CHAPITRE IV L'Immigrant
L*Emigré derenu immii^rant. — Conduite impolitique det Européens aTec les indigènes. — Dangers pour Tindigène du contact d'une ciTilisatioo étrangère. — Utilité du croisem|nt entre Pimmigrant et Findigéne.
§ 1. Les immigrants. — Jusqu'ici nous n'avons considéré que le courant même d émigration, qui, parti d'un pays, s'écoole sur un pays plus ou moins éloigné. Il nous faut maintenant considérer la rencontre des deux populations, celle des autocb-
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semble bien fausse ; c'est plutôt l'idée de dévastation, qui Tient à lesprit. J'en appelle à rhistpire des Européens dans le Nouveau-Monde.
§ 2. Conduite impolitique des Européens. — Je n'ai pu l'intention de raconter ici toutes les horreurs qui ont marqsè la conquête de l'Amérique ; la guerre, même encore aujoin^ d'hui, a toujours pour effet de mettre à nu les sentiment! de cruauté, que le civilisé cache avec plus ou moins de soin. sous un vernis plus ou moins transparent ; mais ce qui est particulièrement grave, inexcusable , c'est la dureté System»» tique, calculée, voulue et absolument impolitique, dont ki Espagnols, qui furent cependant, à certains égards, moins cruels que d'autres Européens, ont fait preuve Hvec les Indiens. Pour eux le descendant des Incas était devenu une Mb de somme et Humboldt raconte, que l'obstacle que renoontn l'introduction du chameau dans les terres chaudes du Mexiqte. fut la crainte qu'eurent les colons de perdre le droit à b corvée sur l'Indien-porteur. A bien des époques de Thistoire. on voit d'ailleurs Tabondance et la presque complète gratuité dos bras devenir un obstacle aux progrès de l'industrie et de 1 agriculture; plus tard l'esclavage et encore aujourd'hni l'emploi des coolies ont le même effet : tant que les colons des Antilles eurent des bras noirs à discrétion, ils dédaignèrent les machines les plus simples, même les charrues.
Ce qui fut en outre très contraire aux progrès de ragriculture dans les jeunes colonies espagnoles, ce fut l*état de minorité où les Indiens étaient retenus par la métropole. Li loi les empêchait même de posséder : No pucden trcttary contratar.
Les Anglo-Saxons ont été et sont encore plus systématiquement durs avec les Peaux-Kouges: < Il est bien plus simple, déclare en 1622 le Manifeste de la Virginie, de les conquérir que de les civiliser par des moyens loyaux. » Cela ne pent vraiment pas s'appeler un euphémisme ! Plus tard, en 1630.
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■ntre manifeste proclame la c Défense de faire jamais la ix avec les Indiens ».
tl faot cependant signaler une remarquable exception à .le politiqne aussi inhumaine que contraire anx propres liréts des colons: Guillaume Penn et les quakers procérent tout autrement : les quakers, par leurs mœurs simple*, des et franches, surent s'attacher les Peaux-Rouges et OMirentien former plusieurs tribus à l'agriculture; Penn alait que les contestations inévitablee entre les deux populalOt fassent jugées par on arbitrage mi-parti rouge, mi-parti ue. C'est là un idéal, qui trouva malheureusement peu imitateurs.
Je doute que, pour observer une forme plus correcte et plus pbmatique, les rapports des Yankees avec les Peaux-Kouges îeot inspirés aujourd'hui par un esprit bien puissant de coniiemité; en tout cas les Européens commettent encore ù -gard des populations, qu'ils nomment sauvages, des actes
véritable barbarie : en IS-l:;, deux niivires anglais abordent 'lie Sandwich, une des Nouvelles- H** brides, pour couper du •is de santal, qu'on vend ensuite fort cher aux Chinois; les digênes t'y opposent, ce qui est absolument leur droit ; on ■e alors sur eux, on en tue 'H\ et on refoule les autres dans le caverne, où on les enfume. A une épo<iue encore plus pprocbée de nous florit une autre industrie, le kiihwpfiinij 1 roi d'cnfnnts, iju'on prend en Melanésie et qu'on engage inme coolies volontaires (?)■ Mais on se procure encore des olies d'une autre manière : M. Markham raconti* qu'un tv ire s'approcha un jour d'une dos Iles Salomon; il fut bien> t entouré de pirogues montées par des indigènes, qui vetient mendier du taba'*. du rhum, des miroirs, même au ■soin des couvercles di' licites ù sardines, qui. pendus au u des él('');ant<«, ronslituent un ornement fort recherché; laod les pirogues furent accosuW. on les tlt chavirer en y tant qu'-lques-uns de ces saumons de fonte, qui servent de st ; on prolita alors du désordre pour repécher les malbeu-
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reux et leur couper la tête au fur et à mesure. C'êtiii
un moyen indirect de se procurer des coolies, car, avec c» tètes coupées, cadeau auquel un chef papou ne résiste goèR. on se procurait, par voie d'échange, un bien plus gnni nombre de tètes vivantes et dûment attachées à un tmc vigoureux, garni de bras utilisables. Il ne s'agit, il est vrii. que d'engagés temporaires, mais M. de Quatrefages rappoil* que sur 382 insulaires qui, en 1867, avaient été engage pour trois ans, 78 seulement furent ramenés chez eux.Noh part, la conduite des Européens n'a été plus atroce que odk des Anglais en Tasmanie ; deux mots tristement célébra. la (/lierre noire et la grande traque y rappellent la guoi* contre les indigènes et les procédés employés. En 72 an. une terre de 4 400 lieues carrées a été complètement dépetplée de sa race spéciale, dont la dernière représentante, Tr» ganina, connue aussi sous le nom de Lalla-Rouk, est morte « 1877, après avoir vu périr le dernier homme de sa race.
Les Européens ont vraiment mauvaise grâce, après de teb procédés, à déclarer pompeusement, qu'il n'y a rien à Caire avec les races inférieures. Voici, du reste, la leçon qui fot donnée par un Malgache à un missionnaire, qui cherchait i lui faire apprécier les beautés du catéchisme : «Vous couchei avec nos femmes, vous venez voler notre terre, piller le pajf et nous faire la guerre, et vous voulez nous imposer votre Dieu, disant qu'il défend le vol, le pillage et la guerre! Allei! vous êtes blancs d'un côté et noirs de l'autre, et si nous passions la rivière, ce n'est pas nous que les caïmans prendraient. > Il est probable qu'usant du procédé cher aux religions, qai consiste à faire pour d'un croquomitaine, le missionnaire avait menacé le malin Malgache dos donts du caïman, s'il ne se H'ndait pas à révideuce du mystère de la Trinité. Du reste, un Européen, M. Koze, no se faisait pas plus d'illusion sur notre conciuite dans les pays qu'il avait visités : «Ces peuples, dit-il, sont simplos et confiants quand nous arrivons, perfides quand nous les quittons. Do sobres qu'ils étaient* nous les