‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 107 sur 122 · ACCLIMATEMENT · texte numérisé non relu

ACCLIMATEMENT

doot Us aTaient obtena la concession entre le Kouroa et le Maronu Des prospectus pleins de promesses furent répandus i profusion : une foule de grands seigneurs révèrent d'aller ▼ivre un roman dans ces contrées et d'en rapporter surtout un blason doré à neuf. On débarqua aux {les du Diable que, pour ne pas effrayer les nouveaux colons, on nomma les (les du SaliU; on construisit là-bas des bergerades i la Watteau, tout un petit Trianon, des théâtres, tout ce qu'il faut pour laisser couler noblement la noble vie de nobles gentilshommes; on emporta des paniers de Champagne; mais des bêches, des pioches, des charrues et surtout des mains calleuses pour manier ces véritables engins de colonisation, il n*7 en avait pas ! Des boutiques élégantes, où Ton allait marivauder comme au Palais-Royal, s'élevèrent en un clin d'œil; la seule différence avec la capitale était que tout sV vendait 10 fois plus cher. Un négociant de Paris eut une idée, qui peint Tétat de la colonie naissante : il expédia à la Guyane quoi? une boutique de patins! Los colons si bien approvisionnés fondirent comme glace sous le soleil de la Guyane : 13 000 étaient partis; on 17U5, cVst-à-dire deux ans après le départ, il en restait 918.

Encore si la leçon avait profité ! mais il n on fut rien : en 1707 une nouvelle colonisation entreprise par liessner n*est pas plus heureuse; on 1788 Villebois échoue également; la Guyane était marquée pour la malechaiico. Le climat se montrait décidément terrible. Pour compléter la mauvaise réputation de cette terre il no lui manquait plus quo la souillure de la déportation politique : Collot-<rHerbois, Carnot, Barthélémy, Pichegru et tant d'autres appartenant à des partis divers y furent exilés ; on 1852 IVmpire y envoya ses victimes. Toutes ces ox|)ériencos nont quo trop montré combien, mal|rré los effortn faits par quelques écrivains, notamment par M. Mourié ot M. Sagot pour prouver la salubrité du climat do la (ruyano, il fallait peu compter sur l'acclimatemont de la race blanche.

Race noire. Il n'en est pas de même de la race noire. Les nègres marrons sont magnifiques; l'avenir de la Guyane repose sur remploi, que les colons européens sauront faire Je ces bras noirs. Le D^ Van Leent, dans une étude remarquable sur la Guyane hollandaise, arrive aux mêmes conclusions : « Il faut, dit-il, compter surtout sur les nègres marrons, dont on se sert déjà avec succès dans la nouvelle colonie {Nickerie et Coronie). » De son côté M. Van den Brandhoff. commissaire du district de Surinam pour Timmigration, recoiinait, que les nègres créoles peuvent seuls assurer le succès de la colonie de Surinam. Il faut donc, que leurs anciens maîtres se résignent à voir en eux des travailleurs libres. Li véritable colonisation de la Guyane consistera dans l'avenir à civiliser la race nègre, à la décider à quitter les forêts, où elle est réfugiée et à venir dans les centres de culture et d'industrie débattre elle-même ses intérêts.

Les Chinois supportent également bien le climat de la Guyane. Quant aux hidous et aux Arabes le climat est aussi mauvais pour eux que pour les Européens.

§ 2. Déportation. Gonvicts. — Malgré ce que lexpêrionce nous apprend sur Timpossibilité pour les blancs de travailler ù la Guyane, on s obstine à considérer cette colonie comme propre à la déportation et on ne cesse de la mettre, sous ce rapport, sur la même ligne que la Nouvelle-Calédonie. dont j'ai dit plus haut, quelle était la salubrité. On sobstintà rêver de faire à la Guyane avec les convicts ce que les Anglais ont fait avec les mêmes éléments en Australie, c^tà-(iire d'obtenir non seulement la survie de quelques condamnés, mais, ce qui importe davantage, de créer avec eux une race vigoureuse et honnête. Il n'y a cependant qu'à consulter les chiffres, qui sont rassemblés dans une très int*»rossante étude du D' Orgéas, médecin de la marine, sur la colonisation de la Guyane par la iransportalion^ pour voir que l'acclimatement des convicts, depuis 23 ans, n a

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donné «néon rétattat faToimble. Cela dmt être un enseignement et rotnenration est eoffisamment longue. Car € si, dit ce distingné confrère, 23 ans après que Pbilipp fondait la première colonie sur les rives de Botany*Bay et de Portp Jackson, quelqu'un avait fait sur la nouvelle colonie des oonvicts anglais Tétude, que je me propose de faire sur l'établissement du Maroni, il aurait pu prédire les destinées futures de TAustralie : ces recherches lui auraient démontré, que, abstraction faite des premières années, la mortalité de la race anglo-saxonne sur ce sol nouveau était moindre qu'en Angleterre. En se basant sur ces observations on aurait pu, dès les premières années de ce siècle, prévoir, sans s'écarter beaucoup de la vérité, le développement prodigieux des colonies anglaises de l'Australie. » Ou va voir, que l'enquête du b' Orgéas autorise une prédiction diamétralement opposée à celle qu'on eût pu faire pour TAustralie.

Suivons le U' Orgéas dans son int^^ressante et minutieuse étude : d'après les documents ofTicieU la mortalité annuelle pour les 5 premières années a ét(f sur les déportés à la Cfuyane de 10,G2 pour 100, ce qui donnt* comme durée probable de la vie 3 ans 9 mois et 21 jours. I)ans les 10 premières aimées (1852-6*;;) cette moyenne est de 12,58 pour 100, ce qui donne comme durée probable de la vie 5 ans 0 mois et 28 jours. Enfin, pour la période 1852-1878, soii pour un ensemble de 20 années, la mortalité aiinmdlo moyenne des transportés a été de 8,80 pour 100. Li durée probable de la vie ost de 7 ans 0 mois et 7 jours.

A la Nouvelle-<Jalé<lonie, depuis le début de la transportatîon (18C4) jusqu'à l'année 1878. soit pour une périoile de Il ans, la mortalité annuelle moyenne a été de 3,15 pour 100. La durée de la vie probable d'un transporté û la Nouvelle Calédonie est de 21 ans 7 mois et 24 jours, c'est-à-dire pré» do 3 fois plus longue qu a la Guyane.

Mats il importe de suivre cette étude dans chacun des pénitenciers. La mortiilité aux //rx du Salut a été de 15,0 pour

100 en 1853 (fièvre typhoïde et dysenterie), de 35,0 pour lOu en 1855 et de 17,0 pour 100 en 1856 (fièvre jaune). L'élévation de la mortalité dans ces dernières années s'expliqor facilement par la nature du personnel que Ton y évacue (cachectiques, infirmes, vieillards). Ces établissements, qu: comptaient en 1865 plus de 400 transportés, n'en ont pa> aujourd'hui plus d'une quarantaine.

A la Montagne<V Argent en 1852 on mit 109 transportés; 206 furent ajoutés en 1853, ce qui fit 315 forçats. Au 31 décembre de cette même année il n'en restait plus que 210. La mortalité tout entière imputable à la fièvre paludéenne avai: été de 33,3 pour 100. En 1854 on comble les vides avei* 188 hommes; l'effectif ainsi porté à 398 offre dans le courant de la même année 83 décès (20,8 pour 100). En IStV l'effectif porté à 462 hommes compte 94 décès (20,3 pour 100). La mortalité diminue à partir de 1857; elleétait encore de 11,5 pour 100, lorsque en 1867 le pénitencier de la Montagne-d' Argent fut évacué définitivement.

Saiyit-Gcorges de VOyapock fut inauguré en 1853. La mortalité annuelle sur 248 transportés fut de 43,2 pour 1(H); la durée probable de la vie de 1 an 2 mois 19 jours.

Kn 1855 et 50 l'effectif devient exclusivement composa (le nègres : la mortalité tombe alors à 5,0 et 2,5 pour lOU. soit une moyenne de 3,75 pour 100, ce qui donne à la vie probable du nègre une durée de 18 ans 1 mois el M) jours. € C'est là, comme le fait remarquer le D»" Orgéas. un exemple frappant de l'inégale aptitude des différentes races à vivre dans un milieu paludéen. Là où la vie probable (le l'Européen est de 1 an 2 mois et 19 jours, la vie probable du nègre est de 18 ans, 1 mois et 16 jours. >

SaintC'Mnrîe dr In Comte est le troisième établissement. ("ost il est vrai un des points les plus insalubres de la Guyane. mais drs motifs puissants désignaient cet endroit à l'administration et l'engageaient à choisir «S^i///6'-AfartV,car€ cenora, disent les considérants de la décision du gouverneur, rappel-

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lera la haute protection sous Itzquelle sont placés spéciament tous les établissements de la Comté. » La mortalité y fut de 23,9 pour 100, puis de 2^,4 pour 100.

Je continue i suivre le D' Orgéas :

€ Au mois de mai 1855 un nouvel établissement destiné i recevoir les libérés fut créé i la Comté sous le nom de Saint'Augustin^ attendu ^ disaient les considérants de la décision insérée au Bulletin officiel de la Guyane^ que cet établissement est formé par des hommes ayant donné des garanties premières de leur repentir, » La mortalité y fat de 44,1 pour 100; on dut encore renoncer, malgré ce pieux patronage, à ces endroits inhospitaliers.

L'administration eut alors l'idée de faire des chantiers forestiers au haut Maroni, à Sparhoui'ne. Voici ce que le D^ Kérangal dit de ce chantier : « Lorsque nous l'avons visité, au mois d'octobre 1866, il n'y avait pas encore un an qu'il était créé et, sur les 850 transportés qui y étaient passas depuis sa fondation (novembre 18(S5) et qui n y étaient arrivés que successivement, 100 étaient morts, 119 avaient disparu (évadés ou morts dans les grands bois), 75 avaient été évacués sur l'établissement des convalescents à rilét-la-Mère, 132 existaient aux hôpitaux de Samt-Louis et de Saint-Laurent, li2 étaient â l'infirmerie du Chantier et 8«'3 étaient aux travaux légers. Nous avons ramené à Saint-Louis le jour «le notre départ 41 malades. Par conséquent il ne restait plus pour le chantier de Sparhouïne et de la Crique-Serpent que 270 hommes et ces 270 hommes, censés valides, étaient pour la plupart profondément anémiés. Pouvait* il en être autrement f Quel serait l'Européen soumis â de rudes travaux, n'ayant qu'une nourriture insuffisante, couchant souvent avec des vêtements mouillés et livré pendant son sommeil aux intempéries de latmosphère, qui pourrait résister? Ces hommes contractent rapidement di>s fièvres intermittentes rebelles, ou la dysenterie, ou la coli<|ue sèche, ou des bronchites interminables, le tout conduisant à un état anémi(|ue très grave. » Il faut

citer encore les lignes suivantes extraites du rapport du mèmr' médecin pour le premier trimestre 1867 : < La mortalité ii la Gujane française est réellement effrayante!... Elle es*, très considérable pour les chantiers, où elle va toujours sVltvant de plus en plus, surtout à Sparhouïne. Sur les 2«J> hommes envoyés en octobre et novembre 1866, à la date «iu 15 février 1867 il ne restait plus que 33 hommes valides : 28 étaient morts, 45 étaient à l'hôpital, 40 étaient évades. 31 restaient à Tinfirmerie, 16 aux travaux légers et 14 exempts de services, plus 1 libéré. Ce chantier donne untidée exacte de ce que deviennent les Européens nouvellement débarqués et jetés au milieu des grands bois de la Guyane avec le peu de ressources hygiéniques qui s'y trouvent. »

On fit ici une nouvelle expérience : on voulut avec raison réhabiliter le condamné par le travail et par la famille, mais, comme si toujours la maladresse devait gâter chez nous les meilleures intentions, on oublia que le travail et la famil*^ lie sont chose saine et fortifiante, que parce qu'ils éveillée: le sentiment de la responsabilité et de Yinitiative inditi (luelles, ( )r TÉtat toujours tutélaire se chargea de penser. (le vouloir pour les condamnés; il se fit entrepreneur de bois et le condamné fut la scie ; mais pour la scie le travail n*e^t pas moralisant! 11 se chargea même de marier le condamné. le caporalisme ne connaissant point de bornes pour faire 1*bonheur des hommes. On maria par pavillon, par escouade et par peloton, comme les vieux médecins de THôtel-Dieu pur- ^^aient, dit-on, à certains jours tout le côté gauche d'une salle et saignaient tout le côté droit. Les pourvoyeuses furent les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, qui amenèrent de* troupeaux do reproductrices. Les fiancées avaient déjà subi réprouve de la prostitution, de Talcoolisme, du vol; elles étairnl souvent filles et s<eur8 de criminels et d'aliénés; que pou- \ai -iit-elles apporter en ménage, qui fut capable de compenser riierédité de crime et d'aliénation, dont leurs époux portaient

rend

fe f0lif Celait bien là delà 1^ eriflie d cVteii Inen mal uiiuimuidïv rgnftrqprfgei, niDCsa piîhiipJ de oBtie scientae. qui Bons ]«• xuan ù

1b Miiuiam osii mùr k* pnrii^f- d'€D jiinnr. de si i!rands la^ice» & ho&^E' bàiail «ft i nTflk' améliore ^ perfecuanufc.

Depais raaaée l«aS> jnigfi'ai; l^ jainier IBSS pbff de 418 mésafei Mt tccb « traraiLé an Manm: : c*«t n {sraiTr. qui m «ni de fcve an inrail. gne M. le D" Ojgm a fût nr U déaiognfkîe dei coDricis. <'^ iKmi ainsi nice* or g» peat douer à la Garaae vb semis oe caurlcsc jrtAéçê |iar l'État. ToBlM la nos mmi renrtsexniàes parm: Iv «pnoL. européaift de loaie aatitmalaé. iHsrrg». Indoasu CSûBmf «i AnaasHcs: bûs la piupai^ dv oaDCumcuiiiaina du Maraai ootobêûdaBik choix d^knrooBtpaaie. à l^jfE^ar frffcaifir, c'ett-i-dire. qn'ik k- bodI preaqa^- lou ciii» aT<»r âet {bbodb»

de leur raee.

Uigt moj€L def iiomma at m'-imen: de 'i*fUT mar^aee éta; de 38.53 aa§ el Jér mcrr^ g« îesim^^ '> 2i*-î*4. Tcm>* ces doonéet toiit ucuof^iaLVff ^ ?:iima:i.f^ v'jvt apprâcsier lef résoltats de i'efkSG^t*^ LorsqL oi -xi^ûcn. qa «a Fran»- rirerooven des h'jrz.m^ ac ut'jtùfz:', !<- i*nsr mana^e afi dt 31.75 an» et de "/T. 4 t-ii ALr»*^^*'^ '-'j* "^ - d"^ femmes «sî de 25,8 «1 Aiïr**'*'Tr» ■ - ffcv: § V-»^c-* t r-^ir oei diftreooes réagir wr a* jrvît : i* . vt*'/L

Ij^ Dr Orziuk *iîid^t în :c-*-r v*i iLiir.w*-* *i >f dj^imij: f-n quatre caU-;?ori*'ï > 'j*-ji -- f-rttV^* •riAr.'r»'. îr 3»Tn Lt. ont été légaitravat j'jrhi'M> w .« jdvM -ai é** r/.i^iuartf : I-J* a^ux dout k* d^-ui wt^v l;^ 'Xi* •;« vVr <Aft*mUf- la fsA> nie fé%a/l«s on pïrr t .•^i'i-»-^***: î* '^-cx dxrt ll 4^ oofcjoinls est é\ai« ru ; a'n . 1^ é'if^^ ;«^ V^ suuriar^ dciot las d^ux couyjixiVi €'x:«V'l: ^r^':-'*- ^\ > »; ai* ; 2. la dariadas 2«>1 mariages divisa ^^^li^-tr^t^iEi' ;/«r la rx^ort ii«^i«'ie5aasl^; If nombre d^ zuzà^?^ j-^i^^i»*» i laOuiarj»- par ménages partu en «f)ai*!t 4i *^i; «i*^ 5 aas ïà2\ la

moyenne des mariages rompus par le départ ou révasion de Tun des conjoints a été de 5 ans.

Maintenant que nous savons de quelle manière ces unions sont formées, il est intéressant de connaître leurs résultats : or, tandis que le nombre moyen des enfants par ménage est en France de 3, en Hongrie de 5, en Russie de 4,68, de 3,96 en Belgique, de 3,75 en Danemark et de 4 en Angleterre , ici le nombre moyen des enfants pour chacun de ce$ 418 mariages a été (mort-nés compris) de 0,96 et deO,9(K» sans les mort-nés.

Un grand nombre de ces mariages ont d'ailleurs été stériles : 215 mariages ont été sans enfants et 203 féconds. Si l'on ne compte, pour établir le nombre moyen des enfants, que les mariages féconds en défalquant les stériles, on trouTe que, même dans ces conditions où ne se place jamais la statistiijue, le nombre moyen des enfants dans chacun de ces ménages choisis n'a pas dépassé 1,98 (mort-nés compris).

Le D^ Orgéas fait ressortir avec raison, que la contrainte morale n*a rien à voir ici et que le déficit des naissances doit être compté tout entier comme une preuve manifeste du défaut d'acclimatement.

Au climat il faut sans doute joindre une autre cause, je veux parler des conditions mêmes de dégénérescence physique et morale, diraient les moralistes, physique tout court, diront les physiologistes, où se trouvent les deux sexes. Il faut tenir compte de ceci : que les parents ne sont que les produis avortés et, heureusement pour Thumanité, le plus souvent inféconds, d'une race dégénérée. C'est pour cela qu*en Australie le mélange des libérés et des libres est autrement productif. La plupart des survivants présentent en effet à un degré considérable le cachet de la dégénérescence, développement inférieur à leur âge, teint cachectique ; ils rentrent dans le type des dégénérés si bien peint par le h' Morel.

Le inilicu social spécial, dans lequel se trouvent lescon-

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Tiets, deTmit en oatre agir autant que le milieu dimatérique sur les phénomènes démographiques qu'ils présentent, car dans les maisons centrales, en France même, la mortalité est de 5,09 pour 100 ; celle des condamnés aux fers est de 8,60; celle du pénitentier de Beaulieu de 12,00; enfin celle du pénitentier de Casablanca, en Corse, de 20,87.

Cette réserve faite pour tous les criminels, il faut reconnaître que, toutes choses égales d^ailleurs, la Nouvelle-Calédonie doit être préférée à la Ouyane comme lieu de transportatîon, puisque, alors que les chances de survie d'un condamné sont à la Nouvelle-Calédonie de 21 ans 7 mois 24 jonrs, elles sont à la Guyane de 7 ans 6 mois et 5 jours. Un condamné i 10 ans a donc des chances, pour que la mort Tempêche de finir sa peine.

Dans la colonie matrimoniale du Maroni les avortements, dit le b' Orgéas, sont au moins aussi nombreux que les accouchements i terme; quant aux mort-nés, tandis qu'en France leur nombre est de 3,44 pour 100 naissances, qu'il est de 3,59 en Belgique, de 3,03 en Norvège, il est au Maroni de 5,955 pour 100.

Sur les 379 enfants de la colonie i)énitentiaire nés vivants depuis le mois d'avril 1861 jusriu'au 1^^ janvier 1882, il y en a 238 qui sont morts, à cette dernière date. C'est une proportion de 62,79 pour 100, en no tenant pas compte des 10 enfants qui ont quitté la colonie et dont la moitié, au moins, a, par ce moyen, échappé à une mort certaine. En somme, pendant la première année do la vie, la mortalité des enfants du Maroni a été doux fois plus forte que la mortalité dos enfants légitimes en Franco; |)our les enfants de 1 i 2 ans la différence a été de plus du double; de 2 a 4 ans la mortalité de la colon io a été trois fois plus forte.

Voici, au surplus, comment s'exprime le D^ Urgéas sur les ch:tncos do survie comparées à la Guyane et en France : c Sur 10<i enfants qui naissent vivants en France, il y en a plus de 78 (78,27) qui arrivent à Tige de 2 ans. Au Maroni, sur

100 enfants nés vivants, un peu plus de 58 seulement (ôS.TSatteignent Tâge de 2 ans.

€ En France sur 100 enfants nés vivants, plus de 72 (72,28 1 parviennent à Tâge de 5 ans; sur 100 enfants nés au Maroc: 41 seulement sont parvenus à Tàge de 5 ans.

« Sur 100 enfants nés vivants en France, il y en a près dt G9 (68,78) qui atteignent Tàge de 10 ans. Sur 100 enfant> nés au Maroni, moins de 32 (31,97) sont arrivés i l'âge de 10 ans.

«En France, sur 100 enfants qui naissent vivants, il y eo a plus de 60 (60,78) qui parviennent à Tàge de 25 ans, près de 58 (57,87) qui arrivent à Tàge de 30 ans, plus de 42 (42,62) qui atteignent Tàge de 55 ans, et près de 32 qui surviven: ;i rage de 65 ans (31,95).

4c Nous pouvons dire, par conséquent, qu'un enfant né ez France a plus de chances d^arriver à l'âge de 30 ans qu un enfant né au Maroni n'a des chances d'atteindre TAge de 2 ans.

« Un enfant né en France a plus de chances d'arriver à rage de 55 ans qu'un enfant du Maroni n*a de chances d'arriver à l'âge de 5 ans. >

Résumant ailleurs l'observation individuelle qu'il a faite it chacun des enfants survivants, le D' Orgéas, à qui j'emprunte tous ces documents et dont j'ai suivi presque pas à pas la remarquable étude, s'exprime ainsi : < La race blanche repréï^ entée par les transportés-colons du Maroni, vivant A la Guyane en cultivant le sol, est éteinte dès la première génération. Si parmi les filles, nées au Maroni, qui sont parvenui-^ à ràire nubile, quelques-unes sont encore en état d'avoir de> ciiianls (et il est permis de supposer qu elles no sont pas nombreuses), ce ne peut être en s'alliant aux enfonts mâles nés coiiime elles au Maroni, car aucun de ces derniers n'est et n»stTa apte à reproduire son e8i)èce en fécondant ces filles ei procréant des enfants. L'extinction finale de la race s'est opérée par suite do l'absence d'élément mâle apte à la procréation. Lors de la plupart des essais de colonisation par la

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