la sui-
vre pas à pas, de même que les Allemands suivent notre politique coloniale avec passion, avec une attention jalouse. On ne se doute pas ici avec quel soin ils étudient notre système colonial, ils sont mieux renseignés que nous, ils connaissent nos colonies mieux que nous ne les connaissons nous-mêmes ; ils ont des revues entières qui sont consacrées à cette étude.
Eh bien, dans notre intérêt national, je dis, que nous devons faire de même et connaître, approfondir leur évolution coloniale. Je reviens à ce vaste territoire du sud-ouest africain qui mesure une surface de 830.880 kilomètres carrés, situé sur FOcéan Atlantique, dans l'Afrique australe, au sud du fleuve Cunéne qui le sépare des possessions portugaises, et au nord du fleuve Orange qui le sépare de la colonie du Cap. Il comprend le Namaqualand, le Damaraland et l'Ovampoland, qui représentent des provinces colossales. La population y est très restreinte et ne compte environ que 200 à 250.000 habitants. L'ensemble des territoires est sablonneux, presque desséchés, improductifs. Cependant, et voilà une constatation qui vient appuyer ce que je vous disais tout à l'heure, à savoir qu'il faut bien se garder de conclure trop rapidement sur les. qualités colonisatrices d'un peuple, cependant, dis-je, depuis que les Allemands sont installés sur ces territoires sablonneux, ils ont trouvé le moyen d'inventer une culture nouvelle, de faire un défrichement spécial, pour ainsi dire unique au monde. Il faut être juste et avouer que cela a donné des résultats extraordinaires. Ils ont imaginé d'utiliser le lit des rivières toujours un peu plus humide en été que le reste des terres. Et depuis lors, allemands et noirs, y cultivent bien le froment, le mais, les légumes et les arbres fruitiers. Les noirs et les Allemands vivent là en très bonne intelligence, travaillant de concert au seul défriche-
metit possible ( I ). Je vous ai parlé tout au long de cette main d'œuvie nuire au Congo, je vous ai dit comment sur une année, on pouvait tout au plus obtenirdeuxou trois mois de travail effectif. Il est difficile d'obtenir une somme de éme en usant de moyens coercitifs ; ueoup que d'arriver à faire produire 2, et je n'ai pas a yrevenir en ce moïùr la seule partie du monde où l'on en valeur des cours d'eau, au point vivri^re. Ils sont aussi arrivés, ces ants, à réaliser quelques bénéfices es rhinocéros, les girafes, et surtout nt en assez grande quantité. Pour , ils ont étudié ce que nous faisions lisines, ce que faisaient les Anglais 1. Vous savez quelle valeur ont les ; celle des rhinocéros sont moins esant aux plumes d'autruche elles sont llemands ont si bien senti l'avantage de cette autruche, qu'en ce moment-ci l'élevage sur une très grande échelle, ir le compte des Anglais au Cap de comme pour notre compte personnel xplorateur intelligent, M- Bourdarie, er en grand ces deux élevages : les iches.
ce Sud-Ouest Africain comprend :
me, le coprah, le caoutchouc, l'huile co, le café, les résines, les plumes i, les fourrures d'animaux sauvages édié à la colonie du Cap.
lU il y a eu un soutèvement des n
L'importation [infto sur les pr nhiits uji;iic(ilcs, t;ibacs, cigares, vètemeiitactarlîcltis do voyjig-i', vciitiire<, ineiiMes, maroquinerie, machines, instruments, outils etc. C'est' dans cette colonie que se trouve Angra-Piiquena, superbe rade, ayant des services rég'uliei's avec le G;ip. C'est un excellent mouillage qui est devenu l'un des points les plus importants de la côte occidentale d'Afrique ; c'est une tête de lignes de navigation qui permet d'exporter les produits de la colonie, de les diriger sans perte de temps particulièrement sur Captown. Mais une chose manque absolument à cette ville d'Angra-Pequena, c'est l'eau .louée ; Ton est obligé d'avoir une vasteciterne, ou bien l'on distille l'eau de mer avec certaines machines. C'est ce manque d'eau douce qui a toujours empêché la grandeur et le développement d'Angra-Pequena. Il s'y fait une exportation de bétail, de poissons et de divers minerais.
Maintenant, doublons le Cap de Bonne -Espérance, toute l'Afrique Australe appartenantà l'Angleterre, et nous arriverons à l'Afrique orientale allemande, qui est encore plus vaste, puisqu'elle mesure 94 LlOO kilomètres environ, avec une population sur laquelle pas un géographe n'est d'accord, puisque les chitires que j'ai recueillis varient de 3 à 6 millions d'habitants.
Admettons même qu'elle ne soit que de 3 millions, nous voyons cependant que là il y a une main-d'œuvre toute préparée. Situé au sud du lac Victor! a-Nyanza et du territoire des Somali, k l'ouest, ce territoire est borné par le lac Tanganyika et l'Etat libre du Congo; cependant si vous vous souvenez de ce que je vous ai dit à propos des colonies anglaises, vous savez que là l'Angletere possède plus de 25 kilomètres débandes de terre qui lui ont été donnés parLéopold, le roi des Belges. Au sud se trouve les possessions portugaises du Mozambique, et à l'est, l'Océan
Indien. Il est très difficile au point de vue diplomatique de savoir ce que deviendra cette colonie ; il y a en vue des intérêts si considérables actuellement à propos de cette partie de l'Afrique. Je ne saurais trop vous redire qu'il s'agit de Madagascar pour la France, pour l'Angleterre de son Afrique australe, pour le Portugal, de cette baie de liOurenço-Marquesquilui appartient encore DOminalement. Il est impossible d'augurer ce qu'il arrivera demain dans ces contrées ; c'est certainement l'un diîs points centraux des discussions européennes actuellement. L'Allemagne suit une politique très calme ; je crois ne pas m'avancer beaucoup en disant qu'elle attend le moment de réclamer quelques points de compensation, lorsque s'ouvriront les grands partages diplomatiques à propos de ces contrées. Il est à craindre que ce soit cette grande et merveilleuse colonie du Mozambique qui ne reste en partie aux mains des deux grandes nations. Je vous invite à suivre au jour le jour les orientations coloniales européennes, pour vous rendre compte de la politique allemande, pour vous expliquer l'indulgence apparente que provoque certains événements à Berlin. Il est certain que l'Allemagne poursuit un projet de développement très arrêté dans son esprit, de même que l'Angleterre poursuitceluides'emparer de tout ce qui reste à prendre en Afrique.
Les exportations de ces possessions allemandes consistent toujours en caoutchouc, ivoire, copal, riz, sésame, café, clous de girofle, résines. Quelques gisements de salpêtre naturel, des eaux minérales qui ne peuvent s'exporter en grande quantité, étant encombrantes et se détériorant par le déplacement. Le salpêtre commence à fournir un élément d'exportation sérieux.
Les importations sont à peu près les mêmes que celle» des colonies dont je viens de vous parler.
De plus, dans ces régions, on remarque de nombreuses plantations ; on y trouve des sociétés coloniales, des sociétés d'exploitations riches, prospères, des négociants qui y font du gros commerce, des exportateurs, des coDsigiiataires, quelques banques.
Il ne (aut pas confondre cette colonie avec celles de l'Ouest Africain ; elle est plus riche, d'un plus grand avenir. Là, encore, il est intéressant de bien préciser et de tracer une ligne de démarcation entre la colonisation anglaise et allemande.
Ce sont bien deux génies, mais tout à fait différents, vous vous rappelez comment les Anglais possèdent des sociétés à charte, prospères, régissant des territoires immenses, considérables, mettant en valeur des contrées entières ; la Conronne n'intervient que lorsque ces Compagnies ont donné de beaux résultats, qui ont été merveilleux avec la Bristisch Nortb Bornéo, mais qui, il faut l'avouer, ont été bien aléatoires avec la Chartred. C'est presque un phénomèpe que la plupart de ces sociétés filiales qui prospèrent où se ruinent, on ne sait trop pourquoi souvent ; il est curieux de constater comment à travers l'Europe se trouvent bouleversées ces valeurs africiiines, à Paris, à Londres, à Berlin, et suivant une dépèche annonçant tout simplement que Cecil Rhodes est bien portant ou qu'il a passé une mauvaise nuit. Il y a là des situations vraiment trop changeantes et trop livrées au hasard d'une spéculation effrénée. Les Anglais, dit-on, sauront toujours s'en tirer. Les Allemands plus prudents procèdent autrement, et certainement les résultats, pour être plus modestes, sont plus assurés et meilleurs.
Ils ne constituent pas des sociétés à charte ; nous qui avons essayé au Congo, nous n'avons réussi qu'à y engloutir près de 65 millions. Les Allemands ne font que de pe i-
tes entreprises parti«uUères ; il n'y a dans leurs colonies que des commerçant?, des colons, des industriels et pas de compagnies à charte, suivant le modèle des anglaises ou des françaises.
Quelques colons possèdent Je vastes teriiloires, mais pour leur compte personnel ; il y a de plus petits capitaux eiriployés dans un effort plus restreint, sur un point déterminés et les résultats sont meilhurs. Quand une compagnie à charte doit gouverner et mettre en valeur une grande étendue, il est plausible que peu à peu elle devienne une administration ; au contraire, quand on se trouve en face de petits commerçants, chacun travaille et agit suivant ses aptitudes personnelles et sait bien ce qu'il fait. Avec quelques lignes de navigation facilitant les exportations, l'ensemble des commerçants marchent vers un but déterminé. On agit suivant les besoins du commerce et non suivant un ministère.
Nous voyons donc là deux modes de colonisation représentant deux ordres d'idées diiférents. Est-ce à dire que les Anglais pouvaient faire autrement que de recourir à ces Compagnies à chartes ? Non, ils ont fait ce qu'ils ont pu faire, ce qu'ils ont été obligés de faire. Par suite des grands territoires conquis du jour au lendemain, les Allemands suivent eux-mêmes une méthode qui jusqu'ici ne parait que donner d'assez bons résultats.
En terminant, permettez-moi de vous lire deux ou trois pages d'un recueil intéressant sur les colonies allemandes, que vient de faire paraître M. Henri Ilauser, professeur à l'Université deClermont. Il dit :
a Ce jeune empire colonial, né d'hier est déjà très vivace. & Une nation qui en seize ans de temps devient une nation s coloniale et se hausse déjà sinon au premier, du moins au » second rang, c'est là un fait considérable et qui doit
» intéresser les peuples possesseurs de colonies. Comment .•s'est formé l'empire allemand d'Outre-raerî Quelles » fautes ont été commises ? Quelles évitées par ses
• fondateurs ? Que vaut cet empir'e, quel avenir peut-on » lui assigner, quelle place prendra-t-il à côté des erapi-
• res russes, anglais, français ? Quelles parties de cet » empire pairont les sacrifices faits par la métropole.
» Quelles autres resteront improductives- ' Ques- !• lions capitales d'autant plus qu'elles nous oblige- » ront souvent à faire un retour sur nous-mêmes, et que » de l'œuvre d'autrui nous tirerons un enseignement .
Four mon compte personnel, je crois dès maintenant quel Ouest Africain ne pourra peut-être jamaiscompenser ces sacrifices que, d'une autre part, l'Est .Africain Allemand paira rapidement. D'un cOtê nous avons des terrains riches, de l'autre, au contraire, des terrains très sablonneuï. — Je continue ma lecture : « Puisse cet enseignement continuer à nous guérir des deux manies contradictoires dont nous sommes tous ensemble affligés ; manie de nous admirer nous-mêmes, manie de nous dénigrer et de tout admirer des autres On trouvera dans l'œuvre allemande bien des péchés coloniaux dont nous nous croyons seuls coupables, on n'y trouvera pas toutes les vertus coloniales que possèdent les Français. Par contre, on pourra y rencontrer plus d'unité dans les méthodes, une orientation plus pratique, une part plus grande faite aux entreprises d'avenir, aux œuvres réellement productives.
« Il y a dans les colonies allemandes de l'excellent et du pire, et nos coloniaux y trouveront à prendre et à laissernous avons dédaigneusement souri, il y a quelques années quand on nous parlait de l'œuvre coloniale des allemands nous avons eu tort. » *
En nous mettant ainsi en parallèle avec les allemands.
je me rappelle un mot qui peint bien exactement la différence des caractères germaniques et français. M. de Bismarck disait, avec un sens très juste : « Noua sommes un peuple qui avons la ténacité du bœuf, vous êtes comme le cheval arabe qui ne sait pas avoir de la persévérance ».
On arrive quelquefois à bien des choses en possédant la ténacité du bœuf, peut-être mieux qu'avec l'emballement du cheval, fùt-il un cheval de race. Nous avons un exemple frappant de cet emballement colonial avec le Tonkin qui du jour au lendemain a été reconnue comme une des meilleures colonies, après avoir été, sans réflexion, dans un premier coup de tête, du jour au lendemain également, aussi jugée comme la plus mauvaise.
M. Hauser continue : « Il suffit de parcourir leurs revues coloniales pour voir le cas qu'ils font de la colonisation française, ils étudient de très près nos posses* sions. Ils profitent à la fois de nos succès et de nos échecs. C'est en cela surtout que nous devrions suivre leur exemple. Leur empire a ceci de particulier qu'il est encore en formation, dans une crise de croissance. Il n'a pas encore trouvé ses limites, ni peut-être sa forme définitive. Déjà, des îles du Pacifique qui étaient allemandes sont devenues anglaises, des îles qui n'étaient b, personne sont entrées dans le domaine impérial, un territoire a été découpé en Afrique entre l'Allemagne et l'Angleterre. Nous assisterons encore plus d'une fois à ces échanges et à ces partages. Chaque fois que ces rivaux traverseront des périodes difficiles, l'Allemagne cherchera à se débarrasser des lots improductifs pour les troquer contre des lots plus fertiles. Stanley la raillait autrefois d'avoir échangé « un pantalon neuf contre un vieux bouton de culotte b. C'est une faute qu'elle n'a pas recommencée, et elle s'est fait donner, à
Samoa, tout ud habit- Il n'est pas sûr que les sables et les cailloux de Kaokoveld restent éternellement allemands; mais il ne faut pas jurer qu'on ne verra pas dotter un jour le tricolore noir, blanc, rouge sur la côte du Mozambique. EnfÎD, la Chine septentrionale est dès h prédent ouverte <à l'Allemagne, comme à l'Angleterre et à la Russie. »
Comme je vous l'ai déjà dit tout à l'heure, il ne nous est pas permis de tirer des conclusions immédiates sur la colonisation allemande. Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir à ce sujet, mais tout nous fait présumer que dès maintenant il ne faut pas dédaigner l'évolution qui commence, qui, depuis dix-huit ans, a fait de réels progrès, et donné des résultats que l'on ne peut nier. L'Allemagne possède déjà de vastes territoires, et elle est résolue à en tirer parti ; elle guette toutes les occasions diplomatiques du monde, escomptant d'elles quelque profit.
Il est donc très intéressant, pour notre propre colonisation, que nous étudions de près sa méthode, ses projets, et surtout que nous suivions ses opérations, ses travaux dans les colonies allemandes comme elle le fait si bien dans nos colonies françaises. (1)
(1) Les notes suiviii.
niale me paraisse iil il leçon :
D'aprèt lea Ononctations ilu capitaine I.ene dans 1» Holontal Zeilwig, une dilainc de proTinees de lEsi-Afncuin alleinanij. dont l'Ouest Ousambara et l'Ouhehe, coaviendraienl à la colonisation curopi-'cnne.
Ces régions situi'ps à des altitudes de 1.400 à 2.000 mètres sont saines et agréables, riches en forêts et en terres de culture. Les essais faits démontrent que l'âlevage et l'aifricuUiire y prospéreraient. Lei pri\ actiiels.du bél&it sont tris tias : vache laitière 30 marks, taureau 10 mai'ks. veau B marks, mouton et chèvre lie 1 à î tuarcks, poule îb cenliuies. La ti'iupératui-e <liipaisi' rai-emenl 18 degri'-a à l'ombre, de sorte que l'Européen p<;ut travailler les i:liani[iti d'un bout (le l'année à l'autre. l'arloui où l'eau est facile à trouver, on peut faii'c pousser des k^unies toute l'année. Les céréales et produits agricoles européens y \ienncnt aussi bien que k> mais, les banunei et autres produits indigènes. Iji vente de ci-s produits peut se faire astex tacilcuiciit. et si les prix réalisés ne sont pas très ('levés, ils sont suflisants pour rémunérer le travail, l'our se rendre dans la possession et faire les pi-eniier» frais, un eolou doit disposer d'un capital de 5.000 mareks : mais l'auti'ur ne conseille le déjilneeiui'nt <|u'à eeu\ (|ui peuvent disposer d'un capital double, leui' permetiant de s-' constituei- une léscive égale à la première mise de fonds.
PR, lp iloctfiir NVubaur, charge |iai' le Coiiiiir i^onoiiiique rolouîal
rlet |)Osiibitit^ de colonisation dans le Haut-Uusnmbni-a, nuiportp que li's essais faits dans cette rôgion ont donné de* résultais lout à fait nÉdâlirs. Les exploiuiions crééex auraient réuni sans les di flic ulti^ de transport. Vélevagc des porcs lenié dans la plantation aakarn- n'a pas été continue. La chair de ces animauv prend un goût si difTércnt sous les tropiques, qu'elle ne peut plua servir à raiinientatioti des Européens et la vente aux indigènes n'est pu rémunératrice. L'élevaxe des bovidés n'a pas mieux réusai à Kwai. Le» vache* donnent à peine trois litres de mauvais lait par jour. La viande ne se |>aie pas non plus.
Le Coniité colonial va lenlcr, en conséquence, un estai de colonisation avec des colons a.vant déjà âté établi dans l'Amérique du Sud, et à qui on donnera toute l'assisiance possible. On espère ainsi constituer un noyau solide qui arrivera à vaincre les difficultés particulières au pa>^ et faciliier la tic he des émigranta ^tllemands qui viendront ensuite s'établir auprès d'eu.i.
Commerce du i" Trimeatrr 190i Valeur en marcks du mouvenient commercial :
Importations t.38ï.394
ExporUlions l.l6t.M9
Mouvement commercial . 3.55I.H}
Répartition de ce mouvement par pays de provenance al de destination ;
Provenance et destination Importations Exportslioni
AUemagne iti.l** 110.004
Angleterre I9.3S5 6.131
Zanzibar 1. 410.018 SiO.OOt
Indes S34.416 398
Autres pays 94.417 15. «7
Valcwrs des principaux produits d'exportation, caoutchouc !60.014, coprah tl5.7M, ivoire 134.056, café 07 ÎU, copal 57.430, sucre 4T.11S. cuirs et peaux 46.478, sâsamî 41.710, animaux sur pied 39.709, bois 20.710, chanvre 1I.S14, huiles, cire 14.11S, céréales l3.S3t.
Ces chiffres seront intéressants à comparer dans quelques années %\-ec ceui A.. p^ Y.