CHAPITRE 111 L'Émigré
Transport des ëmigrants. — Fréquence des mariages chex les emigrs. Grand nombre de naissances. — Acclimatement; importance du tempt.
§ 1. Le? transport des émigrants. — C*est à coup sûr un mauvais moyen d encourager Témigration, que d*arrèter les yeux de ceux qui hésitent à partir, sur les mille dangers auxquels 1 emigrant se trouve exposé dès le premier pas fait hors du domicile qu*il va quitter pour toujours, poor longtemps au moins. Il est cependant bon de ne rien cacher, mais il est surtout utile de montrer combien le sort des émigrants s*est, au seul point de vue du transport, amélioré petit à petit.
Les anciennes migrations des peuples primitifs ne se fii* saient pas, sans que la longue caravane égren&t sur soo chemin une bonne partie d'elle-même : les malades, les traînards, ceux qui changent (Kavis en route et se fixent à une étape plus ou moins éloignée, faisaient, dans les rangs, des vides, que les populations, au milieu desquelles on passait et qui ne recevaient pas toujours bien leurs nouveaux hôtes, ne faisaient qu*agrandir; les Kalmouks, dans leur célèbre
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9 de 1771, sont partis du Volga aa nombre de 600000;
cinq mois après, il en arrivait seulement 350000 sar les
firontières de la Chine.
Les colons, qui quittaient l'Europe pour gagner l'Amérique
depuis sa découverte jusque dans les temps tout à fait mo-
deraee, oe trouvaient guère de meilleures conditions. Ils avaient à compter avec la cupidité des racoleurs, avec Ja dureté des armateurs, qui les entassaient dans l'entrepont de ces anciens voiliers, où le scorbut allégeait le bitiment pendant les longues traversées et qui avaient reçu le nom de tomèeaux-^ottanls. Sans remonter bien loin, en 1847, alors qne, après la terrible famine qui avait désolé l'Irlande en 1846, l'émigation achevait d'enlever ceux que la mort n'avait pas pris, 89 738 émigrés s'embarqnérent pour le Canada, dans les diflërents ports de la Grande-Bretagne : 5 293 moururent en mer; 10037 succombèrent en touchant la terre promise; 30'.i6ô durent recevoir, en arrivant, des soins médicaux plus ou moins prolongés.
Aujourd'hui les steamers sont moins mal aménagés, la traversée est moins longue, enfin les colonies, les États-Unis surtout, ont, dans leurs principaux ports, des agences de placement, oii l'on peut consulter le plan cadastral des terres vacantes et le bilan des fonctions ou emplois disponibles. L'émigration a donc sous ce rapport fait un progrès réel.
$ 2. Fréquetice des nmriages chet les émigrés. — Suivons le nouveau débarqué et voyons quels phénomènes démographiques va présenter sa nouvelle situation. Parmi la population des émigrés les mariages sont pins fréquenta que dans la mère patrie : ainsi, tandis qu'en France le nombre des mariages est de 8U par 10000 habitants, il est en Algérie de 98.
Ce premier fait présente une consi'-quence, qu'il ne faut pas laisser passer sans la signaler : les mariages étant plus nombreux dans ta nouvelle colonie, le nombn- des enfants illégi-
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times se trouve, par cela même, diminué ; or, partout et pour des raisons diverses, la mortalité des enfants illégitimes est supérieure à celle des enfants légitimes, les seconds étant généralement mieux soignés que les premiers ; Taugmentatk» du nombre des mariages a donc pour effet de diminuer li mortalité des enfants dans la colonie, résultat d'autant plos précieux qu'assez d'autres causes tendront d'autre part i augmenter la mortali:é infantile.
§ 3. Fréquence plus grande des naissances. — A cette augmentation du nombre des mariages il faut ajouter un autre phénomène, qui n'est pas toujours lié au premier, l'augmentation du nombre des naissances : c'est que l'espace ne manque plus dans le nouveau pays qu'on vient d'adopter ei qu*on n'a plus les mêmes motifs de restriction que dans b vieille patrie.
Au Canada, du temps qu'il était colonie française, chaque ménage avait 8-10-15 enfants ; aussi la population s'aocrousait-elle rapidement, environ de 25-40 pour 1 000 habitants et par an. Ce sont 10000 Français qui sont partis pour le Canada en 1678; leurs descendants se trouvaient en 1861 u nombre do 880 000. La Nouvelle-Ecosse reçut, en 1671. 394 individus ; en 1749 on en comptait 12000. Le phénomène est général : les Français, qui présentent, chez eux, 26 naissances par an et par 1 000 habitants, en ont 41 en Algérie; les Espagnols, qui, chez eux, présentent 37 naissances par an et par 1 000, en ont 41 à Cuba et 46 en Algérie.
Cette augmentation de la natalité a bien pour cause le peu de densité de la population nouvelle, car à mesure que cette densité augmente, à mesure que la colonie vieillit et que l'équilibre entre la population moyenne et les subsistances disponibles tend à s'établir, la natalité se ralentit : on avait jadis 8-10 enfants par ménage, en Ponsylvanie; on n'en a aujourd'hui que 2-4. Les naissances sont, au contraire, encore
trèt nombrenses dans les jeunes ^tats de l'Ohio, duMississipi, d'Indiana et de l'Oregon.
Si tout à l'heure nous remarquions, que la plus grande proportion des naissaDces légitimes a poureAetde diminuer la mortalité infantile, nous devoDs ici reconnaître que le grand nombre absolu des enfants a une inâuence opposée et préponiléraote, l'augmentation abflolae du nombre de décès. A aucun âge. en effet, la mort ne frappe autant de coups que dans la première année, de 0-1 an. 11 suWt de prendre pour exemple la France : la mortalité des enfants de 0>l an y est de ^0 pour 1 000, tandis que celle des adultes de 20-30 ans est de 9 poor 1 000. C'est grâce au nombre élevé des décès d'enfants, qn'on troave, si l'on calcule la mortalité de la population tout entière, le chiffre très élevé de 24 pour 1 000.
Du moment que nous sommes prévenus du grand nombre des enfantai dans une colonie, il faut donc nous attendre à ceque le chiffre de la mortulité générale soit également élevé et c'est se mal renseigner, pour porter un jugement sur l'état démographique d'une colonie, que de se borner à constater le nombre des décès, car ce chiffre est forcément élevé ; mais peu importe, pour la population totale, qu'il meure beaucoup d'enfants, s'il en reste encore beaucoup! Ce qu'il importe donc de considérer, ct> n'est pas lo chiffre absolu des décès, mais le rap|)ort entn> le nombre lies décès et celui dos naifutances. Si les déeès surpasitent les naissances, il est clair ■|U>- la colonie est en mauvaise voie. Dans une bonne i-olonie, IVxC'-dant des naissance» sur les Ai-cés doit même t'in- sujhVneur à ce qu'il est ilans la mère patrie : ain-ni. t^inilis iiu'en Kiipagne on trouve 'M naissances pour '-H décès, soit un excédant de tl, on trouve à Cuba un excédant de 17(41 naissances pour 24 décès).
Tout en reconnaissant ce rapjtort comme le erit<^rium d'une ("Mine rolonie. il faut cependant, avant de porter un jugeiii(-nt d'-favonibli-. ilnns lt> ra.<i où les iléct-s dépasseraient les naissances, tenir coM,|ite île l'âge de la colonie et de l'intensité