CHAPITRE XV Woiivelle-Calédonie
Territoire. — Ciimat. — Popuiaiion. — faufu et flore, — Culture et acclimatation, — Min^rg. — CofontMfttton,
I. Tbrritoirb. — La NouTelle-Calédonic, dans h Melanésic, est comprise entre 2(r et :^> lat. S., entre 101** et IM** long. E. Elle mesnre 75 lieues de lon^ sur 13 do large ot présente une superficie de 2 millions d'hectares. Autour do cette Ile allongée du N.-O. au S.-K., se trouvent semôes Kilo Nou ou bubonzet, les trois Iles le Prédour, Ilugon et Ducosi ITe Ouen, l'Ile des Pins et enfin celles de l'archipel Lovalty composé des trots iles Mare, Lifou et U véa. U*une manièro ^^énérale on peut considérer la longue crête de la grande lie et la série parallèle des lies Loyalty, comme deux éroersions volcaniques, parallèles, entre lesquelles njf^^^^^ "mllée an-
jourd^hui recouverte par les eaux, mais qui tend d'un mouvement lent et progressif à émerger à son tour. Il est même permis d'entrevoir dans l'avenir une époque, où la Nouvelle- Calédonie réunie aux îles Loyalty ainsi qu'aux ilôts qui l'entourent et prolongée dans tout son périmètre deviendra un continent comparable à TAustralie ou à la Nouvelle-Guinée. Actuellement on doit, sur tout le périmètre de ses côtes, s'écarter assez loin du littoral pour trouver la mer profonde et, d'une marée basse à une marée haute, notre colonie voit tour à tour sa superficie doublée ou réduite de moitié. Cette extension se fera d*autant plus sûrement, que deux formations, une volcanique et une madréporique, constituent la Nouvelle- Calédonie : tout autour d'un squelette volcanique s'étend la formation madréporique, qui dépasse de beaucoup ses contx)urs et qui, recouverte par l'eau, forme autour de l'ile et assez loin de ses bords, environ à 20 kilomètres, une ceinture de coraux qui brise la vague du large. Cette particularité rend les abords de la côte très difiiciles; en revanche le mouillage est excellent pour le navire qui est parvenu à entrer dans cette sorte de canal circulaire, aux eaux calmes, compris entre la côte et le rempart madréporique. Cette dernière muraille s*abaisse heureusement devant les fleuves, dont le courant l'ont brisée et ouvre ainsi une série de portes, par où les navires peuvent pénétrer. La plus grande altitude de l'ile est actuellement le mont Humboldt à 1 600 mètres.
II. Climat. — Le D^ Bourgarel, dans une étude sur cette colonie, dit de la Nouvelle-Calédonie : « C'est le climat le plus agréable que j'aie rencontré. » Il est en effet moins chaud et moins humide que celui des Marquises; l'hivernage n'est pas trop pluvieux.
On distingue deux saisons : une saison fraîche et sèche de mai à décembre; une saison pluvieuse et chaude, l'hivernage de janvier à avril. Les orages et les cyclones ne sont pas rares; ils sont toutefois moins terribles et moins fréquents
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L*ean potable masiVK t T^uinu-^ '>^>f»ni^:.-'- ^■\ /^A M. AntooTGaraaaix. iaamA?*»a &» jt n:<s^ i<* vAir^V^k-ti % qualité défectoeate 4t T^sêa i^ w*^* ut vi v-^-t* » ^'^***^. avait oonseiUé it î^lr^ itair ttut a ^ .'•* * ►îfci '>•-» • tj^*^ voisines.
§ 1. Acclimalem^^i drt r-^-ç^-r .* /, ve^Ay/ </>^ /x//w disme. — L^aodiaav^Kc: ^i^ fev*-.»;*»^*! m '*-•. •^*^ f^^il* ment, ce qai tient i ce vw Jt tr/w--"i^.v- «^^.f»^yf*'|»i«' dti sous-«ol empêche la f'ypaul*',i > tL*r*.« &^arU4.fi« |M« troupes ont pu rester s:x sivji v.ni» -*-< >r,V< t*f*« yrém'uU'f •lo maladies. KM. Leroj ■>■ M-sTiw.r: *^. > lu^.uu* «Vi|ir) rii«*nt ainsi : < Les zEiarali wtt i^/sl*^*^»x ^^. *t* *i/j*»r«H'", aucun caractère palustre *^» JBtï>r.?*i.* f-^ fr.ifi'j'i" 4 la «y/l/mif. Eh bien, fait incrovabl*-. •*;! î^Vu.'. 'Af.iU'*' ;/4r um* hIiwt \ation prolonge*-, la (kir^ .:*'*rtf- ••>^-'^ > «^t prc*»quf* inconnue et les flêrres lani^ j ^n.\ t/J-uà»- firf^siveiiiffit
rares. La même immunité existe pour les Européens comnir pour les indigènes, qui vivent dans de biens pires conditions et construisent de préférence leurs cabanes sur le bord de la
mer et des rivières Les Européens ont pu fouiller le
marais, sur lequel s*élève une partie de la petite capitale de Tile, le dessécher et y construire, sans qu*aucun cas de fièvri' intermittente se soit déclaré parmi eux. Nos soldais ont pu faire des expéditions de plusieurs jours traversant des marais et des rivières et couchant sur le sol, sans qu'aucun cas sérieux de maladie se soit déclaré. » Aussi la mortalité des troupes ne dépasse-Wlle pas 2,76 pour 100.
§ 2. Maladies. — Les maladies qui dominent sont la dysenterie, la diarrhée, l'embarras gastrique; viennent ensuite le scorbut, Théméralopie et les maladies vénériennes. Mais, en tète de toutes, il faut placer la phtisie pulmonaire. La méningite est fréquente par suite d'insolation. Le tétanos n*est pas rare chez les indigènes.
§ 3. AcclimatemeM des animaux, — Les bœufs de l'Australie, qui les a reçus elle-même d'Angleterre, se sont bien acclimatés à la Nouvelle-Calédonie. Le mouton n'a pas réussi; son élevage est empêché par l'abondance d'une graminéc spontanée, qui abonde dans le pays, Vandropogon austrocaledonicum. Ses graines barbelées et piquantes s'attachent à la laine du mouton, piquent sa peau et dopnent naissano à des abcès, qui abîment la laine et font maigrir l'animal. Li chèvre devient ici anémique, comme dans beaucoup de pay> chauds. Les porcs, introduits par Coock, ont prospéré et sont redevenus sauvages.
Les chevaux sont bien acclimatés; il est même remarquable, qu'on n'ait jamais encore signalé la morve ni le farcin.
III. Population. — Une superposition de races a eu liiu ici comme dans presque tous les points que nous avons
noires. Cette sufétyM^'^JL ut Ta'>^ y: t^^jli.<û\ Ihclemeût enocMre chcx la fiflMM» csDskgiKi. M. JEîciBrcmJ a décrit en eflbt en KoOTrite-rnIrtrmîr àen irji» *.»§ InAchés : le nègn ociéiMf, à la f«n losmfc. aaz c^ercvs eoarti et erépas, an fîtes iTâo- as sue- apiaû <i alloogé, aa nas épatée déprÎBê i aa racm^:. k ja laoe w })rofBaUie« aax apophjsea oriiîtains âkanD*» . ot ijjk- ii/^rKW afxxkde 4 Balade.
L^antre tjpe a la ;«as icu» ^ariie : > fr^ji.: e»: Laot, l€« renx motos enfonça. ^ on.^i'jiitr^T*' si'^^t rJjh^i^. k of^ moins épaté, let acascM» wci ii«v:i:» tr^fj^'. ^'«m le tvpe poljnésieo, fréqiKSt scnot*; ri*^ ..^ rL^è. O tr[^ est sortoot fréquent à file des Pjm. ai. sud > :& ^raiii*^ i^e. a Unia, 1 Kanala, a Toniaka.
Enfin, entre on diu irpi^» :rai«!:;:u^. tii^ tfosT€iit de nombreux métis, qni tiennest de I'm *^ dit - a5.*j^. Le II' Boorgarel estime que le d^rajer trpt. >r ;*ui.*r c^n polroésien. figure dans la popalalkm VAJÙt yfjnr 1 T>: ^^œ k- premier, on nègre océanien, figure pcwr 2 o ^ que le irpe mojea métis figure pour 2 5.
Un caractère dn y\w^\U: i^ Cana-^::**, rer [«jd^ Bertillon a insisté, c«t le rolame ^::ior-,*^ i^ n.ii:::i:r*-«. au»#i bua du supérieur r^oe de J'icfth^jr. I>^ trin^ .^. jl^, jailhnU du maxiUair*» inf-^rif or. sont U larz'-ur d*. la •ra:,.:}.** montanu* et surtout la diflerence d*- fonn*- '^-4, jrvvLle U suHa«» articulaire do condrle OMnpar** à €>;!- i-s autres raa^: tandis que cbez ikius celt* èurfac* ariiculair^- forme un segment d'ellip§o]de très coùT^xf. loag et étroit, *e rappnw chant de la dispotilion qu'on rencontra chez les carnassiers, au contraire chez les Néo-Cal«'lorii#.Q^ cette surface est à [ic-ine convexe, large auUnt que I..ii.-u.- c'est on somme un condvie d'herbivore permettant d'amples mouvements de Uti^ ralité; lesdenU larges, plates et usées ressemblent d'ailleurs
à de véritables meules. Tout cela tient à Talimentation grossière des Canaques.
L'influence de ralimentation s'étend plus loin : le crâne da Néo-Calédonien est très étroit et sa face très large; Bertillon attribuait cet aplatissement latéral du crâne A Ténergie et à la contraction des muscles temporaux, qui mettent en mouvement et soutiennent ces énormes mâchoires.
Les Canaques sont au nombre de 50 000 environ. La phtisie pulmonaire fait parmi eux des ravages considérables.
Ces sauvages ne sont cependant pas aussi inférieurs qu*on pourrait le croire, mais ils sont paresseux, fourbes, cruels et orgueilleux : « Souffrir pour souffrir, j*aime mieux avoir faim que travailler, » disent la plupart des simples Tayos. Les missionnaires catholiques n'ont fait d'ailleurs qu'augmenter leur tendance a la fourberie et â la dissimulation. En voici une preuve : M. Bourgey raconte qu'un Canaque « que la grâce venait de toucher », entra un jour chez un missionnaire pour se faire baptiser. Le pécheur d'âmes assuré de tenir celle du Tayo chercha par divers refus à doubler le prix de la faveur. Où la coquetterie ne met-elle pas son grain? — Tu as deux femmes; je ne te baptiserai, lui dit-il, que lorsque tu n'en auras qu'une. Le lendemain le Tayo revient et veut cette fois son baptême ! — Et tes femmes ? — Je n'en ai plus qu'une. — Qu'as-tu fait de l'autre? — Mais je l'ai tuée! — Du reste la logique naïve de ces grands enfants ne connaît pas ces termes moyens, qui caractérisent le civilisé : dès 1843 les Canaques montrèrent pour la religion catholique extrêmement peu d'enthousiasme; il leur arriva même de manger les prêtres. Or voici leur raisonnement et sa base : les missionnaires avaient soin de se tenir au courant de l'état des malades et, sitôt que la situation de l'un d'eux devenait désespérée, on se hâtait de le baptiser et do le mettre en règle avi c la conscience du missionnaire. Or les courses sont lon- ^^uos et le missionnaire arrivait le plus souvent juste â temps pour recevoir le dernier soupir du mourant en échange do
FAUNE ET FLORB. 449
bapttme. Les Canaques firent donc un raisonnement, que bien de savants font eux-mêmes : post hoc ergo prapter hoc; pour eux le baptême avait tué le malade. Cela ndentit singuliirement Tenthousiasme des néophytes.
IV. Faunb bt FLORB. — La faune n*a rien ici de partie culièrement intéressant : en dehors des roussettes et du rat les mammifàres sont peu représentés. On rencontre un grand nombre de pigeons, entre autres le noton (Phamorrhina ffoliath), lejanthentu hypœnochroa^ une tourterelle (CAo/* cophaps)^ un oiseau remarquable, le kagou (Rhinochetos Jîibatus)*
La flore n'a pas partout ici Taspect tropical, qu'elle ptèsente dans certaines lies voisines; sans les palmiers, les pandanées, les araliacées et les fougères arborescentes les forêts offriraient la plus grande ressemblance avec celles de TEurope. Sous les tropiques le nombre des plantes monocotylédones est en effet proportionnellement plus grand qu'en NouvelleOUédonie : les monocotylédones y forment généralement le tiers de la flore, tandis qu*en Nouvelle-Calédonie elles n'en forment que le cinquième.
La flore varie d'ailleurs suivant les régions de Tlle : dans les régions maritimes on trouve le cocotier, qui est là à sa limite australe; sur les collines le niaouli; à 000 ou 1000 mètres les rubiacées; plus haut les conifères, les dammara et araucaria australes; A 1 200 ou 1 «MO une belle fougère arborescente, dicksonia bcrteroana^ qui, au lieu de pousser comme la plupart des fougères, dans les lieux bas et humides, pousse au milieu des nuages qui garnissent les cimes. I«es montagnes sont dénudées par Faction de» pluies torrentielles sur leur pente rapide ; c*est sur elles que croissent certaines myrtacées, protéacées, casuarinées et épacridées, propret au pays.
La culture de la canne est ancienne. Un Canaque ne se mot jamais en route sans avoir i la bouche un morceau de
rares. La même immunité existe pour les Européens comni* pour les indigènes, qui vivent dans de biens pires conditions et construisent de préférence leurs cabanes sur le bord de la
mer et des rivières Les Européens ont pu fouiller k-
marais, sur lequel s'élève une partie de la petite capitale de rile, le dessécher et y construire, sans qu'aucun cas de fièvri* intermittente se soit déclaré parmi eux. Nos soldats ont pu faire des expéditions de plusieurs jours traversant des marais et des rivières et couchant sur le sol, sans qu'aucun cas sérieux de maladie se soit déclaré. » Aussi la mortalité des troupes ne dépasse-t-elle pas 2,76 pour 100.
§ 2. Maladies. — Les maladies qui dominent sont la dysenterie, la diarrhée, l'embarras gastrique; viennent ensuite le scorbut, l'héméralopie et les maladies vénériennes. Mais, en tète de toutes, il faut placer la phtisie pulmonaire. La méningite est fréquente par suite d'insolation. Le tétanos n'est pas rare chez les indigènes.
§ 3. AcclimatemoU des animaux. — Les bœufs de l'Australie, qui les a reçus elle-même d'Angleterre, se sont bien acclimatés à la Nouvelle-Calédonie. Le mouton n'a pas réussi. son élevage est empêché par l'abondance d'une graminée spontanée, qui abonde dans le pays, Yandropogon anstrocaledo7iiciim. Ses graines barbelées et piquantes s'attachent à la laine du mouton, piquent sa peau et donnent naissanc« à des abcès, qui abiment la laine et font maigrir l'animal. La chèvre devient ici anémique, comme dans beaucoup de pav-* chauds. Les porcs, introduits par Coock, ont prospéré et sont redovenus sauvages.
Los chevaux sont bien acclimatés; il est même remarquable, qu'on n'ait jamais encore signalé la morve ni le farcin.
111. Population. — Une superposition de races a eu \iv\i ici comme dans presque tous les points que nous avons
POPULATION. liT
(;tu<li'''S. L<\s PoIyiK'sioiis so sont siip(.T|)os(''s aux M«'*Ianésions, rux-inriiies fornics peut-être par la lusion de deux races noires. Cette superposition de races se reconnaît facilement encore chez la population canaque. M. Bourgarel a décrit en effet en Nonyelle-Calédonie deux types très tranchés : le nègre océanien, à la peau foncée, aux cheveux courts et crépus, aux membres grêles, an crâne aplati et allongé, au nés épaté, déprimé i sa racine, à la face très prognathe, aux apophyses orbitaires énormes; ce type inférieur abonde à Balade.
L'autre type a la peau plus jaune; le front est haut, les yeux moins enfoncés, la conjonctive moins injectée, le nez moins épaté, les muscles sont moins grêles; c'est le type polynésien, fréquent surtout chez les chefs. Ce type est surtout fréquent à l'Ile des Pins, au sud de la grande lie, à Unia, à Kanala, à Toniaka.
Enfin, entre ces deux types tranchés, se trouvent de nombreux métis, qui tiennent de l'un et de Tautre. Le D' Bourgarel estime que le dernier type, le jaune ou polynésien, figure dans la population totale pour 1^ ; que le premier, ou nègre océanien, figure pour 2/5 et que le type moyen métis figure pour 2/5*
Un caractère du squelette des Canaques, sur lequel Bertillon a insisté, c'est le volume énorme des maxillaires, aussi bien du supérieur que de l'inférieur. Les traits les plus saillants du maxillaire inférieur, sont la largeur de la branche montante et surtout la différence de forme que présente la surface articulaire du condyle comparée à celle des autres races: tandis que chez nous cette surface articulaire forme un segment d'ellipsoïde très convexe, long et étroit, se rapprochant de la disposition qu*on rencontre chez les carnassiers, au contraire chez les Néo- Calédoniens cette surface est à peine convexe, large autant que longue ; c'est en somme un condyle d'herbivore permettant d'amples mouvements de latéralité; les dents larges, plates et usées ressemblent d'ailleurs
à de véritables meules. Tout cela tient à ralimentation grossière des Canaques.
L'influence de Talimentation s'étend plus loin : le crâne da NéoCalédonien est très étroit et sa face très large; Bertillon attribuait cet aplatissement latéral du crâne A Téner^no et â la contraction des muscles temporaux, qui mettent en mouvement et soutiennent ces énormes mâchoires.
Les Canaques sont au nombre de 50 000 environ. La phtisie pulmonaire fait parmi eux des ravages considérables.
Ces sauvages ne sont cependant pas aussi inférieurs quon pourrait le croire, mais ils sont paresseux, fourbes, cruels et orgueilleux : € Souffrir pour souffrir, j*aime mieux avoir faim que travailler, » disent la plupart des simples Tayos. Les missionnaires catholiques n*ont fait d'ailleurs qu'augmenter leur tendance â la fourberie et à la dissimulation. En voici uno preuve : M. Bourgey raconte qu'un Canaque « que la grâce venait de toucher », entra un jour chez un missionnaire pour se faire baptiser. Le pêcheur d'âmes assuré de tenir celle da Tayo chercha par divers refus à doubler le prix de la faveur. Où la coquetterie ne met-elle pas son grain? — Tu as deux femmes; je ne te baptiserai, lui dit-il, que lorsque tu n*en auras qu'une. Le lendemain le Tayo revient et veut cette fois son baptême ! — Et tes femmes ? — Je n'en ai plus qu'une. — Qu'as-tu fait de lautre? — Mais je l'ai tuée! — Du reste la logique naïve de ces grands enfants ne connaît pas ces termes moyens, qui caractérisent le civilisé : dès 1843 les Canaques montrèrent pour la religion catholique extrêmement peu dVnthousiasme; il leur arriva même de manger les prêtres. Or voici leur raisonnement et sa base : les missionnaires avaient soin de se tenir au courant de rétat des mahides et, sitôt que la situation de Tun d eux devenait désespérée, on se hâtait de le baptiser et do le mettre en règle avrr la conscience du missionnaire. Or les courses sont lon- ^'ues ot le missionnaire arrivait le plus souvent juste â temps pour recevoir le dernier soupir du mourant en échange do
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baptême. Les Canaques firent donc un raisonnement, que Uen de sarants font eux-mêmes : past hoc ergo prqpter hoc; pour eax le baptême avait tué le malade. Cela ralentit singolièrraient Penthoosiasme des néophytes.
IV. Faunb bt plorb. — La faune n*a rien ici de particulièrement intéressant : en dehors des roussettes et du rat les mammifàres sont peu représentés. On rencontre un grand nombre de pigeons, entre autres le noton (Phamorrhina ffoliath), Ujanthentu hypœnochroa^ une tourterelle (CAo/* cùphaps\ un oiseau remarquable, le kagou (Rhinochetas jubatus).
La flore n'a pas partout ici Taspect tropical, qu'elle présente dans certaines lies voisines; sans les palmiers, les pandanées, les araliacées et les fougères arborescentes les forêts offriraient la plus grande ressemblance avec celles de TEu* rope. Sous les tropiques le nombre des plantes monocotylédonee est en effet proportionnellement plus grand qu'en Nouvelle-Calédonie : les monocotylédones y forment généralement le tiers de la flore, tandis qu*en Nouvelle-Calédonie elles n'en forment que le cinquième.
La flore varie d*ailleur8 suivant les régions de Tlle : dans les régions maritimes on trouve le cocotier, qui est là à sa limite australe; sur les collines le niaouli; à 000 ou 1000 mètres les rubiacées; plus haut les conifères, les dammara et araucaria australes; à 1 200 ou 1 .'MM) une belle fougère arborescente, dicksonia bcrteroana^ qui, au lieu de pousser comme la plupart des fougères, dans les lieux bas et humides, pousse au milieu des nuages qui garnissent les cimes. I«es montagnes sont dénudées par Faction des pluies torrentielles sur leur pente rapide ; c*est sur elles que croissent certaines myrtacées, protéacées, casuarinées et épacridées, propres au pays.
La culture de la canne est ancienne. Un G q met jamais en route sans avoir i la l)ouche i
450 NOUVELLE-CALÉDONIB.
canne qu'il mâche. C'est en 1866, que la maison Clain et Joubert, première usine fondée à Koe-Dumbea, expédia en Australie les 10 premiers tonneaux de sucre néo-calédonien.
Le bois de Y hibiscus sert aux indigènes à produire le feu par friction; le mûrier à papier {Brotissonetia papyrifern) sert à faire des ceintures, des ornements pour la tète; le thespesia populnea et le Pachyrrhistis angulatus fournissent des fibres corticales d*une grande ténacité, qa*on emploie à faire des filets de pèche ; le bois des casuarinées sert à faire des canots et des armes; le niaouli {Melaletica viridiflora et M. leiœodendron) recouvre des espaces considérables, on regarde même sa présence dans un terrain comme indice des qualités nécessaires à un bon pâturage ; Técorce sert à calfeutrer leurs cases, à calfater les pirogues et à faire des torches. On attribue en outre au niaouli les mêmes propriétés antipaludéennes qu*à Teucalyptus; il sert avec le melaleucn cajepuii des Moluques à la fabrication de Thuile de Cajeput.
Les ressources que la Nouvelle-Calédonie présente par ses bois sont du reste considérables : dans les forêts de Tintérieur le tamenon fournit un bois précieux pour la construction. Le santal a malheureusement disparu; mais le bois de rose est encore abondant. Quelques kauris, analogues à ceux de la Nouvelle-Zélande, mériteraient d*étre exploités.
V. Culture et acclimatation. — Le riz, le maïs, la pomme de terre, la betterave, la patate douce et tous les légumes d'Europe se sont acclimatés facilement. La culture (le la vigne parait également devoir réussir. M. L. Armand, directeur de l'administration pénitentiaire, a acclimaté des plants connus dans les Alpes maritimes sous le nom de raisinfra)nf>oise; il avait à Nouméa 2 récoltes par an et une treille (le G pieds de vigne lui a donné au bout de 3 ans plus do 700 raisins. Le pécher, le fraisier, surtout la variété Vietorin Trollopes de Sydney, Tananas, Toranger, le citronnier, le papayer, le pommier cannelle, le mango, le vanillier^
CULTUU ET ACCLIMATATION. 451
le bananier, le cocotier, les piments sont des produits indigènes on importés, qui donnent des fruits excellents. J'ai déjà parlé de la canne i sncre, qui fonrnit 5-6 tonnes de sncre par hectare; or la tonne vaut plus de 700 francs à Sydney; mais la canne est menacée par les légions de sauterelles, qui abondent et qui s'opposent au développement de cette culture. L'igname, le taro, le ricin, le niaouli et le sandal donnent des rendements toujours de plus en plus considérables ; il en est de même du coton, dont la culture tend tous les jours i se propager. Le tabac et le café ont l'avantage d'être épargnés par les sauterelles. La culture du café fournit les meilleures qualités et l'on admet dans le pays, qu'un hectare de caféiers rapporte 2 000 francs par an au bout de 3 ans et que 2 ou 3 hommes suffisent à l'entretien de 20 hectares de plantation. Quant au tabac on a introduit avec succès les plants de Maryland, Havane et Virginie qui prospèrent bien.
En présence de l'envahissement des cultures par les sauterelles, qui trouvent un asile sûr au milieu des nombreux végétaux herbacés du pays et qui ne rencontrent pas beaucoup d ennemis dans le monde restreint des oiseaux, il serait utile d acclimater un grand nombre d'insectivores. On a déjà importé le merle des Moluques, mais c'est un oiseau des villes et non des campagnes d/'sertos, où vivent les sauterelles. M. Germain, vétérinaire qui s'est beaucoup occupé de ces qiiostions d'acclimatation en Nouvelle-Calédonie, recommande le siumopastor temjtoralis et Yacridoihereê cristalleus. <"est l'importation de ces deux oiseaux, qui a sauvé les cultures du tabac de Manille jusque-là détruites chaque année par les insectes. On pourrait acclimater aussi /rafwolinus l^erlnius^ gnlluM ferrugineus , f^lf/pectron get^mani et cuplocomus prœlnius. Il faut reconnaître d'ailleurs, que l'administration coloniale s'(*st occup^'^ ave<* beaucoup de sol* licitude, notamment à l'embouchure de la Foa ainsi qu'à la presf{u'ile Ducos et à l'Ile fies Pins, de créer des centres agri-
coles ayant pour but de faciliter Tintroduction et la propagation de plantes et d*animaux utiles.
Le succès de la vigne en Nouvelle-Calédonie a sans doute rappelé à M. Raveret-Watel le mot d'Olivier de Serres : < Là où croist la vigne, là peut venir la soye », car en 1874 il a cherché à montrer quels avantages la Nouvelle-Calédonie présenterait à la sériciculture. Il conseillait surtout d'y faire de la graine plutôt que de la soie, afin de régénérer nos magnaneries, qui achètent actuellement à l'étranger pour plus de 16 millions de graine.
VI. Mines. — Il existe dans la vallée du Diahot de riches gisements aurifères : une première concession de 25 hectares fut accordée en 1873, mais on estime que l'étendue du gisement est de 250 hectares. L'or se trouve, à l'état natif, au milieu de grès et de schistes magnésiens métamorphiques; on a fait de nombreux puits; malheureusement Teau a envahi les* mines.
Le nickel existe à l'état hydraté, associé à la magnésie; son minerai est très riche et donne 21,51 ^U ^^ nickel; la plus grande partie vient en France. Ce nickel est le meilleor qui soit au monde, absolument exempt d'arsenic, malléable et du travail le plus facile. En 14 mois quelques centaines do mineurs en avaient extrait plus de 2000 tonnes; on pourrait en tirer 500 tonnes par mois.
Le cuivre est également très abondant; le rendement des pyrites est de 16,84 «/o. Le cuivre d'Ouaïla est le plus pur et le meilleur de tous les cuivres connus. Sur la rive droite du Diahot une compagnie française de Balade possède une exploitation importante.
On trouve également du fer chromé avec 60 •/© de chrome; du minerai de cobalt qui contient 4,35 **/o de cobalt.
VII. Colonisation. — g 1. Immigrants volontaires, — La colonisation est loin d'avoir tiré de la Nouvelle-Calédonie
k maiUeiir parti possible ; l'acquisitioii des terres fut, il est vrai, fixée d'abord au prix très modique de 25 francs Théotare, mais on exigeait, sous peine de déchéance, des constmc* lions souvent ruineuses. Cependant, ainsi qu'on l'a dit avec raison. Inexpérience nous avait montré, que des procédés de ce genre avaient compromis l'Algérie et qu'au contraire la liberté la plus absolue laissée à l'initiative privée avait permis à des villes, comme Sydney et Melbourne, de devenir en ffî ans des centres de 150000 habitants. Il en a été tout autrement en Nouvelle-Calédonie : grâce à cette manie française de faire le bonheur des gens malgré eux n'a-t-on pas expérimenté la communauté fouriériste dans la plaine d'Yate !
Des passages gratuits sont accordés aux familles d*émigrants, qui désirent obtenir des concessions de terres i la Nouvelle-Calédonie; l'administration locale a été invitée i tenir des lots de terrains prêts à être mis A la disposition des émigrants immédiatement après leur arrivée i Nouméa. Indépendamment des concessions il est accordé quelques mois de vivres i titre gratuit, ainsi que des outils, graines et semences aux colons, dont les efforts méritent d'être encourages. Malgré tout le développement est moins rapide, qu'il pourrait être, au début, de 1863 à 1868, le nombre des immigrants volontaires était peu considérable; ils étaient cependant 1 060 en 1864, 1 417 en 1868 et 2782 en 1877. Le nombre des hectares en exploitation était de 1092 en 1866, de 9088 en 1867 et de 11 825 en 1860; il atteignait plus tard le chiffre de 26703 représentant une valeur de 2 700 000 francs, auxquels il faut encore ajouter 500000 francs de constructions rurales kUies par les colons. Nouméa est devenue une ville; les bourgs de Nakety, de Kauala, de Kouahoua, de Ilouagap, d'Hienguene, de Poebo et de Balade se sont créés, les défrichements et les plantations se sont étendus, le commerce et Tindustrie ont pris une certaine activité; l'importation représentait 9683000 francs et TexportaUon 3061 955.
§ 2. Travaux publics. Écoles. — Les travaux publics sont menés avec une certaine activité : on a inauguré, au mois de février dernier, les routes carrossables de Païta et de Bouloupari. Ce travail très difficile a été parfaitement fait et les municipalités ont envoyé des adresses de remerciement au gouverneur.
Une école fréquentée par une vingtaine d*enfants indigènes a existé pendant plusieurs années à Kanala et il y a eu d'assez bons résultats obtenus. Mais les cours en ont ét^ interrompus, faute de local, pendant une année; une décision du gouverneur les a rétablis. Une autre école pour les Canaques existe à Nouméa et une troisième est ouverte à Gatope. Actuellement la question capitale en Nouvelle- Calédonie est celle de la transportation des condamnés.
§ 3. Transportation des convicts. — La colonisation de la Nouvelle-Calédonie se trouve en effet dans Topinion publique inséparable de la transportation des condamnés récidivistes ou non. C'est en 1864, que, renonçant à envoyer les condamnés à la Guyane, dont Tinsalubrité était nettement constatée, on fit partir pour la Nouvelle-Calédonie un premier convoi de 250 forçats, qui furent internés à l'ile Nou ou du Bouzet. En 1866 un second convoi partit avec 250 autres condamnés: les meilleurs sujets étaient plus tard admis à quitter Tile Nou et envoyés comme concessionnaires sur la grande Ile à Bourail et à la ferme-modèle de Yahoué.
Au 31 décembre 1871 l'effectif des forçats était de 2735 dont 2 401 en cours de peine et 274 libérés. De ces derniers 173 avaient obtenu des concessions dans le nord de Tile.
La mortalité de ces forçats n'est pas supérieure ace qu'elle est en France dans les maisons centrales, c'est-à-dire chez des hommes du même milieu social, de même catégorie et dans des conditions psychiques analogues; elle a été exceptionnellement de 15,4 pour 100 pendant une période, où régnait la fièv^e typhoïde; elle est en général de 14,5 pour 100;
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Q^ dans las maisons centrales de France la mortalité est de 15 poar 100. L'Australie, qni pourtant compte tant de con** Tîcts dans les éléments dont elle est formée, était donc pour les condamnés anglais un milieu beaucoup moins sain, que l'est la Nouvelle-Calédonie pour les transportés français, car la mortalité des convicts y était de 16 pour 100. Au point de vue du climat le choix de la Nouvelle-Calédonie est donc très heureux ; j'ajoute que son éloignement au milieu des mers rend les évasions peu faciles.
Malheureusement, si le climat est bien choisi, les procédés de radministration pénitentiaire ont singulièrement différé de ceux qu'avaient suivi Philipp et Macquarie en Australie. J ai raconté plus haut les débuts de l'Australie; j'ai montré que, si du mauvais grain avait donné sur cette terre où on l'avait semé une récolte aujourd'hui belle et prospère, c'est parce que la liberté et le sentiment de la responsabilité individuelle avaient été appelés à projeter sur les jeunes semis leurs rayons fécondants. Rien de semblable n'a été fait en Nouvelle-Calédonie ou du moins à Bourail, car le régime qui a fondé Ouarail était beaucoup moins éloigné de celui qui a si bien réussi en Australie.
Je ne parle ici, bien entendu, que de l'Ile Non et des condamnés de droit commun avant et après libération, car parler de la transportation des condamnés politiques et supposer que de pareilles monstruosités puissent jamais être revues, ce serait à mon avis faire une tache volontaire dans un livre consacré i l'avenir scientifique de la colonisation.
L'ile Non est une petite lie très accidentée, aux pentes rapides, boisée dans une partie, couverte dans l'autre d'une horbe courte, jaune pendant la sécheresse. Avec la grande t4»rre elle forme la ra<le et le magnifique port de Nouméa. Les ateliers de Non ne manquent pas d'importance: ils comprennent une scierie^ une fonderie, de belles forges; tout cela est dirigé par un conducteur de travaux fort intelligent. Un visiteur M. Hranda décrit ainsi le camp, où sont parqués les condam*
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nés : € Le camp, entouré d'un mur élevé, se compose de bâtiments rectangulaires contenant chacun cinquante transportés. Ces bâtiments, vastes et bien aérés, ne laissent rien à désirer sous le rapport de Thygiène. Un condamné de bonnes manières, d'une extrême propreté, très soigné dans sa tenue, dirigeait le nombreux personnel des cuisines, où d'immenses chaudières de cuivre reluisaient sur de vastes fourneaux. Au premier coup d'œil je reconnus un ecclésiastique. En effet, c'est un ex-vicaire général condamné pour escroquerie. Les condamnés sont divisés en cinq classes : dans la troisième on distribue les arrivants, qui peuvent par leur bonne conduite s'élever à la deuxième, puis â la première, ou descendre par de nouveaux méfaits â la quatrième et â la cinquième. L'inégalité dans la scélératesse a conduit â faire encore un choix, celui des internés : c'est le dessus du panier, la fine fleur du bagne. Les internés ne sont astreints â aucun travail; on ne leur ménage ni l'air ni la lumière; mais ils sont privés de hamacs et portent la double chaîne; la conversation à haute voix leur est interdite ; leur porte, au lieu de donner sur le camp, qui est la cité animée du bagne, donne sur une petite cour entourée d'un mur élevé : seuls moyens, pense-t-on, de réduire ces natures indomptables. Quand on ouvrit la grille, il me sembla pénétrer dans une cage de fauves : tous se dressèrent, tête nue, en faisant sonner leurs chaînes. Il y a la des cous de taureau, des mâchoires énormes, des visages où l'on cherche vainement quelque chose d'humain. » On voit que cela ne ressemble guère au tableau des condamnés dans l'Australie de Macquarie. C'est cependant l'avantage de la relégation, que de pouvoir s'y départir des mesures rigoureuses et incapables d'amender le coupable, que nécessite dans la mère-patrie la sécurité des honnêtes gens. Indispensables en France ces mesures sont inutiles dans une petite île comme l'Ile Nou; au surplus ce qui nous intéresse le plus, ce sont les condamnés libérés. C'est pour eux, que les conditions de la relégation doivent être vraiment thérapeutiques et restaurantes.
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Or, daas le système qui prédomine en Franoe, système qoi m été soiri notamment dans la fondation de Bourail, les libérés sont internés dans des centres pénitentiaires agricoles, o& ils ne jouissent que d*une liberté relative. On leur donne des terres, on les aide i les cultiver, on marie ceux qui n*ont pas de famille i des filles provenant des maisons centrales, on pousse les familles des autres à les rejoindre, enfin, marque distinctire de ce système, on exclut avec le plus grand soin de oes centres agricoles toute population libre, de sorte que cette nouvelle société est tout entière composée de forçats et de familles de forçats.
A une certaine époque on avait introduit un autre élément, élément libre, mais qui n*était pas de nature à améliorer beaucoup l'espèce qu'on se proposait de faire sortir du noyau des forçats européens; cet élément était composé de femmes canaques. Dans les expéditions contre les indigènes on faisait des razzias de ces noires sabines; ailleurs même Tadministra* tion autorisa de simples liaisons entre les forçats et les femmes indigènes et fournit double ration pour le forçat qui avait une Canaque chez lui. Je suis loin de trouver scandaleuse, comme on l'a dit, cette conduite de l'administration; cela vaut même mieux à certains points de vue que de marier les condamnés avec des filles condamnées comme eux en France, car on a ainsi moins de chances de multiplier une hérédité criminelle et pa* thologique, qu'en accouplant ensemble Tépilepsie, Talcoolisme, la manie, l'hystérie et tout ce qui résulte d'une somme d*ancétres déclassés, misérables ou criminels.
Le résultat de l'isolement des forçats à liourail n'a pas d'ailleurs été favorable. € Faire un tableau moral do lk>urail, dit M. Doucin, est une tâche qui répugne, car on y touverait toutes les souillures des bas-fonds les plus immondes, qui là s'étalent en plein jour. » 11 n*en est plus de même i Ouarail, où Ton s*est appliqué au contraire à entremêler. les forçats libérés aux colons libres, comme cela avait lieu en Australie.
Dans ce second système, au lieu de repousser systémati-
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quement la colonisation libre, on s*eSbrce, au contraire, de Tattirer dans le pays : les centres agricoles créés sont accessibles tout d*abord aux colons libres et c*est au milieu de cette population nouvelle, qui ne redoute pas le contact du forçai et qui a besoin de main-d'œuvre, que l'on verse les libérés, soit comme ouvriers, soit comme propriétaires. Le libéré se fond dans ce milieu nouveau, y travaille à l'exemple des autres, cherche à faire oublier son origine, se mêle de plus en plus aux colons libres et finit par former corps avec eux.
4c La morale de la fable, qui nous représente une orange mauvaise gâtant les bonnes oranges, n'est heureusement pas toujours vraie ; si elle l'était, il y a longtemps que le monde entier serait gangrené. Le forçat placé en face de l'homme libre cherche à lui faire oublier son origine, à prouver qu'il n*est pas aussi mauvais ni aussi coupable qu'une société injuste, selon lui, a bien voulu le déclarer et tous ses efibrts tendent à Télever au niveau des autres en faisant oublier son passé. Un fait matériel bien curieux vient à Tappui de cette opinion : à Bourail le forçat, après sa libération, ne se donne même pas la peine de se dépouiller de son costume de bagne; il continue à s'en revêtir. Peu lui importe : tout le monde sait d'où il sort et, comme tous ceux qu'il rencontre sont dans le même cas, il n'a point à rougir. Voyons, au contraire, le forçat libéré dans tout autre endroit de la colonie. Le jour de sa libération il rejette au loin l'uniforme du déshonneur; il revêt au plus vite de nouveaux habits, qu'il a fait préparer à l'avance. Sa barbe, qu'il laisse pousser depuis huit jours, lui permet de montrer une moustache naissante. Le jour de sa libération c'est au physique un homme nouveau. Eh bien, il en sera bientôt de même au moral! » (Doucin.)
C est ce mélange de Thomme libre et du libéré qui a si bien réussi en Australie. Nous ne coloniserons donc la Nouvelle- Calédonie avec des convicts, qu'en nous imprégnant de cette idée et qu'en évitant de transformer l'île en un vaste pénitencier. « Au lieu d'établir des institutions et des règles, dit encore
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M. DovdRy qui permettent de fonder une société noiiTeUe,
dans laqndle le condamné libéré serait soumis aux lois ordinaires des gens libres, on veut fonder une colonie dans laquelle rbomme libre serait soumis aux lois et règlements des pénitenciov.On renverse Tordre logique des choses ; en d'autres termes on veut transformer entièrement ce beau pays en un vaste pénitencier. »
On a commis encore une faute, celle-là très impolitique au point de vue de l'autorité morale, que le blanc doit conserver sur le noir : on a transformé les indigènes en chiens de garde ou mieux en chiens de chasse. Dès qu'une évasion est constatée, on hisse un drapeau sur un blockhaus, qui domine la plus vaste vallée de Kanala et de tous les points de laquelle il est aperçu : c*est le signal convenu. Les Canaques se mettent alors immédiatement en chasse, aiguillonnés qu'ils sont par la prime de 25 francs, qu'obtient le naturel assez heureux pour mettre la main sur Tévadé ; celui-ci, quand il est saisi par les indigènes, est ramené garotté au chef de l'arrondissenient, commandant territorial. Il est rare que, dans ces conditions, un condamné puisse rester dehors plus de deux ou trois jours.
Du reste il est étrange de penser, que le seul modèle que nous ayons a suivre en pareille matière, l'Australie, qui par ya vigueur prouve Texcellence do la méthode suivie par ses Tondateurs, soit précisément la puissance, car puissance il y a (Ié>ormai8, qui prétende nous empêcher de faire on Nouvelle- Calédonie ce que les pères des Australiens actuels ont fait en Australie. C*est ainsi qu'elle a depuis longtemps refusé elle>méroe de recevoir les coiivicts de TAugleterre, comme Tavait fait le Maryland, qui précisément le jour, où l'Australie fut choisie comme terre de déportation, avait refusé de continuer à recevoir le limon dont il avait fait de la pierre dure. Dans un récent congrès fédéral les colonies australiennes ont «'*levé la prétention de nous empêcher de faire ce que nous viiulons dans la Nouvelle-CaltMonie. qui nous appartient. Gela
est à coup sûr excessif; mais il ne me déplait pas après tout de voir cette exubérance, cette vigueur ju vélines. Que l'Australie se déclare autonome, qu'elle proclame son indépendance, elle aura mille fois raison, mais je ne vois pas sous quel prétexte elle se mêlerait des affaires de la France.
§ 4. Nouvelles- Hébrides, — Ces lies sont destinées à devenir une annexe de la Nouvelle-Calédonie et pourront également servir à la transportât ion. Elles forment untchaîne d'ilôts, qui a 120 lieues de longueur entre \b^ et 21 ' latitude sud, entre 164*" et 168 "longitude est. Elles sont volcaniques ; des fumerolles forment de tous côtés de petits nuages suspendus aux flancs des montagnes.
Les habitants appartiennent au même type que les Nêo- Calédoniens, avec une plus grande prédominance du saug papou. Leur crâne est petit et perdu dans une épaisse toison, sorle de bonnet à poil, qui résulte de Tarrangement compliqué qu'ils donnent à leurs cheveux longs, crépus et emmêlés avec art.