MALADIES
pen modifiée et protêt forme. Sur 8444 cas observés par un de nos pins distingués confrères de la marine, M. le D^ Maurel, 6118 appartiennent aux fièvres irrégtilières ou atypiques. Il a observé 269 accès pernicieux. C'est sous forme quotidienne, que le poison frappe ses premiers coups; puis le type s*altère et la forme chronique avec anémie et cachexie lui succède. Les types continus ou subconlinus sont très fréquents; les accès débutent plus souvent le soir que le matin.
Si Tindividu atteint par Timpaludisme offre déjà une lésion organique, une plaie, une affection du foie, du poumon, etc., on verra la fièvre se compliquer de manifestations du côté de ces organes; si ces complications portent sur des organes essentiels à la vie (cerveau), la perniciosiié apparaît. Pour M. Maurel la perniciosiié ne réside donc pas dans Tagent toxique mais dans lorganisme, qui off*re un point de moindre résistance soit du côté du cerveau, soit du côté du poumon, soit du côté de l'intestin.
Fièvre bilieuse inflammatoire ; fièvre jaune. Après la fièvre intermittente la maladie la plus redoutable est la fièvre bilieuse inflammatoire, I)'après M. le D' Burot, qui a rempli pendant deux ans les fonctions de médecin du pénitentier du Maroni, il existe à la Guyane, à côté de Tinfluencx' palustre, une influence morbide générale do mémo nature que la fièvre jaune. Cotte influonco morbidt' ost ronstanto : elle .so traduit par dos fièvres impropremonl nommées bilieuses^ puisque la coloration jaune de la ]>eau tiont i(M. comme dans la fièvre jaune, à la décomiK)sition (I<\h matièn^s colorantes <lu .sang qui teignent la peau ot non pas à la bilo; ces fièvres no sont pas justiciables du sulfate do (|uinine et les épidémies rét'lles de fièvre jaune, lorsqu'ollos éclatent à la (tuyane, m» sont que lour oxacerbation épiilémitjuo.
On voit du reste do temps on temps d»* véritables cas d»» tièvro jaune isolés, avec un airaotèro contagions, peu mar-
que, mais qui seraient susceptibles de prendre une extension . considérable, si de nouyeaux aliments Tenaient donner an ' foyer la puissance qui lui manque. Ce sont, en un mot, de | petits centres d'infection, que les mesures d'hygiène peuvent annuler comme leur oubli peut les étendre.
La preuve que la nature de la fièvre bilieuse est bien différente de celle du paludisme, c'est que la plus grande mortalité produite par elle ne coïncide pas avec l'époque des défrichements et des déboisements et que le moment où elle sévit, n*est pas la saison, où les influences palustres ont le plus d'activité.
Tout montre, au contraire, le plus grand rapport avec la fièvre jaune : c'est ainsi qu'on voit des personnes tomber malades, après avoir visité des dépôts d'objets d'habillement ayant servi; c'est ainsi qu'on voit des hommes atteints tous à la fois, après avoir transporté de la literie militaire et des gardes-magasins être pris avant tous les autres hommes des symptômes de la fièvre bilieuse. Tout cela rappelle les allures contagieuses de la fièvre jaune, qui se transmet surtout par les bardes. D'ailleurs, quand un individu a eu la fièvre bilieuse, il a moins de chances de contracter plus tard la fièvre jaune.
A ces maladies il faut ajouter Vhépatite^ la lèpre^ le be^^i- j bcri^ le tétanos^ Vulcère de la Guyane^ maladie identique à Tulcère de Cochinchine, dont j'ai parlé plus haut; Vanémie rapide, la diarrhée grave et Vinsolatton.
III. Faune. — Un ennemi plus redoutable que gros donne naissance à une maladie parasitaire, dont M. Maurel a signalé la fréquence; cette maladie c'est Vont/xis ou inflammation ulcéreuse de la matrice de l'ongle des doigts du pied ; le parasite, qui le pro<luit, c'est la chique ou pulex peneirans.
M. Maurel a constaté que dans le l«r semestre de 187ti, au i)énitentier de Saint-Laurent, 1200 hommes ont fourni S 1()3 journées d'hôpital et que, sur ces 8163 journées, 1 ()7i) ont ou pour cause lonyxis et 3421 des ulcérations dues également aux lésions de la chique sur le pied» soit on total
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de 4500 journées d*hôpital, la moitié du total des journées du pénitencier, dues à ce parasite.
La mouche hominivore, qui dépose ses larves dans les fosses nasales, est encore un parasite redoutable.
Les moustiques sont horriblement désagréables; on rapporte même, que des matelots européens se sont jetés à Teau dans les accès de rage et de désespoir provoqués chez eux, sons ce climat, par leurs nombreuses piqûres.
La faune comprend encore le jaguar, les caïmans, qui sont nombreux et redoutables dans les rivières; leur vigilance, qui n*a d'autre mobile que le désir de happer l'homme, les a fait considérer par l'administration pénitentiaire comme des gardiens très sûrs et très capables d'empêcher les évasions; la faune comprend encore les serpents, dont quelques-uns sont redoutables; enfin le tapir, Tagouti, qui seraient, au contraire, dignes d'être protégés, ainsi que Vurubus ce grand aèrent de la voirie dont il semble à Cayenne avoir Tentreprise.
IV. MiNBS d'or. — 11 n'est pas de rivières dans les Guyanes, qui ne charrie de l'or. Ce métal objet dans tous les temps de la convoitise des hommes se rencontre du reste dans deux gîtes distincts : il ne se trouve pas seulement dans les alluvions aurifères, mais dans des filons quartzeux; ce n'est donc pas sans une apparence de raison, que la K'srende plaçait dans la Guyane le pays de Y Eldorado. Au XVI* siècle le chevalier ancrlais Walter Raleijrh, en 1590 Laurent Kevnis, en 17*10 Nicolas Horsman s'étaient mis à la recherche d'un lac d'or avec la même conviction, qu'on apporte maintenant à la recherche d'une mer libre au pôle Nord; ils ne trouvèrent pas Tor tant convoité; ce n'est qu'en 1819 qu'un métis d'Indienne et de Portujzais, Paoliue, trouva de l'or sur lo haut Aprouai^ne; avec Félix Couy, commandant du quartier de l'Aprouatrue, il ort^anisa la première exploitation; niais par une injustice du sort, qui n'est que trop fréquente, Paoline, qui devait faire la fortune de tant de gens, mourut
à rhôpital dans la misère: Cony fut assassiné. En 185G une compagnie fondée au capital de 20 millions exploita de docveau les mines de l'Aprouague: c'est elle, qui introduisit à la Guyane les premiers émigrants indous. De 1857-1860 elle recueillit ISO 000 grammes d*or; mais cette société, pour des causes multiples, ne fit pas de bonnes afiaires; elle sombra. Les mines de TAprouague reprises un instant par un Français ont été achetées en 1875 par la Société du Mataroni. La quantité d*or extraite par mois a été, pendant quelque temps, de 70000 francs. La Société a introduit environ 400 travailleurs indous.
Tout en nous gardant bien de tout sacrifier, dans la Guyane, à la recherche de lor, car c'est là le danger dans les pars aurifères, nous pouvons prendre modèle sur la Guyane hdlandaise. La Compagnie des mines de Surinam a en effet exporté par les steamers de la Compagnie générale transatlantique, en 187G, environ 49900 florins, en valeur déclarée; •J93880 en 1877; 407 059 en 1878 et 143136 en 1879; i cette époque la Compagnie avait affermé plus de 260 000 hectares ; or le titre de lor est ici de 944, de 933 et 925 grammes. ce qui constitue une espèce fine.
V. Population. — La population totale de la Guyane franraise est denviron 38 000 ou 40000 habitants. U Guyane hollandaise, qui est moins fertile mais mieux cultivée, compte 50000 habitants, déduction faite des Indiens et des métis.
Les ituUgcncs sont au nombre de 13000 enTiron dans la Guyane franraise. Ils appartiennent à la race rouge; ils sont pou nombreux. Crevaux, frappé du petit nombre des hommes et même des animaux dans la Guyane, exprime son impression on disant : « Que la vie animale y est écrasée par la vie vê«/étalo, tout lo pays n'étant qu'une immense forêt interrompue par les cours deau, qui sont los touches de ventilation, par où l'homme et les animaux viennent jouir de Tair et
la lamière. » Dans l'Oyapock il n*y a pas plas de K) habitants dispersés; il faut 6 jours de marche, dit vaux, pour atteindre un village de 30 Oyampis ; 6 jours s loin se trouve un autre village de 20 individus. Entre irapock et la crique Kou Crevaux a trouvé 5 villages, qui :omptaient pas en tout plus de 200 habitants. ses Roucouyennes^ qui habitent le Yarri, le Parou et le it Maroni, ne sont pas plus de 250-300. Leurs cheveux t noirs et droits, leurs pommettes saillantes; ils ont peu >arbe et s*arrachent d'ailleurs la moustache € pour mieux >rasser leur femme ». Leur poitrine est fortement cTévepée; leurs épaules sont larges et carrées; leur tronc haut Dng. Leur langue est du caraïbe presque pur, car Crevaux, lant le roucouyenne, a pu se faire entendre des Caraïbes rOrénoque et même, au pied des Andes, dans le Japura, Indiens Carijonos, qui ont les mêmes mœurs et la même gue que les Roucouyennes. Crevaux trouvait aux Rouyennes une odeur spéciale de cuir neuf, jes Trios n existent plus; une épidémie lésa tous détruits ju au dernier. Les Apalf/s, qui sont en contact avec les "opéen», sont décimés par la phtisie.
^8 Aravaks habitent principalement dans la Guyane :laise et dans la (luvane hollandaise, entre les rivières entyn et Pomeroun. Co sont des peuples extrêmement IX ; ils occupaient jadis également les Antilles, d où les ont ;^sés les Caraïbes. Ce sont eux, dont Christophe Colomb a rit la simplicité et la douceur; ils sont petits, mais a^riles, n faits. Leur origine est sud-américaine et cVst en |Mirt du continent, qu*ils ont peuplé les Antilles, « tant il est i, dit Hrinton, que dans ses migrations Tliomme a tours suivi le fil conducteur de la nature organique, car la ne et la flore des Antilles appartiennent a TAmérique sud ». Les Galibis habitant surtout la Guyane française; nommait leurs ancêtres CalOn^ Caribi^ Oira'tbi, d'où is avons fait le mot CaraïU»; on les nommait aussi Canibi.
Caniba, Christophe Colomb, latinisant leur nom, les appela Cannibales et, comme ces Caraïbes passaient pour féroce?. le mot cannibale est devenu un adjectif synonyme de féroct anthropophage. En réalité ils ne sont féroces qu'avec lenrs ennemis les Aravaks, qu'ils ont dépossédés des Antilles. Exaspérés, en 1644, par un gouverneur de la Guyane français» plus féroce qu'eux, Poncet de Bretigny, ils ont massacré les Européens; mais, depuis ce temps, ils sont avec dous doux et pacifiques. C'est chez eux, qu'existe cette étrange coutume de la couvade, en vertu de laquelle, lorsqu'une femme vient d'accoucher, c'est le mari qui s'allonge pour quinze jours dans son hamac, où il pousse des gémissements plaintifs, se laissant dorloter, choyer et féliciter, tandis que raccouchée lave son enfant et vaque aux soins du ménage. Dans nos établissements les Galibis apportant à nos fonctionnaires et i nos colons du gibier et du poisson, qu'on leur achète Tolontiers : sans être réfractaires à la civilisation européenne» sans lui être hostiles, ils l'ignorent et l'ignoreront toujonrs. Au moyen du produit de leur chasse ils savent seulement se procurer quelques objets, dont ils ont reconnu l'utilité ou l'agrément : des couteaux, des haches, quelques pointes de fer pour leurs flèches, un peu de cotonnade, des verroteries, do tafia pour lequel ils ont un goût prononcé et c'est tout : à part cela ils ont conservé le mobilier et l'outillage de leurs ancêtres. lis sont assez habiles dans l'art du potier, mais ce sont de mauvais travailleurs. La plupart des noms, que nous donnons aux animaux de la Guyane, tajnr, macaque^ caîmapi^ ara. toucan, sont empruntés au dialecte des indigènes du pays. L'ananas, qui est à 1 état sauvage dans cette contrée, s'y appelle nana. Les mots canol, pirogue^ pagaie^ hamac sont d'origine caraïl)o et ont été introduits dans notre languo (lès le xvir siècle. D'autres tribus rouges, les Émérillons. los OyacoiUcts, les Aramichaux, les Aprouagues vivent encore dans les Guyanos, mais la colonisation n'a sans doute que bien peu à attendre d'eux.
Les Nègres marrons forment un élément de la plus haute importance pour la colonisation. Aujourd'hui à l'état de tribus libres et isolées dans les forêts ils descendent de nègres esclaves, importés d'Afrique, mais qui ont recouvré leur liberté en s*échappant dans les bois. Ce sont les colons hollandais, qui ont donné naissance, en 1712, à une bonne partie de ce courant violent d émigration : Tamiral français Cassar venait de prendre Surinam et de frapper la ville d'une contribution de guerre de 1 million et demi de francs ; pour trouver la somme le gouvernement hollandais établit un impôt proportionnel au nombre des esclaves. Les maîtres, heureusement pour les noirs, eurent alors Timprudence de dire à leurs esclaves : « Sauvez- vous dans les bois; vous reviendrez chez nous quand Timpùt sera payé. » Mais, comme il était aisé de le prévoir, les noirs ne revinrent pas bénévole* ment reprendre leur chaîne; ceux qui voulurent essayer de travailler librement eurent d'ailleurs à se repentir d'avoir cru naïvement à la bonne foi du blanc vis-à-vis le noir. En 1772 un Spartacus noir, qui se nommait Boni, fit une guerre d'indépendance terrible et se chargea pour son compte d'acquitter plus d'une dette de sa race. C'est en souvenir de lui, que la tribu la plus importante de noirs marrons prit le nom Je tribu des Bonis. Le:? Boschsncfjcrs^ comme les nomment les Hollandais, se composent du reste d'un certain nombre de tribus, qui sont : celle des Yoncas établis à l'embouchure du Tapanahoni, dans la Guyane hollandaise; des Poligoudouj* établis à la bifurcation du Tapanahoni et du Maroni; des Bonis sur l'Aouré, à 25 kilomètres, dans l'intérieur de la Guyane française; »les Para/nacas sur la rive gauche du Maroni. Un Boni, le célèbre Apatou, fut |)Our Crevaux dans ses voyages plus (|u*un appui, un défenseur, un soutien indispensable : le tidèle Apatou, que j'ai vu à Paris avec Crevaux, ♦ lait devenu l'ami de l'intrépide voyageur. Les nègres des bois n«- sont pi*utétre ikis au nombre de plus de 8 000, mais il rst certain, que c'est sur eux qut» rf|K>se l'avenir de la colonie.
§ 1. Acclimatement des diverses races. — La façon, dont chacune des races implantées à la Guyane supporte le climat de ce pays, peut seule en effet permettre d'assigner à chacune d'elles le rôle, qu'elle peut espérer jouer. Or une différence capitale existe, sous ce rapport, entre la race blanche et la race noire : sur 1 000 hommes de troupe la mortalité annuelle des blancs est de 84, tandis que celle des noirs est de 40.
Blancs. Dans quelque situation qu'ils se trouvent, le$ hommes de race blanche sont incapables de s'acclimater à la Guyane. En 1747 des paysans allemands (du Paltz) vinrent coloniser la Guyane hollandaise; ils échouèrent complètement malgré le renfort de quelques familles suisses. En 1845, encore à la Guyane hollandaise, des paysans hollandais vinrent s'établir sur la rivière Saramacca (plantation Groningue); ils échouèrent malgré les sacrifices faits pour eux par le gouvernement hollandais : sur 304 colons 189 moururent dès le début; il n'en resta bientôt plus que 168, qui se sauvèrent à Paramaribo. Tous les auteurs sont d'accord d'ailleurs pour reconnaître, que les ouvriers de race blanche sont incapables de supporter le travail ; on ne trouve dans les placers, en fait d'ouvriers blancs, que quelques scieurs de long, transportés libérés, qui ont appris leur métier sur les exploitations de bois du service pénitentiaire.
Les Français n'ont pas été plus heureux que les Hollandais : malgré les encouragements donnés, en 1604, par La Ravardière qu'Henri IV avait envoyé explorer le terrain. 3 compagnies se ruinent successivement en 1626, en lOïi, et en 1013; en 1652 même insuccès de la Compagnie dite des Douze-Seigneurs; en 1664 même insuccès de la Compagnie des Indes occidentales; mais nulle part Tinexi^érience française, en fait do colonisation, n'apparut d'une manière aussi désastreuse que dans la trop célèbre expédition du Kourou en 17()3 : Choiseul et son cousin Praslin imaginèrent de créer de toutes pièces une colonie sur un vaste territoire.