CROISEMENT AVEC LES INDIGÈNES
aux 2/3 de la population le nombre des métis ; ils sont environ 6000000 sur 8 000000 d'habitants. Mieux faits que l'Espagnol pour résister au climat des altitudes, à la décompression atmosphérique et à Tanémie qu elle entraine, ils ont les qualités intellectuelles de l'européen. Juarès était un de ces métis. Mais l'Amérique du Sud est, par excellence, le pays des métis : au Nicaragua, à côté de 10000 blancs, de 80000 Indiens et de 15000 nègres, on trouve 150000 métis, sans compter les tribus de Ladlnos^ métis d'Espagnols et d'Indiennes, et les Afo^^ut/o^, métis de nègre et d'Indien. LesLadinos, dit un voyageur, pourraient à eux seuls mettre l'Amérique centrale en plein rapport. Ils forment également la majorité dans la Nouvelle-Grenade et dans le Venezuela. Au xvii* siècle,' en 1650, près de Pernambuco, des métis de noirs fugitifs et d'Indiennes ont fondé la petite république de Pabnarès qui, pendant plus d'un demi-siècle, sut se faire une situation prospère. Il en est de même au Pérou et au Brésil. Je signalerai surtout les Cafusos^ métis de nègre et d'Indienne et les PaulistaSy issus du croisement de convicts portugais avec des femmes gayanazes et carijos. Cette population très bonne, très intelligente a été la première à introduire la culture de la canne à sucre au Brésil et élève de nombreux troupeaux. On voit que les Espagnols, au milieu des nombreuses fautes qui caractérisent leur politique coloniale, ont cependant montré, pour le croisement avec les indigènes, moins do répugnance que les autres Européens et qu'ils ont ainsi réussi, sinon i garder leurs colonies, ce qui est une autre question dépendant de causes multiples, au moins à fonder des empires florissants et même des républiques d*avenir. Ce bonheur dans le croisement tient d'ailleurs à une cause très physiologique: l'Espagnol est lui-même le résultat d'un croisement avec la race syro-arabe ; le sang maure coule encore dans les veines du Castillan et c'est ce sang, qui donne une si grande fécondité à srs alliances aven* les races colorées. Sa présence explique, en outre, le penchant que, dans la sélection sexuelle.
l'Espagnol a volontiers pour la femme de couleur. La fréquence de ces unions tient encore à ce que, dès le début, les filles des Incas furent recherchées par les chefs espagnols, exemple qui fut imité de haut en bas. Cn des premiers et des meilleurs historiens de la conquête, Garcilasso de la Véga, était un des premiers métis.
Il résulte de ce long chapitre sur les croisements, que l'avenir des colonies repose sur la tendance qu'auront les peuples colonisateurs à s'y livrer : utile à Tindigène, qu'il élève au niveau du blanc, le croisement Test aussi à la génération de métis, qui trouve alors, daiis son origine, le meilleur et le plus rapide des acclimatements. Quant à l'humanité tout entière, elle n'a qu*à gagner dans cette confusion des sangs. L'unification des races, que les siècles passés ont amenée, petit à petit, dans notre Europe, où elles communiquaient toutes facilement entre elles, se fera désormais d'un continent à l'autre, dans le globe entier, dont tous les points sont aujourd'hui reliés par des communications faciles et nombreuses.